Fétra
La contrée an S. de la mer Morte n'a pu être encore suffisamment explorée par la science, parce qu'étant ici à la frontière des hordes de Bédouins les plus diverses, les voyages dans cette contrée offrent peu de sécurité. Pétra, situé presque à égale distance de Textrémité S. de la mer Morte et du golfe de ^Akaba, extrémité N. de la mer Rouge, appartient déjà proprement à l'Arabie; ses habitants ne reconnaissent pas les autorités turques et n-'inspîrent guère de confiance; aussi le voyage de Pétra est-il pénible et coûteux (voy, ei-desso«s), et, si l'on en excepte les ruines de Pétra même, n'offre rien d'intéressant. Il vaudrait mieux la faire entrer dans le grand voyage du Caire^SueB>Sinaï-Jérusalem, qui du reste n'est tenté que par un petit nombre de voyageurs. Il ne peut se faire qu'avec des tentes, et sous la conduite d'un drogman bien recommandé et qui ait, si possible, déjà fait ses preuves.
Il faudra 4 jours de 'Akaba a Pétra, plus 2 ou 3 jours pour la visiter; de Pétra à Hébron '^ à 7 jours, par le chemin direct, et 3 à 4 jours de plus en passant par Djebel Ousdoûm, Masada et Bngeddi, c'est donc une tournée d'au moins lô jours, que l'on fera de préférence avec des chameaux (voy. p. 20 et route 32). Il est indispensable de prendre des informations exactes au consulat (de Jérusalem, de Suez ou du Caire) sur l'état actuel des choses, sur la sécurité du chemin etc., et l'on ne voyagera en aucun cas sans tcne escorte sûre. Il finit choisir ses guides et son escorte, de préférence dans la tribu des ^Alaouîn. (Nous recommandons particulièrement Mohammed Djad.) Les guides se dirigeant du reste d'après les circonstances et les saisons, ne suivent pas toujours le même chemin dans ces contrées désertes, c'est pourquoi nous ne donnons que des indications générales sur les routes à suivre dans ce voyage.
Les prix ne peuvent être fixés d'une manière précise. En 1873, quatre Anglais ont payé la forte somme de 4 liv. St. par jour et par personne. Il faut insérer expressément dans le contrat la clause ({ne le drogman sera non seulement chargé de toutes les négociations avec les Arabes, mais de plus, que dans la somme convenue avec lui, seront comprises toutes les contributions qu'on aura à leur payer.
Les meilleurs livres sur ces contrées sont: Voyage dans l'Arabie Pétrée par Léon de Lahorde et Linant etc. Paris 1830, grand in ft)lio avec gravures. Cet ouvrage sert de supplément au Voyage en Syrie du même auteur, Paris, Didot, achevé en 1842. Voyage aux bords de la mer Morte par le duc de Lupnet (sans date, Paris); Pakner, the Désert of the Exodus (Cambridge 1871); VUcanti, Diario d'un via^gio in Arabia Petrea (Rome 1872). Oomme raùteur de ce manuel ne parle pas ici comme témoin oculaire, il prie les voyageurs de lui faire parvenir, spécialement -|>our cette route, des détails ftas complets et les rectifications nécessaires.
Bistoire^ PÉTRA. Boute 10, 309
Pétra. HUtoire. Pétra est prol^ablement une ancienne ville de commerce qui servait d'intermédiaire à TArabie dans ses rapports avec le Nord et l'Occident. Nous savons qu''à une époque reculée (Gen. xxxvii, 28) des caravanes de Madianites et d^Ismaélites se rendaient déjà en Egypte. Elles apportaient en Egypte et en Phénieie les produits de VArabie, et plus spécialement de l'Arabie méridionale, et les échangeaient contre les produits de l'industrie etc. Les marchandises étaient, comme de nos jours, transportées à dos de chameaux par l'entremise d'expéditeurs ; mais les marchands se joignaient asseï souvent aussi à la caravane. La situation de Pétra était extraordinairement favorable; d'un accès peu facile, elle n'était pas exposée aux incursions des tribus des Bédouins de la ''Araba, du Sinaï, et du désert oriental. Depuis le deuxième siècle avant J.-G. la population âxe de ces contrées, se composait de Kabatéens (comp. p. 61). auxquels les tribus nomades arabes de la contrée environnante étaient en partie assujetties; aussi les auteurs classiques ont ils appliqué le nom de la florissante Pétra ,à tout un grand territoire , en l'appelant Arahia peiraea (Strabon).
Le culte et la civilisation de la population fixe étaient en tout cas arabes. L'an 310 av. J.-C. , Antigone envoya Athenaeus avec une armée contre Pétra \ ce général s'en empara par surprise, pendant que les hommes se trouvaient à un marché du voisinage; mais ceux-ci, à leur retour, attaquèrent de nuit l'armée des Grecs, et l'anéantirent. Une seconde incursion sous Démétrius n'eut pas plus de succès, parce que les habitants étaient préparés à la résistance. Strabon décrit exactement la situation de Pétra, en tant que capitale des Nabatéens, et rapporte que beaucoup de Romains s'y étaient établis. Depuis Pompée (Gabinius), elle passa sous la domination romaine. En 105, sous Trajan. l'Arabie Pétrée est une province romaine oit beaucoup de Romains étaient venus s'établir. On croit qu'Adrien accorda des privilèges aux citoyens de Pétra; son image se trouve sur des monnaies de la ville. Le Christianisme y fut introduit de bonne heure et des évêques de Pétra sont mentionnés à l'occasion des conciles. Mais au rve siècle, la prospérité de Pétra a fait son temps; le commerce avait trouvé d'autres débouchés, et les Arabes du désert s'avançaient de plus en plus. Lorsque le pays eut été définitivement conquis par les Arabes, il ne fut plus question de Pétra ; cette ville perdit alors toute son importance ou disparut complètement. Seetzen est le premier qui en rappela le souvenir ; elle fut visitée ensuite par Burckhardt, Irby et Mangles.
Les édifices de Pétra sont généralement bâtis dans le style romain dégénéré du nie et du ive siècle (comp. p. 126). L'architecture ne cherchait déjà plus les belles lignes, mais un effet purement théâtral; de là une boursoufflujre et une surchax^e d'ornements qu'on ne peut méconnaître. Le style architectural de Pétra rappelle parfois étonnamment le genre rococo du xviie et du xviiie siècle. Hais les monuments de cette ville font néanmoins un effet grandiose, parce qu'ils sont presque tous taillés dans les rochers. C'est une ville de grottes, comme si elle datait de ce temps immémorial, où les aborigènes ne connaissaient pas encore la construction des maisons. Telle est sans doute la part de l'œuvre indigène; mais afin d'^embellir la ville, les riches marchands empruntèrent à l'étranger, aux Romains les formes extérieures.
La vallée de Pétra doit son nom de Ouâdi Moûsa à la circonstance qu'on place ici la scène racontée dans le Korân, savoir que Moïse frappa ou jeta la pierre (Pétra?), après quoi 12 sources jaillirent. Ainsi s'exprime Yâkoût, géographe arabe. Eusèbe avait déjà fait allusion à une légende semblable. La source de M<^te actuelle sort près du village de Eldji (p. 317), puis, descendant à l'ouest la vallée et en rejoignant une deuxième, elle forme le ruisseau de Ouâdi Moûsa, sur les' bords duquel croissent des touffes d'oléandres.
Le cheikh du village d'Eldji est parfois très exagéré dans ses prétentions; on ne se laissera donc pas intimider par ses demandes de bakhchîch. Lorsque Kérac a une garnison, les gens deviennent forcément plus trait»ble9.
310 Route 10. PÉTRA. Kasr Fifaoun.
La vallée de Pétra proprement dite va du N. au S. sur une longueur d'à peu près 1370 m, ; elle a environ 460m. de largeur au N., et seulement 230m. au S. Le fond n'en est pas entièrement aplani ; des collines en forme de cônes s'^èvent le long du ruisseau ^Am Moûsa qui la traverse en venant du S. La vallée est entourée de tous côtés par des rochers presque perpendiculaires, qui sont passablement élevés à l'Ë. et à TO. Ils se composent de grès de toutes couleurs (comp. p. 49) et contiennent beaucoup de salpêtre. Tout ce terrain a été autrefois , on n'en peut douter, le lit d'un lac ; les eaux se sont frayé un chemin par de profondes Assures % travers les rochers. Ce bassin que la nature a si admirablement disposé est, ainsi que les petits défilés des environs, embelli par les œuvres d'art les plus remarquables, et renferme, entre autres choses très intéressantes, toute une ville de tombeaux.
Les édifices de l'ancienne ville n'ont plus rien de bien distinct. En suivant de l'O. le cours du ruisseau , on arrive aux restes d'un grand bâtiment que le peuple nomme Kasr Fif^aoun , château de Pharaon. L'architecture de ce monument construit en maçonnerie date évidemment des derniers temps de Pétra. Les murs d'enceinte, avec leurs entailles destinées aux poutres, sont assez bien conservés; les colonnes de la façade N. ont disparu. Laborde voit ici les restes d'un temple , tandis que Robinson conclut, de la présence de plusieurs étages, que cet édifice était un bâtiment public ou un palais. A l'E. , un are de triomphe ; un chemin encore assez bien pavé conduit de là au bâtiment que nous avons mentionné. Les ornements architecturaux de ces deux monuments sont de la même époque, comme le prouvent les facettes de l'are de triomphe comparées avec la filse du palais. On a, en regardant à travers l'arc endommagé, un coup d'œil très pittoresque sur les rochers partout recouverts de monuments et de grottes funéraires. — Si , à partir de l'arc, on continue à suivre vers l'E. le bord du ruisseau, on voit la partie inférieure d'un pont, et à dr. les restes d'un temple. Parmi les ruines disséminées sur la plaine et les monceaux de pierres taillées, on remarque encore bien des débris, qui proviennent de bâtiments publics, tels que, au S., une colonne isolée (Zibb Fifaoun) à côté de diverses colonnes renversées ; elle se compose de plusieurs pièces, et paraît avoir appartenu à une église, dont on voit encore l'abside à l'Ë. A l'O., sur une haute colline isolée , on aperçoit des ruines qui , selon Laborde , seraient les restes d'une a^iropole de Pétra (belle vue au sommet).
Parmi les nombreux tombeaux, nous ne pouvons mentionner que les plus importants. Les rochers , d'une pierre assez tendre il est vrai , ont été travaillés avec une persévérance et en même temps avec une élégance vraiment remarquables. De quelque côté que l'on regarde , on aperçoit à une grande hauteur des ouvertures de cavernes funéraires, qui sont maintenant inaccessibles. Nous devons •supposer ^ue les tailleurs de pierros ont travaillé au moyen d'échel-»
'ÂtnMoÛM. PÉTRA. BouU 10, 311
les. Ga Bont naturellement les parois escarpées dé TE. et de VO. de la vallée principale qu^on a le pins utilisées ; mais les rochers des nombreuses yalHes latérales et des projections sont aussi tailMs de la m^me manière.
Si , en passant près de la colonne mentionnée ci-dessas , on se dirige Ters le d^fll^ S.O. , on trouve dans la paroi du rocher un tombeau non ache-vé, mais très intéressant en ce sens qu'il nous montre la manière dont les P^tr^ens taillaient leurs tombeaux dans le roc du haut en bas , après en avoir probablement fait Tesquisse sur le rocher. Il n'y a de visible dans la paroi que quelques lourds chapiteaux. On remarque dans la gorge S.O. quelques monuments d^tach^s du rocher, qui rappellent les tombeaux juifs de la vallée de Josaphat''(v. p. 235). La paroi de rocher environnante est aussi en taille unie. Plus nous observons les tombeaux de P^tra, plus nous demeurons convaincus que nous n^avons point Tart romain sous les yeux et moins encore Tart grec, mais que les styles étrangers se sont mêlés avec l'art indigène oriental. Nous le voyons aussi bien aux pyramides tronquées qu'à la forme des frontons, qui dominent les ouvertures rondes ou carrées des grottes funéraires ; celles-ci sont absolument disposées de la même manière qu'à Jérusalem. Ce qui est caractéristique pour Pétra, ce sont les ornements sous forme de petites urnes, qui se retrouvent constamment au-dessus et sur les côtés des portes des tombeaux. Les chapiteaux des pilastres sont pour la plupart grossièrement taillés et rappellent presque le genre égyptien. De petits escaliers, taillés dans le rocher et très bien conservés, conduisent le long des paiois à quelques-unes des ouvertures de tombeaux, qui sont placées trop haut.
Le vallon du S.E. a aussi quelques tombeaux et un escalier taillé dans le rocher. Mais le point le plus remarquable est la gorge qu'arrose le ruisseau 'Am Moûm. En y entrant par le nord, on trouve d'abord des tombeaux à g. , puis à l'endroit où la vallée se rétrécit pour fléchir vers l'E. un magnifique amphithéâtre, l'orteil de Pétra. Ce théâtre, entièrement taillé dans le rocher, a 36m. de diamètre ; 33 rangées de sièges s'élèvent les unes au-dessus des autres , également taillées dans le rocher. Cette enceinte pouvait contenir de 3000 à 4000 spectateurs. Au-dessus des sièges, de petites chambres qui forment dans le rocher une sorte d'arcature. De la rangée supérieure, l'on a une vue magnifique sur la vallée vers le N. ; partout on aperçoit des tombeaux. Aujourd'hui le ruisseau coule à travers la scène du thé&tre. — Les rochers se rapprochent et sont plus escarpés. H règne la plus grande variété dans les façades des tombeaux. Vis-à-vis du théâtre se trouve une grande façade sur le devant de laquelle le rocher a évidemment été enlevé à grand' peine par le ciseau. Au-dessus du fronton de la grande porte quadrangulaire , on a pratiqué des degrés qui du centre vont aux angles. On voit souvent différents tombeaux les uns sur les autres, quelques-uns plus simples, d'autre ornés de
M^ Route 10. VÉTRA. Khaznet Fvf^aoun.'
colonnes et de frontons. On pénètre pins avant, et l'on arrive à nn endroit, où de plus petits vallons viennent aboutir à dr. et' à g. ; puis, vers TE. commence leSte, ou déûlé proprement dît qui,, suivant le géologue français Lartet, est une ouverture naturelle. Tout à coup nous apparaît, saillissant du rocher 0., le Jthasmet Fir^aoun, ou trésor de Pharaon. On se demande , si cette façade d'environ 26m. de hauteur n'a appartenu qu'à un tombeau et non pas à un temple. Les détails de ce monument sont particulièrement soignés ; protégé par le rocher qui le surplombe et qui n'a pas été même complètement taillé, ce monument est bien conservé. On admire en outre la belle couleur rougeâtre de la pierre , et la position extrêmement pfttoresque du monument. Les chapiteaux du porche, dont il reste encore 5 colonnes debout sur 6, la corniche, et le fronton qui est décoré d'un aigle romain, sont d'un travail soigne. Le second étage repose également sur des colonnes, mais iT a des fitintons brisés. Entre eux s'élève une tour élancée, arrondie et reposant sur des colonnes ; elle a une architrave richement ornée, qui porte une coupole. Sur la clef de voûte de celleci repose une immense urne de pierre ; les Bédouins croient quelle renferme le trésor de Pharaon. Les niches et les panneaux sont ornés de magnifiques sculptures, pour la plupart des figures de femmes ; des aigles décorent les extrémités des frontons. Les sculptures de l'étage inférieur ont été endommagées par le vandalisme des Bédouins. On pénètre par le portail dans une vaste chambre de 16 pas de côté, et de 8m. de hauteur; les parois du rocher sont Unies et sans ornements, ainsi que les trois chambres adjacentes.
Le Sic était autrefois le seul passage pour arriver à Pétra. C'est une gorge étroite, bordée des deux côtés par des rochers qui ont d'abord de 45 à 60m. de haut, mais qui plus loin n'ont qu'une hauteur de 25 à 30 m., et ont été travaillés par la main de l'homme. Le sol de la vallée est planté de buissons d'oléandre; dans les fentes des rochers il croît des figues sauvages et des tamariscs. On amenait l'eau à la ville par deâ conduits qui longeaient le ruisseau, et dont il reste encore beaucoup de traces. Il y avait dans ce vallon une voûte pavée. Vers l'extrémité du défilé, la gorge est traversée par l'arche pittoresque d'un pont de 15 à 16 m. de haut, sous laquelle des niches ornées de deux piliers sont taillées dans les rochers. Dans un vallon latéral à l'O du Sîc se trouve un tombeau pyramidal, et plus loin, aussi àJl'O., un tombeau avec un eseulier taillé dans le roc.
Nous retournons à la sortie de la gorge. A dr. s'élève un monument semblable auRhazné, le tombeau à fume (Labordô), devaffrt lequel, une terrasse carrée où l'on montait par des marches. Deux rangées de 5 pilastres ioniques chacune , forment une espèce de portique. Au-dessus de la porte, une fenêtre, et trois autres pliis haut. L'urne repose sur un piédestal au-dessus de la frise*
Tombeau corinthien. PÉTBA. Route 10. 313
Dans l'în'ttfrîeiir se trouve un espace carré de 15m. de longueur. Au N., nous passons quelques tombeaux moins importants et nous trouvons le tombeau corinthien (Lab.) reposant sur un soubassement de 8 colonnes corinthiennes ; mais il est d'un travail en général moins soigné, et se trouvait plus exposé à la dégradation ; il contient à l'intérieur une grande chambre et deux petites. La paroi de rocher à l'E. de la ville se distingue par de nombreux monuments. Le plus grandiose est la façade à trois étages (pi. g), dont les deux supérieurs sont ornés chacun de 18 colonnes corinthiennes ; une partie de cette façade était en maçonnerie, parce qu'elle dépassait le rocher; en bas, quatre portails. L'intérieur de ces chambres est peu orné; on remarque dans quelques-unes des niches d'autels , preuve 'qti« ces ehambïes servaient aussi au culte chrétien. Vers le N. , le tombeau h Vinscription laUne de Qùintus Praetextus Florentinus. Au côté N. du bassin de la vallée se trouvent des grottes sépulcrales sans ornements architecturaux.
A Tangle O.N.O. de la ville vient aboutir une gorge semblable au Sî«, mais qui s'élève rapidement dans l'intérieur de la montagne. Elle est aussi très escarpée ; on a taillé en plusieurs endroits des degrés dans les rochers ou le long des parois. Après iavoir fait plusieurs courbes (des guides sont ici presque indispensables) le chemin nous mène en 1/2 T^ieure au Deir (couvent) situé à une grande hauteur, au-dessous des plus hautes crêtes du rocher. Ce monument est taillé dans une paroi verticale faisant partie des groupes de rochers qui dominent le plateau. En face s'élève majestueusement le mont Hôr comme une tour isolée. Les proportions du monument sont encore plus grandioses que celles du Khazné (p. 312), mais le style en est ampoulé ; la courbure concave au bas de la rotonde, qui est convexe , est un artifice architectural souvent appliqué de nos jours. Des ornements de métal semblent avoir été autrefois appliqués aux chapiteaux. Ce n'est que l'aspect sauvage de ces lieux qui fait ressortir ce monument d'ui^e manière avantageuse. Sur le devant, se trouve une grande place que la main de l'homme a aplanie. On a peine à croire que nous n'ayons ici qu'un tombeau , puisqu'on a eu tant de peine à créer le chemin. Il n'y a dans l'intérieur du monument que des parois nues avec une niche que l'on dirait pratiquée pour un autel. Dans les rochers adjacents ont. été taillés en différents endroits des escaliers qui conduisent à la partie supérieure ; au sommet du rocher élevé qui est vis-à-vis du Deir se trouve une surface aplanie, avec une rangée de colonnes.
Tels sont les principaux monuments de Pétra. Leur position au milieu du désert rend décidément plus grandiose l'impression qu'ils produisent , car ils n'ont pas une très grande valeur en ce qui concerne la pureté du style. La superficie occupée parles tombeaux taillés dans le rocher, est d'une étendue vraiment surprenante. A les voir si dégradés et si solitaires, on se rappelle lep
314 Route 10, 'AKABA. Rouies
prophéties que la haine nationale des Juifs contre Édom a dictées à Jérémie, et Ton se dit qu'elles se sont bien réellement accomplies
(Jér. xLix, 16 f).
Les environs de Pétra offrent encore d''antres antiquités intéressantes. Cest ainsi que Palmer a trouvé à el-Beida et eî-Bârid (à 3 h. K. de Pétra) un Sic et des grottes d^une certaine importance, qui ressemblent à celles de Pétra.
Laborde a découvert dans le Ouâdi Sabra, au S. de Pétra, les ruines d''un endroit qui, comme sorte d''annexe de la capitale, semble avoir voulu en imiter les constructions de luxe. On y trouve les ruines d^un théâtre, ou comme notre auteur rappelle, d^nne naumachie. A TE. de Pétra sont situées les premières villes de TArabie, telles que Ma^ân. Cette ville a encore quelque importance de nos jours, en tant que située sur la route que suivent les pèlerins de Damas à Médine et à la Mecque.
Rouies conduisant à Pétra.
Sur 'Akaba, comp. l'Egypte de Buedeker, I. p. 543.
De 'AkÂba a PiTRA. De 'Akaba. situé sur remplacement de Tancien Elath, qui est dans le voisinage d^Eziongéber , on arrive en 4 jours h Pétra par 'Aïn Gharandel, en montant le long de la 'Araba (guides etc. voy. p. 306). Mais il y a vers TE. une route plus intéressante que celle qui mène le long de la 'Araba. Passant par le Ouâdi Hitem^ oh 1 on monte le premier jour pendant environ 6 b., on arrive à la grande plaine de Coûra où des restes d'une voie romaine nous conduisent vers le 17. Le second jour (6 b. i/s) on voit le fort Kououeira dans la plaine, et à son extrémité des campements de Bédouins-Sbè'. Le troisième jour, on atteint le Ouâdi Oumm Ahmed avec ses bautes et nombreuses terrasses, et 'Ain er-résâs-^ au bout de 6 b. , un aqueduc romain et deux ouvrages de fortification. Le 4e jour, on monte le Ouâdi Oumm Abmed pour gagner *Aîn rad/af et 'Ain Ohaxâlé, et Ton arrive enfin à Ouâdi Moûsa.
Dk Djebel OusDofiM A Pâtra (18-20 b.). Quittant Tangle S.O. de la mer Morte, on passe au pied du Djebel Ousdoûm et on longe le bord de la Sabkha (p. 307) du côté S.O. Une heure après. Ton atteint Textrémité S. de la crête; on trouve encore ici du bois flotté. Au bout de 10 min., les premières traces de végétation. Encore 20 min., et Ton rencontre à dr. une source salée, 'Ain el-Beida^ entre des touffes de roseaux. 20 min. après on traverse la vallée des' chèvres (Ouâdi él-Em*âz) qui vient de VO.t il croit ici sur le terrain salé un arbrisseau épineux touffu et peu élevé (en arabe gharkad) qui porte en juin des baies rouges succulentes.
Les montagnes de craie forment à droite une grande courbe, pour s^unir ensuite a la ligne de rochers qui se développe au S. Du S.O. descend le Ouâdi el-Ficré^ lit d''un large ruisseau parsemé de pierres.^ Au bout de 45 min. on atteint un rocher escarpé formant le commencement de la chaîne qui court à travers la vallée. Ces collines dénudées de 15 à 4Ôm. de hauteur, que Ton suit vers le S.E., se composent également de craie tendre ou de marne durcie. Les sources, qui contiennent un peu de sel, entretiennent une riche végétation de tamariscs, de Ifehk et de palmiers rabougris. Au bout de 45 min. on arrive à un ruisseau très peu salé, qui vient de la source de la fiancée CAîn el-'Aroûs). Au delà du Ghôr on voit le Ouâdi et-Ta/tlé et le Ouâdi Oharandel^ celui-ci ainsi nommé de Tancienne ville' é'piscopale à''Arindela (p. 318) dont il reste des ruines importantes avec des rangées de colonnes.
En suivant les collines dans le sens S.S.E., on arrive à Touverture du grand Ouâdi el-DJcib, qui venant du S. entre des rochers amène les eaux
f «La terreur que tu inspirais, Torgueil de ton cœur, fa séduite, parce que tu habites les asiles des rochers , et que tu es maîtresse de la cime des montagnes. Quand même tu places ton aire aussi haut que Taigle, de là je te précipiterai, dit TEternel. — Et Tldumée sera dévastée; quiconque passera près d'elle, frissonnera et se rira de toutes ses plaies.»
àPéUra. MONTHÔR. BouU 10, 3t5
du Ohôr inférieur (On^i el-'Anba). 1 h. après Ton eat au point où la ligne de rochers à g. conrt, vers TE., à travers la vallée large d^environ 1 h.; c^est la hantenr A''Aerabbim, qui formait la frontière S.£. de Juda (Jos. XV, 2, 3). Les bords du Ou&di el-Djeib sont presque à pic, -et le fond de la vallée monte insensiblement. On trouve des buissons de tamariscs à Torigine de la vallée. Une heure après elle se dirige au S. ; on voit dans le lointain le mont Hôr près de Pétra. Au bout de 10 min., à dr. le Ouâdi Ha*b venant de TO. Entre les collines E., on voit le Ouddi Ohououeir descendre des montagnes de Tancienne Idumée. Les rives du Ouadi el-Djeib , et particulièrement la rive orientale, deviennent plus basses vers le S. A mesure que nous continuons vers le S.O., le Hôr apparaît de plus en plus distinct au S.E. 3 h. après, on atteint la ^Araba, vaste plaine ondulée et nue, qui n''est couverte que de rares arbrisseaux (Ohada); le sol se eompose de gravier et de pierres; il est sillonné par des lits de ruisseaux, il n^ a de verdure que près des sources (à ''10. *Ain el-Oueibé^ p. 316; au 17. *Aîn a-Ohououeiré). Les montagnes escarpées de TE. sont également nues et sans vue. Au bout de 2 h. 40 min. on atteint le Ovâdi el-Bououeiridi ; la plaine est couverte de collines basses graveleuses ; il ne croit çà et là qu'Hun arbrisseau ou un acacia. On tourne davantage vers le S.E., et Ton arrive en 1 h. 40 à des sources entourées de végétation.
On traverse maintenant la 'Araba dans la direction de TE. La ligne de partage des eaux, qui coupe ici la vallée dans le voisinage de Pétra, est, suivant les observations les plus récentes (Luynes), dans sa partie la plus basse, à 240m. au-dessus de la Méditerranée, de telle sorte que Tidée d''une jonction qui aurait existé jadis entre la mer Morte et la mer Bouge est erronée. Mais la vallée a servi sans doute de voie de communication, à répoque où Tancienne ville de Eziongéber, dans le voisinage de la 'Akaba moderne, était le point de départ du commerce maritime des Edomites et des Israélites. Nous avons a TO. les arêtes du DJébel et'Tth; à TE. devant nous les montagnes ech-Chérâ (p. 317). On traverse en 3 h. la vallée de la 'Araba en montant du côté S.E. En plusieurs lieux on voit des amas de pierres; quand les Bédouins ont fait vœu d'immoler une brebis à la mémoire d'^Aaron, ils ne conduisent leur victime que jusqu''à Tendroit d''où ils aperçoivent son tombeau sur le mont Hôr ; c'^est là qu'ils regorgent, la mangentTet en cachent le sang sous des tas de pierres. Le côté E. de la vallée est loin d'être aussi vert que le côté O. — On s'enfonce maintenant, en contournant le Hôr au S., dans le sinueux Ouddi Rotdtéfi^ bordé par des chaînes de collines, qui se composent de grès et de calcaire crayeux, et renferment maintes grottes ; dans le lit de la vallée croissent des buissons de tamariscs, l'arbrisseau à c&pres et une magnifique orobanche à grandes fleurs jaunes et bleues.
Le mont BAr se compose de grès bigarré, parsemé de veines plus ou moins foncées, rougefttres et jaune-brun. De la masse centrale s'élèvent de petits et de grands cônes, dans l'intérieur desquels les couches bigarrées sont concentriques. La montagne est coupée de crevasses à pic. Le sommet du Hôr, auquel on monte par un chemin très raide, est double: sur le sommet de TE., à ld29m. au-dessus de la Méditerranée , se trouve le tombeau d'Aaron (Kàbr Hâroûn) visité par les pèlerins. Le sentier tourne d'abord au nord, puis à l'ouest, pour contourner enfin la montagne à l'E. On arrive, près du sommet, à une gorge, dans laquelle des degrés conduisent sur la hauteur; il s'y trouve aussi des ruines, qui doivent avoir appartenu à un couvent. Le tombeau d'Aaron est un sanctuaire musulman moderne, misérable bâtiment carré; le sarcophage est aussi moderne. Mais on remarque dans la muraille des débris de colonnes, et à l'angle N.O. un passage conduit de la chapelle dans un souterrain voûté ; une grille de fer entourait autrefois le tombeau (on ne peut y entrer qu'avec des lumières). La tradition, qui rapporte qu'Aaron est enterré ici (Nomb. xx, 28 et suiv.) est en tout cas très ancienne ; Josèphe en parle déjà. Beaucoup d'inscriptions arabes et hébraïques proviennent des pèlerins. On jouit de ce point d'une vue remarquable, particulièrement sur Pétra et ses tombeaux, sur les gorges et les déchirures des montagnes, et à rO sur le pays nu et désert de la 'Araba. Les tribus nomades
316 Rouit 10. 'AÏN £L-OtJEIBÉ. Boutes
du désert ont conservé Tancienne coutume' d''enterrer les morts sur le sommet des montagnes. — Du commencement de la 'Aràba jusqu'^à Pétra, il y a près de 3 h. de chemin. On descend du Hôr vers le S.B. et Ton trouve bientôt des grottes sur les côtés de la vallée. On entre dans la ville de Pétra par Tangle N.O.
De Pétba k Hébbon (42 h.). On peut revenir de Pétra par le même chemin que nous avons indiqué pour se rendre à cette ville. Un autre chemin d^environ 18h., mène directement par la 'Araba à 'Aïn el-Oueibé. Un chemin moins direct conduit par le col Néméla: on peut alors traverser encore une fois le Sic au lieu de Tun des Ouâdis qui viennent du N.N.E. On atteint à peu près en 3 h. la plaine de Souioûh BHda et 3 h. plus loin la hauteur du col Nemela^ d''où la vue est belle;' on aperçoit le grand Ouâdi el-Djeîb et le large Ouftdi el-Djerâfé, qui vient du 8.O. et s^nnit avec le premier; au-dessus, le rocher el-Moucra: près de là, le sommet du mont Hôr. On atteint en 45 min. le pied de la montagne; le calcaire reparaît à la place du porphyre. Le chemin conduit dans la ^Araba par des pentes pierreuses (2 h.). On croise diverses vallées, et Ton arrive au bout de 2 h. 20 min. au grand Ouàdi eg-Sekâkin^ dont on suit le lit jusqu'au point oii il passe au travers des collines graveleuses qui courent transversalement sur la 'Araba. Marchant toujours dans la direction 0.1^.0. sur le désert ondulé et graveleux, nous arrivons en 2 h. 45 min. au Ouâdi el-DJeib sur le versant O. de la ^Araba et nous y descendons jusqu'à une profondeur d'environ 30m. La vallée a ici */4 d'h. de large; au point oà elle s'élève de nouveau le long des montagnes de rO. se trouve *Aîn el-Oue&>é avec trois sources, qui entretiennent quelque végétation et qu'ombragent quelques palmiers. L'eau est chaude et légèrement sulfureuse; la source S. est la meilleure. En regardant en arrière nous voyons le Hôr dominer majestueusement la haute chaîne des monts édomites. Robinson croyait avoir retrouvé dans le 'Aïn el-Ouéibé l'ancien Kadès Barnéa (Xomb. xiii, xiv; Deut. i): mais son idée ne s*est pas confirmée, car cette ville a été découverte (?) à 76 kilom. à l'O. et encore sous son ancien nom de 'Aïn Kadès.
De 'Aïn el-Oueibé à Hébron, l'escorte ne suit pas toujours la même route. On conduit quelquefois le voyageur en remontant le Ouâdi Mirzâba pour le faire arriver à l'interminable col de Mirzâba^ dont on n'atteint le sommet qu'au bout de 2 h. Vz* H y a d'ici 7 h. Vs jusqu'au Ouâdi Fieré à dr. du Djebel Mâdara; on passe ensuite le col es-Safâ (v. plus bas). — Un autre chemin tirant à l'E. entre des hauteurs ilésertes, formées de calcaire, conduit au Ouâdi el-Kharâr^ oti il y a une source, puis en 6 h. environ au col à'el-Kharâr^ le premier gradin qui s'élève au-dessus de la 'Araba. La vallée principale de cette partie du pays est le Ouâdi Ficré (v. p. 314), qui s'abaisse à droite vers le Ghôr, et que l'on atteint en 2 h. A g. s'élève la pointe isolée du Mâdara; les Bédouins racontent qu'il y avait ici autrefois une ville, qui a été détruite par des pierres tombées du ciel. La colline eâ-Safâ^ qui s'étend transversalement devant nous, peut être gravie par trois chemins: le col intermédiaire s'appelle es-Safâ, celui de g. (où il y a de l'eau) el-7émen>*et celui de dr. es -Sauf et. tie' col du milieu est plus court; 'du Ouftdi Ficré jusqu'au pied' du col, 35 min. Le chemin est raboteux, mais poli et glissant en quelques endroits; on remarque des traces d'un ancien sentier taillé dans le rocher. Les piétons peuvent prendre un chemin plus court que les bêtes de somme ou les montures. Si nous ne pouvons voir dans 'Aïn el-Oueibé l'ancien Kadès, il n'est pas possible non plus que le nom de cette montagne corresponde à celui de Zifath, ancienne ville des rois Cananéens (Jug. i, 17), nommée plus tard Horma (Komb. xxi, 3; Jos. XII, 14). On atteint en 1 h. le sommet du çol, d'bù l'on voit le désert, qui s'étend à perte de vue des deux côtés de la 'Araba jusqu'^à la mer Morte. La contrée est affreusement désolée. Le chemin suit constamment la direction N.N.O. On marche pendant qudque temps entre deux gorges profondes, puis on descend à dr. dans une vallée. On trouve ensuite une espèce de plaine, le second gradin de la montagne vers la 'Araba. La partie plane du pays, que l'on atteint en 2 h., s'appelle et- Tarâibé. Deux heures après, on traverse un bras du Ouâdi el-té^neH et
itPétra. dEMOÛ'A. Boute 10. 817
Ton nonte en 20 min. un plateau plus élevé. A g., les mines du ▼!]lage Coumoub sur une colline^ elles sont sans intérêt, car il n''est point sûr qu'elles soient identiques avec Tancien Thamar (Ezéeh. xlvii, 19) III Rois IX, 18; II Chron. viii, 4; comp. p. 548). Au delà de la crête de la ntontagne (2 h. 15 min.) on monte la chaîne de Kottbbet el-Bcuml, puis on descend dans le bassin de ^Ar^dra^ où se voient àes traces d'ancienne culture (Vz h.). Au bout de 35 min., les ruines du village el-Kousêr et 10 min. après, un ehemin conduit directement au N. vers Tell Milh\i h. Vs)*
[Le détour par 'A/âra est peu considérable. Au bout de 30' min., on a du haut d''une montagne une vue étendue sur la contrée des frontières méridionales de Juda. On retrouve, 1 h. après, le Oxiftdi ^Ax'âra; il y a dans la vallée des fosses pour recueillir les eaux, et des traces d un ancien lieu habité, Aroer (I Bois xxx, 28; I Chron. xi, 44), où David envoya de Ziklag une partie du butin. Ici, nous ne sommes pas seulement sur le théfttre des combats de I>avid, mais sur les lieux où les ancêtres des Israélites menaient paStre leurs troupeaux. La contrée prend un aspect moins lugubre, le désert est derrière nous. On arrive en 2 h. aux citernes d'el-MUh.]
Dans la plaine on voit des ruines avec des murs d'enceinte; ici se trouvait en effet Tancien Molada (Jos. xv, 26; Néhém. xi, 26), dont Jpsèphe fait aussi mention. Au bout de 1 h. ÔO min., à droite, la ruine de Makkùûl; le chemin monte pendant 15 min. On aperçoit à TE. Tell'Arad (p. 'dû6). Montant une vallée, on atteint en V^ <^'î^* un nouveau gradin. i h. 10 min. après, à g., les ruines du village d'el-Ohouaueiny dans le lointain ^Aittr, Fancien Jatttr, ville sacerdotale (Jos. xxi, 13, 14), avec des raines insignifiantes. Ici le pays est de nouveau cultivé. Au bout de 1 h., à g. sur une colline B^fât avec des ruines étendues , et une quantité de magasins souterrains et de citernes; quelques voûtes sont encore intactes; on voit entre antres un bâtiment qui pourrait avoir été une église. En 20 min. on atteint Semoffa^ le premier endroit habité sur le chemin qui vient du 8. Ce village est situé sur une colline qui domine toute la contrée. Entre les maisons modernes se trouvent des ruines et d'anciennes pierres de construction d''un volume considérable. Un fragment de frise antique est encastré au-dessus de la porte d''une petite mosquée. Le château ruiné paraît être d'origine arabe. Sous un grand nombre de maisons se trouvent des caves creusées dans le roc. Semoû'a a environ 200 habitants. Son nom correspond à celui de Tantlque Bchtemoa iJoB, XV, 50; I Bois xxx, 28). Sur une colline à 5 min. S.O. du village, on aperçoit les restes d'un monument funéraire (el-banipa) de la première époque byzantine. L'on descend d'ici dans une profonde vallée, puis on remonte pour trouver, 45 min. après, Yâtâ à dr. (v. 305). On atteint en 1 h. le fond du Ouddi el-Khalil (vallée d'Hébron) ; on passe, au bout de 15 min., le village de Kirkis, mais on quitte de nouveau le Ou&di Kirkis , pour monter sur la hauteur à dr. (45 min.). Ici commencent les champs cultivés et les magnifiques vergers d'^Hébron (p. 396) où l'on arrive en 1 h. V*'
De Pétra à Jéricho par Kêrac et * Amman.
Db PftTBA A Kébac (28 h.), excursion qu'il ne faut faire qu^'avec une forte escorte. De Pétra on monte la vallée vers le N. jusqu^à EMji^ on arrive ensuite dans le voisinage d'un village abandonné, Bctcktbdé, puis à la Source de Jfoise (v. 309); partout des monoeaux de pierres (v. 315). En tirant d'ici vers le N.17.E., on rencontre ordinairement des campements de Bédouins ; en 6 h. Vs on atteint CMbek. Baudouin I®', parti de Jérusalem, traversa le Jourdain, parcourut dans la direction du S. le pays à l'E. du Jourdain dans toute sa longueur (ce pays était alors nommé Pa> lestina secunda), et fonda pour protéger les chrétiens, un castrum où il mit garnison, et qui fut i4>pelé en l'honneur de son fondateur Mons regalU ou Af&nt royal ; Saladin l'assiégea en 1181. Ce Chôbek est aujourd'hui le chef-lieu du Djebel eeh-Chérâ; il est situé au sommet d'une colline au pied de laquelle deux sources arrosent des plantations d'arbres particuliers à cet endroit. Le ch&teau, bien conservé, est d'origine arabe ^ des
318 Route 10. KÉRA€. Z>e Pétrà
inscriptions portent le nom de Hëlic ef-Zâhir (Bîbars, p. 76). On voit ici , en ontre, les ruines d'nne belle église qui date du moyen âge. Vue étendue du haut de la colline.
A rs. de Ghôbek il Y a dans la vallée des traces d'une voie militaire romaine. On atteint en 6 h. Vs ^^ ruines de Oharandel (p. 314) à côté de trois hauteurs volcaniques*, on suit ici la voie romaine, qui est pavée régulièrement de pierres noires, et bien conservée. Plus loin à TE. une raie blanche indique le BeH> el-Hadj, route des pèlerins se rendant à la Mecque. On atteint en 3 h., ap'rès avoir laissé à g. la profonde vallée de DânOt le village de Bou»éira (Petit -Bosra) dans le district actuel de Djebâl (=Guébalène). Ruinés insignifiantes*, une cinquantaine de maisons habitées.
D'ici à ei-Tc^fili 2 h. 1/2 de chemin. EtrTafîlé est un grand village de 600 maisons,' dont le cheikh est, de nom, le* chef du district de Djebâ. Les environs sont riches en eau et fertiles. Tafîlé est probablement le Tophel mentionné Deuter. i. On arrive d'ici en i h. N.O. au vUIage de ^Aimé qui est au pied de rochers élevés. Remontant un ou&di, on arrive plus loin aux ruines étendues d'el-JTert*, puis on descend à la source de ^Aïn ehKasrên et Ton arrive en 2 h. 1/4 au lit profond du Ouâdi «H-AJua qui s'appelle ^ofdAt dans son cours inférieur et se verse dans le QMr'es- Sâfiyé (p. 307)! Ici commence le district de Kérac, territoire des anciens liloabites. Sur le flanc K. de la vallée, le chemin redevient ascendant; on arrive en 2 h. 3/4 à Ktumtîré^ qui est également riche en eau, puis en 1 h. au village pittoresquement situé de ^Euvûh,, et 1 h. après à KetheràltA>a^ village d'environ 80 maisons. C'est ici et *dans le village de 'Aïn Terrain situé à V2 ^' AU N. , que prend naissance le Ouâdi ^Asal. */4 d'h. après, l'on a du sommet de la colline, une belle vue sur l'extrémité S. de la mer Morte. On descend ensuite dans la vallée Sdî» Frandji et au delà, l'on atteint Kérac en 1 h. Vf* — ^^ villageois de ce pays sont pour le costume, les mœurs et le langage beaucoup plus rapprochés des Bédouins que les paysans qui habitent à l'O. du Jourdain. On trouve aussi dans chaque village une Mé^&fé, espèce d'hôtellerie, dans laquelle l'étranger est hébergé gratuitement avec une hospitalité toute bédouine (on s'attend néanmoins a recevoir un payement de la part des Européens).
Kérac s'appelait anciennement Kir Moab (IV Rois m, 25; Es. xvr, 7, 11; Jér. XLv, 31) et faisait partie des nombreuses villes des Moabites. Tous les récits s'accordent à représenter ce peuple comme fort semblable aux Israélites, comme le fait déjà comprendre le récit de leur origine (Gen. chap. xix) ; ils apparaissent dans l'histoire comme un peuple belliqueux. Les Israélites, dans leur marche vers Canaan, firent un détour pour éviter le pays de Moab. Au temps des juges, Moab rendit les Israélites tributaires (Jug. m); Saiil combattit contre Moab, ainsi que le fit après lui David, dont la trisaïeule était originaire de Moab. Après la mort de Salomon, Moab devint tributaire du royaume d'Israël, mais il refusa de payer le tribut après la mort d'Achab. Mésa était alors roi des Moabites. Sa table commémorative qui date sans doute des années 897-6, a été retrouvée à Dibân (p. 321) en 1868. Joram s'allia avec Josaphat, roi de Juda, et entra dans le pays par le S. à travers l'Idumée; mais la forteresse de Kir Haréset (Kir Moab) leur fit résistance. Mésa offrit son premier né en holocauste sur la muraille à Ba'al Kamoch, sur quoi les Israélites s'en retournèrent dans leur pays. Plus tard Moab fut tantôt assujetti, tantôt indépendant C'est ainsi que de nos jours encore, le payement du tribut ne se fait guère en l'absence d'une garnison militaire. Les Moabites disparurent déjà comme peuple dans le ne siècle siècle ap. J.-C. Le pays de Moab était fertile (Jér. xlviii) et les ruines qu'on y trouve font supposer qu'il était très peuplé.
Kérac a été plus tard le siège d'un archevêché, mais dont le titulaire, comme de nos jours, prenait le titre d'archevêque de «Petra deserti». Cet endroit a été souvent confondu avec Chôbek. Lorsque les croisés s'établirent dans la contrée à l'E. du Jourdain, Kérac était la clef de ce
Says, en ce qu'il commandait les routes que suivaient les caravanes e l'Egypte et de l'Arabie pour se rendre en Syrie; aussi la possession de
à Jéricho. KÉRAC. Soute 10. 319
cette forteresse a-t-elle été souvent contestée. Les Sarasins cherchèrent à s'* en emparer à tout prix, parce que les Francs poussaient de là leurs incursions jusque près d''AiIa CAkaba). En 1183 et suiv. Kérac, occupé par Renaud de Chatillon, eut à subir de rudes assaata de la part de Ë^ladin, qui finit par s'^en emparer, ainsi que de Ghdbek en 1188. Les Ayyoubites firent de Kérac une place très forte et y résidèrent souvent; ils y eurent aussi leur trésor et leur prison d^état. Cet endroit était alors florissant. Il a été même dans des temps plus récents une pomme de discorde entre les souverains d'Egypte et de Syrie. Mais la forte position de Kérac permit à ses habitants de se maintenir, à l'ordinaire, dans une assez grande indépendance. Ses relations avec le désert ont toujours été très suivies. Ce sont surtout les marchands d'Hébron, qui fréquentent le marché de Kérac. Il y a quelques années que le Pacha de Jérusalem réussit à placer de nouveau une garnison (?) à Kérac ; mais elle n'offre pas néanmoins un rempart suffisant contre les attaques des habitants du pays. Ceux-ci portent, comme les Bédouins, le manteau CAbayé) rayé; personne ne sort sans armes. Les environs sont très fertiles; le mot de «vendeur de beurre» est un terme injurieux, parce que chacun est tenu d'employer à son usage et particulièrement pour ses hôtes le beurre que lui fournit le lait de ses troupeaux.
L'affluence des voyageurs européens et les fortes sommes que ces gens s'attendent à recevoir d'eux, les ont démoralisés et ont renforcé leur avidité innée. Ce n'est donc pas à tort qu'on les a décriés. Lynch, cependant, s'est tiré habilement de leurs filets en faisant saisir et emmener en otage vers la mer Morte le cheikh musulman de Kérac, qui l'avait menacé. Les étrangers y sont encore, de nos jours, honteusement pressurés. — Kérac avec ses dépendances compte 6001) habitants musulmans ayant 2000 fusils, et 1800 chriétiens ayant de 500 à 600 fusils. Les maisons sont b&ties en pisé et ont des toits plats; les poutres transversales des chambres reposent sur deux arceaux. Chaque maison de paysan contient un ou plusieurs Kououar, ou grands bahuts d'argile destinés aux provisions. -^ Celui qui n'a pas de tente, se fera conduire dans la Mé^ftfé, hôtellerie commune, et fera un présent immédiatement avant son départ, sans s'inquiéter des criailleries des gens ; car, leur donnftt-on quatre fois plus, ils crieraient quand mâme. Les habitants, chrétiens (Grecs) aussi bien que musulmans, sont très superstitieux ; on s'adressera aux chrétiens, qui inspirent plus ae confiance et qui sont sous l'autorité d'un cheikh parti-^ culier. La mission protestante a tenté même, dans les derniers temps, de prendre pied à Kérac.
Kérac est à environ 970m. au-dessus de la Méditerrannée. La vue dont on jouit, surtout du château fort s'étend sur la mer Morte et sur les montagnes environnantes. On aperçoit dans le lointain le mont des Oliviers, derrière lequel apparaît même le quartier russe. On voit la vallée du Jourdain jusque sur les hauteurs de Jéricho. Quoique les montagnes d'alentour dominent en partie la ville, sa position n en est pas moins très forte. Kérac est aussi entouré d'une muraille flanquée de cinq tours mais dégradée maintenant en plusieurs endroits. La tour du N. est la mieux conservée; eUe porte, outre une inscription, des figures de lion pareilles à celles des monuments arabes du temps des Groisiâ,es ; les parties inférieures de la muraille, à en juger par les pièces de l'appareil sont probablement plus anciennes. La ville n'avait primitivement que deux entrées, creusées en tunnel dans le roc; maintenant on peut aussi entrer dans la ville au N.O. par les brèches de la muraille. La forme de la voûte du tunnel "S.O. nous ramène (malgré l'inscription arabe) au temps des Romains. En passant sous cette voûte d'environ 80 pas de longueur, on arrive près de la tour de Bibars (N.O.), nom que porte l'inscription tracée à côté de deux lions. Les murs en sont massifs, très épais et garnis de meurtrières. Ces voûtes servent aujourd'hui de magasins à provisions.
L'édifice le plus intéressant de Kérac est son puissant château du S. Il est séparé de la colline adjacente par un grand fossé fait de main d'homme, on y a établi un réservoir; le côté N. de la forteresse est également bordé d'un fossé; versl'E., un talus considérable. Le château est
320 RquUiù. RABBA. De PAtm
ainsi séparé de la ville. Les murs sont très épais et bien conaervés. Les galeries, les corridors, les salles, tous de vastes dimensions, nous représentent bien ce quMtait un magnifique château de croisés. Les étages supérieurs sont dégradés, mais les passages qui y donnent accès sont bien conservés. On descend par un escalier dans une chapelle souterraine, où se voient encore des traces de fresques. Il y a un grand nombre de citernes dans Tintérieur de la forteresse. Quoique les sources se trouvent immédiatement au-dessous de la ville, on a établi dans son intérieur (et entre autres près de la tour de Bibars) de grands réservoirs d'eau. — La mosquée actuelle de Kérac était primitivement une église chrétienne^ les piliers et les arceaux sont encore là. La porte d'entrée forme un arc ogival; ùe divers symboles chrétiens, les musulmans n'ont épargné qu'un calice «culpté. L'église chrétienne est dédiée à St George (el-Khi^r, p. 98) et renferme des figures de style byzantin. Les Grecs ont aussi une école à Kérac ; l'instituteur grec peut montrer à l'étranger une maison avec les restes, bien conservés, d'un magnifique bain romain, et entre autres un beau pavé de marbre.
De Kérac à ''Amman (o^viron 33 h.). De Kérac la route suivant la direction N., conduit en 4 h. environ à Kabbat à travers une plaine moins parsemée de collines et de villages que la plaine qui est au S. de Kérac. On trouve en chemin des ruines de villages, Hauoueinîyé , Dottoneiné, Mekherchit. Babba est encore une ville moabite, autrefois Rabbat Moab^ que l'on a confondu plus tard avec Ar Moab et appelé dès lors AreopoU». h&8 ruines ont ^/s h. de circuit. Beaucoup de débris, la plupart jpeu conservés; p. ex. les restes d'un temple (côté O.), et quelques réservoirs. Non loin du temple, deux colonnes corinthiennes à côté l'une de l'autre.
La voie romaine traverse la ville et se dirige plus loin vers le !N. à travers des campagnes fertiles. %i min. après, à g. de la route, un petit temple romain, en partie détruit. Vz ^' après, à dr. , les ruines de l'ancienne tour de MUdé et près de là, les ruines de Hemêmât. Au bout de 20 min. on arrive aux ruines de Beit el-Karm^ dans le voisinage desquelles on voit les ruines d'un temple iKcur Rc^ba). Les colonnes ont l'air d'avoir été renversées par un tremblement de terre; de grands blocs de pierre gisent alentour. On atteint en 1 h. le village délabré d'«r-i2î/)a, toujours par la voie romaine, dont les pierres miliaires sont pour la plupart conservées. A dr. s'élèvent les collines dî'et-Tarfoûyé^ à g. le sommet arrondi d'une montagne isolée. Djebel (Mhân, avec le village du même nom. Un détour d'environ 1 h. nous y amène de Babba. Sur le versant S. et au bas de la colline on voit une quantité de clôtures en pierre de basalte, datant sans doute de l'époque anté-romaine. Le nom de l'endroit rappelle celui du roi amorrhéen Sihon (Nomb. xxi) dont le royaume, à l'arrivée des Israélites, s'étendait de l'Arnon au Jabboc; il fut battu par les Israélites et son pays passa aux tribus de Ruben et de Gad. III Bois iv, 19, il est encore question du pays de Sihon et Jér. xlviii, 45 même d^une ville. — Aujourd'hui se trouve sur la hauteur un lieu de sépulture des Béni Hamîdé et les ruines d'un temple. La vue est très étendue; on voit deux 'segments de la mer Morte, dans le lointain les montagnes de Juda, au N. la gorge du Môdjib.
On atteint en 2 h. (d'er-Rîha) les ruines de MéhâUt ehHadj d'où l'on descend vers la gorge du Môdjib. * La partie supérieure *de la bdontagne est couverte de basalte poreux. Ici encore des traces de la voie romaine, ainsi que les restes du pont. On arrive en 1 h. Vs environ, après avoir traversé quelques ruines, à une profondeur de 6a5 m. ; les collines du côté '^. au delà de cette gorge sont plus basses de 60 m. La végétation du lit de la vallée est magnifique; au-dessus du pont quelques ruines.
Au delà du Môdjib (VAmon)^ commence le district actuel d'*ef- Belkâ. D'ici jusqu'au Jabboc habitaient autrefois les Ammonites (Jug. XI, '13); plus tard les Amorltes fondèrent ici un état. Les Ammonites furent presque continuellement en guerre avec les Israélites qui avaient pris possession de leur pays et surtout avec la tribu de Gad. Jephté les refoula dans leurs frontières, Saùl leur fit la guonre, et David , qui dans l'origine était en bons termes avec leur roi XalukS, brisa plus tard leur puissance (II Bois x). Ils cherchèrent à nuire aux Israélites en toute
à Jéricho. MCAOUB. Route 10, 321
occasion et environ deux siècles avant J.-C. disparaissent de l'histoire. Ils adoraient, suivant la Bible, les dieux Milcom et Moloc.
Le chemin an delà de la rivière (contrée riche en perdrix) est pénible à cause de sa pente rapide, et difficile à trouver sans un bon guide. On atteint en 1 h. la plaine, oii se trouve un amas de ruines, ^Ai*âir= Aroer (Jos. XII, 2; XIII, 9), qui appartint plus tard à la tribu de Ruben (ibid. XVI). D'ici on atteint Dthûn en '/? h. par la plaine. Dîbân est Tancien Dibon^ conquis par les Israélites CNomb. xxi, 30), et rétabli plus tard par Gad (ibid., xxxii, 34). Suivant Es. xv, 2 il tomba entre les mains des Moabites: c'est ici qu'on a trouvé la colonne commémorative du roi Mésa (p. 318).
Les Bédouins qui occupent cette contrée sont les Béni Sakbr. De Dîbâi^, Tristram a visité Oumm er-Réfâs (2 h. Vz)-) grand amas de mines. On y voit encore beaucoup d'arceaux' en cintres surbaissés, ainsi que les ruines de quelques églises. A Vs h. environ de la ville, au N. d'Oumm er-Bésâs, est une tour remarquable, qu'on serait tenté de prendre pour une tour Âinéraire dans le style de Pnlmyre (v. 668). Il y a encore 3 h. de chemin d'ici à la route du Hadj oii se trouve Khân Zebîb^ évidemment sur l'emplacement d'un lieu ja^is habité, car on trouve encore bien des restes d'architecture au dedans et an dehors du bâtiment actuftl.
De Dîban on croise la voie romaine et le Ouâdi Heidân (dans la direction K.O.) et l'on arrive en 2 h. V? À Karêyât^ grand amas de ruines, qui correspond à l'ancien Kiryaihaim. Ici Kedorlaomer battit les Émites (Oen. xiv, 6\; plus tard, ce lieu appartint à la tribu de Ruben et passa ensuite à Moab. Un sori. semblable échut k^Attâroû» (1 h. X.E.), l'ancien Ataroth^ qui appartenait à Gad. Il n'y a sur là montagne K. que les raines d'un castel près d'un grand térébinthe. La vue qu'on a des ruines de la ville est plus belle; elle embrasse Bethléhem, Jérusalem, le Garizim, et à l'E. la plaine. Les montagnes sont en partie couvertes de térébinthes, d'amandiers etc., et en partie cnltivéAS.
A 1 h. 1/2 N.O. d'ici est situé Mcaour, l'ancien Machaerui. On croit que ce fut Alexandre Jannée qui commença à bâtir dans cet endroit. Le château a été détruit pendant les guerres de Pompée, mais reconstruit plus tard par Hérode le Grand, qui entoura de murs la forteresse et la protégea par des tours. Il fonda ici une ville, au milieu de laquelle il se bâtit un palais. Le territoire de la Pérée s'étendait d'ici jusqu'à Pella vers le N. Josèphe rapporie, qu' Hérode Antipas , tétrarque de Galilée et de Pérée, irrité des reproches de .Tean Baptiste (Math, xiv, 3) le fit enfermer et plus tard décapiter dans la forteresse de Machœrus. Elle servit aussi de refuge, après la ruine de Jérusalem, à un grand nombre de Juifs échappés au massacre*, mais le procurateur Lucilius Bassus s'en empara par ruse et fit égorger toute la garnison. On visite avec Intérêt la grande citadelle, qui couvre toute la sommité de la colline; une grande citerne et une tour y existent encore. De Mcaour, la vue embrasse la rive O. de la mer Morte, au S.O. Engeddi, et au delà toutes les montagnes de Juda qui se dirigent d'Hébron par Jérusalem vers le N. et s'abaissent vers la vallée du Jourdain; ce point est à 1168 m. au-dessus de la mer Morte, et par conséquent à 764m. au-dessus de la Méditerranée.
Une marche d'environ 3 h. N. sur un terrain montagneux en évitant le Ouâdi Zghara^ courte et profonde gorge, nous amène au bord de la profonde vallée du Zerka MaHn dans la contrée de Callirrhoë; on a encore 267m. à descendre de la terrasse jusqu'au lit de la rivière. Le fond et les pentes de la gorge sont couverts d'une riche végétation (réapparition des palmiers), très intéressante pour le botaniste. Cette flore a beaucoup de ressemblance avec celle de la Xubie et du Sud de l'Arabie. Au bas de la vallée apparaît le grès rouge, surmonté de couches de calcaire et de basalte (8.). Cette gorge a été creusée par un fort courant d'eau. Il sort des vallons latéraux, sur un espace de 1 h., un certain nombre de sources chaudes, toutes pins ou moins calcaires et apparaissant sur la ligne oii le grès se joint au calcaire. La plus chaude de ces sources d'où s'élève une épaisse vapeur et dont les parties minérales forment de forts dépôts, a une température de 61, 6* C. Les Arabes attribuent ces sources à un serviteur du roi Salomon, et font encore
PalesttM çt Syris), 21
322 Route XO. MÊDÉBA. De Para
usage aojoard^hui de leur Teriu cnvative. Elle« étaient déjà célèbres dans Tantiquité, et Hérode le Grand vint y tenter la guérison de sa dernière maladie; mais on ne retrouve plus aucune trace d'un établissement de bains.
Pour arriver de Gallirrhoë à Ma'în on remonte la vallée, pendant près de 6 h., par des chemins très pénibles. La vue e^t grandiose et les rochers nous étonnent par leurs formes bizarres; le cours du ruisseau est caché par des arbrisseaux d'^oléandre. Au point où le Ouâdi Habit court du N.E. dans le Zerka, le chemin tourne à g. près du DJébel' Hoiuné* Nous sortons maintenant du territoire des Bédouins Hamîdé qui sont en grande partie dépendants des Béni Snkhr poar entrer dans le territoire proprement dit de ces derniers. Après avoir gravi la montagne, on se retrouve sur une plaine élevée et Ton atteint en près de 1 h. Vs les champs couverts de ruines de lla'lB; sur le plateau, beaucoup d'amas de pierres ou dolmen formés chacun de 3 à 4 grandes pierres, et datant d'une époque très ancienne. Ma'in est Tancien BcfcU Mé^ôn^ proprement habitation de Ba'al Me'ôn (Jos. xiii, 17); il appartenait à Ruben et fit plus tard partie de Moab (Ezéch. xxv, 9). Eusèbe dit que c'est le lieu de naissance d'Elisée. Ruines étendues; partout, çà et là, des citernes.
Une marche de 1 h. Vs 1® long d'une voie romaine (?) à travers une plaine, conduit à ■édéba, autre ville de ruines aussi étendues mais mieux conservées que Ma'în. Dans la partie 8. de Hédéba se trouve un réservoir colossal de 110 m. de côté avec les ruines d'un grand fort. A l'E. un deuxième réservoir formé de blocs à refends, et un troisième au X. Au N.Ë., ruines d'un petit temple circulaire et un second temple an X., mais dans la direction de la sommité.
Médéba est l'ancien Medba^ ville primitivement moabite fJos. xiii, 9, 16); les Israélites la prirent aux Amorrhéens et l'assignèrent à la tribu de Ruben. David battit devant Medba les Ammonites et leurs alliés syriens (I Ghron. xix, 7-15). La ville retomba, dès le milieu du ix« siècle, au pouvoir des Moabites; plus tard elle est mentionnée comme ville des Xabatéens (Arabes). Hyrcan s'en empara après un siège de 6 mois. Elle était, à l'époque chrétienne, la résidence d'un évèqne.
C'est dans les montagnes au X.O. de Médéba et de Hesb&n qu'on cherche le mont Nebo, d'où Moïse contempla avant sa mort toute la terre promise (Deut. xxxiv). De Saulcy croit avoir trouvé ce mont (Djihel Nébà) au X., Tristram au S. de la source de Moïse, à l'endroit on se trouve Nébhé^ emplacement de ruines, où l'on arrive en 1 h. >|2 environ par des champs cultivés. La vue est étendue; on voit les montagnes d'Hébron jusqu'en Galilée, la mer Morte d'Engeddi dans la direction du X., toute la vallée du Jourdain, et même à l'arrière-plan le Garmel et l'Hermon. On identifie à tort la ruine de Zipâra^ à 1 h. à l'O. avec l'ancien Zoar;, au X. la vue s'étend jusque dans le Ouâdi ^Ayoûn Moûsa. La végétation de cette vallée est de même magnifique, mais le chemin, qui y descend, assez raide. On peut se rendre à Hesbân depuis les sources. Le chemin direct de Médéba à Hesbftn par la plaine peut se faire en 1 h. Vs; on entre maintenant dans le territoire des Bédouins 'Adouân chez lesquels il faut prendre une escorte. Le cheikh Gobelân (v. 411) escorte oràinairement les étrangers; son autorité s'étend d'ici à Djérach.
Heabàn, l'ancien ffesbtm^ était au temps de l'immigration des Israélites, une ville florissante et la résidence de Sihon, roi des Amorites (Xomb. XXI). Elle échut à la tribu de Ruben, quoiqu'elle soit aussi désignée comme une ville de Gad, et ses revenus appartenaient aux lévites. Elle tomba plus tard au pouvoir des Moabites (.Térém. xlviii). Au temps des Maccabées, elle appartint de nouveau à l'État juif.
Hesbân (900m. au-dessus de la Méditerranée) domine la plaine. Les ruinés, peu intéressantes, occupent deux collines, qui sont bordées à l'O. par le Ouâdi Hesbân, à l'E. par le Ouâdi Ma'in. Beaucoup d'ouvertures de citernes, et au milieu de la colline X., un enclos carré formé de grands blocs de pierres; sur la colline S.O., des traces d'un temple; à 70 pas à l'E. une tour carrée et entre les deux, une grande colonne renversée, d'un travail grossier. A l'E. de la ville, un réservoir. j
On atteint en 36 min. par une ancienne voie romaine^ Khirbpt el-'Al^
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324 Route 10. 'AMMAN. De Pétra
colline; devant celui-ci, une place carrée, entourée de colonnes. II reate encore debout 12 colonnes corinthiennes (8 et 4) sur plus de 50 qui s'y Pouvaient jadis. La scène est entièrement détruite; dans une chambre remplie de pierres était sans doute une porte de sortie. Les rangées de sièges sont coupées par des escaliers, et de plus séparées en trois divisions par des demi-cercles parallèles. Le 1«' rang se compose de 14, le second de 16 et le troisième de 18 gradins. Entre le second et le troisième, mais notamment au-dessus du rang supérieur, sont établies des loges. Tout Tensemble fait un& puissante impression. Ce qui est prononcé sur la scène arrive parfaitement jusqu'*à la plus haute rangée. Le théâtre pouvait contenir 6000 spectateurs. — Vis-à-vis, mais un peu à dr., dans un contour du ruisseau on voit les ruines d^un petit théâtre couvert ou odéon, au fronton duquel il y a une quantité de trous destinés à des crampons qui retenaient les ornements. Au-dessus de la porte latérale est une moulure où se voit entre autres la louve avec Romulus et Bémus.
En descendant près du ruisseau, nous arrivons à la ruine d''an moulin. Les rives sont, sur une étendue d** environ 300 m., couvertes de belles murailles romaines; anciennement, le ruisseau était ici voûté. On peut le traverser facilement sur les- blocs de pierre dont le lit est parsemé. Là où la colline se rapproche du cours d''eau et où descend de Tautre côté, le lit desséché d'un ruisseau, se trouvent sur la rive dr. des restes de thermes, et notamment une abside bien conservée, jointe à deux autres absides latérales; aux murs sont adossées des colonnes privées de leurs chapiteaux; les niches, chargées d'ornements, sont à une grande hauteur; des trous pour crampons indiquent qu'il y avait là des ornements de bronze. Au delà du lit du ruisseau, les restes d'un bazar arabe, et près de la rivière, ceux d'une basilique. On voit à quelque distance les restes d'une mosquée , et un peu plus à TO. , sur la rive gauche , un édifice carré, que l'on peut considérer comme un monument sépulcral ; les angles sont occupés par de beaux pilastres corinthiens ; le plafond de la chambre est en partie conservé; il y a quelques ornements à facettes. Ici commence la rangée de colonnes qui traversait la ville. En remontant plus haut le lit du ruisseau, on trouve des murs d'anciens temples, et plus haut encore, sur la rive g., les ruines d'un bâtiment d'une grande étendue. Si l'on descend aux thermes le long de la rivière, on voit bientôt un fragment du quai; à g., des restes d'habitations. Plus bas encore, un beau portique; puis vient un pont bien conservé, d'une seule arche. Il semble que, vis-à-vis du pont, il y ait eu un temple; il en existe encore des degrés, et les frontons des fenêtres rappellent Ba'albek (époque romaine postérieure). — La rangée de colonnes, de l'intérieur de la ville, suit le bord de la rivière, et en face du théâtre, dévie vers une porte.
La citadelle de 'Amman est sur la colline N., qui forme un angle vera le S.O. et qu'un fossé creusé de main d'homme limite vers l'E. La porte se trouve au milieu du versant S., vis-à-vis de la ville. Les murs d'enceinte sont un peu au-dessous de la crête de la colline, et ne paraissent pas en avoir beaucoup dépassé le sommet ; ils sont épais et construits en gros blocs de pierre sans ciment; ils font l'effet d'être très anciens. — L'intérieur de la for eresse ne se compose que de ruines informes.
De 'Amman à 'Abâk el-Emîb (3 h. 20 min.). Ce chemin remonte la rive g. du ruisseau jusqu'à la source, où il y a quelques restes de bâtiments. Un aqueduc amène d'ici de l'eau potable a la ville (17 min.). De nombreuses ruines de villages à g. et à dr. font supposer que cette partie du pays était autrefois riche .et bien cultivée. On voit d'abord à dr. Kasr el-Meîfoûf (château du chou), puis à g. ^Ahdoûn (p. 323); à dr. Oitmm ed- Deba; sur le plateau, 1 h. après, à g> Tt^aka^ à dr. Sououeifiyi; plus loin à g. ed'Demein^ et l'on arrive dans le àuâdi tch-QiUa (Eehta)^ verte vallée magnifiquement boisée, d'où son nom, vallée de la pluie. A dr., la ruine de iSdr, puis la source ^Âtn el-Bahal. A la sortie de la vallée (1 h.), nn moulin détruit; à dr., la raine' à''el-Arémé. D'ici on arrive en 1 h. à 'Arà^ ttl-Xmir (446 m. au-dessus de la mer). La vallée est ici en forme d'amphithéâtre; les pentes des collines sont couvertes de chênes.
Histoire. Josèphe rapporte longuement que le roi Hyrcan, persécuté par la jalousie 4« sea frères } «e retir» dans le pays à r£. du Jourdain,
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'ARÂK EL-ÊMÎB. Boule 10. 325
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Le bitimeol prlnclptl eut sut le cAI^ S.O. de l'iinphitliéitre lue Ue.lTt'înme p^qli-ne'^mi'li
m, en bardée dei deui àèlés en de gruda blocs de pisrrea, utea
326 Route 11. DORA.
efipacés, et percés comme si des barrières de bois y eussent été assujetties. Le chemin continue ainsi quelques centaines de pas. Le Easr, dont il ne reste proprement qu''un seul coté, est également formé de grands blocs, mais ils sont moins épais ^ la partie supérieure est ornée d''une frise en bas-relief, qui porte de grandes figures de lions dMn travail peu soigné. De Saulcy croit que ce parallélogramme percé de fenâtres et construit en immenses pierres, est un ancien temple ammonite ^ il prétend quHl a eu un péristyle et des galeries latérales et que la grande différence des pièces d'^appareil à l'intérieur prouve que Hyrcan a utilisé un ancien mur pour en faire un mur de défense. La place libre autour du château était probablement autrefois un fossé plein d'eau et s'appelle aujourd'hui Meidân el-'Abd.
En poursuivant notre route vers le N., nous trouvons à g. sur la montagne des restes de bâtiments et un aqueduc, et nous arrivons enfin sur la grande plate-forme N., où s'élevait une rangée de bâtiments entourés de murs. Le long de la montagne, qui s'étend derrière cette plate-forme, court dans le rocher une galerie remarquable, qui a été évidemment agrandie par la main de l'homme. On arrive de là par des portails dans des grottes, dont plusieurs ont probablement servi d'écuries, car on ne saurait guère s'expliquer autrement la présence d'anneaux fixés aux parois. Avons-nous ici d anciennes grottes servant d'habitations, ou comme le croit de Saulcy, des lieux de sépulture? Les inscriptions sont en anciens caractères hébreux. Josèphe parle déjà de grottes semblables qui devaient se trouver dans cet endroit.
De ^Abâk bl-Emîr à Jéricho (5 h. '/z)* Ce chemin conduit directement vers le N.O.*, en 15 min. , à un col peu élevé , puis sur un plateau en partie cultive; en 30 min., au Ouâdi en-Nâr dans lequel on descend en ô min. par une pente assez raide; puis on s'élève lentement (la ruine 8oûr restant au S.) jusqu'au haut Am Djenân ei-Soûr\ 30 min. après, on descend en 10 min. une paroi de rocher escarpée,' et traversant le Ouûdi DJerfa, vallée latérale du Ouâdi Nimrîn^ on est en 1 h. à Khirbet Nimrtn (v. 411) au point oii la vallée quitte la montagne. Le Ouâdi Nimrîn vient de Sait (p. 411) et prend plus haut le nom de Ouâdi ChaHb. Traversant plus loin le cours d'eau du Ouâdi Mmrîn, et passant par la vallée unie du Jourdain, on arrive, en 1 h. 1/2, en obliquant à l'O. au hoc du Jourdain^ à 1 h. y. du gué (v. ci-dessous); le passage pour un homme et un cheval coûte 1 piastre ; -d'ici à Jéricho 1 h. Vz*
Un chemin un peu plus long (6 h.) mène de 'Arâk' el-Emîr par ,1e Ouâdi el-Bahat qui débouche plus bas dans le Ouâdi ' Ke/rein à Khirbet Nasla (3 h.)', où la vallée entre dans celle du Jourdain. On arrive d'ici (à dr. le Tell Kefrein) directement vers l'O., en 1 h. V^i à Mahddet el- Ohôranîyé (gué du Jourdain), où l'on se fait porter par des Arabes k travers la rivière, et d'où l'on atteint Jéricho en 1 h. V2-, ou bien prenant (à dr.) la direction N.O. , on arrive en 2 h. au bac du Jourdain (v. plus haut).