Nazareth
On trouve un bon logis à l'hospice du couvent latin {Ccua nuova foresteina) au S. de la ville (pi. 1) ; il s'y trouve des lits en nombre suffisant: on ne paie pas moins de 10 fr. Le meilleur endroit pour dresser sa tente est au N. , au milieu des vergers. — ^Jsa el~Hakîm mérite d'être recommandé comme moucre; il connaît bien les chemins et les gens en Palestine, il est modeste et digne de confiance et possède aussi d'assez bons chevaux. — Il y a ici un médecin anglais, le Dr. Vartan.
Histoire. On a voulu faire dériver le nom de Nazareth de l'hébreu »^«er, rejeton (Is. xi, 1) et Mathieu déjà (n, 23) lui donne ce sens mystique. Les autres dérivations ne sont pas plus sûres que celle-là. 11 n'est pas question de cette ville dans l'Ancien Testament. Du temps de J.-C, c'était une bourgade insignifiante de la Galilée (St Jean i, 46). Le nom de Nazaréen donné par mépris au Christ passa à ses disciples (Math. II, 23; Act. des Ap. xxiv, 5) et s'est conservé jusqu'à ce jour en Orient, où les chrétiens s'appellent eux-mêmes cnasâra» (singulier cnousrâni»). Le nom de ce lieu s'est conservé jusqu'à ce jour sous la formé ^en-Nâsira. Eusèbe et St Jérôme sont les premiers qui reparlent de Nazareth: Jusqu'à l'époque de Constantin il n'y demeura que des Juifs (Samaritains). Vers l'an (ÎÛO, il sy trouvait une grande basilique, mais on n'y avait pas encore fondé d'évêché. A la suite de la conquête par les musulmans , ce ne fut plus qu'un village , dont l'empereur grec Zimiscè.<i s'empara en 970. Les Arabes le détruisirent encore avant sa prise par les Francs. £n 1109, Tancrède reçut la Galilée en fief; les croisés bâtirent des églises à Nazareth et y transférèrent le siège de l'évêché de Scythopolis. Mais il s^y éleva de temps en temps des querelles entre les chrétiens eux-mêmes. Saladin s'en empara après la bataille de Hattîn en 1187. Nazareth fut souvent visitée par les pèlerins à partir du moyen âge ; mais on s'y rendait ordinairement de St-Jean-d'Acre, parce que le chemin de Jérusalem par Naplouse était trop dangereux. L'empereur Frédéric II la rebâtit en 1229, et St Louis, roi de France, y vint en 1250. Ensuite, les Francs ayant dû pour toujours quitter la Palestine, Nazareth perdit beaucoup de soh importance et fut peu fréquentée. Les chrétiens durent même l'abandonner aussi après la conquête de la Palestine par les Turcs, en lôl7. Ce n'est que depuis 1620, époque où les franciscains y entrèrent avec l'aide de Fakhreddîn prince des Drnses (p. 463), que cette ville s'est relevée, bien qu'elle soit toujours restée durant le xvii* s. un misérable village, qui eut souvent à souffrir des querelles des chefs arabes et des incursions des Bédouins. Elle reprit enfin de l'importance vers le milieu du xviii^ s. grâce au cheikh ^âhir el-'Amr (p. 375). Les Français campèrent en 1799 près de Nazareth. Djezzâr Pacha voulut, après leur départ, faire mettre à mort tons les chrétiens habitant sur
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son ierritoii'e; il en fat empêche par les menaces de ramixal anglais Sidney Smith; en revanche, Djezzar les opprima tant qu'il put.
La Tille actuelle d' en-Nâsira est située daus une vallée sur le versant méridional du Djébel es - 8îkh (de formation calcaire) à Vendroit où était l'ancienne Nazareth, mais peut-être un peu plus bas que llancienne ville. Elle présente un coup d'œil agréable, surtout au printemps, avec ses murs d'un blanc éblouissant au milieu de la verdure des haies de cactus, des figuiers et des oliviers qui l'entourent. Le chiffre de sa population est de 6,000 habitants, dont2,000 musulmans, 2,000 grecs-orthodoxes, 180 grecsunis, 800 latins, 80 maronites et 100 protestants. La population chrétienne augmente. Parmi les Latins, il y en a qui comprennent un peu l'italien. La plupart des habitants se livrent à l'agriculture, au jardinage et à l'élève du bétail , quelques uns exercent différentes industries et font le commerce du coton et des grains. Les habitants sont connus pour leur turbulence. On y rencontre des femmes de belle apparence. Dans cette ville relativement riche, on remarque les particularités du costume des paysans chrétiens, surtout à l'occasion d'une noce. Les femmes portent alors une jaquette brodée de diverses couleurs et se couvrent le front et la poitrine de pièces de monnaie. Le chameau qui ne manque jamais dans un cortège de noce est aussi couvert de toute sorte de draperies et de chapelets de pièces de monnaie.
Nazareth est le chef-lieu d'un district du pachalik d'Acre. Elle est divisée en trois quartiers , celui des Latins , le Hâret ei-Latîn, à l'O. , celui des Grecs, le Hâret er-Boûm y au N., et celui des mahométans, le Hâret el-Islâm^ àl'E. Les chrétiens ont des chefs particuliers. Ici également, ils désirent le retour du régime égyptien, pour lequel ils prirent les armes en 1839.
Les Grecs ont depuis une vingtaine d'années à Nazareth un métropolitain et une église de l'Ange Gabriel ; les Latins ont un couvent de franciscains et un des sœurs de Sion ; la mission protestante anglicane possède un temple, une école et une église. De plus , la société de Londres pour l'éducation du sexe a construit en forme de croix et sur le versant S.E. de la montagne un bel orphelinat pour les jeunes filles, dirigé par trois institutrices protestantes et du toit duquel on a un joli coup d'œil sur la ville.
On commence de préférence une visite dans la ville, en partant du couvent latin. En entrant du S. dans la grande rue du marché, on a à g. l'hospice latin et à dr. le couvent.
L'église de PAnnonciation {ecclesia annuneiationU , pi. 2), h l'intérieur de ce couvent entouré de hauts murs, a été achevée dans sa forme actuelle en 1730. Elle a 21m. de longueur et 15 de largeur, et elle est fort bien décorée. L'intérieur est divisé en trois nefs , dont celle du milieu a une voûte reposant sur quatre arcades soutenues par autant de piliers massifs. Il y a deux autels de chaque côté. Le maître-autel où l'on monte ^ dr. et à g,
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p»r des escaliera de marbre eet iiàH à l'angR Gstriel. Derrière ret autel se trouve le cIiieiit , qni est gnnà , mats un peu sombre, L'église a un orgue et quelques tableaux assez bcne, une Aniioiieiatlon et une Mater doloro«a attribuées i nn peintre e»pogiiol( Ant. Ttndlio. I.» crypte est eltuSe an-dessous du maître-autel. Ou descend par un bel escalier de marbre de 15 degrésfpl. à) à su vestibule appelé la chapelU de l'Ange. A dr. ou k l'E. s'élève l'autel de St-Joacblm (pi. 61 et i k- celui de St-Gabriel (pi. c> Entre ces deux autels est l'entrée de U chapelle de CAimonciation, où l'on descend encore par deux marnbes. Elle était dans le principe plus grande que celle de l'Ange, mais elle est maintenant divisée on deux par un mur. Dans la première partie, dite chapelle de l'aunoiiclatlon, se trouve Vauttl de t'Annonciilion (pl./O, au mur duquel se lit l'inscription : aHtc verbum eaio ractum esto (lot le Verbe s'est fait chair^. Immédiatement i g, de l'entrée sont deux colonnes : la ronde qui est delïout, ou coltmne de Godrieifpl. d) indique l'endroit où s'est tenu l'ange; it 45 centim. au delll, un fragment de colonne de granit 'rouge suspendu k la vofite, est considéré comme marquant la place où se tenait Marie lors de l'annondation (colonne de ta Vierge, pl.<3- On attribue des vertus surnaturelles k ce fragment de colonne, qui est soutenu, dit^oii, en l'air pat une puissance merveilleuse, et les musulmans eux-m^mes l'ont vénéré. Au reste cette colonne a été diversement décrite dans le coiirsdessièclea. Frimi- . tivemeiit, elle appartenait sans doute
C'est Ici, swr le rocher qu'on ne voit pas k cause du revêtement de marbre, que se serait trouvée la maison de la Vierge. On sait que, sur l'ordre de Dieu, cette babitation fut miraculeusement enlevée par des anges le 10 mai 1291 , pour être soustraite aux profanations des musulmans. Elle fut d'abord transportée k Tersato près de Fiume en Dalmatie, puis k Recanati en Italie et enfin k Lorette , où elle attire encore aujourd'hui beaucoup de pèlerins. La sanction de ca miracle n'eut lieu toutefois que deux siècles plus tard, en 1471, sous le pontificat de Paul 11 , et la légende qui concerne cette sainte maison ne s'est formée que durant le xv^s., si feriile en traditions.
De la cbapi'lle de l'AnnonciatioH , on arrive dans celle de St-Jost^h, arrière-chapelle sombre où se trouve un autel (pi. g)
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avec l'inscription : «Hic erat subditus illis» (c/est Ici qu'il leur ^tait soumis). De cet espace un escalier (pi. K) coiiduit hors du couvent ; on volt encore en faisant ce trajet une ancienne citerne qui passe pour la cuisine de la Vierge ; l'ouverture de la citerne aurait ét^la cheminée. Comme dans la reconstruction de 1730 on n'a nullement tenu compte du plan de l'ancienne église, il n'y a pas lieu de parler de celle-ci. Le couvent compte actuellement environ 25 religieux, surtout Italiens et Espagnols; il y a de beaux jardins €ié-gamment disposés.
Un peu plus loin, au N. du couvent, est situe'e au milieu de hauts cyprès la mosgw^e de la ville, avec un joli minaret et une coupole.
Les Latins possèdent également la maison ou V atelier de St Joseph (bottega di Oiuêeppe) dans le quartier musulman. On entre par une petite porte dans une cour entourée de murs. La chapelle a été construite de 1858 à 1859 ; il y a un assez bon tableau sur l'autel. Les Franciscains ont acquis ce lieu au milieu du siècle dernier; la tradition date du commencement du xvii® s.
Celle qui concerne la synagogue où Jésus fut instruit est beaucoup plus ancienne (570). Ce bâtiment a subi bien des vicissitudes. On le monttait au xin© s.' transformé en église et on l'a placé plus tard en différents endroits. Aujourd'hui la «synagogue» est entre les mains des Maronites.
En traversant le marché, on va à l'O. de la ville à la Table de J.-C. (pi. 8), chapelle construite en 1861 par les Latins, dans laquelle se trouve un bloc de craie dure de 3m. 60 de long et 3m. de large, sur lequel J.-C. aurait mangé avec ses disciples avant et après sa résurrection. On a déjà lieu de douter de l'authenticité de cette table par le fait qu'on a cru à tort en Occident que les Orientaux en avalent pour cet usage et que la tradition qui la concerne ne peut remonter qu'au xtii® s. malgré l'inscription latine qui parle d'une tradition non interrompue.
La même incertitude règne au sujet de l'endroit d'où l'on voulut précipiter Jésus (St Luc iv, 28 et sulv.). Ce serait plutôt la hauteur qui est près de l'église maronite à l'O. que le rocher situé à 1 h. au S. de Nazareth (p. 366) et qui fut mentionné assez tard comme tel.
La nouvelle église protestante (yh 3) achevée par les soins de MM. Zeller etHuber, s'élève à l'O. de la ville sur une terrasse d'où l'on a une bonne vue de Nazareth. En haut, sur le versant de la montagne , se trouve un grand institut de jeunes filles , fondé par une société de dames anglaises.
Le Djebel es-Sikh, colline au N.O. de la ville (545m. d'altit.) mérite qu'on en fasse l'ascension, à cause de la vue qu'on a du sommet. Il y a 20 min. de chemin jusqu'au Nébi Sa'ln^ nommé aussi Ouéli 8im'dn. La vallée de Nazareth présente de là un beau coup d'œll. Au-dessus des contre-forts de la montagne se montrent à l'£. les hauteurs verdoyantça du wnt Tabor; de là au S. , le
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Dj^el Dahi (petit Hermon), Endoûr et Naïn, Zer'în et une grande partie de la plaine d'Esdr^lon, jusqu'à Djennîn. Au S.O. le mont Carmel qui s'avance dans là mer; de là au N., se yoit la baie d'Acre, mais non la ville elle-même. Au N., s'étend la belle plaine d'el- Battaouf , à l'extrémité S. de laquelle s'élèvent les ruines de Séfoûrîyé. Au N. , dans le lointain se montre Safed , sur une montagne, entourée d'un fouillis d'autres chaînes, et derrière, apparaît THermon. A l'Ë. , au delà du bassin de Tibériade, dans le lointain, les hauteurs bleuâtres de Djôlân.
En descendant à l'E. par des rochers en partie escarpés, on peut encore visiter la fontaine de la Vierge , située près de Véglise de Gabriel ou de V Annonciation appartenant aux Grecs orthodoxes. Cette église a été construite vers la fin du siècle dernier et souvent restaurée depuis ; elle est à moitié ensevelie dans la terre, mais elle est assez belle. La célèbre source est au N. de l'église ; l'eau s'en écoule par un canal à g. en passant devant l'autel. Il y a là une ouverture par où l'on descend un petit vase au moyen d'une chaîne pour puiser l'eau , dont les pèlerins grecs se lavent les yeux et la tête. Le canal amène l'eau à la fontaine proprement dite de la Vierge où l'on rencontre toujours des femmes avec leurs cruches élégantes. L'eau de cette source à la fois bonne et abondante sert à arroser les jardins. On l'appelle aussi fontaine de Jésus et fontaine de Gabriel; il s'y rattache un bon nombre de traditions. Gomme c'est la seule de la ville, la Vierge et Jésus ont dû souvent y venir. Le visiteur considérera avec intérêt là foule variée qui s'y trouve, surtout le soir. Un ancien sarcophage qui est près de la source, servait jadis de bassin. La fontaine est à 4 min. au N.E. de la ville.