De ITazareth à Tibériade
/. Par le mont Tàbor.
6 h. Vz* ^° P^u^ envoyer ses bagages par le cbemin direct.
On va d'abord jusqu'à la fontaine de la Vierge (4 min.), où Ton tourne à dr. Beau coup d'œil sur Nazareth à la montée. Au bout de 40 min. , on descend au N. E. dans une vallée dont les côtés sont couverts de broussailles d*essence de chêne. 20 min. plus loin , on arrive à une autre vallée en deçà du Tabor, et 17 min. après on est au pied de la montagne.
Mont Tabor. — On s'élève d'abord par un sentier étroit, croisant au bout de 3 min. un chemin qui s'enfonce sous bols. 10 min. après, on voit à dr. dans la vallée le village de Daboûrtyé, l'ancien Dabrath qui était sur la frontière de Zabulon et d'Issachar (Jos. XIX, 12) et qui est nommé parmi les villes lévitiques ; il y a là des ruines d'une église chrétienne. Le chemin monte en serpentant, mais il n'est pas trop escarpé. 11 y a partout des ruines et des tas de pierres. Après avoir marché 22 min., on voit à dr. des grQtte^ ressemblant à des tombeaux^ 7 min. plus loin, à g.,
à Tihériade. MONT TABOR. Route 19. 385
sur le mur, une inscription arabe. Dans le haut, sur le plateau, on peut passer entre le couvent grec (N.) et le couvent latin (S.), et Ton arrive en 9 min. aux ruines d'une forteresse (?), d'où la vue s'étend à l'E. La grande porte en ogive par laquelle on entre dans la propriété du couvent latin, date du moyen âge , du temps des Arabes, et porte aujourd'hui le nom de Bâb el-Haoua.
Histoire. — Le mont Tabor était sur la frontière des tribus d'Issachar et de Zabulon. La prophétesse Débora y ût réunir une armée par Barac, et c''est de là que les Israélites descendirent dans la plaine, oîi ils battirent Siséra, général de Jabin, roi d'Hatsor (Juges, iv). Dans le livre des Psaumes (lxxxix, 13), le Tabor et THermon sont célébrés Tun avec Tautre. Plus tard, la montagne s'appelle Itahyrion ou Atabprion. Antiochus le Grand trouva Tan 218 av. J.-G., une ville de ce nom sur le sommet de la montagne. L'an 53 ap. J.-C, les Komains commandés par Gabinius y livrèrent bataille aux Juifs : plus tard Josèphe Ût fortifier cette place et ceindre d'un mur le plateau qui est au sommet. Vespasien envoya contre les Juifs qui s'y étaient réfugiés le général Placidus, qui les attira dans la plaine «t en tua un grand nombre: le reste se rendit faute d'eau. Le Tabor passait déjà du temps d'Origène et de St Jérôme pour la montagne où eut lieu la transfiguration (St Marc, ix), chose d'autant moins admissible que du temps de J.-C. le sommet du mont était certainement couvert de maisons. Cependant, la légende s'est rattachée à cette montagne la plus marquante de la Galilée, de sorte que dès la fin du vie a, il g'y trouvait trois églises en souvenir des trois tentes que St Pierre avait proposé d'y dresser.
Les croisés construisirent aussi sur le mont Tabor une église et un couvent, qui eut beaucoup à souifrir durant les guerres avec les musulmans. Mélic el-'"AdiI, frère et successeur de Saladin, fortifia le Tabor en 1212, et les chrétiens assiégèrent vainement cette forteresse cinq ans plus tard ; elle fut enfin rasée par les musulmans eux-mêmes, qui détruisirent aussi l'église. Les deux couvents qui se trouvent aujourd'hui sur le Tabor ne sont pas anciens.
Le mont Tabor s'appelle en arabe Djebel et- Tour (v. p. 230). Vu du S.O., il a la forme d'un hémisphère; de l'O.N.O., il présente celle d'un cône tronqué. Il s'élève à peu près à 321m. audessus du plateau qui l'environne et à 615m. au-dessus de la Méditerranée. Ses versants sont boisés; partout le sol est bon et couvert d'une végétation luxuriante. Les moines grecs et latins en ont abattu la plupart des chênes («quercus ilex» et «q. aegilops») et des pistachiers («pistacia terebinthus») qui jadis en couvraient* même le sommet. La montagne est très giboyeuse ; on y rencontre surtout des perdrix, des lièvres et des renards. Les ruines du Tabor appartiennent à diverses époques. Les fondements de la muraille qui faisait tout le tour du sommet et qui renfermait une superficie d'environ une demi-lieue carrée , se composent de gros blocs de pierre, en partie à refends et qui, surtout du côté'du S.E., remontent vraisemblablement à l'époque romaine. De la forteresse, qui occupait le point le plus élevé du plateau et qui était eh outre protégée à l'E. par un fossé,, il ne reste plus maintenant que de gros monceaux de pierres; elle datait du moyen âge. On fait depuis peu de grandes fouilles pour reconstruire une église sur les anciens fondements. Dans le couvent latin se trouvent encore les ruines d'une église des croisés du xii^ s. ; elle avait trois nefs et trois chapelles
386 Rouie 19, MONT TA60R. De Nasareth
en souvenir des trois cabanes que voulait bâtir St Pierre, et elle appartenait au couvent du St-Sauveur des moines d'Auny. On a commencé la reconstruction du couvent en lb78. Une autre église, dépendante de Tancien couvent de St-£lie, appartenait, selon M. de Yogiié, aux premiers temps du christianisme (iv« ou v^ s.); elle se composait d'un bâtiment carré, qui n'avait que ô à6m. de long sur 4 de large. Le sol y est pavé d'une mosaïque formée de cubes de pierre blancs et noirs mais recouverts maintenant de débris.
Les Grecs et les Latins diffèrent également ici d'opinion , les uns et les autres voulant avoir dans leur église l'endroit où eut lieu la transfiguration. Le couvent latin offrant la plus belle vue , oo devra lui donner la préférence. Cependant la vue que l'on a du toit de l'église grecque est très belle. Pour passer la nuit dans le couvent grec, on se procurera une recommandation du patriarche de Jérusalem ou de l'archevêque de Nazareth. — A certains jours, des religieux francs viennent de Nazareth au Taboir pour y dire la messe.
La "'vue du mont Tabor est très étendue. A l'E. se montre l'extrémité N. du lac de ïibériade, et plus loin, la chaîne bleuâtre des montagnes du Haour&n dans l'ancienne Batanée ; au S. du lac, la profonde déchirure de la vallée du Yarmoûc (^Uieromax^, puis le Djebel 'Adjloûn, les montagnes de Galaad. Au S. et au N., on voit à peu près les mêmes points que de la colline au-dessus de Nazareth (^p. 383) ; près du Djebel Dabi se trouvent les villages d'Ëndoûr, de Naïn etc. Au S.O., s'étend de Megiddo jusqu'à Tliaanakh le champ de bataille ou Barac fut vainqueur; à TO. on voit le (Jarmel, mais des hauteurs interceptent presque entièrement la vue de la mer. Au N. s'élèvent les montagnes d'ez-Zéboûd et de Djermak et près de là, la ville de Safed. Le Grand Hermon domine le tout de sa masse imposante. Dans le voisinage, au N. et dans le bas sont situés Khan et-Toudjâr et Loûbiyé.
On descend {h. pied) de la montagne par où l'on est monté. A 40 min. du sommet , on prend un chemin à dr. ; 4 min. après, on voit à dr. du chemin une citerne avec une voûte, puis on arrive dans une belle vallée verdoyante , où l'on croise deux chemins , et l'on quitte cette vallée au bout de 25 min. pour continuer de suivre la route ; les versants sont couverts de beaux chênes. On est ensuite en 20 min. à Khan ei^ToudJâr, lieu où se tient un marché tous les lundis, ce qui lui a fait donner le nom de Khân des Marchands. Les deux anciens forts flanqués de tours, et situés à dr. et à g. de la route , sont en ruines *, on remarque bon nombre de vieilles pierres de construction dans les restes de murs ; il y a dans le voisinage une source et des campements de Bédouins. A partir d'ici il n'y a plus d'arbres. 42 min. plus loin, le village de Kefr 8abtj que le gouvernement turc a cédé en 1870 à des émigraiits algériens, en les exemptant d'impôts pendant huit ans. Ou
à Tihiriadt, KËFR KËNî^îA. 19. Houte. 387
descend ensuite dans un ravin escarpé et Ton arrive en 38 min. dans une large et fertile vallée.
Au N., à une bonne heure de distance se voit le Kam Hattîn,
colline rocheuse de forme arrondie. C'est dans la plaine voisine de cette colline que Saladin remporta la grande victoire qui brisa pour toujours la puissance des croisés (3® et 4e juillet 1187). Le roi Guy de Lusignan fut fait prisonnier avec beaucoup de ses compagnons d'armes, les cbevaliers furent vendus comme esclaves, les Templiers et les Hospitaliers mis à mort ; Saladin tua de sa propre main le grand-maître des premiers, parce qu'il avait souvent manqué à sa parole. A la fin de l'époque des croisades, les Latins mirent en vogue la tradition que le Karn Hattîn était le mont des Béatitudes^ c'est-à-dire le lieu où Jésus fit son «sermon sur la montagne», ou bien celui où il nourrit cinq mille personnes.
Au bout de 2Ô min., on traverse le lit d'un ruisseau , près duquel se trouve un arbre de l'espèce Sidr. A 30 min. de là, s'offre une maguilique *vue de la partie N. du lac de Tlbériade sur lequel plonge le regard. Au N., on voit le Liban ; à l'O. s'élève le ïabor. La plaine, que l'on quitte au bout de 10 min. pour descendre dans la vallée, s'appelle Ard d-Hammâ, £nân on atteint en 22 min. le bord du lac, près de la ville de Tibériade,
II, Par Ktfr Ktnna.
ô h. 50 min. — Si l'on ne veut pas visiter le mont Tabor , ou peut aller à Tibériade par un chemin plus court , qui offre , il est vrai, peu d'intérêt au point de vue du paysage. En faisant un petit détour, il est possible en même temps de gravir le Karn Hattîn (v. ci-dessus), d'où la vue est toutefois moins intéressante que du haut du Tabor.
De la fontaine de la Vierge, on monte en 12 min. sur la hauteur du N., d'où l'on a encore une rue rétrospective sur Nazareth. Après 22 min. de marche sur un terrain pierreux , on voit à g. le village d'cr-i2éiné (p. 378). 9 min. après, une petite source, qui est peut-être la «source du cresson» près de laquelle les Francs remporr tèreut une victoire sur les musulmans le l** mai 1187. A 12 min. de là, près du chemin, auN.O., le village d^el'Mechhtd^ le Qaih hépher de l'antiquité , ville sur le territoire de Zabulon et patrie du prophète Jonas (IV Rois xiv, 25) : on y vénère encore aujourd'hui son tombeau , quoique d'autres localités prétendent aussi le posséder (p. 459). Descendant de la hauteur, on se dirige au N.E. vers une vallée, puis à l'E., et l'on arrive en 20 min. à la source de Kefr Kenna (sarcophage servant d'auge) et 5 min. après au village de
Kefr Kenaa. La tradition monastique voit dans ce village la ville de Cana de l'Évangile (St Jean, II). Autrefois, on la plaçait dans le voisinage de Sepphoris , mais les distances données à ce sujet par les pèlerins sont si peu précises qu'on ne sait pas toujours de quelle Cana ils parlent (comp. p. 379). Les enfants du village
388 Route 19, TIBÊRIADE. De Nazareth
actuel de Kefr Kenna courent après l'étranger en poussant le cri de hadjl, c.-à-d. pèlerin , et en lui offrant de l'eau. Il a environ 600 hab., dont la moitié sont chrétiens grecs et le reste musulmans. Entre les maisons , il y a une place exhaussée avec d'anciens murs et des restes de colonnes. L'église grecque possède une cruche qui est censée provenir des noces où Jésus changea l'eau en vin; on en montrait encore d'autres au moyen âge.
De Kefr Kenna, le chemin de Tlhériade passe à l'E. dans une vallée latérale de la plaine de Battaouf (p. 377). Au bout de 50 min., on voit à g. le village de Toûifân; 45 min. après on passe les ruines de Mescara; à dr. se trouve le village d'ecft- Chadjara. Le pays est très fertile, mais assez peu cultivé. On quitte la plaine entre el-Mescara et Loiïhiyé (20 min.). Les Français se sont battus héroïquement près de cette localité en avril 1799, sous les ordres du général Junot , contre des Turcs supérieurs en nombre. 11 y a 23 min. de chemin jusqu'à Khân Loûbiyé (ruines); on croise la grande route des caravanes (au N., le Kam Hattîn^ v. ci-dessus) et l'on se dirige tout droit vers l'E. , par un pays montueux. En 1 h. 25 min. on atteint la hauteur au-dessus de Tibériade et 45 min. après cette localité elle-même.
Tibériade (Tabarîyé). — Logis an couvent latin., qui est habité par deux religieux; il s''y trouve 4 chambres pour les étrangers (on doit l'agrandir); au besoin aussi à la locanda Weismann, ou chez le juif Khaiyâm el-Hakîm. Pour dresser la tente, le meilleur endroit est sur le bord du lac, au S. de la ville. Le vin qu''on peut acheter chez les juifs n'est pas cher, mais il est mauvais. Tibériade est mal famée dans toute la Syrie à cause de ses puces : les Arabes disent que c'est la résidence du roi de ces insectes.
Histoire. — I. Le nom de Galilée signifie cerclé, district, proprement ccercle des païens» (Es. ix, 1). Dans le principe, ce nom ne s'appliquait qu'à la partie haute du pays, qui s'étend au a. du lac de Génésareth dans la direction de TO. Les tribus d'Asser, de Zabulon et d'Issachar, qui occupaient ces contrées, furent emmenées en captivité comme les autres tribus. Après leur retour, les Juifs colonisèrent de nouveau le pays en commençant par le S. Cependant la population conserva un caractère mixte, et le nom de Galilée put s'étendre à toute la province située entre la plaine de Jizréel et le cours du Lîtâni. On distinguait une Galilée supérieure et une Galilée inférieure, au S. de la précédente (v. p. 62). Le pays était célèbre par sa fertilité ; il avait de gras pâturages et des bois d'une végétation luxuriante. La partie la plus remarquable sous ce rapport était à l'O. du lac. Sous les Komains, la Galilée forma une province particulière fort peuplée, bien que le chiffre donné par l'historien Josèphe, de 4 à 5 millions d'habitants, soit très exagéré. Les Juifs formaient sans doute l'élément dominant de la population, mais elle était plus mêlée d'étrangers qu'en Judée, où la langue différait aussi de celle qui était parlée en Galilée (Math, xxvi, 73). D'un autre côté , ces Juifs paraissent avoir été moins rigoureux dans leurs observances et moins versés dans la connaissance de la loi, ce qui fait qu'ils étaient méprisés par les autres. Leur soulèvement contre les Romains l'an 67 prouve qu'ils ne le cédaient pas 'à ceux du S. sous le rapport du sentiment national juif.
L'époque de la prospérité de la Galilée est celle oii vécut J.-G. Sa capitale avait été pour un temps Sepphoris. Hérode Antipas, prince non moins fastueux que son père Hérode le Grand , entreprit la construction d'une brillante capitale. Sa domination s'étendait sur la Galilée et la Pérée, sépsu*ées l'une de l'autre par la Décapole.
II. Tibériade, selon les rabbins , serait située sur remplacement
àTMriadt, TIBÉRIÂDE. Route 19. 389
d'aune localité da nom de Raccaih , mais c'est là une chose fort douteuse. Josèphe dit qu'ion commença à la bâtir entre les années 16 et 19 après J.-C. et qu'elle fut achevée Tan 22. Son nouveau fondateur Hérode la nomma d'après Tempereur romain Tibère , et ce nom , qui a été donné aussi au lac, s'est conservé jusqu'à ce jour dans celui de Tabartyé. L'emplacement fut mal choisi en ce sens qu'en creusant les fondations on trouva des sépultures. Comme, d'après la loi, les Juifs étaient souillés pour sept jours lorsqu'ils avaient touché à des tombeaux, Hérode dut, pour avoir des habitants dans sa ville, y amener de force beaucoup d'étrangers, d'aventuriers et de mendiants, ce qui lui fournit une population très mélangée. Tout y fut aussi dans le goût gréco-romain, même l'organisation administrative. Elle eut un hippodrome et un palais avec des images d'animaux, sans doute comme à 'Arâk el-Emîr (p. 326). Les Juifs, généralement conservateurs obstinés, avaient en horreur ces constructions étrangères ^ de là vient aussi que cette ville qui commençait à prospérer au temps de Jésus est à peine mentionnée dans le Nouveau Testament (seulement par St Jean, VI, 1), et que Jésus lui-mâme la fréquenta peu, car il n'aimait pas non plus ce qui était étranger et il n'avait rien de bon à attendre d'Hérode Antipas qui résidait souvent à Tibériade. Flavius Josèphe, commandant en chef de la Galilée pendant la guerre de Judée, fortifia aussi cette ville. Les habitants se soumirent cependant d'eux mêmes à Vespasien à l'approche des Romains, c'est pourquoi les Juifs furent autorisés à y demeurer par la suite. Le quartier principal des Romains était près des bains ', c'est de là qu'ils assiégèrent Tarichée et vainquirent la flotte juive dans une bataille sur le lac. Après la destruction de Jérusalem, la Galilée, qui avait assez peu souffert, et notamment Tibériade, devinrent le centre de la nation juive. Le sanhédrin fut bientôt transféré de Sepphoris à Tibériade; l'école talmudique, qui 8*y transporta de Jamnia (p. 336), s'y développa, en opposition au christianisme qui prospérait à côté d'elle. On plaça alors en Galilée de nombreuses scènes de l'histoire des patriarches. Le célèbre rabbin Juda Hak-Kadôch rédigea ici, vers l'an IKX) de notre ère, la Michna ou seconde loi juive fondée sur la tradition. C'est aussi à Tibériade que parut dans la Ire moitié du ive s. la Gémara de Palestine on Talmud dit de Jérusalem, et que fut fixée, du ive au vie s., la ponctuation de la Bible hébraïque. St Jérôme (p. 264) apprît l'hébreu d'un rabbin de Tibériade. Le christianisme semble n'y avoir pénétré que lentement; cependant il est fait mention d'évêques de Tibériade au ve s. Les Arabes s'emparèrent sans peine de la ville en 637. L'évêché fut rétabli durant les croisades comme dépendant de l'archevêché de Nazareth. Les chrétiens se maintinrent longtemps en possession de cette place et c'est en l'attaquant que Baladin provoqua la bataille de Hattîn , qui lui fut favorable et à la suite de laquelle la comtesse de Tripolis dut rendre la forteresse. Du reste Tibériade n'était alors, comme aujourd'hui encore, qu'une ville peu importante. Elle a été fortifiée de nouveau vers le milieu du siècle dernier par le gouverneur Zâhir el-'"Amr.
La ville actuelle de Tibériade est située sur une bande de terre étroite entre le versant de la montagne et le lac ; la ville antique s'étendait plus au S. Du côté de la terre, elle est protégée par une muraille épaisse garnie de tours. Le grand tremblement de terre du i^^ janv. 1837, y a causé des dommages considérables et a fait périr environ la moitié des habitants. L'intérieur présente encore aujourd'hui un aspect pitoyable, grâce aux ruines et aussi à une extrême malpropreté. Tibériade passe pour une localité malsaine, et il y règne surtout des fièvres. Mais la contrée est fertile et on y voit des palmiers. Le nombre des habitants est d'environ 3,000. La population juive fut évaluée il y a environ vingt cinq ans à 1,514 personnes (881 achkénazim, ayant 5 synagogues, et 633 séphardim, qui en ont 2). Il s'y trouve quelques grecs catholiques, dont l'église,
390 Route 19. LAC DE TIBÉRIADE. De Nazareth.
desservie par les franciscains, est au N. de la ville, près du lac ; elle date du temps des croisades, mais elle a été rebâtie en 1869. La tradition d'après laquelle la pèche miraculeuse de St Pierre aurait eu lieu près de là (St Jean, xxi) remonte sans doute à l'époque de la construction de l'édifice qu'on a dédié à St Pierre.
En parcourant Tibériade, on remarque facilement que les Juifs forment la majorité de la population. Il y en a beaucoup qui ont émigré de Pologne et un certain nombre qui parlent encore allemand. La plupart vivent d'aumônes qui leur viennent d'Europe (v. p. 94). Leurs grands chapeaux noirs produisent un effet singulier. On trouve deux synagogues dans une rue étroite près de la rive du lac. Celle des Francs, édifice carré, est voûtée ; elle repose sur des pilastres et offre des ornements de style arabe. Celle des Juifs allemands est un rectangle allongé, avec de vieilles colonnes et des ares à plein cintre. A l'extérieur, se trouve une ancienne inscription grecque. — L'étude du Talmud est encore en faveur à Tibériade.
La ville est ouverte au S. Pour visiter les ruines considérables de la forteresse au N., on s'y rendra par l'intérieur de la ville et par le bazar , ou bien on fera le tour, en passant devant la porte unique et en longeant les murs , qui sont le mieux conservés du côté N. , ainsi que deux tours qui s'y trouvent. Il y a dans le voisinage une mosquée en ruine et quelques palmiers. La citadelle actuellement abandonnée est très grande, mais elle a beaucoup souffert du tremblement de terre. Elle a cependant encore plusieurs étages de corridors autour de la cour. Du toit, où il y a un vieux canon, on a une vue magnifique sur la petite ville , la nappe bleue du lac et les montagnes situées de l'autre côté, jusqu'à une grande distance au N. On rencontre ici pour la première fois des constructions en basalte noir, pierre employée partout au delà du Jourdain ; la formation basaltique pénètre par la vallée du Jourdain, en deçà du fleuve, dans la contrée de Tibériade, de Beisân et deSafed.
Le lac de Tibériade portait dans l'antiquité le nom de Kinné' ret ou Kinnérôty dénomination qu'il devait à sa forme que l'on comparait à un luth (kinnor). A l'époque des Maccabées, il reçut celui de lac de Oennézar ou de Qênêaareth^ de la plaine du même nom située à son extrémité N.O. Ce lac est à 208 m. au-dessous du niveau de la Méditerranée et sa plus grande profondeur est , selon Lynch (p. 284), de ôOm. Son niveau varie toutefois selon les saisons. Sa forme est celle d'un ovale irrégulier, dont la longueur est de Ô lieues ^2 ^^ ^'^^^ ^& largeur varie entre 1^2 ^^ ^V2* ^^^ rives se couvrent d'une verdure abondante au printemps; puis la grande chaleur qui y règne par suite de la dépression encore consid^^rable du sol, y fait naître une végétation tropicale, qui ne dure toutefois que peu de temps. Les montagnes qui entourent le lac ne sont pas très hautes, de sorte que la contrée n'a pas le caractère sauvage des bords de 1» mer Morte , mais présente un aspect calme et pal"
à Tihériade, LAC DE TIBÉRIADE. Route 19, 391
sible. La belle nappe d'eau bleue, avec les hauteurs environnantes et les quelques villages qui y sont dispersas produisent une impression agréable , qui ne saurait toutefois se comparer à celle que causent par exemple les lacs de la Suisse. La vallée est quelquefois traversée par des ouragans. Beaucoup de barques parcouraient le lafc dans l'antiquité, comme nous l'apprenons par le Nouveau Testament; aujourd'hui on n'y trouve plus que trois misérables bateaux de pécheurs ; une seule voile sur le lac donne déjà beaucoup d'animation au paysage. La pèche ne se fait guère que près des rives. Aujourd'hui encore, le lac est riche en bonnes espèces de poissons. On en voit souvent des bans considérables , et certaines espèces ne se retrouvent que dans les eaux des régions tropicales. L'eau a un goût légèrement saumâtre, elle est bonne cependant, et tous les habitants du pays en boivent ; ils la rafraîchissent en la mettant dans des cruches poreuses dans lesquelles ils la laissent reposer la nuit. Un bain dans ce lac est très agréable ; le sol en est généralement couvert de morceaux de basalte plus on moins gros.
Dans le voisinage de Tibérlade se trouvent de célèbres bains chauds. Pour les visiter, suivre au S. le bord du lac d'où l'on a une belle vue. On remarque çà et là des ruines de la vieille ville, des restes d'un gros mur; à dr., contre la montagne, celles de bâtiments et d'un bel aqueduc , ainsi que beaucoup de fragments de colonnes. A cheval, on arrive aux bains en 20 min. Ils sont sur une petite élévation. Un peu plus au S. il y a une vieille maison de bains et une nouvelle construite en 1833 par Ibrahim Pacha; le gouvernement la loue à une personne qui l'exploite, mais cet établissement est déjà bien près de tomber en ruine. L'organisation laisse beaucoup à désirer ; on se baigne généralement en commun. La vapeur que dégage l'eau chaude empêche le visiteur de remarquer la malpropreté des cabines. On vante la vertu de cette eau contre les douleurs rhumatismales. La saison des bains est an mois de juillet. La principale source a une température de 55 à 61*^ centigr. ; les autres, qui ne sont pas utilisées, s'écoulent dans le lac , en laissant sur la pierre un dépôt verdâtre. Lors du tremblement de terre de 1839, les sources donnèrent une quantité d'eau extraordinaire et plus chaude encore qu'en d'autres temps. Elle a une odeur sulfureuse désagréable et un goût amer et saumâtre.
Au-dessus des bains , se trouve le tombeau du célèbre philosophe juif Maimonidès (Rambam, m. 1204); à côté, on a construit une école. Dans le voisinage, les tombeaux de Rab Ami et de Rab Aohé, talmudistes distingués , et plus haut, le tombeau du célèbre nbl Akîba qui joua un rôle marquant dans la révolte de Bar Ookhba.
I) est dangereux de faire des excursions sur Tautre rive du lac à cause des Bédouins ; il faut prendre une escorte considérable, ou bien faire en barque le tour du lac. Les bateliers vont très loin dans leurs exigences ; ils demandent de 30 à 50 fr. pour une excursion \ on leur offrira d'abord
392 Route 20. MEDJDEL. De Tibériade
10 fr. et Ton ira jasqu''à 15 selon la durée de rexcarsion. Il y a aussi une différence à faire si le vent est assez favorable, pour qu'on puisse se servir d''une voile, ou sMl est nécessaire de ramer. De Tibériade, en suivant une direction oblique, on peut aborder dans le voisinage des ruines de KaFat el-Hœan. Le plateau qu'^occupait la ville et le fort se termine à pic de trois côtés et n''est accessible qu'à TE. Le mur d'enceinte faisait le tour du sommet de la colline. Il semble que cet endroit ait encore été habité après la destruction de la ville par les Romains. Il n'y a plus là maintenant qu'un monceau de ruines informes.
Histoire. Cet endroit correspond à l'ancien Hippo»^ ville de la Décapole. L'ancien GavMila (chameau) doit avoir été situé non loin de là. Le voyageur Seetzen a encore entendu prononcer le nom de ce lieu, mais il n'en détermine pas la situation. Le territoire de Gamala s'appelait la Gamalitide. Alexandre Jannée s'en empara et Hérode y fut battu plus tard par son beau-père Arétas. Vespasien prit à son tour cette ville et la détruisit. La position en était très forte-, l'historien Josèphe compare à un dos de chameau la colline sur laquelle la ville était située.
De là on peut aller en barque ou à cheval vers le "S. à Kersa^ sur la rive g. du Ouâdi Sémâc, oii cessent les collines et où commence la plaine qui borde le lac de ce côté. Les ruines de Kersa sont entourées d'un mur. A *|4 d'h. environ vers le S. est le versant le plus escarpé des bords du lac. On a pour cette raison cherché à identifier Kersa avec Gergesa (St Math. VIII, 28), de sorte que ce serait de là que les porcs possédés des démons se sont précipités dans .le lac; l'autre leçon «Gadarènes» bien qu'elle puisse convenir aux grottes jadis habitées que l'on trouve à Gadara (Luc viii, 26), prouve, si elle doit être admise, que l'auteur ne connaissait pas parfaitement la localité. — Ensuite on pourra se rendre au bord septentrional du lac , dans la plaine di'el-Battha. A l'extrémité V. de celle ci, se trouvent les ruines de Juli<M^ l'ancienne Bethsaida (St Luc IX, 10; Jean i, 44; patrie de Pierre, de Jean et de Philippe), que Philippe fils d'Hérode reconstruisit dans le style romain et nomma ainqi en l'honneur de Julie fille d'Auguste. Les ruines, situées à «/4 d'h. du lac sur le versant des collines, sont plus faciles à atteindre si l'on remonte quelque temps le Jourdain avec la barque. Elles offrent du reste peu d'intérêt; on y remarque seulement quelques débris antiques ; la pierre employée est le basalte. De là , on continue le tour du lac à l'O. dans la direction de Tell Hoûm (p. 395).
De Tibériade à Beisân^ v. p*. 358.