Le Haoarân
On ne visitera le Haourân que si Ton a beaucoup de temps, et de préférence avec une escorte de Druses. Très souvent on en est empêché par les querelles des populations qui T habitent. Un tour dans ce pays sera plutôt un voyage scientifique qu'Hun voyage d^agrément. On peut encore y trouver beaucoup d'inscriptions, en grec, en latin, en nabathéen, en arabe et en caractères dits sabéens (arabe du S.). Il sera bon de prendre une et même plusieurs échelles, parce que le» inscriptions sont quelquefois à une certaine hauteur \ un levier pourra être également utile.
Ouvrages spéciaux. — Ritter a recueilli dans son «Erdkunde, XVe partie», Berlin 1851, tout ce que Ton savait sur le Haouran jusqu'à cette date. Les «Tagebiicher» de Seetxen ont paru ensuite* à Berlin en 1854, puis en 1855 l'ouvrage de Porter: «Five years in Damascusv, London 1856 (T. II, p. 1-275). On trouve dans le XXVIII© vol. du «Journal of the Royal Geogr. Society* le récit du voyage de Graham dans le Haourân. Le «Voyage dans le Haourân par Rey» avec atlas, Paris (sans date), a peu de valeur. L'ouvrage le plus important sur le sujet, est celui deWetzstein: «Reisebericht iiber den Ilaourân und die Trachonen», Berlin 1860, 150 p. Ceux qui font de cette contrée l'objet d'une excursion spéciale, feront bien de se munir de ce petit ouvrage si riche en renseignements. Celui de Vogiié «Syrie centrale, architecture civile et religieuse», contient plusieurs dessins d'édifices divers. Plus récemment, Burton et Drake ont fait paraître un ouvr. intit. « Unexplored Syria » London 1872 (T. I, p. 132-261).
Histoire^ etc. — Le nord du pays de Galaad et le Basan étaient moins connus des Israélites que la partie méridionale de la Palestine transjordanienne. On ignore où était au N. la frontière qui séparait le pays de Galaad de celui de Basan; il semble que par Basan on ait entendu aussi parfois la moitié N. de (Galaad jusqu'au Jabboe (p. 411). Lorsque les Israélites arrivèrent, toute la contrée se trouvait sous la domination du roi Og, qu'ils battirent à Edre4 (Nombres, xxi, 33 et suiv. ; Deutéron., m, 1 et suiv.). La tribu de Manassé reçut cette contrée ju.squ'à Edré'i et Salkhat. Edré'i (p. 429) était la capitale du Basan. La même contrée comprenait aussi «Argob», le versant de la chaîne proprement dite du Haourân. Les Israélites y trouvèrent GO villes (Dent. III, 3, 4) avec de «bons murs, leurs portes et leurs verrous», au milieu d'un district excessivement fertile. Tout le Basan était habité par des Amorrhéens, et il a dû être très bien cultivé. Ses pâturages et ses troupeaux étaient célèbres (£z. xxxix , 18). Il avait aussi des forêts de chênes qui produisirent une grande impression sur les Israélites (£z. xxvii, 6; Is. II, 13). Plus tard (comp. Ez. xlvii, 16 et suiv.), le nom de Haourân, qui ne désignait proprement que la montagne, YAlseutamus inons'àes anciens, s'étendit au Basan, comme aujourd'hui. Du temps des Romains, la contrée fut divisée en cinq provinces: 1 rJturée, 2 la Oaulanitide (p. 409), 3 la JBatanée, à l'E. (ce nom, de même que celui de Basan a été donné à tout le pays); 4 la Trachonitidey au N.E.; puis 5 VAwanitide^ le Haourân proprement dit, et la plaine actuelle à^en-ÎToukra (le creux). Le âaourân dans un sens plus général est borné aujourd'hui au S.O. par lé Djôlân, au N.O. par le Djedoûr, au N. par le Ouâdi el-'Adjem, qui fait partie du territoire de Pâmas, au S. par la Belkâ et la steppe (Çamâd). Au N.E*
'V!'' if
Histoire, HAOURÂBT. Route 23. 423
s''étend une contrée montneose étrange et inacceasible aax touristen, an delà des lae$ des Prairies (p. 513), composée de cratères éteints situés les uns à côté des antres et an centre de laquelle est le Sa/â (p. Ô13), avec les mines de son „c)iâteau blanc". An S. et à TE. de là, est située la Harré^ plaine ondulée couverte de morceaux de lave. Les pierres y ont des arêtes si vives quMl est difficile aux hommes et aux chevaux d'y marcher. Il y a beaucoup de ces déserts affreux en Arabie. Le prophète Jérémie fxvii, 6) menace du séjour dans le Harrâ (en hébreu kharêrim) comme d'un châtiment. Le sol du Haourân lui-même est partout composé de lave. La roche est composée de'dolârite granulée et de scories rougebmn Ou vert-noirâtre poreuses et boursouflées. La dolérite consiste en plaques minces de cristaux de labradorite grisâtre avec des granulations d'olivine et d'augite. Cette formation se trouve dans tout le Haourân ; on voit partout des cratères éteints et des traces d'éruptions ' de la plus grande violence.
Le sol du Haourân est très fertile; il se compose d'un humus léger de couleur brun-rouge, formé de lave désagrégée. Mais célQu'il y a de plus curieux dans cette contrée, ce sont ses habitations. Wetxstein en distingue quatre espèces. 1* Il y a d'abord les demeures de Troglodytes consistant en une grotte creusée de main d'homme, large d'environ 6 m., profonde de 9 à 12 m. et haute d'à peu près 3m. L'^entrée avait 1 m. 80 de hauteur et Im. de largeur. Il n'y avait pas de porte, mais la caverne était précédée d'un petit enclos qui avait une porte de pierre: quelquefois il y avait aussi des chambres dans cette cour. A partir de la grotte, qui servait de logement à la famille, on en creusait d'autres destinées à servir de magasins ou d'étables. Celles qui étaient de dimensions considérables avaient des piliers naturels ou artificiels. — 2° On faisait dans un terrain rocheux, élevé et sec, une sorte de puits descenxiant obliquement, et l'on y perçait, à environ 50 m. de proftmdeur, des rues de 5 à 7 m. de large, sur les côtés desquelles on pratiquait des grottes destinées à servir d'habitation et éclairées par des soupiraux. Ordinairement, un village souterrain de cette espèce avait une issue dans une paroi de rocher escarpée. Il était très difficile de s'en emparer. Guillaume de Tyr en parle dans son histoire des croisades. Il s'en trouve surtout dans le Djebel 'Adjloûn et dans le district d'ea-Zououêt, près du mont Zoumlé, qui se compose d'argile blanche et de pyrite massive. — S** On creusait dans un plateau rocheux des tranchées ayant les dimensions d'une chambre et on les recouvrait d'un solide plafond de pierre. — Toutes les habitations souterraines de ce genre remontent à la plus haute antiquité, au temps où, selon la Bible, le Haourân était habité par les géants Réphaïm (Deut. m, 11). — 4*^ La plupart àes villages du Haourân se composent de maisons bâties de longues pierres (dolérite) parfaitement jointes, sans mortier. Le bois ne fut employé nulle part dans les constructions. Ces maisons sont les unes près des autres et elles ont de hauts murs. Les grands villages sont seuls entourés d'un mur d'enceinte et l'on est frappé du grand nombre de tours qui s'y trouvent. Les pierres de ces tours sont souvent jointes en queue d'aronde. Les portes extérieures des maisons sont basses. Les grands bâtiments et les rues ont de hautes portes ornées de pampres , avec des inscriptions. Les grandes et les petites portes sont toujours construites de forts plateaux de dolérite , de même que les fenêtres des maisons qu'on ne trouve qu'à l'étage supérieur et qui sont fort bien taillées dans une seule pièce. — Parmi ces maisons, il n'y a souvent que les mieux conservées qui soient habitées, mais les autres sont encore en si bon état, qu'elles semblent attendre de nouveaux habitants. Quelquefois il y a des blocs de pierre derrière les portes des maisons non habitées, elles y ont été mises par les habitants pour indi-
3ner, par cet acte symbolique, qu'ils étaient ruinés. Les portes du reze-cliaussée, ainsi que les fenêtres, se ferment par des pierres tournant sur des gonds de même matière. Un escalier conduit, comme dans les maisons d'aujourd'hui, de la cour à la galerie du premier étage. Escaliers et galeries se composent de dalles fixées isolément l'une au-dessus de l'autre et encastrées dans les murs ; il y en a eu sans doute avec balustrades. A l'étage supérieur, les portes et les fenêtres ne se fermaient
424 RouU23. HAÔURÂN. Histoire.
pas. On remarque dans les chambres âes armoires et des bancs en pierre ; les lampes carrées elles-mêmes sont de pierre. Les plafonds des chambres sont faits aussi de longues plaques polies et bien jointes, qu^on a encore recouvertes d^one espèce de ciment. Ces plafonds portent sur une assise de pierre au moyen de laquelle ils reposent sur de longues et belles arcades; dans les constructions importantes, plafonds et supports étaient enrichis d''omements. Le plein cintre fut en effet employé dans le Haour&n; on lui donna souvent une forme déprimée. Les murs, sans décora tion, s''élèvent un peu au-dessus.
On trouve en outre dans le Haourân beaucoup d'édiûces publics. On y rencontre des temples qui ne s'ont pas entièrement dans le style romain mais dans un style qui a été modifié par les architectes du pays, bien quUls datent du temps ou la Syrie était province romaine. Lee mausolées, généralement érigés à Técart, rappellent les tours funéraires de Palmyre; la seule différence est que le mur en face de la porte, est le seul qui ait des compartiments pour des sarcophages. Les grands réservoirs qui se trouvent dans le Haourân, sont ou bien des citernes creusées dans le roc vif, avec des ouvertures étroites, ou bien des bassins artificiels profonds et voûtés. Les réservoirs découverts sont également des bassins naturels ou soigneusement murés, de forme ronde ou carrée. Leurs murs dVnceinte sont très épais; le plus souvent un escalier bien conservé descend à Vintérieur. Ces bassins se remplissent an printemps et offrent de Teau pendant toute Tannée aux hommes et aux animaux. Ils sont certainement très anciens; ce serait commettre une grande faute que de les combler, comme le gouvernement en a déjà eu quelquefois Tintention.
Quel peuple a jadis habité ce pays, à qui doit-on ces constructions faites pour durer une éternité? Les «soixante villes fortes» (p. 423) existent elles encore? Wetssstein Je nie avec raison. Il suppose, et nous nous rallions à son hypothèse, que des Arabes du S. se sont établis dans la contrée. Un excès de population dans TTémen a forcé, peu de temps après J.-C. (p. 72), des tribus du S. de T Arabie (Kahtanides) dMmigrer en partie vers le 17. Les unes se fixèrent dans le'Haburan, les autrea sur TEuphrate moyen, et de cette façon furent créés 'sur la frontière du désert, dans le Haourân, le royaume arabe des KoudâMdes ou Sélihides, à Hira celui des' Nasrides , Tun sous le protectorat des Romains, Tautre sous celui des Perses. Ils formèrent, à Tavantage de Tempire perse et byzantin une solide barrière contre les tribus du désert. — Au bout de
Suelque temps, il y eut une nouvelle émigration du 8. de TArabie; après es années de luttes , les nouveaux venus prirent la place des Sélihidea. Ce nouveau peuple, les Djéfnides ou Ohassanides restèrent durant près de 500 ans les maîtres du Haourân ; la plupart des constructions de pierre sont leur œuvre. Ils bâtirent beaucoup de couvents, mais les travaux les plus surprenants qu'ils exécutèrent, ce sont des canaux grandioses destinés a alimenter d^eau leurs villages. Souvent ils furent en guerre avec leurs voisins de Hlra, de Tautre côté du désert, soit pour leur propre compte, soit comme* alliés de Tempire d'Orient. Ils prirent pied aussi sur les bords de TEuphrate et possédèrent quelque temps Palmyre. Mais lorsque'les tribus errantes de Tintérieur de TArabie se portèrent du côté de la Syrie, le royaume des Ohassanides fut détruit, faute d'être suffisamment soutenu par les empereurs, et leur dernier roi mourut à Constantinople. Ce fut le dernier coup porté à la prospérité du Haourân, bien que quelques villes se soient peut-être maintenues encore quelque temps, ^ous savons peu de chose sur cette contrée durant la période musulmane. D'après des inscriptions arabes, il semble qu'elle eut un retour de prospérité au XI ne s. ; l'on y construisit alors beaucoup de mosquées. • Puis, il n'a plus été question du Haourân que de nos ^ours, lorsque Ibrâhina Pacha chercha vainement à pénétrer dans le Ledjâ (p. 442), en 1838. U dut renoncer à faire la conquête de ce plateau volcanique fcTrachon» occidental), de même que Mohammed Kibrisly Pacha, en 1860.
Les Arabes du Haourân furent d^abord païens; ils adoraient surtout ■Dhousarâ, qui n*était autre que Dionysos. Mais ils embrassèrent de bonne heure le christianisme et nous savons qu'en l'an 180 un roi 'Amr !«'' avait déjà construit beaucoup de couvents. La civilisation gréco-
Hiêtoiré. HAOURÂN. Route 23. 425
romaine exerça aussi chez eax son inflaence, comme le prouvent de nombreuses inscriptions grecques, qui ne sont pas toujours correctes, il est vrai, mais qui 'sont évidemment de la même époque que les constructions. La capitale du Haourân était Bosra.
De même que la partie N.O. du Haour&n, la «montagne» proprement dite (Djebel) est habitée aujourd'^hui en grande partie par des Bédouins. Au contraire, sur ïes versants de la montagne et dans la plaine, les habitants sont des paysans qui forment le noyau de la population du Haourân. Les Drnses Tout colonisé depuis quelques siècles et un si grand nombre s'y sont réfugiés du Liban depuis 1861 (v. p. 488) que les montagnes sont aussi désignées sous le nom de montagnes des Druses. Il y a aussi dans le Haourân des chrétiens, la plupart grecs-orthodoxes. Sans parler des divergences religieuses, les Haourâniens présentent des caractères assez marqués pour que Ton puisse les rapporter à un type particulier, qui diffère beaucoup de 'celui des Bédouins. Le paysan est plus grand et plus robuste que Thomme nomade, mais il lui ressemble pour les mœurs; il porte aussi un châle (keffiyé) comme coiffure. — Le climat du plateau du Haourân, qui est à plus de 600 m. d'altitude, est très sain et n'est pas trop chaud, car il souffle tons les après-midi un vent d'O. rafraîchissant. Le froment aux grains À demi transparents du Haourân est de beaucoup supérieur pour la qualité à celui des autres contrées et se vend par conséquent pour l'exportation. Ce froment rend, dît-on, quatre-vingts pour un, l'orge cent pour un; mais il ne manque pas, bien entendu, d'années de mauvaise récolte par suite des ravages causés par les sauterelles ou faute de pluie. Une preuve que le sol a été cultivé autrefois, c'est qu'on rencontre souvent du seigle, de l'orge et de l'avoine à l'état sauvage. Les champs ne sont pas fumés, mais ils sont soumis à une culture variée et ne produisent la même denrée que tous les 3 ou 4 ans. Le fumier sert de combustible, car les «chênes de Basan», qui croissent encore aujourd'hui sur les montagnes, deviennent de plus en plus rares, ceux qu'on abiit n'étant pas remplacés. Il n'y a pas d'arbres dans la plaine, mais on y reconnaît des traces d'anciennes forêts. Un reboisement aurait certainement une influence avantageuse sur le climat de la contrée et la sécheresse du sol, mais les troupeaux des Bédouins rendent la chose impossible. Il n'y a pas de prairies; les animaux sont nourris avec de l'orge en grain ou en herbe. Les paysans du Haourân ont souvent fort à souffrir des invasions des Bédouins; en revanche, ils ont appris, outre la langue de ce peuple, la pratique de plusieurs des vertus des Arabes du centre. C'est ainsi, par exemple, que l'on trouve dans chaque village du Haourân, comme dans l'Arabie centrale, une hôtellerie publique (menzoûl) donnant l'hospitalité aux voyageurs; les habitants se font un honneur de briguer le droit de tenir cette hôtellerie et de s'y appauvrir. Ce «menzoûl» est ordinairement une galerie ouverte, quelquefois seulement couverte de branches d'arbre posées sur des perches. Des qu'un étranger arrive, on lui souhaite la «bienvenue» par les mots «marhabâ» ou «ahlan ouasahlan». Puis on le conduit dans la galerie, et un domestique ou un esclave se met à griller le café, qu'il pile ensuite dans un mortier de bois, en-faisant entendre une mélodie étrange. Alors tout le village se rassemble et chacun reçoit une tasse de café après l'étranger. Souvent on a insisté auprès de nous, déjà dès le point du jour, pour nous retenir encore une journée et la nuit suivante; il faut dire cependant que les visites fréquentes des voyageurs ont déjà fait disparaître la simplicité primitive des mœurs, en ce sens qu'un hôtelier attend quelque chose des Européens; on donne, selon les circonstances, 10 à 20 piastres au domestique qui vous tient l'étrier. Les aliments qu'on trouve dans une hôtellerie de ce genre sont du pain frais , des œufs, du lait aigre , du miel de raisins secs (dibs) et, le soir, du bourghoul, plat cojnposé de froment (p. 52), et de viande de mouton.
Ds Msâs À MzéBiB (9 h. 40 min.). — • On de/scend de la partie orientale des raines (p. 421) par un chemin peu escarpe (15 min.), puis on remonte la vallée (30 min.) et l'on traverse ensuite le
426 Route 23. MZÊRÎB. Haourân.
Yarmoûc. Ici se trouve une source sulfureuse considérable, dont Teau est à 45^centigT., transparente et de couleur ver^tre. On voit à côté les ruines d'une vieille tour. 15 min. après, on passe de nouveau la rivière, et 15 min. plus loin on atteint le petit village d'Oumm Khaibij près duquel croissent quelques palmiers et qui est encore au-dessous du niveau de la Méditerranée. A 25 min. de là, on rencontre un petit lac , le Birket eWArffis, à dr. ; 5 min. après , on traverse le pfitit affluent méridional dit Nahr Cheikh el~ Bârid, et 15 min. après ,^ on passe de nouveau sur la rive septentrionale du Yarmoûc. 1 h. 1/2 V^^^ loi", le Becâd, descendant du N. , vient mêler ses eaux limpides aux eaux troubles du Chérî*"at el-Ménâdiré. 45 min. au delà, on chevauclie à travers les champs et les plantations d'oliviers du village de Déboûsi; 1 h. V4 pl"s loin débouche le Ouâdi Ziyâtên, venant du N. Le chemin de la vallée devient difficile, il y a là des arbres formant des fourres ; il faut quelquefois monter sur le flanc de la vallée pour pouvoir passer. On fera bien d'envoyer ses bagages en avant par un chemin situé plus haut. Les Bédouins Ménâdiré qui habitent dans cet eudroit sont inoifensifs. On passe très souvent la rivière. Au bout de 1 h. V2» au S. , le grand Ouâdi CheJMé; au N. , le petit Naht 'AUân; 45 min. après, on rencontre le village de Côm et-Kasab^ composé seulement de quelques huttes habitées et de monceaux de ruines considérables. Montant ensuite du côté N. de la vallée, on arrive en ^2 ^' ^ur la hauteur. La vallée a de 120 à 150 m. de profondeur et le ruisseau forme une haute cascade. Sur la hauteur se trouve le village de Zézoûn. On passe devant quelques grands et profonds étangs et l'on aperçoit au bout de 25 min., à dr., sur une colline, le village de Tell ech-Chéhâb. Le sol est pierreux ; à cet endroit commence le terrain brun-rouge du Haourân. Le plateau est traversé par un** grand nombre de fossés destinés à y amener l'eau du lac de Mzérîb, à dr. A l'O., dans le lointain se montre le Tabor. Après 1 h. de marche à l'E., on arrive près du fort de Mzérîb.
Hzérib (station télégraphique turque} est le grand rendez-vous des pèlerins (p. 502) qui vont à la Mecque ou qui en reviennent ; ils s'y reposent quelques jours, et il s'y tient alors un grand marché. 11 y a pour protéger les pèlerins un grand château fort construit, dit-on, par le sultan Sélim (m. 1522). A l'intérieur, de vastes magasins, quelques misérables habitations et une petite mosquée. Derrière le château au N.E. se trouve une source, dont l'eau se déverse à quelque distance dans un vaste étang poissonneux, et" Bedjé, au milieu duquel est une île. Cet étang lui-même a des sources d'eau chaude, et l'on voit quelques ruines sur sa rive occidentale. Le ruisseau qui en sort s'appelle 'Oouîrid.
Db Mzérîb à Damas (16 h.). — La route des pèlerins (Derb el'Hadj) offre peu d'intérêt et n'est pas toujouirs sûre. Au bout de 15 min., à dr. Djoumha^ puis, à une plus grande distance, Khidr el- Hammam i 3/4 d'h. plus loin, on traverse le Ouâdi d^OHâr et l'on
Haourân. ES-SANAMÊN. Itoute 23. 427
voit à dr. le Village de Taff ; V2 ^- apt^s, à g. , Ta'lé, au delà du Ouâdi Horêr, que l'on suit. En 1 h. 45, on arrive à Cheikhmisktn (ou Echmiskîny localité considérable, ancienne capitale de la Noukra (p. 422) ; en Ih. 15, à Djououeimé. A l'E. de ce village passe le grand aqueduc de Kanâtir Fir'aoun (arcs de Pharaon), qui se dirige vers Der'ât (v. p. 429). C'est un ouvrage colossal, exécuté, selon des témoignages arabes, par Djébélé I^', roi Ghassanide; il a 20 lieues de long et il est construit en maçonnerie partout où le sol présente des inégalités.
A g. commence un marais. Après ^2 ^- de marche, on voit à g. le village de Terâya, au loin Naouâ (p. 428) et à dr. (E.) Zoi'a. 10 min. , on passe à Dilli; 15 min. , à g. , l^eU Mikdâd; 1 h. ^2* Kiîhé. A dr. de cette localité, el-MahadJê et Djassououa; à g., Jnkhil. 40 min. après, à dr. , Knîyê; Ih. , le gros village d'€«- Sanamen^ où aboutit le chemin de Naouâ (p. 428). Ce village présente le meilleur type des constructions propres au Haourân (p. 423) et renferme des ruines considérables d'édifices antiques. L'un d'eux offre à l'E. une porte voûtée, une salle carrée et plusieurs chambres, avec un vestibule, des colonnes corinthiennes et plusieurs arcades. A côté, se trouvent une plate-forme et un réservoir. Il y a aussi là deux temples, dont l'un en calcaire jaunâtre , a des colonnes corinthiennes et une niche en coquille. Les portes et les fenêtres sont bien conservées et rornementatiou en est fort riche. D'après les inscriptions, l'un de ces temples était dédié à la Fortune. Il semble, à en croire quelques données, que ce lieu soit ^rê, station romaine entre Damas et Névé (p. 428). A une certaine distance des temples on voit quelques tours élevées, à plusieurs étages , bâties en pierres jaunes et noires sans mortier et d'une riche ornementation; ce sont probablement d'anciens tombeaux.
A ro. d'es-Sanamên s'étend la plaine de Djêdoûr (p. 410), interrompue par quelques collines et à l'extrémité de laquelle on aperçoit l'Hermon dans toute sa largeur. Les collines à l'E. forment la limite *u Ledjâ (p. 442). A 20 min. du village, à dr., celui de Dîdi, derrière lequel s'étend le Tell el-Hamîr. i ht. 1/2 plus loin , on arrive à Ghabâghib^ après avoir pénétré au sein des collines. Il y a de grands bassins en cet endroit. A 40 min. de là, à dr., sur une hauteur, Mezâr Elicha' (chapelle d'Elisée); 1/2 h. plus loin, à g., la colline Soubbet Fir'aoun. Ensuite on atteint en 1 h. 15 el-Khiyâra; ea25 min. Khân Dennoûn. A dr., la longue croupe déserte du Djebel Mâni^a (l'obstacle ; v. p. 443). Puis on arrive eu Y2 ^^ en quittant la région des laves, à el-Kiaoué, village important sur la rive g. du Nahr el-A^ouadj, qui s'appelle plus haut Saibarâni et qui vient du Dj^doûr. Cette rivière est peut-être le Parpar delà Bible (p. 489). On la traverse sur un pont près duquel est un fort, et l'on sort du Haourân pour entrer sur le territoire 'de Papaas, dans le Ouâdi eU'AdJem. Au bout de 1 h.* 20, on
428 Boute 23. COUVENT DE JOB. Haourân,
voit le village à'el-Achrafîyé à g. et l'on traverse le Ouâdi d-Betdi,
Puis on est en 1 b. à el-Kâdem et en 20 min. à la Baououâbet'AUâh
Dans la partie du Djêdoûr à TO. du Ouâdi el-Horêr mentionné cidessus se trouve le couvent de Job. Pour y aller, de Mzêrîb, on appuie un peu sur la gauche de la route des pèlerins, on traverse la vallée à 1 h. 15 min. de distance, près du pont antique de Sîra (9 arches), et Ton atteint ensuite en 20 min. la vallée accidentée d'es-Sira. 25 min. après on traverse le Ouâdi Yâbi* et 20 min. encore plus loin on arrive au Ouâdi el- Leboué^ à 7 min. duquel est situe, àro., le couvent de Job (Deir Eiyoûb). Il existe dans la contrée une tradition d'après laquelle le Djôlân serait la patrie de Job; les anciens écrivains arabes le font aussi vivre dans ce pays, aux environs de Naouâ. La même tradition existait chez les chrétiens du moyen âge. qui célébraient une grande fête en l'honneur de Job. La vénération que les Haourâniens ont pour ce sanctuaire, prouve qu'il remonte à une époque antérieure à Tislamisme. D'autres témoignages prouvent que le pays d'Ouz était du côté E. du Jourdain, et le genre de vie que menait Job était celui d'un chef de tribu du Haourân. D'après les auteurs arabes , ce fut le Djefnide 'Amr l«i' qui bâtit le couvent, sans doute vers le milieu du nie a. Sur une porte de l'église, à l'E. du couvent, se trouve une inscription grecque de l'an 536 «du règne de J.-C.» (Kupiou loû Xoô BavtXiuovToc), qui répond à l'an 567 de Fere vulgaire. On y montrait jadis le fumier sur lequel était couché Job. Le rez-de-chaussée du couvent est encore entouré de fumier. Le bâtiment est grand, c»rré et construit en dalles de dolérite; il n'y a pas d'antres ruines dans les environs. — A V4 d'h. au K. est situé le Makdtn Eijfoiib (place de Job), entouré d'un mur. A l'intérieur se trouve un grand bassin qui est alimenté à l'aide d'un conduit par la source de Job. Le bâtiment, qui est petit, renferme entre autres une auge en pierre dans laquelle le saint homme se serait baigné après sa guérison. A côté est le tonneau de Job. Un saint musulman, Sa'd, y est aussi enterré; l'institution fondée par lui a encore quelques revenus. Il y a quelques jardins potagers autour du Makâm, que les Bédouins regardent comme sacré et inviolable. 11 existe aussi depuis longtemps à cet endroit un hospice de nègres avec des logements misérables. — Sur la colline du village Û^es-Sa^dipi se trouve la pierre de Job (Sakhrat £iyoûb), au milieu d'un lieu de prière des musulmans. C'est contre cette pierre que se serait appuyé Job lorsqu'il fut éprouvé de Dieu. On présente aux voyageurs de petites pierres rondes et des scories comme des vers tombés des plaies de Job. — D' es- 6â''diyé, on atteint en 40 min., au N., Naouâ (v. ci-dessous), puis e i 1 h. 45, en passant devant Deir Liboué, à l'E., Cheikhmisiin (p. 427).
La grande route des caravanes de Djisr el-Hedjâmi'a (p. 358) a Damas, par l^aouâ est peu fréquentée par les touristes et n'oflfre pas d'intérêt particulier; c'est pourquoi nous nous contentons d'indiquer les distances d'après Van de Velde:
Du Djisr Medjâmi'^a au pont du Yarmoûc . . . 1 h. 55 min.
A Khân el-'Akaba 1
Kefr Hareb ' . 45 ,
Fik^ VAphéca de l'antiquité (I Rois xx, 26 et sniv.), station principale des pèlerins , où il y a beaucoup d'eau et quelques antiquités . . . 1 > 20 •
Buines de Redjoûm el-Abhér — -30 -
Birket Nâm * 1-15 -
Ruines de Khastin — - 30 -
Ouâdi Mou^accar — - 44
Ruines d'Oum»» el-Kabv — - 15 -
Ouâdi Hami 8akhr ' . 30 -
*Ain Kèir (source) — - 15 -
Ouédi 'AUân 1 - — -
Tsil., un des plus gros villages du Djôlân, avec une
. ancienne église transformée en mosquée . . . — - 30 JVaotid, l'ancienne Névé-, où sont de vastes ruines . 1 • 45 -
Haourân. DER'AT. Boute 2^. 429^
ObieCa 1 b. — min.
Inkhil^ village qui a, comme le précédent, de vieilles maisons construites en basalte et des ruines du temps des Romains 2- —
Es-Sanamên (p. 42T) 1 - — -
De MzâRiB A BoBBA (environ 9 h.), — Se dirigeant vers leS.E., on passe au bout de 1 b. le Ouâdi Zîdi, rivière principale de la Noukra et l'on arrive 20 min. après à Der'&t , localité qu'il ne faut pas confondre avec Zor'a près de Cbelkhmiskîn (p. 427). C'est l'antique Edr^H, avec Astbaroth capitale du royaume de Basan (p. 422) qui échut à la tribu de Manassé. A l'époque du christianisme il y eut là un évéché. — Dans le fond de la vallée se trouve un grand réservoir de 160 pas de long, de 65 de large et d'environ 6 m. de profondeur. Il était alimenté par les Kanâtir Fir'aoun (arcs de Pharaon, p. 427) qui vienent du N. Sur le bord de l'étang se trouve le mausolée Siknâni, dans lequel il semble que personne n'ait encore pénétré. Il y a encore près du réservoir un bâtiment que les habitants appellent le bain (hammam). Au S. Ë. de la ville est un édifice de 40 m. de long et 29 de large , entouré d'une double colonnade. D'après une inscription, cette chapelle ("iSouottâfc^ a été construite en 650 (1253) par l'émir Nâsir ed-dîn 'Othmân ibn 'Ali,- gouverneur sous Saladin; elle avait 85 colonnes et trois portes. Les colonnes diffèrent les unes des autres. On voit dans la cour un sarcophage avec deux têtes de lions. Une haute tour s'élève à l'un des angles. Il s'y trouve de vastes demeures souterraines fort intéressantes et ressemblant à des labyrinthes ; on y pénètre en rampant ou par une entrée plus commode dans le Ouâdi Zédi. Ce sont des habitations antiques de la deuxième catégorie (p. 423). ^
Une route conduit de Defât dans une direction E.S.Ë. à Bosra (7 h. 1/2)- ^^ traverse le Ouâdi Zédi sur un pont à 5 arches datant de l'époque musulmane. Au delà, on rencontre (45 min») une partie de l'aqueduc, se dirigeant sur Mkés (p. 427). 40 min. plus loin, à dr., Côm Qharz; au N., le village de No^eimé'^ puis, bientôt après, à dr. , le village de Gharz. A 72^* ^^ ^^1 sur la route, le village de Merké; après une autre V2 ^-^ ^^^^ el-Mézâbil; à dr., le gros village d' Oumm el - Méyâdhin ; puis Naéîb , Djaîr et et - Taïyibé. Ensuite, au bout de 1 h. 45, on passe entre les deux villages à'ech- Chirké et de Djîzé. Il y a dans le premier des ruines d'une grande église. On traverse là de nouveau le Ouâdi Zédi. Les montagnes du Haourân présentent un aspect pittoresque et imposant ; à l'E.S.E. se montre Bosra et derrière, la colline de Salkhat. En 40 min., on arrive au village à' el-HorouâsL et au bout de 45 min., après avoir traversé une vallée, à Qhasm. A dr., se voit Souhb. 1 hr. 1/4 plus loin, à dr., Hammâs; à g., el-Ma'arribé ; à une plus grande distance au N., le village chrétien de Kharaba. Nous nous trouvons sur une vieille voie romaine qui nous conduit en 1 h. Y4 à
Bosra. — Histoire. Ce n'est pas ici la Bosra de la Bible (Gen., xxxvi,'31, eto.)^ qu'il faut chercher dans le territoire de Fancien Edom. Par suite de sa situation extrêmement favorable, domlnaiit toute la^ coiàtrée|k
430 Route 23.
BOSRA.
Hàourân,
elle fut sans doute de bonne heure une ville importante. .U^n 105 après J.-C, Boçra, en tant que colonie dite Nova Treuana Bostra et capitale de la province de TArabie, fat la résidence d'un consulaire. C'est alors que Cornélius Palma, général de Trajan, en fut le gouverneur. De cette année date ce qu'on appelle l'ère de Bostra, d'après laquelle on a compté longtemps dans les villes de la Pérée. La ville dut sans doute sa prospérité à l'immigration des Arabes d^^ sud. C'était de plus un marcbé important pour les caravanes; elle communiquait par une route directe avec le golfe Persique et l'Haourân en général était sillonné de nombreuses voies romaines encore visibles aujourd'hui. On y trouve beaucoup de monnaies du temps des empereurs romains, quelquefois avec le nom de la ville. Ses divinités protectrices étaient la Bonne Fortune des Bostrènes et Dionysos (Dhousara). Une colonie militaire romaine y fut amenée sous Alexandre - Sévère (222-235). Elle était trè/ prospère sous Constantin et fut aussi le siège d'un évêcbé. Au temps de Dioclétien,
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