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Boçra était encore la capitale de «l'Arabie». Elle fut surtout importante comme centre de commerce pour les caravanes; les marchands arabes comme plus tard l'oncle de Mahomet, y venaient souvent, et le prophète avec eux (v. p. 95). C'est à Bofra que demeurait le moine Bahîra qui reconnut, dit-on, Mahomet comme prophète. Ce moine serait allé par la suite à la Mecque. Au moyen âge, cette ville était encore très importante comme marché et comme forteresse. Les croisés, sous Bauduin III, tentèrent vainement de s'en emparer. Saladin, qui dut 8''appuyer sur les pays à l'E. du Jourdain, comme base d'opération dans ses attaques dirigées contre les Francs, sut apprécier aussi l'importance de cette place. Sa décadence fut le résultat des tremblements de terre (surtout en 1151) et plus tard de la faiblesse du gouvernement turc. Le Syrien dit que la prospérité du ^aour&n dépend de celle de Bofra et l'inverse. En cela, il n'a pas tort, car une forte garnison dans ce lieu, empêcherait les Bédouins de rançonner et de ruiner les paysans. On a tenté plusieurs fois depuis une dizaine d'années d^en mettre une, mais on a échoué ordinairement devant Tobstioation des princes druses. — Bosra porte aussi maintenant le nom d'£<ltf-(^Aâm, Yieux-Damatf.
Haourân, BOSRA. Route 23, 431
Boçra produit aujourd'hui une triste impression car elle n'est plus habitée que par 30 ou 40 familles. Les yieux murs d'enceinte subsistent à TO. et en partie également au S. Deux rues principales traversent la ville, l'une de l'E. à l'O., l'autre du N. au S. Avant d'arriver à l'enceinte, par l'O. , on voit sur la gauche quelques ruines. Près de l'angle N.O. s'élève, dans un champ, un autel avec une inscription. Devant la porte 0. de la ville, on voit encore, à g., un petit corps de garde. La porte est bien conservée; elle a deux arcades superposées , dont l'inférieure est flanquée de petites niches en coquille , surmontées de toits triangulaires. A l'intérieur de Venceinte se trouve, à g. , à quelque distance , une source, et à ooté un pré, dans une profonde dépression qui est probablement une ancienne naumachie. Il y a aussi là une petite mosquée nommée el^Khidr et un vieux tombeau. Bien que tout soit affreusement bouleversé, on reconnaît encore- le tracé de plusieurs rues. Devant la troisième qui de la rue principale se dirige à dr. (S.), s'élève un arc de triomphe bien conservé, à trois baies, dont l'intermédiaire a environ 13 m. de hauteur^ 11 y a aussi des arcades sur les côtés, de sorte que cette construction semble avoir été élevée sur un socle de 13 m. de long et de 6 m. 50 de large. L'un des pilastres porte une inscription latine. La rue à l'entrée de laquelle était cet arc, est complètement détruite. La grande rue allant de l'O. à l'Ë. semble avoir eu des colonnades ; les ruines des deux côtés présentent un aspect imposant. Un peu plus loin à l'Ë., du côté droit, sont des bains y aussi en ruine ; on a une belle vue en montant sur les voûtes. Puis vient le carrefour oîi passait la seconde rue principale. Si, dans la rue, on prend vers le N., on a à g. quatre grandes colonnes au coin de la rue, qui est à pans coupés. Elles ont 14m. 50 de hauteur et leurs chapiteaux, d'ordre corinthien, sont d'un travail excellent. L'entre-oolonnement du milieu est plus grand que les autres. On ne sait pas au juste à quel monument ces colonnes ont appartenu. — £n face, à dr. de la rue, sont les restes d'un magnifique édifice (pi. 1) : deux colonnes avec des bases en marbre blanc, un mur avec deux rangs de niches superposées. Etait-ce un temple ou seulement un portique? c'est ce qu'on ne pourrait savoir qu'en faisant des fouilles. Plus loin au N., on rencontre à dr. à la suite les uns des autres des espaces voûtés et ouverts ; c'est sans doute l'ancien bazar, A g. se voit une grande porte ; une tradition place à cet endroit la maison d'un juif (pi. 2) qui avait été dépouillé injustement de sa propriété et à qui le khalife 'Omar permit de démolir la mosquée qu'on y avait élevée pour rebâtir sa maison.
Puis vient, à g., une mosquée maintenant abandonnée, dont la fondation est attribuée à 'Omar. Les matériaux qui ont servi à la construire sont certainement anciens; Tune des colonnes porte la date de 383 (ère de Bostra) ou 489 apr. J.-C. Devant l'entrée se trouve une espèce de vestibule à colonnes. On entre par une
432 Route 93, BOSRA. Haourân.
petite porte dans nne cour carrée, qui a de deux oôt^s une double galerie. Les arcades reposent sur des colonnes antiques, dont dixsept monolithes en -marbre blanc et les autres en basalte. Les chapiteaux sont de différents styles ; deux sont ioniques. Une belle frise en stuc règne tout autour des murs. A l'angle N.E. de la mosquée s* élève un minaret avec une belle porte en pierre ; il mérite qu'on en fasse Tascension. La vue embrasse la Nouera, dont le sol uni se couvre au printemps d'une verdure ondoyante; puis les montagnes du Haourân proprement dit, dont on distingue très bien les bois; à TE., la colline de Salkhad; au S., pour les amateurs d'expéditions dangereuses une terre inconnue ; là se trouvent, à environ 51., les ruines intéressantes à^Oumm el^Djémal (Beth Gamoul? Jér. xlyiu, 23). Au S.O. apparaît une bande de terre jaunâtre près de la Zoumlé, et à côté le Djebel 'Ad jloûn. C'est de ce minaret qu'on a le meilleur panorama des vastes ruines de la ville. — En face de la mosquée , de l'autre côté de la rue, sont les ruines considérables d'un établissement de bains ; on y reconnaît encore les conduites d'eau.
En allant à l'O. du carrefouif des deux grandes rues , on arrive dans le quartier moderne de Bosra. A peu de distance du même carrefour, se trouve dans la rue une arcade de construction romaine. A dr. de l'arcade (S.) sont les ruines d'une grande maison avec diverses cours, des fragments de colonnes et des sculptures. La rue qui se détache à g., conduit à une vieille église (pi. 4) ; elle s'appelle V église du Moine Bahîra; elle est carrée à l'extérieur, mais forme à l'intérieur une rotonde dont la coupole s'est écroulée • les niches existent encore. Il y a plusieurs frises dans les murs , et une inscription à la porte indique la construction de l'édifice comme datant de 513 (407 de l'ère de Bostra). Il y a une très belle inscription arabe à un bâtiment au N. A côté de l'église se trouve le couvent de Bahîra (pi. 5) , dont le toit s'est écroulé , mais qui a encore une rangée de fenêtres, une niche voûtée et une inscription latine au côté N. On voit encore plus loin au N. la maison [dâf) de Bahîra (pi. 6) ; il s'y trouve au-dessus de la porte, une inscription grecque.
Au N., en dehors de la ville est située la mosquée à^el-Méhrak^ dont le nom signifie (dieu de l'agenouillement». D'après une tradition , le chameau de 'Othmân , qui portait le Korân , ou d'après une autre, la chamelle de Mahomet, s'agenouilla à cet endroit, et l'on montre dans une petite chambre , sur une dalle de dolérite, l'empreinte laissée par l'animal. La coupole de cette mosquée fut détruite par les Ouahhabites , mais elle a été reconstruite en 1B59 par Sa'îd Pacha d'Egypte , pour recouvrir le tombeau du flls de son prédécesseur, 'Abbâs Pacha , mort en 1852 chez les Bédouins (ici les Rououala), qui avaient été chargés de son éducation, conformément à un vieil usage arabe.
A l'E. de la ville , aussi en dehors de l'enceinte, se trouve un
Haourân. BOSRA. Route 23. 433
grand réservoir dont les fondements sont assez bien conservés. Il y en a un autre près de Tang^le S.E., plus fçrand et mieux conservé, où Von descend par un escalier, et au N.E. duquel est une mosquée en ruine.
Enfin au S. de U ville il reste à voir le château^ bâtiment énorme construit par les sultans Ayyoubites dans la première moitié du xiii^ s. La forme du château se coordonnait à la présence d*un théâtre romain dont Thémicycle tourné au S. en formait comme le noyau. -Des tours en saillie lui donnent une forme irrégulière, et il est entouré d^un fossé. Un pont à six arches mène à la porte garnie de fer de la forteresse , et Ton entre dans une multitude d'espaces souterrains voûtés en o»ive. Le tout se compose d'un nombre extraordinaire de chambres de toutes formes, disposées sur trois étages , dont Tun et quelquefois tous deux sont sous terre. Vastes locaux voûtés, magasins, écuries pour chevaux et pour chameaux, logements pour une garnison, etc. , s'y voient encore, le tout, entre des murs très épais. On trouve de plus à l'intérieur du château, sur la plate-forme, les six rangs de gradins du théâtre romain (pi. T) ; mais comme il a été défiguré par les constructions arabes , il n'est pas facile de se faire une idée de la manière dont il était disposé. La scène, qui a 12 pas de profondeur, était fermée par un mur de 60 pas de long, divisé en deux étages et garni de niches de différentes formes. Des deux côtés (aux deux étages*) , des portes s'ouvraient sur une galerie qui passait derrière le mur de la scène. Le diamètre du théâtre était de 72m. Les gradins sont en partie compris dans des constructions plus récentes. Des escaliers doubles conduisent à un perron d'où partent d'autres escaliers montant aux gradins. Des portes qui se trouvent en bas entre le double escalier conduisent aux vomitolres (passages conduisant sur la scène et aux gradins*). Dans le haut régnait une colonnade , dont il reste quelques parties. S y a aussi des couloirs sous les paliers. — Ce vaste théâtre était construit sur un emplacement d'où l'on avait un beau point de vue ; c'est dans son enceinte que se donnaient les jeux en l'honneur de Dhousara (p. 430).
ITonR ne pouvons indiquer que sommairement ici, un tour dans le Hao.arân oriental.
Il y a 2 h. de chemin de Bosra à Krfpé^ à TE.N.E. Cette ville fut hâtic par Djefné le**, roi Ghassanide, qui commença à régner vers Tan 135. File est très grande, mais il n''y reste que peu de constructions importantes, à part quelques tours. I/nn de ces édiflces a une triple colonnade d''un mauvais style. Il y a un grand réservoir au milieu de ce village qui n'a qu'une faible population. — De là, en se dirigeant sur le Klêb, qui est en vue, on peut atteindre Hébran (p. 435) en 1 h. 1/2 au moins, mais en traversant de profondes ouâàis.
A 2 bonnes heures E.S.E. de Krêyé est situé Salkhad (à mi-chemin, le village de Afounêdiré).
Histoire. Il est déjà question de Salkha dans la Bible (Deutéron., III, 10; Jos. XII, 5) comme ville frontière du royaume de Basan. Comme Bosra, elle était faite par sa situation pour dominer la contrée, et elle pourrait, elle devrait encore, sous un bon gouvernement, jouer ce rôle actuellement. H se pourrait que les croisés eussent pénétrés jusqu'à cet
434 BouH23. SALKHAD. Haourân.
endroit. Salkhad avait encore de Timportance an moyen âge^ la vigne y était alors caltivée.
Le manque d^ean fait qn'il ne demeure pins aujourdlini que quelques familles dans les 800 maisons de pierre de cette ville. Néanmoins beaucoup de ces maisons et quelques tours sont très bien conservées. Le château remonte sans doute à une époque antérieure à Toccupation romaine. Il est situé au sommet d'une colline qu'ion aperçoit de loin, et il est entouré d'un fossé en partie rempli de pierres de construction qui y sont tombées. On y entre par un pont à une arche. Il y a encore des aigles romaines à quelques portes, mais auspi des meurtrières et des inscriptions arabes, car la forteresse doit sa reconstruction au moyen âge aux mêmes mesures politiques que celle de Bosra (p. 430). La vue qu'on a de là embrasse un grand nombre de villes détruites. La vieille voie romaine de Bosra à Baçra sur le Chatt el-'Arab près du Golfe Persîque, tourne au S.B. à Salkhad.
A 1 h. V4 ^^ ^'S* ^e Salkhad se trouve Wrmân. En faisant le tour du mont 8/ikh, ce qui demande V2 b> ^^ plus, on peut en outre visiter *Iyoûn^ localité qui doit son nom à da nombreuses sources près desquelles campent toujours beaucoup de Bédouins. II y a là quelques ruines de beaux édifices publics. — De là, on va en 2 h. environ, au N. , à Scthouet el-Khidr, ville en ruine avec un château et une église oii toutes les sectes religieuses honorent St Georges ou Khidr. La contrée est verdoyante et en partie boisée.
On peut revenir de là à Hébrân (env. 2 h.). Si Ton préfère rester à TE. des montagnes, on ira à Sdla (2 h. Vs)^ qui fut jadis une grande ville ; puis à Boûêân (env. 2 h.), d'où l'on voit tout le désert oriental jusqu'à la contrée inaccessible de la Harra. Les maisons de pierre de la ville sont bien conservées, de même que- celles de Monchenne/^ qu'on atteint en 1 h. On y trouve un temple et beaucoup de belles portes de pierre. En 45 min., on arrive à Oumm er-Rououàk; en 1 h. V2 environ, à Têmâ^ par Tarba. A une forte V2 h- au N. se trouve Doûmd ^ localité importante comme Têmâ. Si la tradition a raison de placer la patrie de Job dans le Haourân (v. p. 428) , ce serait peut-être là le Têmâ de la Bible (Job 11,' 11; Jérém. xxv, 23 etc.) et Boûsân serait Botté. Il y a à Doûmâ des souterrains avec des cercueils en pierre. — On va ensuite à Chakka (p. 443) en 1 h. >/«•
En s'écartant plus à l'E., à partir de ^Ormân, on peut visiter les villes troglodytes intéressantes de Hibikké et de Tell Oia^f.
Db Bosra a Damas. — Une vole romaine conduit directement de Bosra au N. à 'Alr^ et à Sououêda, en longeant le côté 0. des montagnes du Haourân. En 30 min., on est au village de Djémarrîn , . qui a quelques grands bâtiments. Au N. , un pont à trois arches , près duquel est une tour, traverse le Ouâdi ed-Dhéheh, qui 8^ appelle plus bas Ouâdi Zédi (p. 429) et dans lequel coule de l'eau. Passant ensuite entre des champs d'une végétation luxuriante , on atteint en 30 min. un grand bâtiment carré isolé, aux murs épais, nommé Deir ez-Zoubeir^ prol)ablement ancien couvent. De là il y a encore 1 h. de chemin jusqu'à 'Aire. En appuyant à dr., on peut aller voir la colline et les ruines de Ouatar, d'où l'on aperçoit déjà le château de 'Aire. Sur une colline voisine au S.E. (20 min.) se voient les ruines du village de OKassân, qui rappelle les rois qui ont régné sur le pays (p. 424) , mais qui n'est plus aujourd'hui qu'un monceau de ruines Informes. Nombre de pierres gisant au milieu de grandes orties, présentent des ornements architectoniques, mais on n'y trouve pas d'inscriptions et il n'existe plus de constructions, excepté une église en mine et^quel^ues sovï"
Haourân. 'AIRE. BouU23. 435
"bres souterrains. On a une belle vue du haut de la colline. — Il y a une petite heure de chemin de Ghassan à 'Aire en ligne directe, sur un sol pierreux , et 45 min. de Ouatar, par le village dru se de Moudjêmir.
'Aire est un village situ^ sur une petite colline isolée entre deux lits de rivières qui passent au S. et au N. et se dirigent vers VO. Les ruines sont étendues , mais sans intérêt. Ce lieu est important comme résidence d'un chef de Druses. Son château, à moitié à Teuropéenne , a été construit par lama^U el-Atrach , grand cheikh
des Druses du Haourân.
Cet homme remarquable s'^était créé par son énergie nne position considérable. Il 8''ëtait en quelque sorte affranchi de la domination turque; ses relations s'étendaient jusqu'au Djôf (Arabie) et auxOuahfaabites. Les cheikhs arabes devaient lui apporter des présents pour obtenir le droit de passer sur la route de Damas. Il réglait Tusage des eaux et percevait des sommes considérables pour les concessions qu'il en faisait aux habitants de la Noukra. Les Bédouins ne purent pas, sous son gouvernement, mettre à contribution les villages de ce pays. Les Turcs mirent une garnison à Bosra, tant pour surveiller les Druses que pour s'opposer aux Bédouins. Isma'îl était un homme d'une taille imposante. Il mourut en 1869, et l'on a fait toute sorte de suppositions sur son genre de mort. Beaucoup d'arbres fruitiers de 'Âiré ont été plantés par lui.
De 'Aire, on descend au N. et l'on passe un petit ruisseau. A g. dans la plaine se voit Kenâkir , à dr. , dans le haut , le village de Sahouet el~Blât , et plus près, Résâs, Ensuite on traverse encore un vallon et l'on arrive en 1 h. au petit village de MoudjêdU. Dans le voisinage, à g., un bâtiment nommé Deir et-Tref. On voit à dr. la cime du Haourân, le Klîb (y, ci-dessous); à g. (N.O.) se montrent constamment les hauteurs neigeuses de THermon. On commence au bout de 30 min. à sortir du fond de la plaine, et l'on rencontre à g. du chemin un bâtiment du nom de Deir 8énân. Puis on atteint en 10 min. environ le gros village de Sououeda (p. 436).
Un chemin plus long, mais beaucoup plus intéressant que la route directe conduit de Bo$ra à Sououeda par les montagnes; en le prenant, on peut envoyer ses bagages par le chemin direct. On se dirige vers le N.E., on traverse le Ouâdi Abou Hamâca et l'on arrive en 45 min. au Ouddi Râs el-Bedr. A dr. est situé' le village de Kêris. Puis, après avoir traversé la vallée, on voit à dr. le village de Madhac^ à g., Kirifty adossé
mais elle n'est pas escarpée; on est en 45 min. à Hébrân. Ce village druse est situé au sommet et sur les côtés de la croupe d'une colline; .il n'y a qu'un petit nombre de ses maisons qui soient habitées. La hauteur offre une belle vue , quoiqu'elle soit restreinte par la proximité du Klêb au N. et les montagnes du S.E. Le plateau de la colline est couvert d'arbres, surtout d'arbres fruitiers. Sur une éminence au S. du village , se trouvent les ruines d'un château fort et à côté , les restes d'une église qui doit avoir été jadis un très beau monument, et dans un site extrêmement pittoresque. La porte en est basse; il y avait là un i><»rtique qui s'est écroulé. On voit dans le haut, sur une pierre, une belle iQScripUon |rec(]^ue (tfois mots sont incomplets), d'après laquelle
436 Route 2S. SOUOUÊDA. Haourân.
rédifice fat construit Fan 15Ô par ÂntoBin le Pieux, d''où il résulte que ce fat dans le principe un monument païen. Il y a des ruines d^une autre église plus petite au milieu du village.
Vn joli chemin offrant une belle vue conduit de Hébrân à el-Ke/Vy en 40 min., à travers des prairies bien arrosées. Le village a une belle Médafé dont les murs sont en pierre et qui est ouverte sur le devant. Il n^y demeure que quelques familles druses; mais les maisons, les ruelles avec leurs trottoirs en sont très bien conservées. G^était jadis une ville d'une certaine étendue, dont il reste encore, à TO., une belle porte ayant deux pieds-droits en pierre de 2 m. 60 de hauteur. Il y a des mûriers dans les cours de beaucoup de maisons. On peut monter par les escaliers sur les toits et de là descendre à Tintérieur, ce qui permet dVtudier de près le style des constructions du Haourân. Beaucoup de léeards s'étalent au soleil sur les pierres en partie couvertes de lichen. La voie romaine qui reliait cette ville à Bosra est encore reconnaissable jusqu'à une grande distance.
On prend ensuite au N. d'el-Kefr et l'on arrive en 10 min. à la fontaine de Moïse , ^Ain Moûêa , dont les eaux baignent le village de Sabouet el-Khidr (p. 434). On peut faire de cet endroit l'ascension du Kleb, qui n'est pas, il est vrai, la cime la plus haute du Haourân, mais qui parait l'être; il s'élève à 1720m. au-dessus du niveau 'de la Méditerranée. Son cône présente une grande crevasse, à laquelle on arrive en passant sur des masses de roche volcanique, pour atteindre le cratère, qui forme un grand bassin boisé. Pour gravir le sommet proprement dit (1 h. de la fontaine), on est forcé d'aller à pied et de se tenir quelquefois aux branches des boutm. L'extérieur de ce grand cône d'éruption est dénudé. Un peu au-dessous du sommet se trouvent quelques grottes, probablement réceptacles des eaux de pluie. La petite hauteur à g. est couronnée par les ruines d'un temple. Les formations du cratère qu^on aperçoit d'ici sont extrêmement intéressantes, et il en est de même de la vue sur les pentes vertes de la montagne et sur la grande plaine qui s'étend jusqu'au Liban. Il paraît qu'on aperçoit la Méditerranée lorsque le temps est clair. A l'E., la vue est un peu restreinte par les hauteurs voisines.
Il y a 2 grandes heures de marche du pied du Elêb à Sououêda. Le plateau sur lequel on continue de chevaucher est en partie boisé et très vert au printemps. Les prairies sont arrosées par de petits ruisseaux. Les Bédouins de cette contrée ('Adjêlât) , de même que leurs chiens, ne sont pas toujours inoffensifs. On tourne au X.O. dans la vallée de Sououêda. Les arbres cessent à l'endroit où l'on aperçoit de nouveau la Noukra. Le sol se compose alors d'un sable volcanique.
Sononéda est situ^ sur un versant cultivé et disposé en terrasses; sa population se compose de Druses (environ 500) et de quelques chrétiens. Nous avons très peu de données historiques sur cette ville qui avait probablement un autre nom sous les Romains. Une inscription latine de Tan 103 nous apprend que Nerva Trajan César y construisit un nymphée et un aqueduc. A en juger par les ruines, la ville était considérable.
Partant de la Médâfé, on rencontre d'abord un petit temple. Il reste encore 13 colonnes sur 22 que comptait le péristyle ; leurs chapiteaux corinthiens sont raides et de mauvais goût , et la corniche est pauvre. Il y a quelques autres colonnes plus petites dans la cella. — Une rue conduit de ce temple à une porte qui resf^emble à un arc de triomphe. Plus bas, vers le centre de la ville se trouvent les ruines d'une grande basilique. Trois entrées à TO. donnaient sur un porohe ; il y en avait aussi trois au N. , où l'on voit encore |iui^ fenêtres à plein cintre, I^e vçiisseau avait 42m. de
Saourân. SOUOUÊDA. Rouie 23. 437
long et 29 de large ; il était divisé par des colonnes en une grande nef et deux petites. L'abside forme un hémicycle profond, ayec deux absides latérales également profondes, mais plus étroites. La grande abside a trois fenêtres à plein cintre. Le toit, qui était peut-être en pierre, s'est écroulé. D'après M. de Yogiié, la construction de cette basilique remonte au iv^ ou au v^ s.
Ensuite on arrive aux ruines d'une mosqiiée dont les murs existent encore jusqu'à une hauteur de 3 m. 60 ; on reconnaît à ce qui en reste, notamment aux colonnes et aux inscriptions, qu'elle occupe la place d'un édifice public plus ancien. — Dans le voisinage se trouve ce qu'on appelle le tribunal (mehkémé)j bâtiment enfoui à une assez grande profondeur au-dessous du niveau actuel du sol. Au-dessus d'une porte, à l'intérieur, se lit une inscription grecque qui semble contenir le nom de Marc-Aurèle. — En montant de la mosquée sur la colline , on arrive à un grand réservoir semi-circulaire de 95 m. de diamètre et de 9 à 12m. de profondeur. Il y a un escalier de chaque côté. — On a du haut de la colline, une belle vue près des ruines.
Il reste encore à voir un bâtiment de l'autre côté de la vallée du N., sur le chemin de Kanaouât. On traverse la vallée sur un pont antique près d'un petit réservoir. Arrivé dans le haut , on voit à g. une construction carrée, qui mesure 11m. de côté et qui est très solide. Elle repose sur un soubassement de la hauteur de deux marches et elle avait dans le principe 12m. 50 d'élévation. De chaque côté sont six demi-colonnes doriques assez grossières, entre lesquelles le mur présente de singulières protubérances rondes et ovales. La corniche se compose d'une série de baguettes. Une inscription au N. nous apprend que l'édifice est un mausolée érigé par un certain Odenathus à sa femme Khamra. M. de Yogiié en reporte la construction au i^' siècle de notre ère.
En quittant Sououéda, on prend une route au N.N.O., passant sur des contre -forts du Haourân couverts de petites futaies, de chênes, d'aubépine, et d'amandiers. On rencontre quelquefois de singuliers enclos, au milieu desquels se montrent des bâtiments blancs à coupole ; ce sont des oratoires (khaloua) des Druses. Il y a 1 h. Y2 de chemin jusqu'à Kanaouât. Eu faisant un petit détour, c'est-à-dire en marchant directement de Sououéda vers le N., on passe par 'Atil (1 h. 10 min.). Ce petit village druse est situé au milieu d'une foret. Il a, au S.E., un petit temple aujourd'hui transformé en habitation. C'est un joli édifice reposant sur un haut soubassement et avec un portique composé de deux colonnes corinthiennes et de deux piliers d'angle, tous munis de consoles destinées à porter des statues comme à la colonnade de Palmyre (p. 551). Il n'existe plus qu'un des jambages de la porte, à côté duquel est une fenêtre à plein cintre et, gisant sur le sol , un bas-relief représentant un buste de femme et un cheval. Ce temple date, d'après une inscription, de la quatorzième année du règne d'Antonin Ir
438 Route 2S.
KANAOUAT.
Haourân.
Pieux ou de Tan 151. -^ Passant de là devant une yieille église
qui a une tour, on arrive à un autre temple, el-Kasr^ au N. du
village. Il reste des fragments de la porte du milieu, et les portes
latérales sont en partie ensevelies sous les déoombres. L'une de ces
dernières est encore surmontée d'une niohe, et il y en a une autre
dans le mur de derrière. Un fronton surbaissé s'élève au-dessus de
l'arcade du milieu. — On va en 25 min. de ce village à Kanaouàt. Histoire. — Ce lieu a été rapproché à tort du Kénath de Nombres, XXXI T, 42 qui est situé beaucoup plus au S. Josèphe rappelle Kanatha. Hérode fut défait en ce lieu par les Arabes révoltés. A en juger d''aprè9 ses édifices et leurs inscriptions, ce fut une ville qui prospéra sous les Romains même aftani Bosra*, peut-être a-t^elle porté pour un temps le
ruiiLes cLe ^ CAWATWlâ(KANAOUAT).
J.L.Porter.
fRubour
nom de MaaimianopoHs. Ce fut plus tard le siège d''un évêché. On trouve des monnaies avec le mot «Kanaténôn», c.-à-d. des Kanathéniens, et sur le revers une tête d'Isis voilée.
En arrivant à Kanaouât de Souoiiêda ou bien du côté N., on ne peut réprimer un sentiment d'admiration, lorsqu'au sortir du bois, on aperçoit tout à coup, sur un avant-mont, dans un vallon s'buvrant vers le S.E., et au milieu de la verdure, les ruines d'un beau petit temple périptère. Cet édifice s'élève sur une plateforme haute de 3m., où l'on monte du N. par un large escalier. 11 y avait sur le devant une double rangée de 6 colonnes chacune et les côtés en avaient également 6 sans compter celles du portique. Il en reste encore un certain nombre ; elles sont d'ordre corinthien, hautes de 7 m. 60 et posées sur des socles de 1 m. 50. D'après une inscription, ce temple était dédié au soleil; il présente un coup d'ceil magnifique dans cette situation où il domine la contrée.
Descendant ensuite à dr., on arrive dans les petites rues de la ville basse. Kanaouât est situé sur la rive g. d'un ruisseau que
Haourân, KANAOUÂT. Route 23, 439
traversaient plusieurs ponts. Les rues sont encore bien pavées à certains endroits , aY<^o de grandes dalles placées transversalement. La plupart des maisons sont désertes , mais bien conservées, avec leurs portes et leurs fenêtres de pierre.
£n remontant la vallée, on voit bientôt un beau théâtre. Pour l'examiner de près, il faut traverser le ruisseau beaucoup plus bas. Ce théâtre construit en très grande partie dans le roc vif, a 19m. environ de diamètre et compte 9 rangs de sièges, auxquels on arrive par des escaliers dont le plus bas est à 1 m. 60 au-dessus de r arène. Au milieu de celle-ci se trouve une citerne. Les entrées étaient sur les côtés et au milieu du postscénium. On aura certainement été guidé dans la construction de ce théâtre , comme à Bosra, parla vue sur le vallon, les monuments de la ville et rUermon, à Tarrière-plan,
Plus haut, du même côte du ruisseau, les ruines d'un petit temple , peut-être d'un nymphée se voient au-dessus d'une source. Des degrés pratiqués dans le roc conduisent de là à une tour massive, qui faisait peut-être partie de fortifications commandant l'entrée du vallon. Les substructions sont probablement antérieures à l'époque de la domination romaine. On voit encore de beaux restes de sculptures, des portes, etc. — Un peu à l'Ë. se trouve une grosse tour ronde, de 2ôm. de circonférence; c'est peut-être un ancien mausolée.
La partie principale des ruines deKanaouât, un chaos de ruines, est dans la ville haute , sur la rive g. du ruisseau. Près des restes d'un moulin, passe un aqueduc antique bien conservé, et à côté, sont les restes de murs énormes probablejnent d'une époque antérieure à celle des Romains. Le bâtiment principal est ce qu'on appelle le aérai, qui est composé de plusieurs constructions agglomérées. On remarquera d'abord à TU. un petit bâtiment dont le mur septentjrional, aujourd'hui écroulé, était précédé. d'un petit portique de 4 colonnes. Il y a en réalité deux bâtiments qui se croisent, dont le plus ancien , auquel appartenait le portique, avait une abside à trois arcades au S. L'autre a une abside à l'Ë. et une grande façade àl'O., avec trois portes monumentales garnies de vignes. On voit une croix de forme ordinaire entre les pampres de la porte du milieu, et au-dessus, une fenêtre ronde flanquée de deux autres carrées. L'édifice avait 8 piliers à l'intérieur. — A l'Ë. de ce bâtiment se trouve une église, longue construction, avec un beau portique au N. Ce portique, reposant sur un socle, se compose de colonnes corinthiennes hautes d'environ 9m. et primitivement au nombre de huit, avec des piédestaux pour statues; il est inférieur à celui de l'édifice précédent. On entrait par trois portes dans un vestibule de Téglise proprement dite. Ce vestibule comptait 18 colonnes placées en carré à 3 m. 30 des murs latéraux. Les chapiteaux de ces colonnes ne sont pas beaux. De chaque côté du vestibule est une petite galerie surmontée d'une triple arcade. Un très
440 Rouie 23. SOULÊM. Haourûn,
beau portail central , extrêmement riche, orné d'une croix , donne entrée dans une nef carrée, longue de 25 m. et pareillement à 18 colonnes. Il y a du côté S. une grande abside de 4 m. ôO de profondeur. Deux portes étaient percées dans le mur de l'O. et une dans celui de Të. Le mur méridional dépasse de beaucoup le bâtiment à ro. Au S.O. s'étend une grande place pavée. Dans le voisinage sont de profonds réservoirs voûtés.
Ensuite on passe sur des monceaux de ruines pour arriver à un temple (prostyle j, dont le portique était formé de 4 énormes colonnes d'environ 10m. de haut, qui sont encore debout. 11 y a en outre deux colonnes plus petites à l'entrée. Les murs de l' édifice sont en partie écroulés ; on voit dans celui du fond deux niches superposées. — Près de ce temple se trouvent des fragments d'un grand nombre de statues grossièrement travaillées. 11 semble qu'il y ait eu là un hippodrome.
£n s' avançant à quelques minutes au S. des murs de la ville,
qui de ce côté sont bien conservés et garnis de tours , on arrive à
des tours sépulcrales (p. 558) cachées entre des chênes. On rentre
dans la ville par une porte au S.O. A g. de la rue sont les ruines
d'une belle maison qui avait une colonnade; à dr., celle d'une
église d'une époque relativement récente. On se retrouve ensuite"
dans la grande rue pavée qui est la route de Kanaouat à Sououéda. A V2 ^' de Kanaouat, à Sipah^ se trouve un des temples les plus intéreasants du Haourân, et dont le stylé se rapproche beaucoup de celui du temple d'Hérode à Jérusalem: des inscriptions font du reste mention d^Hérode Agrippa. Les ornements archltectoniques, représentant des gaselles, une tête de lion, un cheval sellé, etc., sont très remarquables, de même que les chapiteaux, quoiqu'ils soient un peu raides. Il y a encore un autel à sa place primitive, au pied des degrés du temple. Ce sanctuaire était consacré à Ba'al JSamin, le dieu du Ciel.
Pour aller de Kanaouat à Chohba , il faut faire le tour de la montagne située à l'O. On se dirige au N., en quittant la vallée et traversant une plaine peu cultivée, dans laquelle on aperçoit partout des éminences avec des villages, on arrive en 2 h. à 'A'in Mour-
<Jkmc, flaque d'eau dans le bas du village du même nom.
En faisant un détour et en suivant une vieille route à travers des broussailles à l'O., on parvient d'abord aux ruines de Deir es-JSotiméidj sur la rive g. du Uuftdi Kanaouat. Deir es-Souméid est un ancien couvent, un grand b&timent* carré. Au milieu de la cour, entourée d'un portique, se trouvent des substructions en gros blocs de pierre. La grande porte est ornée de beaux bas-reliefs représentant des pampres.
Marchant ensuite à rC, à travers un bois de chênes peu épais, on franchit au bout de 10 min. le lit de la rivière et l'on arrive en 30 min. sur une hauteur d''où l'on domine la vallée de Kanaouat. Puis les broussailles s'éclaircissent peu à peu, on traverse *une petite vallée et Ton atteint en UO min.,
Boulém, localité qu'on a identifiée, à cause d'une inscription parlant d'un cNeopolitès» avec Neapoliê^ ville connue comme siège d'un évêché dans le voisinage de Kanaouat. Soulêm est habité par quelques Druses. Les ruines ne «ont en 'grande partie que des masses informes. Kon loin de là sont les ruines d'un petit temple, qui, à en juger par les restas de constructions environnantes, était jaais d'une ornementation splendide et fut transformé en église. Il y a aussi dans le voisinage de grands réservoirs voûtés et des restes de bains.
Haourân. CHOHBA. Route 23. 441
De Soulêm à Itfourdoac, le chemin suit la direction du N.l^.E. On croise au bout de 1 h. le Ouâdi-Mif dlê^ qui descend d'un village du même nom à TË. A g., à une bonne heure de distance, le village de Deir el- Lêben (couvent du Lait); plus loin t^nïi.O.^ Rimet el-Lo^. 2sJmin. après, on passe à côté de Mourdouc, qu'on laisse à dr.
De Mourdouc, on monte au N.Ë. par une contrée aiide. La plaine présente toujours une belle vue , avec toutes les nuances du violet au bleu foncé. Au S. se montre encore le Djebel ^Adjloûn ; à ro. , la dépression de la vallée du Jourdain, et au N. , apparaissent pour la première fois les singuliers cônes tronqués des Qharâras. Passant enfin devant la Qharâret el-Kiblîyé (au S.), on est
en 40 min. à Chohba.
Histoire. — Chohba est ranci«nne PhilippapoKs y la ville natale de Tempereur Philippe TArabe (p. 84). L'étendue de ses ruines, de même que ses inscriptions prouvent qu'elle a dû être considérable. Elle est située sur un plateau au milieu d'un désert couvert de lave, en partie revêtue de lichen rouge; Chohba est aujourd'hui habitée par des Druses. — Le mot Oharâra signifie tas de blé. La légende raconte que Pharaon s'était fait donner de force une grande quantité de blé pour les ouvriers qui travaillaient aux Kan&tir (p. 429) et l'avait fait verser ici. Il envoya chercher ce grain avec un grand chameau, mais Dieu changea l'un et l'autre en pierre. Les deux collines sont des cônes d'éruption couverts de morceaux de lave poreuse. Ils sont d'une forme régulière surprenante. Il est intéressant d'en faire Fascension, car on y voit encore au sommet les ouvertures des cratères.
Chohba a des rues bien conservées , qui sont plus larges que partout ailleurs dans le Haour&n (jusqu'à 7 m. 60) et dont les longues daUes sont généralement à découvert. Les deux rues principales, allant du N. au S. et de l'Ë. à l'O. se croisent au milieu de la ville. Au carrefour, il y a encore des restes considérables de quatre soubassements plus beaux qu'à Djérach (oomp. Djérach, p. 417, et Palmyre, p. 555). A en juger par des restes de colonnes, on serait porté à croire que cette ville avait aussi dans le sens de sa longueur une rue à colonnades. £n beaucoup d'endroits les murs d'enceinte existent encore. Les rues principales y aboutissaient chacune par une porte à deux arcades séparées par un pilier. Il n'y avait deux portes qu'au côté S. de la ville. A environ 120 pas au S. du carrefour des grandes rues, se trouvent des thermes considérables. L'intérieur de ces bains comprend de hautes salles, grandes et petites , dont les voûtes sont en partie écroulées , mais où l'on découvre encore de magnifiques restes de sculptures. Les entrées sont également hautes. On voit encore les rigoles où coulait l'eau, les tuyaux de terre qui la distribuaient dans les salles , et , aux murs, les crampons qui en fixaient le revêtement de marbre. L'eau venait de fort loin (d'environ 4 lieues) ; il existe encore cinq arches de l'aqueduc qui l'amenait.
A 230 pas environ du carrefour, à l'Ë., se trouvent ô colonnes du portique d'un temple dont il ne reste que des pans de murs. — Dans le voisinage est un amphithéâtre , aussi en ruine. Il n'était pas tourné du côté de la ville , mais du côté de la plaine. Il est bâti sur un terrain en pente et les murs extérieurs eu sont encore
442 Route 23. BRAK. Haourân,
bleu conserves. Quant aux nicbes et aux passages conduisant aux gradins, qui forment sept rangées, ce théâtre ressemble aux constructions du même genre du Haourân et de la Belkâ. — Entre cet édifice et la grande rue est un petit temple^ avec une espèce de crypte pleine de saletés.
£n se dirigeant de là vers la maison du cheikh, on arrive à une construction singulière enfoncée dans le sol. On descend à une profondeur de 4m. 50 dans la cour pavée d'une vieille maison. Longeant ensuite le mur, à l'Ë., on s'avance jusqu'à ce que l'on rencontre un mur transversal moderne. Au centre du bâtiment est une abside ronde, d'environ 4 m. de largeur, aux deux côtés de laquelle sont des niches pour statues, et sur le devant, un grand espace découvert. On ne saurait dire à quoi cet édifice a servi.
A l'Ë. de Chohba s'étend le grand Ouâdi Nimré, qui s'appelle plus loin au N. , Ouâdi el-Lououâ. Le chemin direct de Damas longe cette vallée, qui forme la frontière du Ledjâ. De Chohba on se dirige à travers les ruines vers le N.O. en suivant la vallée. On laisse à g. la Oharâret ech-Chémâlîyé (du N.), cratère intéressant, et passant le Ouâdi, on a de même à g. le Tell Chîhân (1145m. d'altit.), hauteur au sommet de laquelle est leOuéli Chîhân. Cette colline est aussi un cône d'éruption, mais il est ouvert à l'O. de façon qu'il présente la forme d'un fauteuil sans les bras d'appui. C'est de cet énorme cratère que sont sortis les torrents de lave qui se sont répandus sur le Ledjâ. En 50 min., on est au village d'OMinm ez-Zeitoûn. Des traces évidentes prouvent que la contrée était jadis mieux cultivée que maintenant. C'est à Oumm ez-Zeitoûn que furent assassinés en 1839, par les Druses, les cent cavaliers envoyés par Ibrâhîm-Pacha pour la conscription. £n fait d'antiquités, il n'y a que les ruines insignifiantes d'un petit temple.
Le chemin qui longe le Ledjâ est Infesté de Bédouins. On n'y trouve que peu d'eau et la chaleur y est souvent accablante. A certains endroits, se voient des champs et des traces d'ancienne culture. Les villages de chaque côté de la route n'offrent aucun intérêt particulier. A dr. se voient 'Amra et HU; à g., au bout de 25 min., es-Sououêmira ; 20 min. après, à g., el - Mourasras ; 20 min. au delà, Oumm el-Hârétên et plus loin , à l'O., Tell SmH; 15 min., el' Imdoûné ; 25 min., Ridjm el-'Js^ 10 min., el-Kousîfé; 25 min., Lâhitê; 25 min., Hadar; 20 min., Radîmé; 25 min., 8ououârei €8'Saghîré ; 30 min., Dhékîr^ locidité plus importante; 30 min., Deir Nîlé ; 40 min., Khoulkhoûlé et Oumm el-Hârétên. On atteint ensuite en 2 h. Sououâret el-Kébîré. Au N.Ë. s'étend la contrée dite Ard el-Fédayên, qui s'étend au S. des lacs des Prairies (p. 543). On traverse 1/2 ^' P^^s loin le Oîtâdi el-Lououâ (v. ci-dessus), dans le fond duquel on trouve ordinairement un peu de verdura et quelques flaques d'eau. Au N. est situé Djo'edé. On atteint en 50 min. le grand village deBràk, autrefois important, mais habité aujourd'hui seulement par un petit nombre de familles, parce qu'il est exposé
Êaourân. CHAKKA. Route 23. 443
aux incursions dés Bédouins. Il est situé entre des rochers dans Tangle N.Ë. du Ledjâ. Il s'y trouve beaucoup de vieilles maisons dans le style du Haourân et un beau réservoir, mais d'ailleurs aucun bâtiment important.
On va aussi de Ghobba à Brâk en faisant un détour par Cbakka» On traverse d^abovd le Ouâdi Mmri et Ton se dirige vers le N.E. Au bout de 40 min., on voit à g. le village à''el-'Aêalîpé \ à dr. (S.), sur une hauteur, Tefkha. 40 min. plus tard on est à Ohakka, localité considérable, que Ptolémée connaissait sous le nom de sàceaia. Parmi les ruines sont quelques tours qui datent de différentes époques^ il y a peu de bâtiment-s bien conservés. Au N.E. sont les ruines d'une basilique du ne ou du mes. Le portail oriental a trois portes surmontées de corniches. A côté de la porte principale se trouvent, à 3m. environ du sol, deux fenêtres à plein cintre supportées par des colonnes et surmontées de frontons. Devant la façad^ se présentent en saillie, 4. piédestaux pour des statues. L'intérieur è^t divisé en trois nefs par deux rangs de 7 piliers. Les arcades des nefs latérales sont surmontées d^autres arcades plus petites. Le toit existe encore en partie; il est formé de grandes dalles.
A TE. de la partie habitée de la ville, se trouvent d'autres restes de bâtiments, appelés Deir ech-Charkiyé^ qui, d'après M. de Vogué, sont ceux d'^un couvent du ve s. La tour qui est à coté n'est ancienne que dans sa partie inférieure, à en juger par l'emploi qu'on a fait de vieux matériaux pour les étages supérieurs. Les entrées, profondément enfouies dans le sol, sont ornées de croix. C'est à peine si l'on peut maintenant retrouver l'église à Inquelle appartenait cette tour; elle avait une abside en hémicycle. On y voit encore des niches et des piédestaux destinés à des statues. — Parmi les autres constructions, nous mentionnerons quelques kousoûr ou grandes maisons ; puis Yel-Katsarîyé^ un temple païen avec un vieux bazar, et, au N., une mosquée 'ou médrésé, ainsi qu'une vieille tour sépulcrale.
Au N. de Chakka, à une centaine de pas, se trouve une tonr carrée nommée elrBourdj\ qui a 6m. de côté. Elle s'élève sur un soubassement en bonne maçonnerie et elle avait jadis trois étages. Il règne tout autour à l'intérieur une corniche comme pour soutenir les dalles du plafond. Les parties supérieures de l'édifice sont moins anciennes que celles du bas. On a trouvé dans cette tour des momies et des crânes. D'après une inscription, elle a été construite par un certain Bassos, l'an 70 de l'ère de Bostra ou en 176 après J.-G.
En quittant Chakka, on prend au N.O., on passe près du Tell ^Izrân et l'on est en 45 min. 'à el-Hît^ dans VArd el-Bélhénttjé (p. 442). Le village renferme quelques tours, peut-être d'anciens tombeaux ou tours de garde, comme on en voit surtout dans TE. du Haourân: ellea sont souvent richement ornées et rappellent les monuments de Paimyre (p. 558). Il y a encore un réservoir, et il y passe un grand aqueduc souterrain venant du Ouâdi Lonouâ et se dirigeant du S. au N.
D'el-Hit, on atteint en Vs b., au N.O., le village à'el-ffêtfât, habité par des catholiques. En deçà se trouve, à l'E. du chemin,' un grand bâtiment avec des portes de pierre et des chambres bien conservées, de la terrasse duquel on a une belle vue. El-Hêyât n'a pas de ruines importantes, sauf un réservoir à l'E. — On a'tteint ensuite en 2 h., près de Lâhité (p. 4^), la route décrite ci-dessus, le long du Ouâdi el-Lououâ. Un chemin plus court mène à Brâk en T h. , par une ancienne voie romaine.
Le chemin direct de Brâ^ à Damas traverse d'abord une plaine peu cultivée; puis on rencontre une chaîne aride et désolée que l'on commence à gravir lentement. Cette contrée est souvent aussi infestée par des Bédouins. Les chaînes de collines qu'on remarque appartiennent au Djebel Mâni'ti , qui a une si belle nuance bleue vu de Damas. Une colline qu'on laisse à g. au bout de 2 h. ^4,
444 Route 23, MOUSMIYÉ. Haourân.
porte le nom caractéristique de Tell Abou Chadjara , la coUîne de r Arbre, car il n^ a d'arbres dans toute la contrée, couverte de pierres , que le seul térébintbe qui croît sur cette hauteur et à part cela, à peine quelques brins d'herbe. Passé le défilé jusqu'auquel on voyait encore, au loin en arrière , le Djebel Haourân, on a une 'vue magnifique sur la plaine bleu-foncée de Damas dominée par l'Anti-Liban ; on aperçoit en particulier l'Hermon et plusieurs autres cimes couvertes de neige. — Puis on descend pour atteindre, en 1 h. 45 min., la verte vallée du Nahr el'A'ouadJ (p. 489) et en même temps le village de Nedjha^ qui, étant sitaé dans le Ouâdi el- ^Adjem (p. 427), n'a déjà plus qu'à^ moitié le caractère des villages du Haourân, et est habité par des musulmans. La vallée, bien arrosée et verdoyante , dans la partie supérieure de laquelle sont les villages dUeWAdillyê et de HourdJUlé, contraste agréablement avec ces montagnes d'un aspect désolé. On entre ensuite dans la plaine du Merdj (p. 512); à dr. ou à TE. se voient les collines du Safâ (p. 513). Le Djebel el-Asouad (p. 408) reste sur la gauche. Ce n'est qu'au sortir de ces contrées désertes, les deux derniers jours de marche, que le voyageur peut partager l'enthousiasme des Orientaux en présence de la fertilité de la plaine de Damas et des ruisseaux qui y coulent partout. On atteint en 1 h. 20 min. le village de Kcibr es-Sitt (tombeau de la Dame) , ainsi nommé parce que la petite -fille de Mahomet Zéinab y est inhumée dans une mosquée. On commence à rencontrer des arbres. Ceux qui ne veulent pas aller à la porte dite Baououâbet-AUâh (j). 502), appuient plus au N. £n 35 min., on passe par le village de BabbUa, On arjive dans des plantations d'oliviers ; puis , au bout de Y2 ^* 7 ^^ sortant d'une allée de noyers , à g. , à la porte Bâb eeh - Chaghoûr
(p. 501); à dr., à ceUe dite Bâb ech-Cherki (^, 504).
Pour voir le beau temple de Konsmiyé, il faut prendre à VO. de Brâk. La distance est d'environ 2 h. Le chemin est très mauvais à certains endroits, parce qu'il passe sur le plateau volcanique du Ledja ou sur le bord de ce plateau. Mousmiyé, aujourd'hui désert, était un lieu important dans l'antiquité, le Phaena des ilomains, comme le prouvent des inscriptions grecques, et ce fut aussi le siège d'un évêché. Il y a encore beaucoup de maisons bien conservées; panni les édifices publics, il ne reste qu' un temple, que M. de Vogiié désigne comme un prétoire. Ce monument fut transformé en église, puis en mosquée, ainsi qu'on le reconnaît à des croix et à des inscriptions. Ses ruines comptent parmi les plus belles du Haourân. On arrive par des rues pavées a une place, et l'on monte 6 degrés. Des 6 colonnes qui formaient le vestibule, il n'en reste plus que trois debout. La porte du milieu, aujourd'hui murée, est sans ornement. Les deux portes latérales sont surmontées de niches rondes avec des colonnettes et un toit triangulaire. Le toit de l'édifice s'est écroulé à l'intérieur; il reposait sur 4 grandes arcades toujours debout, supportées par autant de colonnes corinthiennes ayant de grands piédestaux et un anneau sous le chapiteau. Au fond du temple est une grande niche semi-circulaire à voûte en coquille entre deux chambres latérales dont les portes sont aussi surmontées de niches. Enfin il y a aux murs des piédestaux pour statues. Le monument est petit, mais joli.
Un chemin au K.N.O. conduit en 2 h. '/s de Mousmiyé au village de Merdjâné^ entouré de verdure. De là, il vaut mieux prendre au N.O. que de gravir au K. la partie la plus élevée de la croupe du Kâni'a (v. ci-
PHÉNICIE. Route 24, 445
dessus). On atteint Mezâr Za*ber en */« !»•; ^«** î^'» en 25 min., el-MeàJidtpé aussi en 25 min., puis, en appuyant pins au N.N.O., en 1 h. '/x environ, le village de Kisoué (p. 427).