C. Judée occidextale
La Judée occidentale embrasse toute la côte du pays de Samarie , ou lap/amerfe^aron, ainsi que la grande plaine appelée Scheféla, et le pays des Philistins. Les villes suivantes méritent une mention particulière :
Don, au pied du (l.irmcl , nui , de ce rôt»', est appel»' par les Arabes liâsi'I-hedjt (tète delà plaine). Anciennement cette ville lut la résidence d'un roi cananéen (Jos. 12, 23). l^lus tard I)or était une forteresse considérable; le roi de Syrie, Antiochus Sidètes, l'assiégea par terre et par mer, avec 120,000 liommes d'infanterie et 8000 cavaliers ( I Maccab.
ch. 15, V. 11, etc.) Du temps de salut .lérôme on n'y voyait plus que des ruines. Maintenant on trouve à sa place un village qui porte le nom de Tortoura.
CÉSARÉE, sur la Méditerranée, et appelée Cxsarea Palestina, pour la distinguer de Cwxarea PldUppi dans la Pérée. mie fut appelée d'abord Tour de Straton, probablement du nom de son fondateur; Hérode, qui lentoura d'une nouvelle muraille et l'embellit par des palais de marbre, lui donna le nom de Césarée , en l'honneur de l'empereur Auguste, auquel il y consacra un temple. La ville acquit une grande importance par le port magnifique qu'Hérode y lit construire , et dont Josèphe nous a donné la description (Antiq. I. 15, c. 9, §6). I^es habitants étaient pour la plupart Grecs ou Syriens , et ils s'accordaient fort mal avec les habitants juifs. Une rixe sanglante , qui s'éleva entre les .luifs et les païens , sous le gouverneur romain Gessius Florus, devint la première cause de l'insurrection générale des Juifs contre les Romains.
Après la destruction de .Jérusalem , Césarée était la capitale de la Palestine et la résidence du gouverneur romain. On parle souvent de cette ville dans les .ictes des .tpôtres : le centurion Cornélius y fut converti au christianisme; l'apôtre Paul s'y rendit plusieurs fois, et y passa deux ans en prison. Dès les premiers siècles de rf;glise, Césarée devint le siège d'un i-vêque; sous CoHStantin elle possédait une des trois églises métropolitaines de Palestine. Ya\ 1101 elle fut prise d'assaut par les croisés, sous Baudouin I'"^ roi de .lérusalem; elle fut reprise par Saladin. ÎSlainte-
nant on n'y voit plus que des ruines, au milieu desquelles sont (|uelque huttes de pécheurs. Ce lieu désert, séjour de chacals et de sangliers, porte encore le nom de Kaiçariytji'. Kntre Césarée et Y;Ua (Joppé) était situé Apollonia, sur la mer, et à peu de distance de celle dernière ville, à l'est, était Anlipatris , sur la route de Césarée à Jérusalem.
Yafo (appelée par les Grecs Jo/jpé et maintenant par les Arabes )«/«), située sur la Méditerranée, ù quinze lieues N. O. de Jérusalem, est une des villes les plus anciennes de l'Asie. D'anciennes traditions la font même remonter avant le déluge '. Selon la fable grecque, ce fut près de Joppe qu'Andromède fut attachée sur un rocher par la vengeance des Néréide.s.
Pline rapporte que de son temps ou montrait encore dans le rocher les traces des chaînes d'Andromède '. Le rocher auquel Andromède fut attachée se montrait même encore du temps de saint Jérôme ^. Dans les temps anciens, Yàfo était le seul point par lequel les Israélites communiquaient avec la Méditerranée. Les cèdres du Liban dont on avait besoin pour le temple et les autres constructions, arrivèrent par le port de Yàfo (2 Chron. 2, 15; Ezra, ;], 7); le prophète Jonas s'y embarqua pour Tarschisch. Au riste, il est peu question de celte ville dans les écrits bibliques. Plus lard les princes maccabéens Jonathan et Simon la conquirent sur les Syriens (I IMaccab. 10, 76 ; 14 , 5). Lors de l'insurrection des Juifs contre les Romains, la ville fut prise d'assaut et brdlée par Cestius ; huit mille habitants furent massacrés par les soldats romains. Quelque temps après, les Juifs relevèrent les
' Joppe Phœnicum, antiquior ferrariim inuiidatioiie, ulferunl. Pliii. Uist. nat., I. V, ch. 13.
2 llist. Nal. 1. c : Insidel {Joppe) coUevi , prœjacciite saxo, in quovinculunim Andromedœ vcstiyia osUndunl.
' Comment, in Jonam, c. I : Hic lonis rsl in qiio vaque hodie sacca monslrantur in lilture, in qitibus Audromcda rtli</aUi Ptrsei quondavi sit libéra ta prœaidic:
L'UNIVERS
murs de la ville; des pirates sortis du port de Yàfo inquiétèrent les côtes de la Phénicie et de la Syrie, ce qui attira de nouveau contre cette ville les attaques des Romains. Vespasien la conquit par une surprise nocturne , la rasa, et fit élever à sa place une citadelle, dans laquelle il mit une garnison romaine. Depuis Constantin le Grand jusqu'à l'invasion des Arabes, l'âfo était le siège d'un évêque. Plus tard les croisés rétablirent cet évéclié. Yàfa ou Jatïa , comme on l'appelle communément, était une place très-importante pour les chrétiens. Baudouin F"^ lafortjfia; Saladln la reprit en 1188. Depuis cette époque elle a partagé le sort de toute la Palestine sous ses différents dominateurs. A la fin du seizième siècle, lorsque Cotwyk visita la Palestine, Yâfa ne présentait qu'un monceau de ruines. En 1G47, Monconys n'y trouva qu'un château et trois cavernes creusées dans le roc '. Ainsi la moderne Yâfa a, tout au plus , un siècle et demi d'existence. Dans les temps modernes, Yàfa est de nouveau devenue célèbre par l'expédition de ISapoléon et par le fameux massacre de 4000 prisonniers turcs. Ce fut le 6 mars 1799 que les Français prirent la ville après une lutte acharnée. jNous reviendrons sur cet événement dans la partie historique de cet ouvrage. Après le départ des Français , les Anglais bâtirent un bastion à Vangle sud-est de Yâfa. Cette ville ne présente , selon M. de Chateaubriand , « qu'un méchant amas de maisons rassemblées en rond, et disposées eu amphithéâtre sur la pente d'une côte élevée. Un mur qui par ses deux points vient aboutir a la mer l'enveloppe du côté de terre , et la met à l'abri d'un coup de main, » Y'âfa a environ 5000 habitants. On y trouve un hospice pour les pèlerins; c'est une simple maison de bois bien bâtie sur le port et appartenant aux Pères du couvent de Saint-Salvador à Jérusalem. Dans les environs il y avait autrefois des jardins magnifiques; on
' CbateauLr. Itinéraire, 3"^ partie.
y trouve encore des grenadiers, des figuiers, des citronniers, des palmiers, des buissons de nopals et des pommiers. Le port de Yâfa, formé par une ancienne jetée, est petit et presque comblé. Les bâtiments sont obligés de jeter l'ancre loin du rivage.
Lydda ou Loi) (Diospolis), à trois lieues à l'est de Y^âfa. Cette ville fut bâtie par un descendant de Benjamin (I Chron. 8, 12) et elle est mentionnée dans le livre de Kéhémia (11 , 35) comme ville des Benjaminites. Il paraît cependant que, sous la domination syrienne, elle faisait partie de la province de Samarie ; car Démétrius Soter la détacha de cette province , ainsi que les villes d'Apherema et de Rama, et il donna les trois villes à Jonathan Maccabée (l Maccab. 11, 34). Détruite par Cestius, elle fut rétablie plus tard sous le nom de Diospolis. Depuis le quatrième siècle Lydda eut un évêque , dépendant du patriarche de Jérusalem. L'évéché rétabli par les croisés reçut le nom de saint George; ce saint, disait-on , y avait subi le martyre. Il y avait dans cette ville une église consacrée à saint George et dont Guillaume d^ Tyr fait remonter la fondation à l'empe ' reur Justinien. D'Arvieux en ti*buva encore des ruines. Maintenant il n'y a à la place de Lydda qu'un misérable village, portant encore le même nom, que les Arabes prononcent l.oudd. Volney dit que l'aspect d'un lieu où l'ennemi et le feu viennent de passer, est précisément celui de ce village.
PiAMLA. est à une demi-lieue au sud de Lydda, dans la belle plaine de Saron. Selon le géographe arabe Abouiféda, cette \ille fat fondée en 716 par le khalife SoOuian fils d'Abdalmélik. Réland ditfPalcest., p. 9.59) qu'il ne connaît pas d'auteur plus ancien, qui ait fait mention de cette ville, que le moine Bernard, qui visita la Palestine en 870. Plusieurs auteurs la prennent pour l'ancienne Arimatliia, que saint Jérôme place près de Lydda (voy. Reland, p. 580). Volney trouva la ville de Ramla presque
PALKSTINE.
aussi ruiiiéo (]uo Lniidd; rllc avait cfpeiulant quekiiie importance par lecoiiimerct.' tle coton (ilc cl de savon. On y trouve le couvent des moines de terre sainte, (pii sert d"hospiee aux pèlerins, et (|iii lut fonde, diton , par Philippe le Uon, ducdeUour- ^opne. l'rès de la ville, sur le clicmin de Yàla , est la tour des Oi/aranle martiirs , autrefois le clocher d'un monastère hàti par les Templiers, aujourd'hui le minaret d'une mosquée ruinée.
Dans ces environs étaient situées très-probablement les antiques villes û\I(loulla»i et de Thlmna ou Thninnatlia, qui existaient déjà du temijs du patriarche Jacob (Genèse, 38, 12;, et la forteresse de Modein, où demeurait le prêtre Mattathias, père des ]\laccabees.
La Judée se terminait au S. O. par* leTEUiuroiHE DKS iMiiLiSTiNS, qui renfermait les villes suivantes du nord au midi :
Yahne (2 Chron. 2G, G). Cette ville, appelée par les Grecs Jamnia , est souvent mentionnée dans les livres des Maccabées. Elle est située à peu de distance de la mer, et, selon Volney, à trois lieues de Ramla. Phi- Ion (dans sa relation de l'andjassade envoyée à Caligula) appelle Jamnia une (les villes les plus populeuses de la Judée, et il nous dit que, de son temps, la plus ijrande [)artie de la population était juive ■• Déjà quelque temps avant la destruction de Jérusalem , le sié;j;e du tirand Synediium fut transféré dans cette ville, et bientôt elle fut illustrée par une tirando académie rabbiui(|ue. A sa place est maintenant un village qui porte encore le nom de Ycibné: « Ce village, dit Volney, n'a de remarquable qu'une hauteurfâctice, comme celledu //e.Hi\ et un petit ruisseau, le seul de ces cantons qui ne tarisse pas en été. Son cours total n'est pas de plus d'une lieue et demie. »
Ekbô.n ( Accaron ) fut, connue
' Philonis Opéra , p. 790, édit. de Gnicve. ' Autre villa;;p des BiVJojiiis, non loin de Yabnc
Galh, A.scalôn, Gaza, et les autres villes de ces contrées, prise plusieurs lois par les Hébreux et reprise par les l'iiilistins. Alexandre Ualas , roi de Syrie, domia cette ville à Jonathan l\iaccabée. |)n tenips de saint Jérôme Accaron était un grand bourg, habité |)ar des Juifs. Il était situe entre Jamnia et Asdôd, mais plus a l'est, a quelque distance de la mer.
Gath, à l'est d'Kkrôn, fut la patrie de (ioliath. David , poursuivi parSaiil, se réfugia auprès d'Acbis, roi de Gath. Devenu roi , il lit la conquête de Gath et de ses environs ( I Chron. 18, i). Plus tard cette ville tond)a pour quelque temps au pouvoir des Syriens (2 Rois, 12 , 18). I.e roi Ouziaendémolit les murailles ;dei)uis lors elle ne joue |)lus aucun rôle dans l'histoire, iilajntenant il n'en reste plus de trace.
AscnDÔD ou Asdôd, environ à dix lieues au nord de Gaza, à quelque distance de la Méditerranée '. Les Grecs l'appelèrent Azotos. Sous Salomon , qui possédait tout le pays jusqu'à Gaza, elle fut au pouvoir des Hébreux. Plus tard les Philistins la reprirent, mais Ouzia la leur eideva de nouveau et fit démolir les fortilications. Sous Hiskiah ( Ezéchias; elle fut prise par les Assyriens (IsaTe, 20, l). Hérodote raconté (l.n,ch. 157) que Psammétique, roi d'Egypte, assiégea Azot pendant vingt-neuf ans et il ajoute que c'est leplus long siège qu'on connaisse. Probablement le siège fut abandonné et re[)ris plusieurs fois. Il paraît qu'à cette époque la ville fut presque entièrement détruite; car le prophète Jérémie parle des restes d'Asdod (ch. 25, v. 20).
Judas INlaccabée y renversa les autels des idolâtres-, ses frères Jonathan et Simon, après avoir vaincu, près de
' .Selon Rdnnd {n. CôS)il y avait deux villes de ce nom, lune sur la mer, l'autn^ dans rintéi-ji'ur. Mais il parait que dans les passages cités par Relaiid , il est question tantôt du port d'Asdôd, tanl(H de la ville, qui était située à quelque distancfl à l'intérieur. C'est dans ce sens que Pline parle aussi de deux villes du nom de Jamnia (Hist. nat. V. 13, Jj 14).
L'UMVERS.
celte ville, Apollonius, général des Syriens, la brillèrent, ainsi que le temple du dieu Dagon. Le général romain Gabinius la Ht rebâtir. Un village du nom ù' r.sdond, célèbre pour ses scorpions, est tout ce qui rappelle au voyageur l'ancienne Azot.
AscALON, sur la Méditerranée, entre Asdôd et Gaza. La tribu de .luda s'empara de cette ville après la mort deJosué, mais elle retomba bientôt au pouvoir des Philistins. Ce ne fut que sous les IMaccabées que les .Tuifs s'en rendirent maîtres, mais les habitants étaient, pour la plupart, païens.
Ascalon est la ville natale de Sémiramis et d'Hérode le Grand. Diodore de Sicile (H, 4) raconte que Derceto , mère de Sémiramis, honteuse des liaisons qu'elle avait eues avec un jeune Syrien et dont Sémiramis était le fruit^ se jeta dans un lac près d'Ascalon , après avoir fait tuer son amant et exposer sa fille dans un lieu désert. Les Syriens lui élevèrent près du lac un temple magnifique, ou ils l'adoraient sous la forme d'un poisson , ayant une tête de femme. Cette déesse i)erceto est probablement la même qu'Hérodote (I, 105) mentionne sous le nom de Vénus Urania, dont le temple à Ascalon fut pillé par les Scythes. Ce temple, ajoute Hérodote, est le plus ancien qui ait été consacré à cette déesse. Depuis le quatrième siècle jusqu'à l'invasion des Arabes, Ascalon était im évêché. Sous les musulmans, elle était une des villes maritimesles plus importantes ;elleavait une double enceinte de nmrailles ' , et sa beauté la fit surnommer Jrous el-Schàm (la fiancée de la Syrie). Les croisades furent funestes à cette ville : Baudouin III , roi de .lérusalem, s'en empara en 1153, après un siège de huit mois. Eu 1187 elle fut rendue à Saladin. Lorsque, en 1191 , les chrétiens, sous Richard Cœur de lion, s'avancèrent de nouveau contre Ascalon, le sultan y fit mettre le feu , et Tannée suivante, par une convention faite entre les deux rois, les chrétiens et
• Edrisi, p. ;i40.
les nnisulmans achevèrent en commun la destruction de la ville. Depuis cette époque elle n'a plus été rebâtie , mais on en voit encore les ruines, qui ont été visitées par plusieurs voyageurs, et notamment par M. le comte de Forbin, dont nous citerons ici la description pittoresque '. Après avoir parlé du village û' El-madjdal ^ et de la plaine qui conduit à Ascalon, il continue ainsi : « Cette ville, qui ne compte plus un seul habitant, est située sur un coteau immense, formant le demi-cercle : la pente est presque insensible du côté de la terre, mais l'escarpement est très-considérable au-dessus de la mer qui forme la corde de cet arc. Les remparts , leurs portes sont debout; la tourelle attend la sentinelle vigilante. Les rues vous conduisent à des places, et la gazelle franchit l'escalier intérieur d'un palais; l'écho des vastes églises n'entend plus que le cri du chacal; des bandes entières de ces animaux se réunissent sur la place publique et sont à présent les seuls maîtres d'Ascalon. Les^rabes qui la nomment Djaurah ^ , frappés sans doute de sa tristesse imposante, en font le séjour des esprits malfaisants : ils assurent que, la nuit,' cette ville est souvent éclairée, l^u'on y entend le bruit de voix innombrables, le hennissement des chevaux, le chquetis des armes et le tumulte des combats.
« TS'on loin de ces monuments gothiques , se trouvent les grands débris d'un temple de Vénus : quarante colonnes de granit rose de la plus haute proportion, des chapiteaux, des frises du plus beau marbre, s'élèvent audesSus d'une voûte profonde et en-
• Vovage dans le Levant, par M. le comte de Foibiù, p. 48, 49, de la grande édition.
* Selon Volney , c'est à El-madjdal , situé à trois lieues d'Esdoud, qu'on file les plus beaux cotons de la Palestine, qui cependant sont Irès-grossiers.
3 M. de Forhin s'est trompé; les Arabes nomment la ville Ascalâ/i. Jolift'e qui visita ces lieux à la même époque ( I817), dit, dans ses Leilers from Palestma, que Vjorah est un hameau près d'Ascalon, au nord.
l'ALKSTINK.
tr'ouvcrto '. Un nuits (l'iiii orilin! imiiieiise dosceiul u.iiis les entrailles de la ti'iTC; lies iiguiers , des palmiers, des svcoinores, voilent en partie ce ;j;rand désastre. Quel contraste pittolesque et philusoplii(|iie que celui de l'es ruines i^reecpies disputant d'élé- 2;ance avec i'o!j;ive et les colonnes accouplées (pii supportent le dôme d'une chapelle de la Vierge! Elle dominait ce rivaire, et fut sans doute invoquée plus d'une fois au milieu des périls de cette cote orageuse. Ou lit ?ucore sur l'azur de sa voiUe ces paroles écrites en caractères gothiques:
Stella matut nia, adcocata naoiganlium , ora pro nobis.
« Les travaux du port sont devenus le jouet des vagues; elles se rompent avec furie et a une grande hauteur sur des rochers, bases inébranlables de ces tours inutiles, de ces créneaux abandonnés. Je ne pouvais m'arracher de ce lieu; j'aurais voulu attendre les ténèbres, qui devaient, cerne semble, repeupler ce séjour lugubre et redoutable. »
Volney dit que les ruines d'Ascalon s'éloignent de jour en jour de la mer, vpii jadis les baignait, et que toute cette côte s'ensable journellement, au point que la plupart des lieux qui ont été des ports dans l'antiquité sont maintenant reculés de quatre ou cinq cents pas dans les terres.
Plusieurs auteurs anciens parlent d'une espèce particulière d'oignons (]ui venaient des environs d'Ascalon.
Les Romains les appelaient ascalouia » , d'oij les Italiens ont fait scai.ogna et les Français escalote, échalote.
Gaza, à cinq lieuesd'Ascalon, était la dernière ville importante de la côte
' Nous ne savons comment mettre d'accord celte relation avec colle de d'Arvieux (|iii, en 1658, ne trouva plus que sept ou huit colonne» delnjut , et avec relie de Joliffe qui a vu .seulement beaucoup de fiits de colonnes mutilées, dont la plupart étaient de cranit gris, et une ou deux de très-beau porptiyre; mais il ne trouva plus ni base ni cbapiteau assez bien conservé, pour pouvoir reconnaître à quel ordre d'architecture appartelaient ces colonnes.
' Vov. Pline, Hist Nat. L. lu c- fi.
de Canaan, du cùlé de l'Kgypte. Nous la trouvons déjà nenlionnée dans la (îenese (10, l'J), connue limite de Canaan. Comme Ascalon, elle fut conquise par la tribu de Juda et rejtrise par les IMiilislins. Ce fut ici que, selon le livre des Juuics ( ch. 16), Samson renversa le temple de l)ag(in et mourut avec les Philistins qui y étaient assemblés. Alexandre le Crand, en se dirigeant de Tyr sur l'Égypie, prit Gaza après un siège de cinq mois, et y mit une garnison. Plus tard elle se rendit par capitulation à .Jonathan Maccabée, qui en avait fait brûler les faubourgs. Le roi des .Juifs Alexandre Jannée détruisit la ville, après l'avoir assiégée pendant un an. Elle fut restaurée et fortifiée par Gabinius, général romain ; saint Jérôme en parle encore comme d'une ville considérable. Les mu.sulmans s'en em[)arèrent en 634. Restaurée par les chrétiens, sous Baudouin III , elle fut donnée aux Templiers (1 152). Saladin la reprit en 1187. Sur la moderne Gaze, c'est Volney qui nous donne les meilleurs renseignements; aussi nous ne pouvons mieux faire que de citer ici ses propres paroles :
« Gr/re, dit-il, est un composé de trois villages, dont l'un , sous le nom de château, est situé au milieu des deux autres sur une colline de médiocre élévation. Ce château , qui put être fort pour le t3nq)s oii il fut construit , n'est maintenant qu'un amas de décombres. Le serai de l'aga , qui en fait partie , est aussi ruiné que celui de Ramlé; mais il a l'avantage d'une vaste perspective. De ses murs, la vue embrasse et la mer, qui en est séparée par une plage de sable d'un quart de lieue, et la campagne , dont les dattiers et l'aspect ras et nu à perte de vue rappellent les paysages de l'Egypte : en eifet, à cette hauteur, le sol et le climat perdent entièrement le caractère arabe. La chaleur, la sécheresse , le vent et les rosées y sont tes mêmes que sur les bords du Ml, et les habitants ont plutôt le teint, la taille, les mœurs et l'accent des Égyptiens (lue des Svriens.
l'uni\t;rs.
« La position de Gaze, en la rendant le moyen de conimiinication de ces deux peuples, en a fait de tout temps une ville assez importante. Les ruines de marbre blanc que l'on v trouve eneore quelquefois, prouvent que jadis elle fut le séjour du luxe et de l'opulence : elle n'était pas indigne de ce choix. Le sol noirâtre de son territoire est très-fécond , et ses jardins, arrosés d'eaux vives, produisent même encore, sans aucun art, des grenades, des oranges , des dattes exquises, et des oignons de renoncules recherchés jusqu'à Constantinople.
JMais elle a participé à la décadence générale; et, malgré son titre de capitale de la Palestine, elle n'est plus qu'un bourg sans défen.se, peuplé tout au plus de deux mille âmes. L'industrie principale de ses habitants consiste à fabriquer des toiles de coton; et comme ils fournissent eux seuls les paysans et les Bédouins de ces cantcris, ils peuvent employer jusqu'à cinq cents métiers. On y compte aussi deux ou trois fabriques de savon. Autrefois le commerce des cendres ou qalls était un article considérable.
Les Bédouins , à qui ces cendres ne coûtaient que la peine de brûler les plantes du désert et de les apporter, les vendaient à bon marché; mais depuis que l'aga s'en est attribué le commerce exclusif, les Arabes , forcés de les lui vendre au prix qu'il veut, n'ont plus mis le même empressement à les recueillir, et les habitants, contraints de les lui paver à sa taxe, ont négligé de faire des savons : cependant ces cendres méritent d'être recherchées pour l'abondance de leur soude. »
Volney donne ensuite des détails sur le passage des caravanes qui fournissent de grands avantages aux habitants de Gaze.
Au sud-est de Gaza était Gerar, sur les hmitesde l'Idumée. Du temps d'Abraham etd'Isaac nous y trouvons établi Abimélech, roi des Philistins (Genèse, 20, 2; 26, 1).
La dernière ville maritime, avant d'arriver à la frontière d'Egypte,
était Raphia. Près de cette ville Ptolemée Philopator vainquit Antiochus le Grand. Elle fut prise et détruite par Alexandre .Tannée, et rebâtie par Gabinius. Son nom actuel est Refah ; cette ville, située à 7 lieues N. E. d'EI- Arîsch, appartient maintenant à l'É-
gypte.