SERVITUDE DES HÉBREUX. — MOÏSE
Les Hébreu.'c formaient dans le pays de Gosen un petit peuple, séparé des Égyptiens par ses mœurs , son culte , son langage et son régime patriarcal.
La Bible se tait sur l'époque qui suivit immédiatement la mort de Joseph et desesfrères ;mais il est certain que les Hébreux restaient isolés des Égyptiens et qu'il n'y avait de place pour eux dans aucune des castes égyptiennes, qui toutes étaient héréditaires. Leur profession de pasteurs , leurs mœurs nomades, méprisées des Égyptiens, avaient établi entre les deux peuples une barrière insurmontable. Leur culte patriarcal , à la vérité , ne s'était pas conservé dans sa pureté primitive , mais le culte des Égyptiens était trop en opposition avec les traditions des Hébreux pour qu'il eût pu prévaloir parmi ces derniers. Les enfants d'Israël conservaient des notions du Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob, quoiqu'ils n'eussent plus de ce Dieu que des idées bien confuses.
Placés sous la dépendance des rois d'Egypte , ils étaient gouvernés cependant par leurs propres chefs. Les tribus étaient divisées en familles , qui avaient chacune son Zakén ou schéikh^, et ces chefs de famille se trouvaient sans doute sous les ordres des chefs de leurs tribus respectives. A
< Voy. Gen. BO, 24.
* Voy. Exode, ch. 3, v. I8 et 18; ch. 6, v. u et 35.
l'époque de la servitude nous trouvons aussi mentionnés des ofiiciers sous le titre de Schoterim , dont l'autorité est sanctionnée par le gouvernement égyptien , auprès duquel ils sont personnellement responsables des charges imposées à la colonie'.
Les nomades hébreux faisaient quelquefois des excursions au delà des limites (le l'Egypte. Le premier livre des Chroniques (ch. 7, v. 21 ) mentionne une expédition entreprise par les fils d'Éphraim contre les habitants deGathjdont ils voulaient prendre les bestiaux, et qui les tuèrent. Une fille d'Ephraim fonda plusieurs villes dans le pays de Canaan (ib. v. 24).
Il paraît résulter d'un autre passage (ib. ch. 4, V. 21-23) quequelques membres de la famille de Schéla, fils de Juda , firent des conquêtes sur le territoire des Moabites, et que, dans la même famille , on cultivait différents arts et métiers , notamment la fabrication du byssus et la poterie.
Les grands services que Joseph avaient rendus à l'Egypte ne pouvaient être oubliés de sitôt , et la mémoire de cet homme illustre devait encore longtemps servir d'égide à la colonie qu'il avait appelée dans le pays. Celleci allait toujours croissant et prospérant, jusqu'à ce que le trône de Memphis fut occupé par une nouvelle dy- ■ nastie qui ne connaissait pas Joseph (Exode, ch. 1, v. 8). Nous ne, possédons de l'histoire ancienne de l'Egypte que des fragments informes dont la chronologie est encore moins sûre que celle de l'histoire des Hébreux de cette époque. Il est donc très-difficile , sinon impossible , d'établir le synchronisme des deux histoires. Il n'est pas probableque le nouveau roi dont parle l'Exode, s'il eût été de la dynastie à
' Voy. Exode, ch. 5, v. 6, lo, 14, 15, 19.
Le riiot Sclioter dérive d'une racine qui , en arabe, a le sens de tracer, écrire, et Michaêlis O/o-çoMc/ies RechI, t. !,§ 51) présume que les Schoterim Cécri\ alns) étaient chargés de tenir les tables généalogiques et les registres des charges et des corvées de chaque famille. Plus tard nous trouvons des Schoterim à côté des juges dans les villes des Hébreux et dans les plus hautes régions civiles et militaires. Nous y reviendrons dans un autre endroit.
PALKS'IIJNE.
laqiu'IIc Joseph avait rendu de si grands services, ciU entièrement {«inoré ees services et les circonstances qui avaient motive l'arrivée de la colonie hébraïque. C'est donc avec raison que l'historien Joseplie voit dans le nouveau roi une nourelie dynastie .
Quel(jues écrivains • ont pensé que cette dynastie était celle des Ilycsos ou Pasteurs, nomades venus d'Arabie, qui s'établirent d'abord dans la basse l^Lgypte, où ils bâtirent la ville dCAvaris (lleroopolis ), et qui peu à peu serépaudirentdanstoutel'J^L^ypte et dépossédèrent les rois de Memphis et de l)ios{)olis. Mais les différents fragments de Manéthon, cités par Josèphe , ne sont pas favorables à celte hypothèse^; il paraît résulter de ces fragments que les Ilycsos appartiennent à une époque antérieure. IS'ous ne croyons pas qu'il soit possible d'arriver sur ce point à des résultats positifs; les découvertes récentes sur les monilments égyptiens ne nous paraissent pas avoir beaucoup avance la question^.
Quoiqu'ilensoit, l'avénementd'une nouvelle dynastie devint funeste à la colonie des Hébreu.x. Un des rois de cette dynastie n'ayant plus aucun souvenir ae^ bienfaits que l'Egypte avait reçus de Joseph , voyant avec effroi la 'force toujours croissante du peuple établi à Gosen, et craignant que, dans
Ôutot;. Anliqu. II, 9, § I.
' Voy. JaiUn, Biblisrhe yirchœologie, t. I, première partie, p. 27etsuiv. — Rosenmûlter, liiblischc Gcixjraphie, t. III, p. 3!(J et suiv.
^ Voy. Josèphe, Contre Apiun, ). 1, cli. 14- 10 et cil. 20-31. L'historien juif n'hésite pas a ideotilier les Hycsos avec les Hébreux , et à taxer de mensonge ce que Manéthon dit du re^Sne Avs. Uycsos et de l'expulsion des lépreux (Ucbreux) sous une dynastie postérieure.
• Voy. Essai sur le système hiéroglyphique de M. Champollion, et sur les avantages qu'il offre a la critique sacrée, par J. G. H. Greppo. Secx)nde partie, ch. 3. — Gel cxallent écrit a l'avantage de présenter nettement les résultats qu'on peut tirer des découvertes de M. Champollion pour la critiqué de l'histoire biblique; mais nous sommes loin de partager la conviction profonde de l'auteijr et d'arc^pter ses résultats comme une certitude lijstorique.
le cas d'une guerre, ces étrangers ne fissent cause commune avec l'ennemi , résolut de lesopprimer en les accablant de lourds travaux. En leur 'nr\'(\i)<,M\i des chefs de carrée, il les enq)loya à bûtir ou à fortitier les villes de Pithom et de Haamsès'. Pour multiplier leurs travaux, il les força de cuiredesbriques, de fairedu ciment et de travailler dans les champs. Tous ces moyens étant insuflisants pour réduireles Hébreux, le roi donna l'ordre aux sages-femmes de faire périr tous les enfants mâles ; mais voyant que cet ordre n'était pas exécute, il ordonna de jeter les nouveaux-nésdans le fleuve. Il paraît qu'on trouva encore moyen d'éluder cette mesure , car les Hébreux n'en continuèrent pas moin^ à se multiplier dans des proportions extraordinaires. Cet ordre cruel , suspendu , nous ne savons combien de temps % sur la tète des infortunés Hébreux, sert d'introduction à l'historien sacré , pour nous montrer leur sauveur entouré, dès sa naissance, d'une auréole miraculeuse.
Amrâm , de la tribu de Lévi, avait épousé .lochabed, sa parente, dont il avait un fils nommé Ahron et une fille nommée Miriam (Marie). Un autre fils leur venait de naître et la famille se trouvant établie , à ce qu'il paraît , près de la résidence royale, il
' On reconnaît le nom de Pilhôm dans celui de la ville de Patoumos mentionnée par Hérodote (II, 158). Son vrai nom était Thoum, la syllabe Pi est l'article é;rvptien. V. Champollion, l'Egypte sous les Phàraoïix t. Il, p. 58-02. Il parait qu'elle était située au midi de Bubaste, a peu près là ou est maintenant Bilbéis. — Quant a la ville de Biiamsès, nous ne saurions préciser l'endroit ou elle était située, mais elle doit être la même ville d'où partirent les Hébreux pour se rendre à Succoth (Exode. I2, 37), et qui était nécessairement située dans le pays de Gosen. Nous ne saurions donc la retrouver avec Champollion (1. c p. 248) et Greppo (I. c. p. 212) dans le village de Jiumsis , situé dans la basse Egypte occidentale , hors du Delta.
' S'il faut prendre comme historique tout le récit du Pentiiteuque, l'oppression des Hébreux et l'ordre dp noyer leurs enfants m,11e.s n'ont pu pr.céder que très-peu de temps la nai.s.sana; de Moïse; car celui-ci avait un frère aiué , âgé seuJemejit de trois ans de plu.«, et dont la conservation n'avait fait aucunt diflicultc à ses parents.
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L'UNIVERS
était plus difficile de soustraire le nouveau-né à la surveillance des officiers de Pharaon. Ne pouvant plus garder chez elle l'enfant qu'elle avait caché pendant trois mois , Jochabed fit faire une boîte de papyrus , y plaça l'enfant et l'exposa sur les bords du Nil ; la soeur de l'enfant se tenait près de là pour l'observer. La fille de Pharaon (que Josèphe appelle Thermouthis) étant allée se baigner dans le fleuve , vit la boîte et se la fit apporter par sa servante. Elle y trouva l'enfant pleurant, et Miriam ayant remarqué de loin l'émotion de la princesse, s'approcha d'elle et offrit d'aller appeler une nourrice parmi les femmes des Hébreux. Elle appela sa propre mère; la princesse lui confia l'enfant, qu'elle adopta pour son fils, et auquel elle donna le nom de Moselle ( Moïse ) qui , selon le texte sacré, iigmÇ^Q tiré de l'eau. L'enfant ayant grandi, la mère le rendit à la princesse, qui le fit élèvera sa cour.
L'Écriture sainte ne nous dit rien sur la jeunesse de Moïse et sur son éducation. Mais cette lacune a été remplie par la tradition à laquelle Josèphe a donné place dans ses Jntiquiiés hébraïques (1. II, ch. 9 et 10). Selon cette tradition, l'enfant Moïse était d'une beauté ravissante; la princesse Thermouthis le fit instruire , par les prêtres, dans toutes les ;ciences des Égyptiens ', et elle sut le protéger contre l'influence des prêtres, qui prédirent au roi ce que l'Egypte avait à redouter de cet enfant; car en jouant un jour avec la couronne de Pharaon, il l'avait jetée par terre et foulée aux pieds. L'éducation sacerdotale de Moïse n'a rien que de très-probable ; on en trouve aussi une trace dans l'un des fragments de Manéthon qui fait de Moïse un prêtre d'Héliopolis, nommé Osarsiphus''. Devenu grand, il con-
' Voy. aussi^c/ÉS desApô/res, ch. 7, v. 22, et les passages de Philon et des Pères de l'Église cités par Brucker, iJis/oria crit. philosophiœ, t. I, p. 78 , 79.
* Les deux coryphées de la littérature alleinaDde ont jujié Téducation de Moïse sous dps points de vue bien différents. Si on peut Teproc^er à Schiller {Die Sendung Moses) d'a-
duisit une armée égyptienne conlie les Éthiopiens, qui avaient tenté d'envahir le pays. Il défit les ennemis et les poursuivit jusqu'à la ville royale deSaba (Aléroé), devant laquelle il mit le siège. Tharbis, fille du roi d'Ethiopie , étant devenue amoureuse de Moïse, lui offrit sa main et lui livra la ville. Moïse épousa la princesse et reconduisit en Egypte l'armée victorieuse de Pharaon.
Cet épisode est raconté par Josèphe avec beaucoup de détails; mais il n'en existe aucune trace dans les récits authentiques de l'Exode, qui, après avoir parlé de l'adoption de Moïse par la fille de Pharaon, nous le montre tout d'un coup à l'âge viril, au milieu de ses frères opprimés. Etant sorti un jour pour voir ces infortunés et leurs pénibles travaux, il vit dans un endroit écarté un Égyptien qui maltraitait un Hébreu. N'écoutant que son indignation, et se croyant inaperçu, il tua l'Egyptien et l'enfouit dans' le sable.
Mais un autre jour, ayant voulu intervenir dans une querelle entre deux Hébreux, et ayant vivement interpellé l'agresseur : Qui donc, répliqua celuici , t'a fait notre chef et notre jage ? penses-tu me tuer, comme tu as tué l'Égyptien ? Moïse voyant son meurtre découvert , et ayant appris que *, Pharaon, qui en avait eu connaissance, ' voulait le faire mourir, se hâta de fuir et se rendit dans l'Arabie voisine. Assis près d'un puits dans les environs du mont Sinaï, où vivait une tribu midianite, il défendit un jour les sept filles de Jéthro , chef et prêtre de la
voir exagéré l'instruction sacerdotale de Moïse et l'influence des mystères égyptiens sur la théologie et la législation mosaïques , on s'étonne de voir Gœthe (ff^estœstlicker Diiuan) tomber dans l'autre extrême , et ne voir dans Moïse qu'un caractère robuste , un homme élevé par la nature et de l'éducation duquel il ne faut pas s'enquérir. « Il a été le <c protégé d'une princesse, 11 a été élevé à la '< cour; mais rien n'a agi sur lui. Il est de- « venu un homme excellent, fort, mais dans « toutes les circonstances il est resté incul- '< te. » — Herder, qui a si profondément senti ce qu'il y a de beau daus tes grands caractères nibliques, a jugé IMoïse avec plus de vérité et surtout avec plus de sentiment poétique.
l'ALESTIlNE.
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Iriliu , qui étaient v'Miuesaljreuver les troupeaux tle leur père, contre l'agressiotiiles bergers (jui voulaient les repousser de la fontaine, .lélliro, ayant appris de ses lilles la i^éncreuse conduite de Moïse, lelit inviter à venir chez lui, et lui offrit l'Iiospitalité. IMoïse ayant consenti à rester chez Jcthro, celui-ci lui douna pour femme sa fille Séphora.
Àloïse passa de longues années avec le chef des INlidianites , dont il faisait paître lestrouoeaux. Pendant ce temps rien n'avait clinngé dans li situation de ses frères en Ésïypte; un nouveau Pharaon était monté sur le trône; mais il continuait à l'égard des Hébreux le système inique de son prédécesseur. Dans la solitude auprès de ses troupeaux, Moïse put méditer sur le sortdesfs frères; les traditions des patriarches occupaient son esprit, et la pensée de .lehova , le Dieu de ses pères, s'empara de tout son être. Exalt'é par les souffrances de ses frères et méditant la grande œuvre de leur délivrance, il voyait sans cesse devant lui rÉtre éternel au nom duquel cette œuvre devait s'accomplir.
Le moment décisif arriva. Ayant conduit un jour ses troupeaux près du mont Iloreb, il vit un buisson qui était enflammé sans être consumé par le feu. Ne pouvant se rendre compte de ce phénomène , il voulut s'approcher pour l'examiner de près. Une voix se fait entendre du milieu du buisson et l'avertit qu'il se trouve sur unterrainsaint.il ne peut plus douter que c'est Jéliova qui .se révèle dans celte visit ;i miraculeuse; tous les sentiments qui Tout agité depuis si longtemps, sa confiance en Dieu, sa méfiance de sa propre capacité , ses hésitations , se retr.-' -nt ici dans un dialogue qui s'établit entre lui et la Divinité ( voy. Kxode , ch. 3 ). Il est enfin convaincu que c'est lui que Dieu a choisi pour délivrer son peuple de l'esclavage et pour lui faire connaître de nouveau le Dieu de ses pères, comme ri'tre absolu, ehyk (je suis) , tel est le nom sous lequel Dieu veut se faire annoncera son peuple , en se
faisant connaître comme le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.
.Moïse prit la résolution de retourner en [•l;:yple; il lit ses adieux à son beaupère et emmena sa femme et ses deux iils, Gerson et Lliézer. Rn chemin il fut menacé d'un grand danger, probablement la grave maladie de l'un de ses fils, qu'il avait négligé de circoncire. Séphora, attribuant à cette négligence la subite indisposition de son fils, fit l'opération et le danger cessa. C'est la le sens le plus probable des paroles obscures de l'Exode ^ch. 4, v.
21 — 2fj). Il paraît que Moïse renvoya immédiatement sa fenmic et ses enfants auprès de son beau-père , qui les lui ramène plus tard (ib. 18, h).
Près du mont lloreb il rencontra sou frère Ahron, dont le concours lui avnit été annoncé par la voix divine dans le buisson ardent, et qui, pius éloquent que lui, devait être, auprès des Hébreux et du roi d'Egypte, l'iuterprète de ses inspirations divines.
Les deux frères arrivés en Egypte commencèrent par rassembler les chefs des tribus israélites. Il fut probablement difficile de ranimer l'espérance d'un peuple abattu par un ! )ng esclavage, eu lui parlant au nom ("un Dieu qu'il svait presque oublié . . à côté duquel il paraît avoir adoré quelques-unes des divinités locales de ri^^gypte'. Mais l'éloquence d' Ahron, parlant par l'inspiration de jMoïse, et les signes qu'ils donnèrent pour s'accréditer comme envoyés de Dieu , finirent par leur gagner la conflance du peuple.
Ils Orent ensuite une première démarche auprès du roi d'Egypte, pour lui demanclei d'accorder aux Hébreux la permission de se retirer dans le désert à une distance de trois journées, afin qu'ils pussent offrir des sacrifices à Jéhovaleur Dieu. Pharaon les reçut fort mal , disant qu'il ne connaissait pas le dieu Jéhova. Il augmenta les travaux des Hébreu.v et les Ut traiter
■ Voy. Josu('', ch. 1\, V. u; E7.écliiel,cli.20» V. 7 flsuiv., ch. 23, V. ;j; Amos, cli. 5. v. 2G. •Spencer, Delcyibits llebrœoriim riluati'ji(i,L I, c. I, secl. I.
L'UNIVERS
encore plus durement. Moïse fut dérouragc un moment par ce malheureux résultat; mais la voix divine le rassura, en lui rappelant les promesses faites aux patriarches. Il tâcha de consoler le peuple , et accompagné de son frère Ahron , il se présenta de nouveau à Pharaon. Moïse était alors âgé de quatre-vingts ans et Ahron en avait quatre-vingt-trois.
Tout ce qui se passa alors jusqu'à la délivrance des Héhreux est enveloppé pour nous d'un voile mystérieux, et la raison humaine doit renoncer à se rendre un compte exact des causes et des effets. Dans les plaies par lesquelles les oppresseurs des Hébreux furent si cruellement frappés, on reconnaît bien quelquefois les phénomènes particuliers à l'Egypte; mais les rationaUstesontfait de vains efforts pour expliquer tous les détails d'une manière naturelle'. Il faut donc ou reconnaître le miracle dans toute la force du terme, ou bien ne voir partout que des mythes et reconnaître dans les récits du Pentateuque le caractère de l'épopée. Il en est de même des événements qui succèdent à la sortie d'Egypte jusqu'à la mort de iMoïse. L'historien se trouve sur un terrain mouvant, et il ne peut que se faire l'écho de la tradition. La sortie d'Egypte et la loi promulguée dans le désert du Sinaï, tels sont les grands événements historiques de la vie de Moïse , et ces faits incontestables sont d'une telle importance pour tout le reste de l'histoire des Hébreux qu'ils nous font presque perdre de vue les «lotails merveilleux qui les entourent et qui, appartenant au domaine de la loi et de la poésie, ne préoccupent l'esprit de l'historien que sous un point de vue secondaire.
Selon le récit traditionnel , Moïse et Ahron , en se présentant de nouveau devant le roi essayèrent d'abord de le convaincre de leur mission divine par un miracle. Ahron jeta son bâton par terre et il fut changé en un serpent.
Mais Pharaon n'en fut point ému, les
' Voy. entre autres, du Bois Aymé, dans la Description de l'hyt/pte, t. Vlll , p. 109.
magiciens d'Egypte ayant fait la même miracle. Il arriva alors une série de phénomènes fondés, en grande partie , dans l'état physique du pays , mais qui cependant se présentèrent d'une manière extraordinaire et à des saisons inaccoutumées, et que Moïse savait toujours annoncer d'avance. Ce sont là les dix plaies de l'Egypte , que nous allons énumérer rapidement :
1° Toutes les eaux du Nil et des lacs se corrompent et sont changées en sang , et les Égyptiens sont forcés de creuser des puits pour avoir de l'eau potable.
2° Les grenouilles se multiplient d'une manière effrayante et couvrent toute l'Egypte. 3° Les hommes et les bestiaux sont tourmentés par des moucherons innombrables, ou, comme s'exprime le texte , tout'î la poussière de la terre est changée en moucherons ' .
4° Une autre espèce d'insectes nuisibles* remplissent les maisons et fourmillent sur le sol, dont ils détruisent la végétation. 5° Une mortalité enlève tous les bestiaux des Égyptiens. 6° Des pustules enflammées se forment dans les hommes et les animaux. 7° Une forte grêle accompagnée d'éclairs et de tonnerre ravage les campagnes.
8° Des nuées de sauterelles viennent couvrir toute la surface du pays; elles dévorent tout ce que la grêle avait épar-^
* ' Le texte hébreu a le mot kinnim que les Septante rendent par ctxvîçeç. Ce sont sans doute les moustiques si incommodes en Egypte. Voy. OEdmann, Sa?wMj<««je«, premier cahier, eh. (>.
•* Le sens du mot hébreu Auoc n'est pas bien connu; mais il désigne sans doute une espèce particulière et non pas , comme dit la Vulgate, oinne gemis muscarum. Les Septante, dont l'autorité doit avoir un grand poids pour tout ce qui concerne l'Egypte, rendent le mot hébreu par xuvô[j.uta , probablement une espèce de taon. Pliilon {De vilâ Mosis) l'appelle un insecte mordant et insidieux , qui s'élance de loin avec bruit, comme une flèche, et qui, s'altachant à la peau , y pénètre fortement. Voy. Philonis Opéra , éd. de Genève , p. 472. — OEdmann (ib. deuxième cahier, ch. 7), après avoir examiné les opinions de ses devanciers , se prononce pour la hlatta orientalis, ou la kakerlaque, qui est encore mainlejnant une des plaies de l'Egvpte. Ceux qui ont voyagé sur le Nil , savent'combien cet insecte est incommode ; les bateaux en sont infestés , et on les y voit souvent par milliers.