FINE
dant la fête de PAques, des giîteaux sans levain. Ils empruntèrent tonte espèce de vases et de vêtements préeieux des Égyptiens, qui donnèrentavec plaisir tout ce qui leur fut demandé.
Les ossements de Joseph furent emportés, selon sa dernière volonté. Ce fut au bout de quatre cent trente ans , dit le texte de l'Exode, que les Hébreux quittèrent l'Egypte , au nombre de six cent mille hommes adultes, sans compter les femmes et les enfants. Ces deux chiffres, celui du temps et celui de la population sont assez bien en rapport entre eux , et on a établi par des calculs assez rigoureux que la colonie des Hébreu.x, composée de soixante-dix individus, aurait pu, au bout de 430 ans compter 977,280 individus inàles audessus de vingt ans'. Mais le chiffre de 430 est en contradiction manifeste avec les chiffres d'une table généalogique des Lévites, qui nous est conservée dans le livre de l'Exode (ch. G , v. IG— 25), et qui ne permet pas de faire durer le séjour des Hébreux en Egypte au delà de 210 ans^ Aussi Josèphe et la plupart des commentateurs font-ils commencer les 430 ans au temps d'Abraham, qui émigra en Egypte. C'est la encore une difficulté qui ne pourra jamais être suflisamment éclaircie.
Selon les calculs qui nous paraissent les plus probables , les Hébreux quittèrent l'Egypte vers l'an 1600 avant lère chrétienne.
3. SORTIE n'ÉGYPTE. — LÉGISLATION. — SK- JOLR DANS LE DÉSERT. — CONQUÊTE DE LA PÉRÉE. — MORT DE MOÏSE.
Pour arriver dans le pays de Canaan , le chemin le plus court pour les Hébreux était de se diriger au nord, vers la côte de la Méditerranée, et de se rendre par El-Arîseh à Gaza dans le pays des Philistins.
Mais l'esprit belliqueux des Philistins étant renommé, et les Hébreux étant peu habitués à manier les armes , Moïse avait depuis longtemps
' Voy. jAhn,Arch<eologie,l. II, première partie, p. 91.
■■ \ Oy. La Bible de M. Caben , l. II , p. tv.
L'UNIVERS
pris la résolution de traverser le désert du Sinaï ' , afin d'éviter autant que possible la rencontre de peuples ennemis et d'arriver par un long détour à la limite sud-est de la Palestine *.
Du district qu'ils avaient occupé dans le pays de Raamsès ou Gosen , les Hébreux se rendirent à Suecôth ( tentes ), qui , selon Josèphe^, était Latopolis situé à l'endroit oii plus tard fut bâtie Babylone ( maintenant le vieux Caire ). Du mont Mokattam , près du Caire , commence une chaîne de montagnes qui s'étend à l'est et va aboutir dans le mont Attaka près de Suez. Les Hébreux , au lieu de rester au nord du Mokattam et de prendre la route que suivent encore maintenant les caravanes qui vont du Caire à la Mecque, tournèrent^ ^ a ce qu'il paraît , au midi , vers la plaine de Bezatîn , puisa l'est, pour traverser la vallée de l'Égarement^.
De Suecôth ils se rendirent à Étham, situé à l'extrémité du désert { Exode, 13,20), et que le P. Sicard place dans la plaine de Ramlieh, à huit lieues de la mer Rouge. De là un doûlé très-étroit, où vingt hommes à peine peuvent marcher de front, conduit dans la plaine de Bedéa près de la mer Rouge, et Sicard pense que ce fut pour éviter ce dénié que Dieu ordonna aux Hébreux ( ib. 14, 2) de se détourner pour aller camper devant Pi-haliirôth.
' Voy. Êxode, ch. 3, v. I2.
^ Voy. Nombres, ch. 13.
3 Anliqu. , 1. 2, c. 15, § ).
. ■> Exode, 13, 18.
* C'est ce qui résulte de l'assertion de Josèplie , fondée , saas doute , sur une ancienne tradition, et c'est aussi i'opinion du P. Sicard dans sa Dissertation sur te passage de la mer liouge pur les Israclites. NieJJUiir cependant fait prendre aux Hébreux la route des caravanes, pour les faire arriver à la petite langue de ..uer qui se trouve au N. E. du golfe de Suez , et où le passage est assez facile. Il laisse la position de Succôtb indéterminée, et ilcUercheËtham prèsd'Adjroud.
Mais riiypothése du P. Sicard noiis fait mieux comprendre pourquoi Pharaon croit les Hf'breux égares dans le pays , et re/iferit'é-i (tans le désert, quoique le passagiJ de la mer Rouge , placé bien plus au midi , devie.nne par la plus incompréhensible.
Cette troisième station est , selon le même auteur, dans la plaine de Bedéa, au midi du mont Attaka '. Pour guider la grande masse de peuple dans ces chemins inconnus, un grand feu se trouvait constamment allumé à la tête des colonnes; la fumée qui en sortait leur servait de guide pendant le jour et la flamme pendant la nuit. Dans le langage des écrivains hébreux, où tout ce que Dieu ordonne ou qui se fait en son nom est considéré comme son reflet , c'est Dieu lui-même qui marche à la tête du peuple dans une colonne de nuée pendant le jour et dans une colonne de feu pendant la nuit (Ex. 13, 21).
Le roi d'Egypte ayant appris que les Hébreux, au lieu de se borner à une excursion de trois journées, s'étaient engagés dans les défilés et avaient essayé de s'enfuir , se repentit de les avoir renvoyés. II était loin d'ailleurs de voir dans cette marche détournée et indécise un plan combiné , et il croyait que le peuple s'était égaré. Il se mit donc à leur poursuite avec six cents chariots d'élite et avec une grande masse de cavalerie et de fantassins , et les atteignit^dans la plaine près de Pi-hshirôth. Campés dans cette plaine , les Hébreux avaient devant eux , à l'est , le golfe^ de Suez , à droite et à gaucl>p les" montagnes , et derrière eux ils voyaient l'armée des Egyptiens. Sans un secours miraculeux, ils étaient perdus. Déjà ils élevaient de violents murmures contre leurs chefs ; mais
' Selon le Pf itateuque , Pi-hahirôth est entre Migdol et la mer, devant Baal-Sephôn. Sicard prend ".ligdol pour le mont Koaibé, au midi delà vallée de l'Égarement, et Baal- Sephôn pour ittaka. Tout ceci est fort douteux. Les of' ons des voyageurs et des savants varif i beaucoup sûr ces différentes localités, ei aur l'endroit ou les Hébreux passèrent la mer. Nous renvoyons surtout a la dissertation de du Bois Aymé dans la Description de l'Egypte , t.VIll", p. 113 et suiv. Ce savant, qui, comme Niebuhr, place le passage de la mer plus au nord, prend Étham pour hir-Sués, et Pi-hahiroth pour Adjrund. Le Commentaire géographique sur l'Exode et les Nombres, que vientd'e publier M. Léon de Laborde, laissant Étham indéterminé, place BaalSephôn à Suez, et Pi- Iiahirolh à Adjroud (p. 72,75. 7g).
Moïse les rassura : » Ne craignez rien, dit-il, restez tramiuilles, et vous verrez le secours que rKteniei vous donnera aujcHU'd'Iiui; car, après avoir vu les flgyptiens en ce jour, vous ne les reverrez jamais. » La nuit arriva ; une violente tempête venue de l'est sépara les eaux du golfe , à l'endroit où les Hébreux étaient campés, et fraya un passage au milieu des flots, gui , dit fe texte, s'amoncelèrent à droite ■et à gauche. T,a colonne de feu et de fumée se plaça derrière les Hébreux et déroba leur fuite aux Égyptiens, qui, voyant le feu iinniooile, ne se doutèrent |)as du mouvement que INloïse faisait opérer à son peuple pendant toute la nuit, pour lui faire traverser le golfe. Le passage s'opéra probablement tout près du mont Attaka , où la mer a maintenant six lieues de largeur, et le matin les Hébreux se trouvèrent campés sur le rivage oriental, du golfe vis-à-vis de la montagne. L.h se trouvent des sources que les Arabes appellent .iyoun Mousa ( sources de Rloïse ) , et 011 ils placent traditionnellement le passage des Hébreux.
Au point du jour les Égyptiens virent encore de loin la colonne de feu et de fumée, mais ils n'aperçurent plus le camp des Hébreux, ce qui porta le trouble et le désordre parmi eux; tel est le sens des paroles de l'Exode (14, 24) : tt l'Éternel avait jeté un regard sur le camp des ^■O'jpfi^'if, à f:\ ers la colonne de feu et de nuage , < '. avait mis en désordre le camp 'cs Égyptiens. Leur premier mouvement fut de se mettre en toute hâte à la poursuite des Hébreux , sans penser aux dangers qui les menaçaient. Ils se hasardèrent à suivre les fugitifs dans le lit du golfe, avec leurs chariots et leurs chevaux ; mais les chariots ne pouvaient pas rouler, et la marche jfut très-pénible ( ib. v. 2.î). Le vent d'est avait cessé ,et les Ilots retournèrent et coupèrent la retraite aux Egyptiens qui furent engloutis dans la n'ier. Ce miracle éclatant fut célébré par Moïse
dans un cantique qui nous a été conservé dans l'Exode ( cli. Ij).
Tel est exactement le sens du récit biblique tra'l-iil dans notre langage vulgaire. Des (ju'on admet la vérité historique de ( k: récit , il devient impossible d'expiicpn-r ce grand événement par les phénomènes ordinaires qu'on a pu observer dans la contrée traversée par les Hébreux. Toutes les hypotlieses qu'on a faites à ce sujet ne suffisent pas pour expliquer en même temps et la délivrance des Hébreux et le désastre des Egyptiens.
Si la basse marée avait seule favorisé le passage des Hébreux ( en admettant que le passage se soit effectué près de Suez et qu'une si grande niasse d'hommes, de femmes et d'enfants ait j^u traverser le golfe <n peu d'heures ), on ne comprendrait pas que les Egyptiens eussent été assez insensés pour les suivre, sachant que la mer ne pouvait pas tarder à revenir. Nous avouons encore ici la difliculté de nous rendre un compte exact des faits par les documents que nous avo'is a notre disposition. Les efforts des "ationalistes ont échoué sur ce poin, comme sur beaucoup d'autres.
Après avoir passé le golfe, les Htbreux se rendirent dans le désert de Schour. Ce désert, situé au sud-ouest de la Palestine, s'étend du golfe Arabique à la Méditerranée jusque vers Pelusium ( Damiette) , et s'appelle maintenant ./l-DJo/dr '. Moïse ne s'aventura point dans l'intérieur du Djofàr; mais il Ot marcher les Hébreux vers le midi, dans cette partie dudésertquiavoisinele golfe de Suez.
Après trois jours de marche, ils campèrent dans un endroit où il y avait de l'eau , mais tellement amère qu'on ne put la boire ; ce qui lit donner a cet endroit le nom (' ' Marah (amère). Burckhardt place . tte station près du \)u\\.s Hnwara, à quinze heures im quartdemarched'Ayoun-.Mousa. L'eau de ce puits , dit-il , est si amère que
' Dans les versions dos Juifs Arabes Schour est ri'iidu par Al-UjoJ\ir,
L'UNIVERS
les hommes ne peuvent la boire , et les chameaux n'en veulent que lorsqu'ils ont bien soif '.Moïse sut l'adoucir par une plante qu'il y Gt jeter *. Partis de Marah, les Hébreux campèrent à Elim où ils trouvèrent douze sources et soixante-dix palmiers. C'est, sans doute, le JVadi Gharandel, à trois lieues d'Howara ; on y trouve beaucoup de palmiers, de tamariscs et d'acacias , ainsi qu'une source abondante et un torrent. Les douze sources ont pu s'y trouver momentanément ; car, selon rsiebuhr , l'endroit est riche en eau , et on en trouve facilement en creusant à peu de profondeur ^.
Se dirigeant de la vers le Sinaï , les Hébreux arrivèrent le quinzième jour du deuxième mois ( un mois après leur sortie d'Egypte ) dans le désert de Sin , après avoir fait une hilte ( selon le journal itinéraire des IVombres ) sur le bord du golfe de Suez. Sin ne peut être que le PFadi Mocatleb , célèbre par ses inscriptions 4 , ou le iVadi El-schéikh ^.
Ici tout le peuple murmura contre Moïse et Ahron , craignant de mourir de faim et regrettant l'esclavage d'Egypte , où on avait vécu dans l'abondance. Bientôt une espèce de cailles très-commune dans i'Arabie-Pétrée vint en nombreuses volées rassurer la foule turbulente , et la célèbre inanne, dont les Hébreux devaient se nourrir pendant quarante, années tomba en ce lieu pour la première fois , menue comme la gelée blanche sur la terre ( Ex. , 16, 14 ). Cette substance se montrait sous la forme de petits grains
' Voy. Truvels in S'jria andtlte holij land, p. 472.
' Burckhardt a pris des informations auprès des Bédouins pour savoir s'ils connaissaient un moyen analogue à celui dont se servait Moïse;" mais il ne put rien apprendre à ce sujet. Il suppose que Moïse employâtes baies- rouges d'un arbuste appelé Gharkad, le peganiim retusum de Forskal, qui est très commun dans ces contrées. Voy. Travels, p. 473 et 474.
■^ Burckhardt, 1. c.
* Voy. Voyage de l'Arabie Pétrée, par M. Léon de Laborde , p. 69.
* Burckhardt, p. 487.
blancs, semblables à la semence de coriandre, et avait un goût de miel; il fallait la recueillir de grand matin , car elle se fondait au lever du soleil. Elle était si abondante qu'on pouvait en recueillir un Orner • par tête et on en préparait toute sorte de mets. On n'en trouvait point le jour de sabbat, mais on en ramassait doublement la veille.
Ce fut à cette occasion que Moïse parla pour la première fois de la célébration du Sabbat.
La contrée dans laquelle il faut chercher le désert de Sin possède encore aujourd'hui beaucoup de tamariscs qui donnent la manne *. Plusieurs voyageurs y ont même trouvé une espèce de manne qui tombe de l'air et qui s'attache aux pierres , aux brancbes ou à l'herbe; si leurs observations sont exactes, ce ne peut être que la manne végétale, qui est attirée par l'air d'où elle retombe ^. Mais si on réfléchit que cette manne ne se trouve que dans la presqu'île du Sinaï et seulement pendant les mois de juin et de juillet, tandis que, selon la Bible, les Hébreux en recueillirent tous les jours , pendant quarante ans , et sur toute leur route jusqu'à Edréi et à Guilgal ; que d'ailleurs la récolte ne produit maintenant , dans les meilleures années, que cinq, à six cents livres, et que la substance n'est pas non plus assez dure pour être écrasée dans un mortier ou dans un moulin , comme nous le lisons dans le livre des Nombres ( ch. 1 1 , v. 8)4, il faudra renoncer à expliquer le
' Le Omei-, qui est le dixième de VÉpha , équivaut, selon le calcul des rabbins, à 43 un 5' coques d'oeufs.
^ C'est Ehrenberg qui nous fournit les meilleurs renseignements sur cet arbrisseau qu'il appelle tamarix mannifcra. Ses brandies piquées par un insecte qu'il nomme cocciis maiiiparus et dont il donne la description , transsudent une substance que les Arabes recueillent de la terre, et qu'ils mangent avec le pain comme du miel. Voy. SymboUe p/u/sicœ, Iiiiti ie , l, tab. 10.
^' On peut vuir différentes hypothèses sur celte manne du ciel, comme l'appellent les Arabes , dans OEdmann , Sammlungcn , sixième cahier, ch. I.
♦ Voy Burckhardt, Travels, p. 000.
l'.VLISTIM..
IL'.i
récit l)ibli(iiie par les laits iialmi'ls qu'ont oltsrivi's les voyaf;t'urs.
Du désert de Siii , les Hébreux allèrent par Dophka et .lUtiis à lUt/j/iidlm. Ce dernier campement devait être à peu de distance du Sinaï , et on doit le chercher dans la plaine qui est au midi du \Vadi El-schéikh, après le rocher a|)pelé par les Arabes Mak- (ul-Sidna-Moiisa ( le siège de notre seigneur iMoïse). L'eau manquant dans cette contrée , de nouveaux murmures s'élevèrent contre Moïse, qui, frappant le rocher avec son bàlon, en lit sortir de l'eau en abondance '.
Une partie de la caravane ne pouvantsupporter la fatigue de la mardie, était restée en arrière ». Les Amalécites attaquèrent les traîneurs, et IMoïse ordonna à Josué, fils de Noun , de la tribu d'Ephraim, son serviteur et disciple, d'aller au-devant de l'ennemi avec une troupe d'élite.
II se plaça lui-même sur une colline, ayant à côté de lui Ahron et liour ',* et il éleva de temps en temps son bâton merveilleux pour encourager les combattants. Apres une lutte opiniâtre, les Amalécites furent repoussés avec une grande perte. Moïse Ht élever un autel en ce lieu, et une inimitié éternelle fut jurée aux Amalécites.
Au commencement du troisième mois après la sortie d'Egypte , les Hébreux arrivèrent dans les environs du mont Sinaï, où ils devaient séjourner un certain temps , pour recevoir des institutions et des lois qui pussent les ré|,'ir dans le pays où ils allaient s'établir. Les inconvénients des institutions patriarcales pour une si grande reunion d'hommes ne se faisaient déjà que trop sentir. Du matin jusqu'au soir le peuple se pressait devant Moïse pour lui demander des conseils et des jugements ; tout son dévouement, toutes ses fatigues devenaient inutiles, et il ne pouvait répondre à
' Tacite rapporte ce miracle et en donne une explication naturelle. Hist. V, 3.
' Voy. Deiilérononu", 25, 18.
^ Hour était, selon la tradition, le fils de Miriam, sœur de Moisc; d'autres en font son mari.
toute cette ùM\k\ Suivant le conseil de son beau-pere Jclliro , qui était venu le rejoindre pour lui amener sa fenune et ses enfants, Moïse divisa le peuple par milliers; chaque, millier fut encore subdivisé en plus petites fractions. Des hommes signales par leur mérite personnel et par leur probité furent placés à la tête de chaque division pour rendre justice au peuple et pour le conseiller dans les affaires moins graves, et dorén.ivant les cas les plus dilïlciles furent seuls exposés devant le chef suprême.
Moïse procéda immédiatement à la grande œuvre de la législation dont les bases principales devaient être proclamées en présence du peuple et au milieu des phénomènes les plus imposants qui annonçaient la présence de la Divinité. Moïse assembla les anciens et leur adressa une allocution dans laquelle il leur rappela ce que Dieu avait fait pour le peuple d'Israël, et il leur lit comprendre que la loi qu'il allait leur donner devait faire des Hébreux un peuple consacré à l'Éternel, un peuple saint, un royaume de prêtres; c'est-a-dire, qu'ils seraient tous égaux devant l'Être suprême et devant sa loi, qu'ils seraient tous initiés dans la connaissance de Dieu et de sa loi, et qu'on leur dévoilerait à tous les hautes doctrines qui, chez les Égyptiens , sous le nom de mystères, n'étaient connues qu'à une caste privilégiée , celle des prêtres. Tout le peuple protesta d'avance de son obéissance absolue, et Moïse lui ordonna de se préparer pendant trois jours, afin d'apparaître dignement devant la Divinité qui allait se révéler sur le mont Sinaï. L'approche de la montagne sainte fut interdite sous peine de mort. Le troisième jour, dès le matin, on vit une fumée épaisse sortir du Sinaï; des éclairs fendirent le nuage qui enveloppait la montagne , et au bruit du tonnerre se mêla le son des trompettes, de sorte que tout te peuple qui était au camp trembla de frayeur. Moïse fit sortir le peuple vers la montagne' ; ' La montagne devenue c<M«bre par la lé-
L'UNIVERS
il défendit même aux prêtres ■ de s'approcher pour contempler de près cette scène imposante. Puis il monta, accompagné de son frère Ahron , et une voix redoutable proclama les dix articles de la loi fondamentale.
On verra plus loin que la loi de Moïse, en général, se compose de trois parties distinctes : la doctrine sur Dieu et ses attributs , la loi cerémonielle, symbole de la doctrine, et la loi morale et sociale. Dans les dix articles promulgués sur le Sinaï , et qui sont généralement connus sous le nom de Décalogue, on peut distinguer de même ces trois parties , et les dix commandements nous offrent en quelque ^orte la quintessence de toute la loi. Dans la première partie (art. 1 — 3) on établit l'existence (ieJéhova (l'Être absolu) ; le rédempteur du peuple hébreu , on défend le polythéisme et la représentation de la Divinité par des images visibles ; son nom même ne doit point être prononcé eu vain. Dans la seconde partie (art. 4,) on ordonne la célébration du sabbat , qui , comme symbole de la création et du Dieu créateur, est la base de toutes les observances religieuses. Enûn la troisième partie (art. 5—10) s'occupe des lois indispensables à toute société humaine :
on y prescrit aux enfants le respect envers leurs parents , et on défend le meurtre, l'adultère, le vol, le faux
gislation de Moïse se compose de différents pics , qui portaient le nom général de Horeb ; c'est pourquoi dans le Deutéronome (4, 10 ) et dans le livre de Malachi (4 , 22) la scène est placée au mont Horeb. Le Horeb proprement dit n'est qu'un mamelon à partir duquel s'élève un pic qu'on appelle le Sinaï (Lahorde^ p. 68;. Un pic plus élevé , qui ca est sépare à l'est s'appelle communément le mont Sainte-Catherine. On ne sait lequel des deux pics est le Sinai delaBible(Voy.BurcK- Lardt, p. eo9); mais aucun des deux u'olfre à son pied une place ouverte, ou tout le peuple hébreu aurait pu s'assembler, et il est probable que les chefs et représentants du peuple assistèrent seuls de près à la proclamation des dix commandements. Voy.
RosenmQller, Archéologie, t. III, p. 130.
' Le sacerdoce n'était pas encore régulièrement établi, mais les aines des familles faisaient alors les fonctions Je prêtres.
témoignage, et jusqu'à la convoitise des biens d'autrui.
Les Hébreux , effrayés , de tout ce qu'ils avaient vu et entendu , prieront ]\IoÏ£3 de leur parler lui-même et d'être auprès d'eux l'interprète de la volonté divine. Moïse , après les avoir rassurés , disparut dans le brouillard , et après être revenu au milieu du peuple, il lui exposa les détails les plus indispensables de la loi civile et morale. Pour ne pas interrompre le récit et pour faire mieux saisir l'ensemble des lois, nous renvoyons le lecteur au résumé général que nous donnons plus bas de toute la législation mosaïque.
Selon l'usage de ces temps , les lois qui venaient d'être promulguées furent consacrées par des sacrifices et des repas solennels (Ex. ch. 24). Ensuite Moïse se retira avec Josué sur le % mont Sinaï pour achever l'œuvre de la législation, après avoir chargé Ahron et Hour de le remplacer pendant son absence, q'ù dura quarante jours.Ils'occupait,(!uns sa retraite, du culte public qu'il (- :t urgent d'établir pour éviter les dangers de l'idolâtrie qui menaçait d'envahir les hordes encore barbares du peuple hébreu. Mais avant d'avoir le temps d'exécuter ce projet , le peuple, troublé par la longue absence de son chef et ayant con-' serve le souvenir des usages égyptiens, voulut adorer son Dieu sous une image visible. Il se présenta devant Ahron pour lui demander la fabrication d'une idole; Ahron eut la faiblesse de céder et demanda qu'on lui apportât les bijoux d'or que portaient les femmes et les enfants , espérant peut-être gagner du temps en réclamant ce sacrilice. Mais bientôt on lui apporta l'or nécessaire, et il fut obligé de fabriquer l'image d'un veau, à l'imitation du boeuf À pis qu'adoraient les Égyptiens. On bâtit un autel ; une grande fête fut célébrée pour l'établissement de ce culte indigne , et le peuple manifesta sa joie par des jeux et des danses. Alors Moïse se présenta subitement au milieu de la foule , portant dans sa main deux
tahlcs dt! pierre sur lesquelles il avait "rave les dix coinmaïuU'irients.
Iritlign" du spectacle qui s'ulïrit a ses veux", il brisa les tabli'S ; il Ut aussitôt détruire l'idole, et adressa d'amers reproches à Alirou. Ayant fait un appel a tous les vrais adorateurs de Jéhova, toute la trilm de Lévi se groupa autour de lui, et il ordonna aux (idèles de tuer tous ceux qui feraient résistance , sans ménager mèm>' leurs plus proches parents. Environ trois mille hommes tombèrent en ce jour, et cet événement fut suivi d'un deuil général.
Moïse sentit de plus en plus la nécessité d'établir un symbole visilile de la présence de Dieu au milieu du peuple hébreu. Malgré la sévérité qu'il avait déployée dans l'affaire du veau d'or, l'idolâtrie ne cessait pas d'avoir ses partisans'. Il dressa provisoirement hors du camp une tente qui devait être le lieu de la manifestation visible de la Divinité et où il allait de* temps à autre chercher ses inspiralions. Il lui donna le nom de Ohel-Moëd (tente de rendez-vous) », parce qu'elle était le lieu de rendez-vous entre la Divinité et le peuple hébreu, représenté par Moïse : Quiconque cherchait .léhova , dit le texte sacré , allait vers le Okel-Moëd. Toutes les fois que Moïse y entrait , une colonne de nuée descendait devant l'entrée de la tente, et le peuple, qui était dans le camp, se prosternait, .fosué , le serviteur de Moïse, ne quittait jamais cette tente ( Voyez Exode , 33 , 7 — II ).
A près une nouvelle absence de quarante jours passés dans la solitude du mont Sinaï, Moïse revint le visage rayonnant d'une splendeur céleste,
• Voy. Amos, ch. B, v. 26.
» Voy. Kxotle, 33, 7; comp. ib. 29, 42.
La Vulfiate rciul inexacteiucnt ce nom par taht'Tiiiirulum fœdcris. Pliiî Uinl le nom (l(! Ohcl-^t'iéd désigne souvent le labirnurte ou le temple portatif, dont cette tente de reitdezvoit.i formait le sanctuaire intérieur, et (|iii est appelé, a cause (te cela, demeure du Ohclmoëd (ib. 39 , 32; 40, 2 et (i). C'est la le rapport véritable entre le Ohel-Moéd proprement dit et le tabernacle (Mischcan); la confusion des noms embarrasse souvent le lecteur du Pentateuque.
cl portant dans sa main de nouvelles tables de la loi fondanuMitale. Il comiiiuni(iua ses inspirations divines d ahord à Ahron et aux chefs des tribus, cnsuiteà la nation tout entière, et il leur exposa le plan d'un temple portatif ou l'on devait célébrer dorénavant lectdle de .îéhova «. Ahron et ses fils» furent désignés comme ministres de ce culte, et devaient être assistés, dans une partie de leurs fonctions, par tout le reste de la tribu de Lévi, qui venait de manifester son dévouement pour la cause de.Iéhova. Nous montrerons plus loin que Moïse n'avait nullement l'idée d'établir une caste sacerdotale semblable à celle des Égyptiens. La centralisation et l'unité du culte était le seul moyen de déraciner Tidolàtrie et les coutumes païennes dans le sein des familles.
Sur l'appel que fit Moïse à la générosité de la nation, les matériaux, les métaux et autres objets précieux nécessaires à la confection du Tabernacle (c'est ainsi qu'on appelle communément le temple portatif), des autels, des vases sacrés, etc. , furent apportés avec profusion. De nombreux ouvriers se mirent à l'œuvre, sous le direction de deux artistes, Besalél de la tribu de .luda , et Oholiab, decella de Dan. Le travail marcha avec rapidité, et au premier jour de la seconde année le Tabernacle put être dressé et consacré.
Les détails merveilleux que donne le livre de l'Exode sur la magnificence du Tabernacle , sur le luxe et la ricliesse des matériaux qu'on y emplovait, et sur la beauté et la linesse des travaux , ont fait naître des doutes sérieux sur la réalité du fait, et les critiques modernes ^ n'ont pas hésité
' Une descriptiou détaillée de ce temple se trouve dans l'Exode , cil. 25 etsuiv. Nous y reviendrons plus loin.
î Ahron avait quatre fils : Nadab, Abiliou, Eléuzar et Itbaniar. Les deux premiers périrent bientôt par suite d'une faute qu ils avaient commise dans leurs fonctions (voy. Levit. ch. lo, v. 1 et 2).
3 Voy. Valer, Commenlar ûber den Pentiteuclt, t. ni, p. C.->8; Bohlen, Genèse, p. I!2 et suiv., auxquels on peut ajouter de Wetle. Gramber;; et plusienr-. autre-.. Les raisons
L'UNIVERS
à prendre tout le récit pour une œuvre d'imagination, composée plusieurs siècles après Moïse par quelque auteur qui aura vu les magnificences du temple de Saloinon. Les raisons dont se sont appuyés ces critiques ne sont pas toutes également bonnes. On a trouvé peu vraisemblable que les Hébreux nomades eussent pu produire dans le désert des ouvrages d'artaussi compliqués, puisque Salonion luimême était obligé de se servir d'artistes étrangers. .Mais les Hébreux à peine sortis de l'Egypte, où fleurissaient les arts et l'industrie', pouvaient être, sous ce rapport, plus avancés que du temps de Salomon, lorsque déjà pendant plusieurs siècles ils s'étaient bornés à l'agriculture. Les parfums et autres choses semblables pouvaient être fournis aux Hébreux par les caravanes qui dès la plus haute antiquité allaient porter en Egypte les produits de l'Arabie ( Genèse, 37 , 25). Mais ce qui fait la plus grande difficulté, c'est la grande quantité d'or et d'argent que les Hébreux ont du fournir dans cette occasion et la rapidité étonnante avec laquelle tous les travaux furent achevés. Nous avouerons donc qu'on peut élever des doutes sur l'autlienticité de plusieurs détails de la description que nous offre le livre de l'Exode; mais l'établissement d'un sanctuaire central et du sacerdoce ressort tellement de l'esprit général de la loi mosaïque, qu'il est impossible de ne pas admettre l'authenticité historique du fait en lui-même.
Les solennités de la consécration du Tabernacle continuèrent pendant douze jours ; chaque jour un des chefs des douze tribus vint offrir des présents et des sacrifices. Quelques jours après on célébra la seconcle Pâque , l'anniversaire de la sortie d'Egypte.
Il fut accordé un délai d'un mois h ceux qui , ayant touché un cadavre , ne
alléguées par ces critiques ont été réfutt-cs en partie par Baehr, Symbolik des Mosaitchen Cultus, t. I, p. 274, et par Winer, Biblisches Realwœrterbuch , t. II, p- 020. ' Voy. pour la question qui nous occupe ici , Heeren , Ideen, II , 2 , p. 369 (original allemand).
pouvaient célébrer la Pâque à cette époque. Enfin le vingtième Jour du deuxième mois, la flamme et le nuage qui couvraient le sanctuaire '■ se mirent en mouvement , et , a ce signal du départ, on leva le camp. Sur la demande de Moïse , son beau-frère Hobab l'accompagna pour lui montrer les chemins. La marche fut dirigée au nord, vers le désert dePharân et la limite méridionale de la Palestine. Dès le début du voyage les murmures recommencèrent. Un feu (probablement la grande chaleur , car on était à la fin de mai) avait dévoré un certain nombre d'hommes ; bientôt après le bas peuple se plaignit de nouveau du manque de nourriture , et regrettait l'abondance dont il avait joui en Egypte. Encore uue fois de nombreuses volées de cailles arrivèrent au milieu du camp ; les Hébreux se jetèrent sur ces oiseaux et en mangèrent avec une telle avidité que beaucoup d'entre eux payèrent delà vie leur coupable intempérance, ce qui fit donner à ce lieu le nom de Kibràth hatthaawa (tombeaux de la convoitise). De là on se rendit à Hacérôth, au nord-est du Sinaï ^ , d'où la marche se continua au nord jusqu'à A'arfescA dans ledésert de Pharàn ou de Ciii, près de la langue méridionale de la mer Morte.
De Kadesch Moïse envoya douze* hommes, un de chaque tribu, "pour explorer le pays de Canaan , et pour lui faire un rapport sur les habitants, sur les villes qu'ils occupaient et sur l'aspect du pays en général. Revenus après quarante jours, ces hommes louèrent beaucoup la fertilité du pays de Canaan , mais ils en présentèrent la conquête comme une chose impossible, à cause de la force des habitants , hommes de stature gigantesque, et établis dans des villes bien fortifiées. A ce rapport le découragement s'empara du peuple; en vain Josué et Caleb (ce dernier de la tribu de Juda),
' Voy. ci-dessus, page 122.
' BuBckhardt a trouvé dans cette dlrefltion une souïcc appelée Hadhra, qui, ditil , est peut-être Hacérôth, mentionné dans le livre des Nombres. Travels, p. 496.
qui avaient «'té du noinl)rp des explorateurs, eiiereherent à caimer l'exaspération du peuple et à vaiiiere sa (lelianee par des ra[)ports |)lus favorahles. Un soulèvement i:éiieralniena<'a de détruire entièrement le plan de Moïse, et on parlait déjà d'élire un autre ehef pour retourner en Kitypte.
Moïse sentit alors l'impossibilité de poursuivre son projet avec la génération présente, habituée à resclavasïe et peu capable d'un dévouement héroïque. Il reprocha sévèrement au peuple sa déliance envers son Dieu qui s'était manifesté à lui partantde miracles , et il lui aimonça l'arrêt divin qui condamnait tous les hommes au-dessus de vingt ans (à rexception de .losué et Caleb) à mourir dans le désert , et réservait à la jeune génération la cotiquête du pays de Canaan.
A la parole puissante de Moïse les Hébreux sentirent combien leur conduite était criminelle et voulurent immédiatement se mettre en marche contre les Cananéens; mais l'arrêt était irrévocablement prononcé. Malgré la défense de Moïse, qui refusa de quitter le camp, on tenta une atta(Hie; les Hébreux furent repoussés avec perte par les Cananéens et les Amalécites, et ils se résignèrent h conthiuer la vie nomade dans le désert.
Pendant trente-huit ans les Tlébreux parcoururent en nomades le désert auquel les Arabes ont donné le nom iVEl-Tijh ou lyh Beni-Israel (Egarement des enfants d'Israël), allant du nord au midi jusqu'à Asiongaber', sur
' Lps campenienls inconnus que renferme le journal itinéraire des Nombres (cli. 33 , v. 18—30) entre Hacéroth et Kadescii et qui ne se trouvent pas menUonné* dans le courant du récit, appartiennent sans doute, en praiide partie , à ces courses nomades. Rosenmùller ( 1. c. p., 133, I3i) compte tous ces campements pendant le premier vovage des Hébreux de Uacérolh a Kadesch, eii les faisant passer par Asiongaber, ce qui est impossible; car nous aurions alors dix-sept campements pour la courte distance de Hacéroth a Asiongaber, et pas un seul sur la longue roule d'Asionfjaber à Kadesch. Le campement de Cln ou Kadesch mentionné dms le journal ilinérairc ( v. 3g^ doit élre plac'à la seconde arrivée des Hébreux dans 9* Livrji»'H. (IfutysmE.)
le i;olle r.lanitique et retournant de la au nord. Ce lon^esjtace de temps se passa, a ce qu'il paraît, sans incidents remarquables dont la mémoire ait mérité d'être transmise a la postérité' ; du moins les documents historiques du Peiitateu(pie ne relatent-ils de cette é|)oque cpiun seul événement qui ait quelque importance, la révolte excitée par le T.évite Korali , et dont la cause est attribuée au privilège du sacerdoce accordé à Ahron et à sa famille (Nombres, ch. 10, v. 10). Sous prétexte que cette institution portait atteinte aux droits de la nation dont tous les membres étaient; égaux devant .Téhova (ib. v. 3),Korah sut attirer dans son complot quelques chefs de famille de la tribu de Ruben et deux cent cinquante hommes des plus notables parmi les Hébreux. Moïse, fort de sa conscience , essaya d'abord d'agir par sa parole sur l'esprit des rebel-
cet endroit (Nomb., cb. 20, v. I ). Le premier campement de Kadescii doit être cherché dans l'un des endroits Inconnus qui viennent après le campement de Hacéroth ; car Kadesch étant, comme Pharân et Ctn, le nom général de la contrée, le journal donne avec plus de précision le nom de l'endroit où campèrent les Hébreux. Nous avons donc trace, sur notre carte, une partie des campements inconnus du midi au nord, avant la première arrivée à Kadesch, et le reste du nord au midi , après le départ de Kadesch. Nous avons suivi en cela la route tracée par M. Charles de Raumer dans son excellente dissertation sur le voyage des Hébreux (Leipzig, 1837); mais nous avouons que ce tracé ne repose que sur une simpln conjecture, et que .M. de Raumer, pour fairtî accorder les différentes données du l'entateuque, a hasardé des hypo'hèses que nous ne pouvons pas toujours admettre.
' On s'est emparé du silence que gardn le Pentateuque sur ce qui se passa pendant ces trente- huit années, pour révoquer en doute ce long séjour des Hébreux dans lo désert, qui cependant se trouve suflisnmment motivé par la conduite du peuple. fJoethe, dans un écrit intitulé « Israël dans le désert » ( Israël in der ff^ùsle, à la suite du ff'eslœsll. Divan), a soutenu que tout le \ oyage des Hébreux , ju.squ"a leur entrée dans le pays de Canaan , a duré a pt-ine deux ans et qu'on ne doit voir dans les quarante ans qu'un nombre rond ayant un sens mythique. Mais plusieurs passages des historiens et des poêles hébreux prouvent que leséjour de quarante ans dans le dé-sert était un fait historiquu bien établi ( voy. Jos. 5, 6; II, lo; Amo."», 2. 10; ry,2C)\ P.s. 95, 10), et la critiqui'd;! Coetlie est plus spécieuse que solide.
L'UNIVERS
les, mais il ne put y parvenir. Dès le lendemain un sévère châtiment atteignit les coupables et la révolte fut promptement comprimée. C'est là tout ce que nous pouvons entrevoir dans le récit mythique du Pentateuque, d'après lequel les chefs du complot furent engloutis dans un abîme avec leurs maisons et leurs biens, et les deux cent cinquante conjurés furent dévorés par un feu tombé du ciel. Les trois fils de Korah furent sauvés (ib. ch. 26, v.
1 1 ) , et plus tard , sous David , leurs descendants se rendirent célèbres comme poètes et musiciens.
La mort violente des révoltés fournit au peuple un nouveau sujet de murmures contre Moïse et Ahron ; mais aussitôt éclata une peste qui enleva quatorze mille sept cents hommes. Ce châtiment. du ciel qui donna à Ahron l'occasion de montrer le plus grand dévouement, fit tout rentrer dans l'ordre (ib. ch. 17, v. 6-15.)
Au premier mois de la quarantième année après la sortie d'Egypte , nous retrouvons les Hébreux à Kadesh, dans le désert de Pharân ou de Cîn. Miriam, la sœur de Moïse, y mourut. Moïse se trouvait à la tête d'une nouvelle génération , plus forte et plus courageuse que celle qu'il avait délivrée de l'esclavage, et il se préparait à lui frayer le chemin dans le pays de Canaan.' IMais la jeune génération n'avait pas oublié les mauvaises traditions des pères :
l'eau venant encore une fois à manquer. Moïse vit le peuple s'ameuter contre lui et contre son frère Ahron et leur reprocher de l'avoirfait sortir d'Egypte pour le faire mourir dans le désert.
I.es deux vieillards désespérèrent euxmêmes, pour la première fois, de la providence divine; mais le bâton de Moïse ouvrit encore une fois les veines des rochers. Ce fut à cause de leur manque de confiance, dit le texte sacré, que la Divinité interdit à Moïse et à Ahron l'entrée de la terre promise.
Moïse sentant sa fin s'approcher et voyant sans doute l'impossibilité de poursuivre son ancien plan et de faire franchir aux Hébreux les limites méridionales de la Palestine, voulut
cependant assurer l'œuvre de toute sa vie en conduisant lui-même son peuple sur la rive gauche du Jourdain ou les limites étaient moins fortifiées par la nature et n'avaient d'autre défense que le fleuve , guéable dans plusieurs endroits '. N'ayant aucune vue hostile sur les pays à l'est du Jourdain, il espérait obtenir le libre passage et arriver sans obstacle jusqu'aux bords du fleuve. Il envoya immédiatement des ambassadeurs au roi d'Édom dans le Djebal^ pour lui demander le passage sur ses terres ; mais le roi refusa et prit une attitude hostile. Il fallait donc se décider à faire le tour des monts Séïr (El-scherah) et à marcher au midi vers le golfe Élauitique , pour remonter de là au nord , en passant sur le territoire des tribus iduméennes indépendantes, qui se montraient raoinshostilesque leurs frères monarchiques au nord-est^
De Kadesch on se rendit au mont Hor4;là mourut Ahron, le premier jour du cinquième mois, à l'âge décent vingt-trois ans. Les Hébreux célébrèrent un deuil de trente jours. Éléazar succéda à son père dans la dignité de grand prêtre. Les Cananéens du naidi, qui poursuivirent les Hébreux , furent repoussés avec perte. Pendant leur marche autour du mont Séïr, qui fut ^ très-pénible, les Hébreux ne trouvé- ' rent d'autres ennemis que les serpents, dont ils souffrirent beaucoup.
Après avoir fait plusieurs haltes , ils arrivèrent aux monts Abarîm, à l'est de la mer Morte , et passèrent le torrent de Zared (probablement le TVadi Kerek). Laissant le territoire des Moabites à l'ouest , ils passèrent l'Arnon , et arrivèrent dans les plaines de Moab, près du mont Pisga. Le pas-
■ Voy. Jos. 2,7; Juges, 3, 28; I2, 5.
^ Voy. ci-dessus, page 97, et Rosenmûller, 1. CD. C9,70.
5 Voy. Deuk'ron. ch. 2 , v. 4—8 et v. 29.
' Selon Josèphe {Antiqu. IV , 4 , 7) et Saint- Jérôme (Onomast. s. v. Beeroth), le mont Hor était près de la ville de Petra. Près des ruinea de celle ville on montre encore aujourd'hui le tombeau d' Ahron sur le sommet de la monts,gnp. Voy. Burckhardt, TraveU , p. \i I ; Labordo, Foy'aga de V Arabie Pétrée, y . i. . .
PALI saçe demandé à Sihon, roi des \tiioriliis, fut n-fusô, et ce roi alt.uni.i les Hébreux près de Yalias; ruais il fut totalement battu, et son pays fut conquis parles Hébreux. Aprèss'ctre empare de Yaazer, Moïse lit envahir aux Hébreux le pays de Bas;1n ; le roi Os les ayant attaqué près d'fùlrci , eut le même sort que Sihon, et les Hébreux se trouvèrent n)aîtres de tout le territoire ius(iu'au Hermon ».
Les i\loabites ne pouvaient voir sans uKiuietude les Hébreux envahir les pays voisins. Balak, roi de iMoaJ), s'entendit à ce sujet ave:: les chefs des Midianites; se sent^int trop faibles pour attaquer les Hébreux, ils firent venir de pPthôr. en Mésopotamie, un tameux devin, nomme blicain , pum maudire ces redoutables ennemis. Ce projet n'avant pas réussi >, ils invitèrent les Hébreux aux fêtes célébrées en rhomieur au aieu DocxI ni,^^j. j culte voluptueux de ce dieu séduisû ui. prand nombre d'Hébreux. Zimri, chef (l'unefamillede latribu de Siméon,osa passer devant Moïse avec la lille d'un prince midianite; tous deux furent tués sur-le-champ par Pinehas, fils du prêtre Éléazar. Moïse fut obligé de déj)Ioyer la plus grande sévérité ; et il ordonna aux juges défaire punir de mort tous les coupables. Une guerre d'extermination fut ordonnée contre les Midianites; Moïse donna le commandement à Pinelias, qui attaqua l'ennemi avec douze mille hommes et en lit un massacre terrible. Pinehas ne prit jioint possession du territoire midianite; on se contenta do ravager le pays , et l'expédition revint dans la plaine de Moab avec un immensebutin.
Les tribus de Piuben et de Oad, qui étaient riches en troupeaux, demandèrent à Moïse de leur donner le pays conquis à l'est du Jourdain , qui avait de bons pâturages. Moïse leur accorda cette demande, sous la condition qu'ils passeraient le Jourdain pour aider leurs frères à conquérir la Palestine.
Les deux tribus s'établirent entre
' Voy. noire Topographie de la Pért^c ' Voy. ci-dcÂsus , pages 90 el 98.
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l'Anionet |e Yab!)ok , Rubeu au niid et (lad au nord. Une partie de la tribu de Manassé , les descendants de Mai eliir,quiavaientfaitdesconquctcsdans «es contrées. obtinrent le même privilège; ils fixèrent leurs demeures au nord du Yabbok dans le pays de iJasanet dans le Haur/in.
Moïse lixa ensuite les limites du |;ays dont on devait faire la conquête 1 chargea Josué, Éléazar et les chefs des dix tribus de veiller au parlagedes terrains , qui devait se faire par le sort. Il ordonna d'assigner aux Lévites, dans les différents cantons, quarente-huit villes, dont six devaient en même temps servir d'a.sile à ceux qui auraient tué un homme par impriidonoo II rhoi.sit lui-mcme pour cet etfetics villes de Bcser, de Ramôth et de Golan, à l'est duJourdain ; trois autres villes devaient être choisies plus tard à l'ouest du fleuve. Après avoir quête , n' sentit" Vd'uyGèyy.Cede la con - 1er à la nouvelle génération la miraculeuse conservation des Hébreux dans le désert, et tout ce qu'il avait fait lui-même atin de consolider lebonheur de son peuple pour les siècles à venir. Il adressa au peuple une série de discours, dans lesquels il rappela les pointsprincipauxdesalégislationavec plusieurs modifications et additions que le temps avait rendues nécessaires. Il exhorta les Hébreux à la piété et à la vertu , leur prédisant les malheurs dont ils seraient frappés, si jamais ils négligeaient la loi divine. Le document qui renfermait la loi fut remis aux prêtres avec l'ordre d'en faire la lecture au peuple , tous les sept ans, à la fête des Tabernacles. Apres avoir donné de nouveau ses avertissements dans un sublime cantique que les Hébreux devaient apprendre par cœur, Moïse installa Josué comme son successeur'. Puis ildonnasabénédic-
' Il n'est jamais qapstion des deux fils de Moïse, (Jcrson el Klié/.cr; nous savons seulement par le premitr livre ilesClironi(iueb''rh. 2;i, v. \i — 17) qu'ils fonclionnaienl parmi U-h autres Lévile.s , qu'ils eurent chacun un (ils, l'I que celuid'Élié/er, appelé Rehabiah, eut une trés-noml»reuse postérité.
L'UNIVEKb.
tion aux tribus d'Israël et se retira sur le mont Nébo, d'où il jeta un coup d'oeil sur le pays que son peuple allait conquérir. Il mourut sur cette montagne à l'âge de cent vingt ans ; personne, dit rt^:criture, n'a connu son tombeau. Mais dans ses actes , dans ses lois, dans sa doctrine, il s'est posé un monument éternel , qui durera autant que le monde.
Avant de commencer les opérations de la conquête , les Hébreux consacrèrent trente jours à pleurer la perte du guide fidèle et de l'illustre législateur. Arrêtons-nous un moment pour considérer l'esprit et l'ensemblede ces lois divines qui devaient accompagner le peuple hébreu dans la terre promise
et V foildci- ouiJ L'Oiilicui •