‹ PalestineChapitre 29 sur 98 · Le Pent\teuque et la loi de Moïse · texte numérisé non relu

Le Pent\teuque et la loi de Moïse

Les antiques monuments littéraires attribués à Moïse, qui se trouvent en tête de la Bible^son,|^?^lg|p— mtëuque ( irevraTEuxo; ) leur fut donné par les traducteurs grecs, parce qu'ils se composent de cinq livres, savoir, la Genèse, l'Exode, le Lévitique , les Nombres et le Deutéronome. Ces cinq livres forment un ensemble, dont le but principal est de nous faire connaître l'origine du peuple hébreu et son histoire primitive jusqu'à son établisseme^it dans le pays de Canaan. Moïse est le centre de cette relation, et sa législation y est exposée, non pas dans un ordre systématique 1 mais d'après la suite historique des inspirations du législateur et des communications qu'il en fit au peuple. La Genèse, qui commence par la création du monde et qui finit par la mort de .Toseph , est une introduction indispensable à l'œuvre de Moïse. Après avoir rapporté les antiques traditions sur la création et la généalogie antédiluvienne d'Adam jusqu'à Noé, le seul qui fut jugé digne d'être le propagateur de l'espèce humaine après le déîu£;e, l'auteur nous fait connaître rapidement les peuples qui descendirent des trois fils de Koé.

S'arrêtant à la race de Sein , il nous

montre, à la dixième génération, Abraham, la souche du peuple hébreu, et il nous fait connaître en détail l'histoire des patriarches qui se termine par la bénédiction donnée par Jacob à ses douze fils , entrant tous dans l'alliance d'Abraham. Ainsi il nous fait voir le Dieu unique qui plane sur l'univers créé par sa volonté, et qui accorde sa protection toute particulière aux patriarches du peuple hébreu. Le livre de Y Exode tire son nom de la sortie d'Egypte dont il expose les détails ; il renferme une grande partie des lois civiles, et le récit historique y est continué jusqu'à la construction du Tabernacle. Le LévitiQue s'oecupe principalement du culte, et, en général, des lois qui concernaient les prêtres et les lévites ou dont la sauvegarde leur était confiée. Le livre des Nombre-'! -onfomic plusieurs recen- -..uents du peuple hébreu; le récit, qui y est continué jusqu'à l'arrivée des Hébreux dans les plaines de Jéricho , se trouve interrompu cà et là par des lois qui doivent s'ervir de complément à celles de l'Exode et du Lévitique , et par quelques Iqis nouvelles qui concernent surtout le droit public. Le Deutéronome (seconde loi ) est la récapitulation de la loi mosaïque dont nous avons déjà parlé, et à laquelle se joint la relatfon des derniers actes de Moïse et de sa mort.

Pendant une longue suite de siècles ces vénérables monuments ontété considérés, dans leur intégrité, comme l'ouvrage original de Moïse, sans que personne osât mettre en doute leur authenticité et les examiner, sous ce rapport, avec le regard scrutateur de la critique. Mais les progrès de la science exégétique et critique ont aussi exercé leur influence sur les livres de Moïse. Des passages qui révèlent évidemment une époque plus récente}, firent naître des doutes sur l'authenticité de ces livres; la critique d'abord timide s'en empara, s'enhardit de plus en plus, et ne connaissant plus de frein, fit successivement descendre

PALIiSTiNE.

ia coin^ositioii du Pentateuque jus- (ju'à iiulU' ans après Moïse et liiiit par transforiner en mythes la plupart des événements historiques qui y sont racontés. Kt ici nous ne parlons pas du scepticisme systématique , qui, poursuivant de son dédain tout ce qu'une haute antiquité a rendu sacré pour les hommes, ne sait manier d'autres armes que la raillerie pour éteindre dans notre cœur les sentiments que notre éducation et une longue habitude nous ont rendus chers, et auxquels il nous en codlerait tant de renoncer. Mais nous

f)arlons de recherches faites par des lommes graves et religieux , par des savants consciencieux qui n'ont renoncé qu'avec regret à la tradition reçue, mais qui ont cru devoir sacrilier leurs sentiments aux exigences de la raison et de la science. Au point où en sont les choses, l'historien ne saurait se retrancher dans une foi absolue , et se borner à exposer les lois mosaïques d'après la source unique qui est à sa disposition, sans s'en- (piérir d'abord du degré d'authenticité qu'on peut attribuer à cette source. Heureusement la critique savante a appelé dans l'arène des chamt)ions non moins savants qui ont pris a défense de la tradition reçue, en faisant toutefois quelques concessions devenues inévitables. Depuis plus d'un demi-siècle , c'est en Allemagne principalement que la question de l'authenticité du Pentateuque a été discutée avct profondeur'. Adhuc

' Les loncs ilùbats ont été résumés en 18.30 par A. T. Hartmann dans l'ouvrage intitulé flislorhch-hriiische Forschiingcn ûber die lUldung, das ZciUillerund deii Plan dcrjûnf Rucher Moses, Is31, 1 vol. grand in-8° de HI7 pages. Dans cet ouvrage toutes les (fueslioris (|ui se rattachent à la critique du Pentateuque sont traitées avec une profondeur et une érudition qui ne lai.ssent rien a désirer. L'auteur est du nombre des critiques avancé.s. Parmi la défenseurs de l'autlienlicité nous remarquons les Michafilis, les Jahn, les Elchhorn , les RosenmQller. — Depuis la publication de l'ouvrage de Hartmann, de nombreux champions ont continué la lutte; nous nous contenions de nommer, comme nprésenlant les deux opinions extrêmes, P. Buhicn qui , dans rinlroduclion à son coni-

sitb JiuUce lis est. Aucun des deuK partis n'a encore déposé les armes; mais la lutte a déjà produit dus résultats bien positifs , et désormais incontestables. liCs limites dans le.squclhs nous (levons nous renfermer ne nous permettent pas de raconter ici l'histoire détaillée de cette lutte et de mentionner les hypothèses plus ou moins hardies qui ont été faites sur ia composition du Pentateuque, depuis Richard Simon qu'on peut appeler le père de la critique biblique jusqu'à de \Vette et Vhijpercritique Bohien; mais il est de notre devoir défaire coimaître l'état de la question, en citant les principaux arguments qu'on peut alléguer pour ou contre l'authenticité du Pent.nteiifinp , pt nous devous aussi indiquer les données positives qui résultent de la discussion.

Pour qu'un ouvrage puis-se être considéré comme émané d'une seule époque et d'un seul auteur, il faut avant tout qu'il soit exempt de répétitions inutiles, de contradictions et d'anachronismes. Il faut aussi qu'on y reconnaisse un plan suivi et qu'il y ait unité dans les différentes parties. Or le Pentateuque ne répond pas entièrement à ces exigences de la critique; on peut y faire les observations suivantes :

1° 11 a évidemment un caractère fragmentaire; les différents fragments, dont quelques-uns forment de petits ouvrages à part, achevés encixmêmes, sont mis ensemble et réunis d'une manière décousue et souvent même l'ordre chronologique n'est pas strictement observé. Cest ce dont chaque lecteur attentif peut facilement se convaincre, et les exemples sont si abondants qu'il serait mutile d'en citer.

2" Il offre beaucoup de répétitions et de contradictions. Dès le commencement de la Genèse , nous trouvons l'histoire de la création racontée deux

nientaire sur l« Genèse, a poussé quel(raef%i.«î la critique jusqu'à l'extravagance et à la puérilité, et E. W. Hengsteul>erg qui a entrepris de rétablir l'aulorité de la tradition, dans un ouvrage inlitulé : Die AuthtnV>9 des Pcntateuchs crwirirn.

fois et d'une mïinière différents; le nom de Dieu n'est pas le même dans les deux relations '. Il en est de même dans l'histoire du déluge et dans plusieurs parties de la vie des patriarches. Si la difficulté subsistait seulement pour la Genèse, on pourrait répondre que Moïse y a recueilli tous les anciens documents qui pouvaient servir à son but , sans s'occuper à les mettre d'accord dans tous les détails ; mais les autres livres du Pentateuque ne sont pas exempts de répétitions et même de contradictions. Nous nous contenterons de citer quelques exemples :

Dans le sixième chapitre de l'Exode (V.3), Moïse dit à Dieu qu'il parle avec difficulté et que Pharaon ne l'é-

ttx\ntot>ait pao, ot I>iou lui repond qu'il

aura Ahron avec lui pour lui servir d'orateur. Non-seulement la difflculté élevée par Moïse se trouve déjà énoncée au v. 12, mais iMoïseavait déjà eu à ce sujet un long entretien avec Dieu (ch.

4 , V. 10-16) ; Dieu lui avait dit que son frère Ahron lui servirait de bouche, et les deux frères s'étaient en effet présentés à Pharaon et lui avaient parlé au nom de Jéhova. Il paraîtrait donc que nous aurions ici deux mémoires de différents auteurs , roulant sur le même sujet. Cela résulte aussi de la fln de la table généalogique de Moïse et Ahron (ch. 6, v. 26, 27), oii l'on dit que c'est Ici ce Ahron et ce Moïse à qui Dieu ordonna défaire sortir les enfants d'Israël de l'Egypte et que ce sont eux qui parlèrent à Pharaonroid' Egypte. Cette observa -

' Dans le \" chapUre, Dieu est appelé lUohlm , daos les ch. 2 et 3 Jéhova Elolilm, et dans d'autres endroits nous trouv(«is le nom de Jéhova seul. Ce sont ces différences qui ont fait naitre les Conjectures AnxaéAecin Astruc sur les mémoires orir/inaux dont il parait qtte Moïse s'est servi pour composer le livre de la Genèie (Bruxelles, 1753). Peu à peu il découvrit jusqu'à douze mémoires dans la Genèse. EicJihorn les réduisit à deux. Vater (Commenlar., p. 393 et suiv. ), tout en montrant que les différents noms de Dieu ne sont pas toujours un guide sûr pour distinguer les différents documents, a accumulé d'autres preuves, pour démontrer que non-seulement la Genèse , mais aussi les autres quatre livres du Pentateuque se composaient de documents hétérogènes, et appartenaient à différents auteurs.

tion semble déplacée, lorsque dans les chapitres précédents il n'a été question que de Moïse et Ahron et de leur mission auprès de Pharaon. — Plus loin la description du Tabernacle et des vêtements sacerdotaux se trouve répétée deux fois , mais l'ordre est interverti. Est-il probable que le même auteur ait écrit deux fois de suite tous ces longs détails , en changeant seulement la formule et tu feras en et on fit? — Le miracle des cailles et de la manne, raconté auch. 16 de l'Exode, est reproduit dans le livre des Nombres (ch. 11) , avec des circonstances différentes. On peut s'étonner en outre que les Hébreux aient manqué de viande à l'époque dont parle l'Exode , puisqu'ils venaient à peine de sortir d'Egypte avec des troupeaux très-nombreux (ch.

12, V. 38). Ces troupeaux auraient-ils péri dans la mer ou par le manque de nourriture ? mais il est question plus tard de sacrifices et d'holocaustes (ch. 24, V. 5; ch. 32, v. 6; Nombres ch.7),de brebis et de boeufs qui allaient au pâturage (Exode, 34, 3).— L'établissement d'un conseil de soixantedix anciens est raconté deux fois ( Exode, ch. 24, et Nombres, ch . 1 1 ) avec des variations. Tous ces exemples et beaucoup d'autres que nous ne pouvons citer ici , ont fait considérer, par plusieurs critiques, tout le Pentateuuue comme un recueil composé de différents documents qui traitaient de Moïse et de sa législation.

3° Le Pentateuque révèle souvent un auteur différent du législateur, et vivant à une autre époque et dans d'autres lieux. Moïse n'a pas dû dire lui-même qu'il était l'homme le plus humble de la terre (Nombres, 12, 3).

— Le récit de la mort de Moïse et le passage de la Genèse (36, 31 ) qui suppose l'existence de la royauté dans Israël ont été regardés depuis longtemps comme des interpolations, par les défenseurs même les plus ardents de l'authenticité du Pentateuque. Mais il existe un grand nombre de passages non moins difliciles , sur lesquels on a glissé trop légèrement. Nous avons déjà parlé de la difficulté que préseuti*

l'Al-FSTINK.

If nom do la ville ilc Ihin mcnlioiiné dans la Genèse et dans le Dciitéiononie ' ; nous allons citer ((iielques antres anachronisme^ : An cli. 10 de rKxode(v. 35) on raconte comme un fait accompli, qno les enfants d'Israël ont viatujé la manne pendant quarante années, jusqu'à leur entrée dans le pays de Canaan. — Au ch. 32 des Nombres (v. 31-38) il est fait mention d'un certain nombre de villes bâties par les tribus de G ad et de lluben. IMoïse étant mort très-peu de temps après la conquête du pays (ju'il donna à ces deux tribus, n'a pu être témoin de la construction de ces villes. — Au même chapitre ( v. 411) cm mentionne les villages dp JaW, ainsi appelés de Jaïr, descendant de Manassé; le Deutéronome (3, 14) dit qu'on les appelle ainsi J«sr/w'à ce jour >, cequi fait supposer que l'auteur n'était pas contemporain de la fondation de ces villages; mais, ce qui aqj?mente encore la difficulté, c'est que , selon le livre des Juges (10, 4) le nom de villages de Jalr dériverait du juge Jaïr, qui , eneffet, habitait les contrées du Gilead. Comment l'auteur du livre des Juges pouvait-il ignorer ce que les livres de Moïse disaient de l'origine de ce nom. Ainsi l'existence des villages de Jaïr dès le temps de Moïse devient très-problématique, et IMoïse n'a pu écrire les deux passages des iSombres et du Deutéronome. — On a trouvé une autre diflicultc dans les mots de la Genèse (12, G) : Et le Cananéen était alors dans le pays; mais nous avons déjà fait voir que ces mots pouvaient très-bien émaner de Moïse ^. — Quant à l'expression au delà du Jourdain (qui ne pouvait cire appliquée à la Perce que par un auteur qui vivait à l'ouest du

' Voy. ci-tlcssiis , p. :53.

'Ct'lie forniulf, qui se trouve souvent clans les iivri's histiiri((ues de la Bil)le et qui indi- (lue loujours répoulement d'uD cerlniii laps «le temps, est employée d'une manière non moins frappante dans un autre pai^saRe du Deutéroiiome (10, 8), ou l'auteur, en parlant de l'iiiNtituUon du Uvitùnne, nous apprend que le,s lévites exercent leur» fondions jttsqu'u eu jour.

■* Vov. ci-di'ssus , page 7S

fleuve) , elle est douteuse , cl il paraît que le mot hébreu nyn signirie, (pielquefois en deçà; du moins l'auteur du Deutéronome l'emploie-l-il éf^alement pour désigner le pavs à l'est et à l'ouest du fleuve (ch. 1 , v. 1, et ch. 11 , v. 30).

4° L'hébreu du Pentateuque est à peu près le même (jue celui des derniers prophètes, et cependant il n'est pas probable que la langue hébraïcpje n'ait pas changé pendant l'espace de mille ans. D'un autre côté, le style du Deutéronome diffère sensiblement de celui des quatre premiers livres et offre beaucoiq) d'analogie avec celui des prophètes, notamment de Jérémie '.

5" Le pentateuque renrerme ueaucoup de faits qui manquent de toute vraisemblance et qui souvent sont en contradiction manifeste avec les lois de la nature. Ces faits ne peuvent être considérés comme historiques , et on ne peut y voir que des légendes populaires ou des mythes. Or, s'il est vrai que Moïse a pu recueillir dans la Genèse jusqu'à des traditions et des mythes qui établissaient l'existence d'un Dieu créateur reconnu par les patriarches, il n'en est pas de même dans les quatre livres oij il raconte des faits contemporains. Dans les récits des plaies de l'Egypte, du passage de la mer Rouge, de la manne, de la proclamation du Décalojjue, de la construction du Tabernacle, du séjour dans le désert, le fond historique est enveloppé de mythes qui n'ont pu se

' Depuis de Wette ( Dissertatio qua Deuteronomium a prioribus Pentateuclii libris diversurn , alius cujusdam recentioris auctoris opus esse deraonstratur, Jenae, imr>) le, Deutéronome est considéré par les critiques ( Vater, (iesénius, Hartmann) comme un livre composé vers l'époque de l'exil , et longtemps après les (juatre premiers livres. Un jeune cnli(iuc, M. George ( qui a trop d'esprit et d'indépendance pour se traîner sur une route t)atlue), tout en soutenant qui* le Deutéronome n'a été composé que sous le roi Josias, veut pourtant que ce soit le plus ancien livre du Pentateuque (voy. Diejùdisclien Fwfc, Berlin , I8:}5 , p. fa-75 ). La législation des trois livres précédents aurait été faite pendant ou après l'exil , pour iio «tat qui déjà n'exi^lail plusU

L'UNIVERS

former qu'avec le temps. Ce n'est qu'après plusieurs générations que les événements arrivés sous Moïse ont pu être présentés sous la forme mythique qu'ils ont dans le Pentateuque, et Moïse ne saurait être l'auteur de ces relations.

Toutes ces difQcultés et bien d'autres que nous ne pouvons exposer ici ont gravement compromis la tradition qui veut que le Pentaleuque , dans sa forme actuelle , soit l'ouvrage de Moïse. Pour les faire disparaître on a eu recours à différentes hypothèses et notamment à celle des interpolations ; c'est ainsi que plus de cinquante passages incommodes, plus ou moins longs , ont été effacés d'un iraii ae piume ei déclares iuienjulés.

Pour répondre à la quatrième difflculté , on a fait remarquer que Moïse était l'auteur classique de la nation, que les prêtres et les lévites étaient obligés de l'étudier, et qu'on le lisait publiquement tous les sept ans. Il n'est donc pas étonnant que les auteurs des siècles suivants aient pris Moïse pour modèle; il est possible que la langue parlée ait différé de la langue écrite. En outre, on a cité avec raison l'exemple de l'arabe et du syriaque qui pendant une longue suite de siècles n'ont subi aucune modification notable. Le style verbeux et prolixe du Deutéronome s'explique par la vieillesse de jMoïse , et on y reconnaît le langage d'un père qui donne ses derniers conseils à ses enfants qu'il va quitter pour toujours.

Quant à la cinquième difficulté, qu'il n'est pas facile d'éliminer de la sorte, les supernaturalistes ne la reconnaissent pas; car ils admettent les m/racf.es dans toute la force du terme. Les rationalistes, partisans de l'authenticité, tels que Eichhorn, Rosenmùller et autres, font des efforts inouïs pour expliquer les faits les plus invraisemblables d'une manière naturelle en contestant le caractère mythique etépi- 3ue du Pentateuque. Non contents 'avoir réfuté , tant bien que mal , les difficultés élevées par les critiques avancés, les partisans de la tradi-

tion ont allégué, en faveur de l'authenticité, un certain nombre de preuves directes qui ne sont pas sans importance , et dont nous allons citer les plus fortes.

1» Dans le Deutéronome c'est Moïse lui-même qui parle , et lui seul pouvait parler ainsi. Il s'adresse à des hommes qu'il a guidés pendant de longues années, et il leur rappelle souvent les événements dont ils ont été témoins , et la protection miraculeuse par laquelle Dieu s'est manifesté à eux. Un auteur plus récent, qui eût voulu se faire passer pour Moïse , n'aurait pas été capable d'entrer si bien dans toutes les circonstances de la vie de Moïse , et de donner à sa composition la véritable couleur des temps et des lieux, sans se trahir çà et là par une inadvertance. Or, le Deutéronome rédigé par Moïse (ch. 31 , v. 9 et 24) suppose la rédaction des trois livres précédents; car Moïse fait souvent allusion aux lois et aux événements rapportés dans ces livres. Enfin les quatre livres supposent la Genèse, qui , comme nous l'avons dit, est l'introduction indispensable des livres de la loi.

2* Le Pentateuque renferme un grand nombre de données historiques, politiques et géographiques qui s'adaptent très-bien aux tenips de Moïse.

La Genèse , par ses traditions siïr le monde primitif, nous révèle un auteur très-ancien. Un auteur hébreu postérieur à IMoïse n'aurait pu posséder une connaissance aussi parfaite de rÉgypte et de l'Arabie que celle qui se révèle dans le Pentateuque. Et dût-on admettre (ce qui est peu probable ) qu'un autre eût cherché à s'approprier ces connaissances par l'étude , il n'aurait pu manquer de se trahir souvent par des inexactitudes et des anachronismes. Dans la Genèse (ch. 10, v. 11 et 12) la célèbre Ninive est encore une ville de peu d'importance; la grande ville de l'Assyrie c'est Résen, dont il n'existe aucune trace dans les autres livres de la Rible. La ville de Tyr si célèbre dès le temps de David , et dont le nom se

1>ALKSTINE.

trouve déjà dans lo livre de Josiit; (T.), TJ), n'est meationnée nulle part dans le l*entateuque; un auteur récent aurait-il manqué de la placer dans la table goiiéalojjique de la Genèse (cli.

10) à côté de Sidon? Le Pentateuque parle souvent des statues des dieux cananéens et de leurs autels , mais il ne leur connaît pas encore de temples, que nous trouvons pourtant à l'époque des Juges. C'est donc un auteur très-ancien qui nous parle dans le Pentateuque, alors pourquoi ne seraitce pas Moïse lui-même?

3° La langue hébraïque du Pentateuque, quoique, en général, la même que celle des prophètes , offre cependant des particularités que nous ne trouvons dans aucun autre livre de la Bible. On n'y rencontre d'autres mots étrangers que ceux qui sont empruntés à la langue égyptienne. On y rencontre des archaïsmes tels que le masculin -\'j2 (puer) dans le sens du féminin niya {puella) , le pronom per-* sonnel de la troisième personne 5<in dans le sens delul et d'eue'. Beaucoup de mots et de tournures de phrase se trouvent particulièrement dans le Pentateuque et mantiuent dans les autres livres de la Bible; en revanche ces derniers renferment un grand nombre de mots et de phrases qui manquent complètement dans le Pentateuque ou qui y sont fort rares '.

4° Le caractère fragmentaire du Pentateuque , loin de faire suspecter son authenticité, est plutôt une preuve que Moïse en est réellement l'auteur.

Le mélange continuel des récits historiques, des itinéraires et des lois

» Le Rcnre commun, qui dans la langue plus dt'vcloppée , se distingue en masculin et féminin, appartient évidemment a une époijuc plus reculée, et Hartmann lui-même est oblise d'avouer ( I. c. p. 6i7 ) qu8 ces archaïsmes prouvent la haute antiquité de quelques-uns des ducuments et fraijmcnls dont, selon lui, le Pentateuque fut successivement composé.

* Jahn a recueilli plus de cent exemples de chaque espèce. En énumérant les mots qui sont narticuliers au Feotateuque, il s'est abstenud y ciiinprendre ceux ((ui désisnenl des ohjelisdoiil il n'y avait pas heu de parler dans les autres livres. Voy. Introductio in tibrossacros vclcris fœderis , p. 17G.

révèle un auteur contemporain , qui inscrivait dans son journal tout ce qui se passait d'important ainsi que les lois dictées par l'inspiration du moment. Un auteur postérieur à Moïse aurait séparé les lois du récit historique, et y aurait mis plus d'ordre et de méthode. Les préoccupations du moment et les circonstances différentes dans lesquelles se trouvait Moïse expliquent les répétitions et les légères variations de style '.

5" L'existence d'un livre,' appelé la loi de Jéhoca ou la loi de Moïse, se révèle depuis Moïse à toutes les époques de l'histoire des Hébreux.

On le mentionne dans le livre de Josué (I, 8; 8, 31 et passiin) et dans le livre des Juges (0,1;, uoiiii^woCo i'^.. v,* l'autre avant la septième année du règne de David; car on y lit gue les Jébusites n'ont pu encore être expulsés de .lérusalem et qu'ils y demeurent jusqu'à ce jour ( Jos. 15 , 63 ; Juges , 1,21). Dans les psaumes qui portent le nom de David ou qui lui sont attribués il est souvent question de la Thorah de Jéhoca (Ps. 19 , v. 8 et suiv., et dans beaucoup d'autres passages), et dans les paroles que David, avant de mourir, adresse à son fils Salomon , il lui parle de la loi de Moise et de ses diftérentes prescriptions ( 1 Rois, 2, 3 ). La Thorah est également mentionnée dans les Proverbes (6, 23; 28, 4) et par les prophètes des deux royaumes de Juda et d'israèl (Isaïe, 5, 24; Osée, 8, 12). Isaïe parle «xpressément d'un li>)re de Jéhova (34, 16). Dans les livres des Rois , nous trouvons, outre les fréquentes mentions de la loi de Moïse, la citation d'un passage du Deutéronome (II Rois ,14,6). Et s'il est vrai que ces documents ne sont pas tous d'une haute antiquité, est-il admissible que leurs auteurs, quels qu'ils

■ Tali et non alto stilo scripta a Mose exspeclari possunt, qui toi ncnoliis ohruius, sœpe interruplus , frequciilibus ilincribus et migrationibus de Xoco in locum dùitruclus , per quadraginta fcre annoa hus libros exaravit, et Deuleronomium demiiin tetu'x et morti proximus scripsit. Jahu , I. c, P «77

L'UNIVERS

fussent , aient pu être tous les dupes ou les complices d'une grossière supercherie ? Tous ces passages prouvent donc l'existence , sinon de tout le Pentateuque , du moins d'un recueil des lois de Moïse.

6° Et qui donc aurait pu composer ou même refondre le Pentateuque ?

c'est Ezra, a-t-on souvent dit, qui a donné au Pentateuque sa forme actuelle. Mais alors cette compilation moderne, quoique faite avec des matériaux anciens, n'aurait pas conservé dans toutes ses parties cette pureté de style qui distingue le Pentateuque, et dont le livre d'Ezra est si éloigné; nous ne manquerions pas d'y rencontrer quelques-uns de ces mots nioaerues , qui suiii rdiniiicis 'a tzra et à son époque. D'ailleurs les Samaritains, dont le Pentateuque, à l'exception de quelques variantes de peu d'importance , est entièrement conforme à celui des Juifs, n'auraient pas accepté une compilation récente de la main de ceux dont ils étaient les ennemis implacables '. — D'autres ont supposé que le prêtre Hilkia ou Helcias, qui , sous le roi Josias, découvrit dans le temple le livre de la loi (II Rois, ch. 22; II Chron. ch. 34) était lui-même l'auteur de ce livre.

Il se serait concerté à cet égard avec le prophète Jérémie, la prophétesse Hulda et quelques autres personnages dans le but de consolider la théocratie et de donner l'impulsion au roi Josias , élève des prêtres et restaurateur du culte de Jehova. A l'aide de quelques documents écrits et des traditions anciennes, il aurait compilé le Pentateuque qu'il prétendit avoir retrouvé et qu'il voulait faire

' L'argument tiré du Pentateuque samaritain a été appliqué par Jahn, Eichhorn et autres, aux temps antérieurs à l'exil, et on a soutenu que la composition du Pentat. a du tout au moins précéder le schisme , car les dix tribus adonnées , depuis Jéroboam , à un culte idolâtre, n'auraient pas reçu le Pent. de la main des prêtres de Juda, pour le laisser ensuite enhéritaae aux Samaritains. Mais ceux-ci n'auraient-ils pas pu recevoir le Pentateuque sous le règne de Josias, dont les réformes religieuses s'étendirent jusqu'aux villes du pavs de Samarie? vov. II. Rois, 2a, 19; IlChroii. 3i,c

passer pour rou\Tage de Moïse '. Mais comment une pareille jonglerie aurait-elle pu passer sans opposition.?

Est-il admissible que les anceins et tout le peuple se fussent soumis à l'autorité du livre produit par Hilkia , 91 l'existence antérieure d'un code attribué à Moïse n'avait pas été généralement connue. Quant au livre retrouvé par Hilkia et qui fit tant de sensation , quelques critiques ont pensé que c'était l'autographe de Moïse, comme le fait entendre le deuxième livre des Chroniques (34, 14), ou quelque autre exemplaire précieux qui était déposé dans le temple et qui avait été caché sous les règnes impies de Manassé et d'Amon, durant lesquels les exemplaires en général étaient probablement devenus fort rares. Selon Hartmann lui-même (1. c. p. 572) , on reconnaît clairement dans toute la conduite du roi Josias qu'il n'avait jamais douté de l'existence d'un code de Moïse et que son extrême émotion , en entendant faire la lecture de plusieurs passages, provenait de ce que leur contenu lui était resté inconnu jusqu'alors. — D'ailleurs si le Pentateuque datait du règne de Josias ou de quelque autre époque depuis David , on n'aurait pas manqué d'y introduire quelques détails sur les ancêtres de la famille^ royale, à qui on aurait donné uné^utre origine que celle dérivée d'un inceste (Gen. ch. 38). La royauté aurait été traitée plus favorablement que ne le faitle Deutéronome (ch. 17, v. 15-20); on n'aurait pas reconnu tant de privilèges à la racede Joseph (Gen. 49, 26; Deut. 33, 16); on n'aurait pas non plus défendu défaire la guerre aux IMoabites , aux Ammonites et aux Édomites que David combattit avec succès. Moïse et son successeur Josué avaient seuls intérêt à recommander des ménagements à l'égard de ces peuples.

' OUe hypothèse a été développe© par de Wetle et , indépendamment de lui , par Volney, qui ne connaissait pas les travaux des Allemands. Voy. Rechercher nouvelles sur l' histoire ancienne, ch. 7 et 8.

PVLKSTINK.

On voit par toutceqiic nous avons dit jusqu'ici , qu'on pi ut nlléguerdes preuves éiiak'inent furtes pour et contre l'authenticité du Pentateuque, d'où il résulte nécessairement que ce recueil de lois et d'Iiistoirese compose de documents , dont les uns remot)tent à une haute antiquité et dérivent sans doute de Moïse lui-même, et les autres, tout en devant leur origine a des auteurs plus ou moins récents , ont été joints aux écrits mosaïques, par les réducteurs du recueil, qui avaient pour hut de réunir dans un volume tout ce qui existait des écrits de Moïse ou qui se rapportait aux temps mosaïques. Une critique raisonnée de ces différents ddt-umpnts serait ici déplacée. L'ensemble du Pentateuque, dans sa forme actuelle, n'a pu précéder de beaucoup l'exil de Babvione; car plusieurs passages du Lévîtique (cli. 2(j) et du Deutéronome (cil. 28) révèlent un auteur qui prévoit la prochaine dissolution du • royaume et qui parle le langage des prophètes de cette époque, notamment de Jérémie'. La plus grande partie de l'histoire contemporaine de Moïse, présentée sous une enveloppe mythique , n'a pu être rédigée que plusieurs générations après les événements. Rien ne s'oppose à ce que la Genèse, sauf quelques passages interpolés, soit considérée comme l'ouvrage de Moïse , et nous y voyons une partie intégrante de la doctrine mosaïque. IVous revendiquons pour Moïse toute la partie législative du Pentateuque, dont l'existence se révèle à toutes les époques de l'histoire des Hébreux, et qui formait peutêtre le lirre de l'alliance dont il est question |)lusieurs fois dans le F^^ntateuque. —Mais avant de parler de la législation mosaïque, nous devons faire connaître les arguments des critiques modernes qui ont contesté l'authenticité de cette législation elle-

' L'auteur des Chronhiiios (H, 30, v. 21) attribue même ;i ce propriclf desparotcsiiui ne se trouvent pas dans le livre (le Jérémie, mais qui sont pribCâ du Lt-viUuue ( ch. -iU, v. ai et 35).

même, et cjui n'ont voulu reconnaître à Moïse que le IJécalufjuc , ou , comme dit de Welte, ses linéanunt s.

Le grand et vénérable législateur disparaîtrait, .selon eux. dans un nuage mythique et il ne resterait de lui qu'un nom, autour duquel on aurait groupé dans la suite des temps toutes les lois que le développement de l'état des Hébreux (it naître successivement à différentes époques. Voici les principaux arguments sur lesquels s'appuie celte opinion que de Wette a poussée jusqu'à sa dernière extrémité' :

1° Du temps de Moïse on n'avait pas encore fait assez de progrès dans l'art d'écrire pour que nous puissions supposer que le cner ues Heureux ait manié cet art avec facilité. Quand même Moïse aurait appris u écrire en Egypte, l'écriture égyptienne ne pouvait lui servir pour rédiger en hébreu, et à cette époque les Hébreux, nomades et ignorants, n'avaient pas encore d'écriture. Outre cela, il aurait été difficile, ou même impossible, de tracer un aussi grand nombre de lois sur la pierre , car on ne connaissait pas encore d'autres matériaux.

2° Il n'est pas croyable (quand on supposerait à Moïse' la plus grande facilité d'écrire) que le chef d'un peuple nomade et sans discipline ait pu , au milieu de préoccupations aussi graves et en errant dans le désert , rédiger un code renfermant des lois assez compliquées et qui supposent une civilisation avancée. D'un côté, le temps lui aurait manqué; d'un autre côté, il se serait adressé à des hommes incapables de le comprendre et de suivre ses lois. Une grande partie de ces lois paraît devoir son origine à une longue expérience et à des circonstances locales de la Palestine, comme, par exemple, les lois sur la vente et le rachat des maisons (Lév. ch. 2.5), sur la royauté (Deut. ch. 17, v. M — 20 ) , eti-. Comment supposer que Moïse se soit abandonné à des spé-

I Vov. de Welle, Kritik der isracUtischen Geschichte, p. Jâl et sulv.

L'UNIVERS

culations abstraites, sans aucune application possible , puisqu'il n'avait pas même la faculté de faire exécuter la loi (le la circoncision ' , établie depuis Abraham?

3" Le législateur est quelquefois en contradiction, avec lui-même. Ainsi par exemple, selon l'Exode (1:1,3) et le Deutéronome(15, 12 ) l'esclave hébreu est rendu à la liberté dans la septième année de son service, selon le Lévitique (25, 40) il Test au jubilé.

4° Dans toute l'histoire des Hébreux jusque vers l'exil de Babylone, nous ne trouvons pas la moindre trace de l'observance des lois concernant l'année sabbatique et le jubile ; bien au contraire, un agu yucicjucfuis comme si ces lois n'existaient pas ^

C'est là ce qu'on a su dire de plus fort pour mettre en doute l'authenticité des lois attribuées à Moïse. Voici ce que nous avons à répondre à ces différentes objections :

r Sans entrer ici dans un examen approfondi sur l'antiquité de l'art d'écrire, dont nous parlerons encore dans un autre endroit, sans examiner si la priorité doit être attribuée aux Égyptiens, ou bien aux Phéniciens qui auraient appris cet art des Babyloniens, nous constaterons pour le moment les aveux de Hartmann qui refuse de croire que Moïse ait pu écrire les lois qu'on lui attribue , mais qui se voit forcé de reconnaître que, chez les Égyptiens , comme chez les Phéniciens , l'art d'écrire remontait bien au delà des temps de Moïse ^. Moïse , dit-il encore ( p. 588 ) , a pu facilement se familiariser avec l'écriture égyptienne , mais elle lui était inutile pour l'hébreu qui appartient à une autre

' Voy. Jos. ch. 5, V. 5 et 7.

* \by. Michaelis, AJosaisches Recht, T.

•• Historisch-kritische Forschungcn , etc. p. 586, Goi et 615. Bolilen est plus |conséguent, et, d.ins sa manie de critique, il efface d'un trait de plume toutes les traditions sacrées et profanes, et avance hardiment que l'écriture sémitique ( de laquelle dérive l'écriture greajue) ne remonte pas au delà du dixième siècle avant J. C. Voy. Die Genesis, p XL.

famille de langues. Nous sommes parfaitement d'accord avec Hartmann sur la différence totale qui existe entre le copte (ou l'égyptien) et l'hébreu; mais les Grecs n'ont-ils pas adopté l'alphabet phénicien.' les Persans, les Turcs et les Indiens musulmans n'ont-ils pas adopté l'alphabet arabe? D'un autre côté, si nous admettons (ce qui est plus probable) que les Hébreux ont adopté l'alphabet des Phéniciens, ou que les uns et les autres l'ont reçu de l'autre côté de l'Euphrate, rien ne s'oppose à ce que nous supposions les Hébreux familiarisés avec l'art d'écrire longtemps avant leur sortie d'Egypte, ce qui est accordé par Gésénius, dans son Histoire de la langue hébraïque ' , quoique cet auteur ne soit nullement favorable à l'autherticité du Pentateuque. Quant aux matériaux, Eichhorn a démontré avec beaucoup de sagacité que , déjà du temps de Moïse , on a pu se servir, pour écrire , de la toile égyptienne; et dût-on admettre les observations sceptiques de Vater » , il nous resterait toujours les feuilles de palmier et surtout les peaux, dont l'usage, selon Hérodote ( V, 58 ), remonte à une haute antiquité. Hartmann (p. 637) se contente de reproduire l'observation puérile d'un autre auteur qui refuse d'admettre l'usage des peau»

pour l'époque mosaïque, parcepque le tannage a dii répugner aux Égyptiens qui professaient un si grand respect pour les animaux, et qu'il est contraire aux lois de pureté communes aux Égyptiens et aux Hébreux. Le savant critique a oublié que ces lois de pureté renferment elles-mêmes des dispositions concernant les ustensiles de cuir (Lév. ch. 13, v. 48, etc.), et que les prêtres employaient à leur usage la peau des holocaustes (ib. ch. 7 , v. S). En somme, les critiques les plus forts ont dû se borner à justifler leur scepticisme à l'égard de la loi mosaïque, mais ils n'ontpu produire aucune preuve directe contre la tradition qui

' Geschichte der hebrœischen Sprache utul Schrift, p. 142.

^ Commentar., p. 527-5:U.

PALF.STINK.

ftitribuc la rtdaction des lois à Moïse lui-inéine et leurs différentes liy[)(>llieses se contredisent les unes les autres. De Wctte iui-incnie, qui , dans ses ouvrages critiques, soutient que les premières traces d'une loi écrite se trouvent sous le règne de Josias , et qu'aucune des parties de cette loi ne remonte au delà de l'épo- (jue de David , avoue naïvement dans son .Irchcologie (§277), que la rédaction de plusieurs documents considérables , attribuée par le Pentateu- 3ue à Moïse lui-même, na rien 'invraisemblable '.

2° Moïse, en rédigeant ses lois, avait en vue les générations futures qui devaient vivre en Palestine dans un Etat policé et régulièrement constitué, et il déposa entre les mains de Josué, des anciens et des prêtres, la constitution qu'il avait longtemps méditée. Par sa profonde intelligence et par l'instruction qu'il avait reçue en Egypte, il a pu prévoir un état de choses qui n'existait pas encore pour son peuple, et régler même les cas éventuels. Pour la génération noma le du désert il se borna probablement au Decalogue et à quelques autres lois fondamentales; les élus à qui il communiqua l'ensemble de ses lois étaient capables de le comprendre. Dans les (juarante ans qu'on passa dans le désert, Moïse a pu trouver largement le temps de méditer toutes les parties de sa législation et de les mettre par écrit , même en étant forcé de se servir de matériaux incommodes. Nous avons dtMà fait voir que l'opinion qui ne fait durer que deu.x ans le séjour des Hébreux dans le désert n'a aucune base solide et est contraire à une saine critique historique.

3° Parmi le petit nombre de contradictions apparentes que de Wette a signalées dans la partie législative du Pentateuque, nous avons cité la plus forte. Mais il est évident que si, dans le Lévitique , le législateur fait durer la servitude de l'esclave hébreu

' Ltfhrbuch drr hcbraiich-jûdischen Arrhaylogie , deuxii-me cdilioo , Leipzij,', IS30,

p. UhS.

jus(|u';i l'année jubilaire , il veut indiquer la dernière limite possible de celte servitude, et il parie de l'esclave qui s'est soumis volontairement a prolonger son service au delà des six années lév^ales, en se faisant percer le bout de l'oreille ( Kxode, 21 , U; Deut. 15, 17). Il est naturel (|ue dans le chapitre du Lévitique, où Moïse règle les droits de propriété de manière à maintenir toujours requilil)re entre les tribus et entre les tamilles d'une même tribu , il n'oublie pas le plus incontestable des droits, celui de l'indépendance de la personne, et, après avoir concédé à l'individu la faculté de disposer de sa personne pour un long espace de temps (m sieculum , Kxod. 2t, G) ', il dit que cet espace ne pourra dépasser l'époque du jubilé , oti l'équilibre doit être rétabli sous tous les rapports.

4° Lesloisconcernantrannéesabbatique et le jubilé ressortent tellement de l'esprit général de la constitution mosaïque, basée sur l'agriculture et l'égalité, que nous ne pouvons les attribuer qu'au législateur primitif.

Personne n'en a pu concevoir l'idée aux époques postérieures auand l'industrie, le commerce et le luxe s'étaient introduits parmi les Hébreux, et, si ces lois ne furent pas observées , c'est qu'elles étaient devenues impraticables, dès qu'on s'était écarte de l'esprit primitif de la constitution.

D'ailleurs la non-observance de quelques lois ne prouve pas que ces lois n'aient pas existé; on sait que presque tous les rois d'Israël, et, en partie, les rois de Juda , étaient opposés à la constitution théocratique de Moïse, et quelquefois les prêtres eux-mênies se laisaient les instruments de leur impiété (voy. II Rois, ch. IG, v. 10-16).

Nous avouons du reste que la rédaction des lois a pu, avec le temps, subir quelques modifications; nous en trouvons un exemple frappant dans

' Le mot hél)reu 0/am (sacculum) désisne souvent un long espace de temps indéterminé. Voy. Isaîe, cti. 32, v. 14 et 15, ou 1rs mois n'wyj -['j (in œlernum) sodI ensuite rcs- Ireinls par un ^y ( d»n«r ).

L'UJVIVERS.

la loi fondainentale, dont il serait absurde de contester l'authenticité :

TExode et le Deutéronome nous offrent deux rédactions du Décalogue , qui présentent des variantes notables.

Quant à laGenèse, que nous attribuons à Moïse, sauf un petit nombre d'iuter-

f)olations (notamment le passage sur es rois d'Édom, le nom de la ville de Z>â«, et peut-être aussi celui de Hébron) , il est évident qu'elle a été puisée , en grande partie , dans des documents plus anciens, émanés de différents auteurs, comme le prouvent les contradictions que nous avons déjà signalées, ainsi que les inscriptions que portent plusieurs chapitres • , et les variations dans les noms de Dieu.

Un passage de l'Exode (6, 3), dont il paraît résulter que les patriarches ne connaissaient Dieu que sous le nom de Tout-puissant, et que le nom de Jéhoia ( Éternel ) ne date que depuis Moïse, ne doit pas être pris à la lettre ; l'auteur veut dire seulement que les patriarches reconnaissaient la toutepuissance de Dieu, mais qu'ils ne saisissaient pas encore, dans toute son étendue, le sens du nom de Jéliova, qui, selon la Genèse (4, 26), remonterait même avant le déluge ^

Il est impossible de iïxer avec précision l'âge des différents documents dont se compose la Genèse ; il en est de même des documents postérieurs à Moïse que renferment les autres livres du Pentateuque. Le recueil a dû être achevé et exister dans sa forme actuelle à l'époque de Josias, et c'est à cette même époque qu'il a pu être reçu par les Samaritains.

Le Pentateuque peut donc être appelé avec raison un livre mosaïque, bien qu'il ne soit pas en entier émané de Moïse. S'il manque d'unité dans le

' Voy., par exemple, ch. 2, v. 4; ch. 5, V. I; cfi. G, V. 9; ch. 10, V. I ; ch. Il, v. lo

» Voici comment Rosenmùller, dans ses iichoha, expUquele passage de l'Exode : Majonbus tuisomnipoientem me esse declaruvi, sedconslantem, et promissa, guœ ill/s dedi de lerrâ. Qtnanœâ ah eortim posleris orcupandd, opère complentem i/li me non siint 'xperti Cette explication est conforme à celle des rabbins.

plan et dans la méthode, il y a unité dans l'idée. Les auteurs du recueil avaient pour but de consolider la croyance eu un Dieu créateur et de déraciner toute espèce d'idolâtrie, de mettre sous les yeux du peuple hébreu les documents historiques et les traditions qui témoignaient de son élection et des faveurs particulières dont la Providence l'avait comblé dès son origine; enfin de glorifier son libératear et son législateur, et d'exposer sa doctrine et ses lois, inspirées par la Divinité elle-même et supérieures à toute sagesse humaine : « Vous les « observerez et vous les exécuterez , « car c'est là votre sagesse et votre « intelligence aux yeux des peuples, « qui, entendant toutes ces lois, di- « ront : Cette grande nation seule- « ment est un peuple sage et intelli- « gent. » (Deut. 4, 6). Nous allons maintenant faire connaître l'ensemble de ces lois.

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