III. LE SACERDOCE
Nous avons dit que le culte établi par Moïse était une concession faite à l'esprit de l'époque. Il en est de même du sacerdoce, accessoire nécessaire au culte des sacrifices qui demandait un personnel nombreux , entièrement voué au service du sanctuaire.
Moïse était bien loin de vouloir introduire parmi les Hébreux des castes semblables à celles des Égyptiens. Les distinctions qu'il établit , en créant l'ordre des Lévites et des Prêtres, étaient de pure forme; elles étaient une conséquence nécessaire de l'amalgame temporaire du culte païen avec la nouvelle religion toute spirituelle. Au fond, tous les Hébreux étaient égaux devant Dieu et devant les lois ; ils formaient tous ensemble un règne de pi'êtres , un peuple saint (Exode, 19, G), et s'il est vrai que
' (Comparez Diodore de Sicile, I. I, c. IH.
' Voy. les citations faites par Spencer, I. c , a la fin de la première section.
^ TîoXXà; 5à àoîvoy; ÔYveîaç Éxouatv x. t. >. PIul. De Is. et Osir. le
L'UNIVERS
les prêtres seuls pouvaient s'approcher de l'intérieur du sanctuaire , le livre de la loi était ouvert à tous, le sanctuaire de la doctrine religieuse était accessible au dernier des Hébreux comme au grand prêtre. Le véritable sacerdoce des Hébreux fut le prophétisme; Moïse en posa les fondements et se garda bien de confier ce sacerdoce à la caste privilégiée, qui , intéressée à la conservation du culte matériel, devait s'efforcer de faire triompher ce culte sur les idées spiritualistes , afin de laisser le peuple dans l'ignorance et la superstition.
Un jour Moïse choisit soixante-dix anciens des tribus d'Israël, et les place autour du Tabernacle. La Divinité descend dans un nuage, et aussitôt une partie de l'esprit de Moïse se communique aux anciens et ils prophélisent^. Deux d'entre eux, qui ne se sont pas rendus au Tabernacle, prophétisent au milieu du camp.
.losué,jalouxdela gloire de son maître, lui dénonce ces deux hommes qui s'arrogent le don de prophétie, c'est-à-dire la faculté d'expliquer le sens ésotérique et spirituel de la loi ; mais Moïse lui répond : Puisse tout le peuple de Dieu être prophète ! Puisse Dieu faire descendre son esprit sur eux! Nous reviendrons dans un autre endroit sur la nature et les développements du prophétisme.
Il y a une immense différence entre les prêtres des Hébreux et la caste sacerdotale des Indous et des Égyptiens , et nous devons encore ici admirer la sagesse du législateur qui sut ainsi, d'un coup, abolir les distinctions de caste, et qui pourtant , pour céder à l'esprit du siècle , en conservait la forme. On sait que les Indous se divisent en quatre castes : les prêtres ou théologiens , les guerriers , les marchands et les serfs ; les premiers sortirent de la tête de Brahma, les derniers de ses pieds. Chaque caste a ses attributions particulières; la dernière n'a qu'un seul devoir, celui d'obéir
' Voy. Nombres , ch. n, v. 25; le mot hébreu "signifie liUéralement : Ils parlaient en inspires.
toujoursaux autres castes, sansjamais leur manquer de respect '. Toute liaison entre les castes est sévèrement défendue; les enfants qui naissent des unions mixtes formentdes races maudites, dont les différentes subdivisions sont indiquées, dans les lois des Indous, avec les détails les plus minutieux '.
Chez les Hébreux il n'y a pas de trace de ces distinctions. Le grand prêtre pouvait se marier avec la plus humble vierge d'Israël, pourvu qu'elle edt toujours eu des mœurs irréprochables. L'Hébreu ne respectait dans le prêtre que le serviteur de Dieu ; il n'est jamais question d'une obéissance passive, et le sacerdoce ne donnait ancun privilège civil ^.
Il paraît que, chez les Égyptiens, la séparation des castes était beaucoup moins sévère que chez les Indous, et que les prêtres, en Egypte, avaient cédé aux rois les premiers honneurs et le suprême pouvoir, sauf à prendre la meilleure part des impôts <..Mais toute la puissance inteilectuetfe se trouvait entre leurs mains ; les arts et les sciences étaient des nnjstèi'es accessibles aux seuls initiés , et le peu-* pie restait plongé dans la plu» profonde ignorance et abandonné à la plus grossière idolâtrie ^.
Moïse, bien loin de faire des lévites et des prêtres les seuls dépositaires de la loi, ne voulut pas même leur confier exclusivement l'enseignement du peuple. Il leur assigna des fonctions toutes matérielles; ils étaient les serviteurs de l'autel , ils donnaient des renseignements sur les rites des sacrifices , sur les lois diététiques , sur ce qui était pur et impur, enfin sur toutes les lois cérémonielles ; ils décidaient aussi des questions de droit
• Voy. Lois de Manou , 1 , 88-91 .
» Voy. ibid., 1. XI.
' Vov. Réflexions , p. 42.
* Diôdore,!. I, ch. 73.
5 Quis nescit, Folusi Bithynice, qualia démens ^Egyplui portenta colatl Crocodilon
adorât Pars hœc : Ula pavei saturam serpcnlibusibin.
(Jdvénal, sat. xt.)
civil (Deut. 17, 8), mais les fondions déjuges ne leur étaient pas exclusivement réservées. L'enseignement spirituel était conlié à tous ceux qui voulaient s'en charger et qui en étaient capables, et nous voyons dans l'histoire des Hébreux desimpies bergers pr(?cher au nom de Jehovab. Ce qui prouve que l'enseignement spirituel et les fonctions judiciaires, besoins de tous les jours et de toutes les localités , ne devaient pas se trouver exclusivement entre les mains djs lévites et des prêtres, c'est que Moïse assigna à ceux-ci un certain nombre de villes oii ils devaient demeurer ensemble. Ces observations sufliront pour répondre à ceux qui n'ont vu dans le sacerdoce des Hébreux qu'une simple imitation de celui des Égyptiens. Mais nous ne nions pas que dans les for-* mes extérieures les deux instituts n'offrent de nombreuses analogies, et c'est une preuve de plus que l'établissement du sacerdoce chez les Hébreux remonte jusqu'à Moïse, qui seul a pu y mêler tant d'éléments égyptiens '.
La tribu de Lévi qui, dans l'affaire du veau d'or, avait manifesté son zèle pour le culte de Jéhovab, et à laquelle appartenait Moïse lui-môhie, futchoisie pour le service du sanctuaire. Klle remplaçait les premiers-nés, qui, comme on l'a vu plus haut, avaient été consacrés à Jéhovab, depuis la sortie d'Egypte » , et qui, selon la tradition, avaient exercé d'abord les fonctions de pré-
' Plusieurs criliquos renoinmi-s en Allemagne, (elsquK Ut! Wftle, H.irimaiin, Bohien, f Uîorgf et autres , ont fait descondre l'étiihlissemeut d'uo sacerdoce rci^ulit'j jusqu'aux temps de Salomon ou môme de Joslas; mais leurs arguments respectifs se détruisent mutuellement, et leurs assertions CDOlradictoires nous permetlj'nl d'assister ave* indifférence a a« tournois littcraire-s , ou cLacun tient a faire preuve de sag;icilé critique, en inventant une nouvelle liypolliése. Nous ne pouvons aecorder ici qu'une simple mention a ces lentaUves d'une critique (juitend a renverser toute l'histoire des Hébreux et à en faire un chaos ineilricahle. Oui qui <lesirent coiinnilre sommairement cette cri- ■ tique avec ses faiblesses et ses conlrarlictions peuvent consulter (|uelques excellentes ob- HBrvationi de Ba-hr, SymbolUi, t. II, p. 7- » Voy. Nombres , cli. 3 , v. 12 et 13.
1res '. Moïse ayant fait le dénoriibrement de tous les lévites et de tous les premiers-nés .1gés d'un mois et au-dessus, trouva que les premiers se montaient à 22,000 et les derniers à 22,273; les premiers-nés furent libérés du service par la substitution des lévites, et le surplus de 273 premiersnés fut racheté à cinq sc/(e!s par tf'te. Les enfants de Lévi furent divisés en deux classes ; dans l'une étaient les simples Lkviïes , dans l'autre les (ohanim * ou Pkêtres. Lévi avait eu trois fils : Gerson, Kebath et Merari ; le premier et le dernier avaient eu chacun deu.x fils, Kebath en avait eu quatre, dont l'aîné, nommé Ainrâm, était le père d'Ahron et de Moïse ^.
Les descendants d'Ahron devaient seuls former la classe des prêtres; l'autre classe se composait de tout le reste des lévites , 'y compris les descendants de Moïse; ils étaient divisés en familles, dont chacune avait un chef fiortant le titre de yV(ii/ (Nombres, cb. 3). Nous allons donner quelques détails sur chacune des deux classes.
A. Lei Lévites.
Les simples lévites étaient les serviteurs et gardiens du sanctuaire, dont l'intérieur n'était accessible qu'aux seuls prêtres. Ils étaient subordonnés aux prêtres et les aidaient probablement a tour de rôle , dans les fonctions qui ne s'exerçaient pas à l'autel et par le moyen des Vases sacres (Nombres, 18, 3). Dans le désert ils étaient chargés du transport du Tabernacle et de ses ustensiles. Plus tard ils gardaient le Temple; ils étaient chargés de l'ouvrir et de le fermer, d'avoir soin de sa propreté et de celle des vases sacrés; ils préparaient les pahis de proposition et les autres pâtisseries nécessaires pour les sacrifices ; ils administraient les revenus du Temple , et ses provisions, telles que la farine,
■ Voy. les coraraentaires rabbiniques sur l'Kxode , 19 , 22 , et la version clialdaiquo de Jonathan , ib. 2t , 5.
» Voy. sur ce mot, ci-dessui!, page «3. 2° colonne, note 2.
» Voy. Exode, ch. 6, v. 16 — iii.
L'UNIVERS
le viii, riiuile, lencens, etc. '.Sous David nous les verrons aussi chargés de la musique du temple, et, en général , plus régulièrement organisés.
L'installation des lévites et leur sacre se lit une fois pour toutes , du temps de iMoïse, avec une grande solennité. Les cérémonies se composèrent de lustrations et de sacrifices, et \es Hébreux (c'est-à-dire les chefs des tribus) posèrent leurs mains sur les lévites pour les consacrer à Dieu *.
Dorénavant tout lévite «ntrait au service actif à rage de trente ans et le quittait à l'âge de cinquante ^. La loi ne leur prescrit pas de costume particulier, comme elle le fait pour les prêtres ^.
La tribu de Lévi ne devait pas participer au partage de la terre de Canaan, mais elle avait le droit d'occuper quarante-huit villes choisies au milieu des différentes tribus^; chacune de ces villes avait une banlieue de deux mille coudées à Tentour. Les revenus des simples lévitesconsistaient dans les ctimes que les propriétaires offraient à Dieu, chaque année, des produits de l'agriculture, des arbres fruitiers et de la vigne, ainsi que des bestiaux élevés en troupeaux , tels que les bœufs, les brebis, et les chèvres. On
' La loi de Moïse ne parle que de la garde et du service du temple en général ; c'est le i" livre des Chroniques (cb. 9^ qui nous en fait connaître les détails.
^ Voy. Nombres, ch. 8, v. 6 — 15.
^ Voy. Nombres, ch. 4, v. 3, 23 , 30, 47. Selon un autre passage (ib. ch. s , v. 23), le service devait commencer à Tâ^e de 25 ans ; pour lever la contradiction , le Thalmud et la plupart des commentateurs juifs supposent que, depuis l'âge de 25 jusqu'à celui de 30 ans , les jeunes lévites faisaient leur apprenlissase. D'autres pensent qu'au ch. 4 il est question des lourds travaux de transport auxquels les lévites n'étaient soumis qu'à l'à^e de trente ans, tandis que les autres services commençaient dès l'âge de 25 ans. Voy. Menasseh Ben-Israél, Conciliator I Numéro (ji.-.psl. IV;, p. 203, 204. — Plus tard les lévites étaient admis dès l'âge de 20 ans. Voy. E>ra, 3, 8; 2 Chron. 31, 17.
* Ce ne fut que bien tard, sous le roi Agrippa II, que les lévites musiciens obtinrcu 1 de porter le costume des prêtres. Josèphe , Antiqu. XX, 8, C
^Trente-cinq furent occupées parles simples lévites et treize par les prêtres (Josué, ch. 21 ).
pouvait racheter la dime des végétaux en y ajoutant le cinquième de la valeur. La dîme des bestiaux devait être livrée eu nature ; on comptait les pièces, et la dixième, bonne ou mauvaise, formait l'impôt sacré. Si le propriétaire substituait une mauvaise pièce à une bonne , on lui prenait l'une et l'autre '. Les lévites payaient à leur tour un dixième de leur dîme pour l'entretien des prêtres. Outre la première dîme, les propriétaires en prélevaient une seconde, dans laquelle le lévite avait aussi sa part.
Cette seconde dime était employée, par les propriétaires , en sacrifices pacifiques et en repac solennels auprès du saiictuaire central , aux époques de pèlerinage. Les lévites devaient être invités a ces repas. Tous les trois ans la seconde dîme devait être entièrement distribuée, dans chaque localité, aux pauvres tant hébreux qu'étrangers , et encore ici les lévites ne devaient pas être oubliés '.
Ils avaient aussi une part du Jbutia (Nombres, 31, 47), quoique, ëeloii Josèphe ^ , ils fussent exemptés du service de guerre.
B. Les Prêtres. '
Les lévites de la famille d'Ahron étaient chargés du sacerdoce proprement dit; seuls ils pouvaient entrer dans l'intérieur du sanctuaire et faire le service des autels. Pour y être admis ils devaient être exempts de défauts corporels, n'être entachés d'aucune impureté et jouir d'une bonne réputation; aucun doute ne devait planer
' Voy. Lévitique, ch. 27, V. 30 — 32, et Nombres, ch. 18 , v. 21.
» Voy. Deutéronome, ch. 14, v. 22 — 29. Ce passage parait tout d'abord être en contradiction avec ceux cités dans la note précédente; mais, dans le Deutéronome, il s'agit évidemment d'une seconde dime, autre que celle qui appartenait enUérement aux lévites, ce qui est contirmé parla tradition rabbinique et par Josèphe (Antiqu. IV, 8, §8 et 22 ). Ce que ce dernier appelle la troisième dime n'est autre chose que la seconde dime distribuée aux lévites et aux pauvres, au bout de trois ans. Il est déjà question de la sfconde et de la troisième dime dans le livre de Tobie, selon le texte grec ( ch. I , v. 7 et 8).
^ Antiqu. III, 12, 4; IV, 4, 3.
PALESTINF.
•sur In iiaissanco li-i^itime du pn'ln' vt sur la coiuliiile dt* sa more. Il ne pouvait épouser une leniiiiede mauvaises mœurs ou d'unie naissance équivoque, ni même une fenune réi)udiee par divorce, et devait se garder de se souiller par leeontactd'un cadavre, à moins que ce no t'Qtpour rendre les derniers devoirs à ses plus proches [)arents, c'est-à-dire à ses père et mère, à ses frères , à ses sœurs non mariées et à ses enfants ; mais alors même il devait éviter, pendant le service, certaines démonstrations de deuil , comme, par exemple, de porter les cheveux longs et en désordre et de déchirer ses vêtements (Lév. 10, 6) ■. Dans Texercice de leurs fonctions , les prêtres devaient s'abstenir du vin et de toute autre boisson spiritueuse ( Lév.
10, 9). La loi ne renferme aucune disposition spéciale concernant l'âge des prêtres; mais il parait résulter d'un passage des Nombres 'ch. 4, v. 3, etc.) qu'ils étaient soumis , sous ce rapport, c'i la règle générale des Kéhathites et des autres lévites. Plus tard cependant nous les voyons entrer au service dès l'âge de vingt ans (2 Chron. 31 , 17).
Les fonctions des prêtres consistaient surtout dans les cérémonies du culte qui se pratiquaient dans l'intérieur (lu sanctuaire et dans le service des autels. Ils allumaient les parfums sur l'autel d'or, le matin et le soir; ils nettoyaient chaque matin le candélabre d'or et versaient l'huile dans les lampes; il] posaient chaque semaine les pains de [)roposition sur la table sacrée. Dans le parvis ils entretenaient le feu perpétuel sur l'autel des holocaustes et enlevaient les cendres chaque jour; ils faisaient toutes les cérémonies prescrites pour les différents sacriflces, notamment les aspersions du sang. Ils sonnaient des trompettes a différentes époques solennelle s ', Nombres, 10, 8-10) et pronouçaient la bénédiction sur le peuple (ib. Ci , 2] )
' Voy. sur toutes ces lois, concernant la dignité sacerdotale, Lévit. ch. ai, et ch. 32 , V. I— ».
à la lin des sacrilices publics '. Le;ic.s fonctions eu dehors du temple étaient l'administration delà [)olice .sanitaire, surtout la visite des lépreux, l'estim.ition des objets consacrés par des vœux, l'enseignement sur les lois céréinonielles, et quelquefois les décisions juridiques dans les cas difliciles.
Toutes ces fonctions s'exer(jaient, du temps de .Moïse, [)ar Ahron et ses lils; plus tard, quand le personnel devint plus nombreux, les prêtres furent divisés en vingt-quatre classes, ayant chacune un chef elfonctioimant a tour de rôle (I Chron. ch. 24).
A la tête de tous se trouvait le grand prêtre , qu'on appelait aussi le prêtre oint, parcequ'il avait reçu l'huile sainte sur sa tête». Cette ' dignité était héréditaire; d' Ahron elle passa à son fils Eléazar et resta dans la ligne de celui-ci ^. Le grand prêtre ne pouvait se marier qu'avec une vierge intacte, et il devait éviter, encore plus que les prêtres ordinaires , tout contact impur, de sorte (ju'il ne pouvait pas même s'aj)procher des funérailles de son père et de sa mère. Les démonstrations de deuil , dont noiis avons parlé plus haut, lui étaient toujours interdites.
Les fonctions du grand prêtre consistaient dans l'administration générale du sanctuaire et du culte. Lui seul pouvait entrer dans le Saint des Saints; il fonctionnait en personne au grand jour des expiations, et , dans les circonstances graves, il consultait l'orncledcs Oi/rlin et T/iioninlmdont nous parlerons [)lus bas; mais il dépendait de lui de prendre part, lors-
• Ce dernier usage existe encore maintenant dans les Rynagosues; ceux qui ont cjjtiserviipar tradition , de poreentils, le litre de 6'wAcn,coiniii(,' descendants dWiiron, prononcent on cliœur l'anUiiue bénédiction à la tin des oflices , aux grands Jours de fête. Dans les synauocuea d'Orient, les Alironites pro noncent la bénédiction tous le» jours de sabbat.
» Voy. Li'vit. 1, 3; 21 , 10.
» A r'avénenient du grand prêtre Êli, celte dignité passa a la lipne d'Ilhamar; mais Salomon la rendit •'i celle d'Ëléazar. Voy. l .Sam. 2 , .i') et luiv. ; I Roi» , i , 35.
L'UNIVERS
qu'il le jugeait convenable, aux fonctions des prêtres ordinaires. Le Thalmud parle aussi d'un vicaire (SA.GAN) qui aurait assisté le grand prêtre comme coadjuteur et qui le remplaçait , au jour des expiations , dans lé cas d'un accident imprévu, ce qui est très-probable, quoique la loi de Moïse ne fixe rien à ce sujet ; il est évidemment question d'un second!
prêtre ou vicaire lors de la destruction de Jérusalem par les Chaldéens '.
La tradition rabbinique parle aussi d'un autre prêtre supérieur, presque égal en dignité au grand prêtre ; c'est celui qui, en temps de guerre, faisait la proclamation prescrite dans le Deutéronome (cii. 20, v. 3). Selon les rabbins, c'était un prêtre choisi ad hoc et oint de l'huile sacrée; ils l'appellent l'oint de la guerre *. Mais on n'en trouve aucune trace dans le Pentateuque ni dans le reste de l'Écriture sainte.
De même que les simples lévites , les prêtres furent installés , du temps de Moïse , par un sacre solennel.
Des cérémonies symboliques , composées de sacrifices de toute espèce et de lustrations, furent célébrées pendant sept jours, et pendant tout ce temps Aliron et ses fils ne purent quitter le sanctuaire ^. Ils furent revêtus du costume sacerdotal et sacrés avec l'huile sainte composée de cinq substances (Exode, 30, 23 etc.) ; quant au grand prêtre Ahron, Moïse lui versa aussi de cette huile sur la tête , et cette onction dut être donnée également à ses successeurs , tandis que les autres cérémonies du sacres n'eurent lieu qu'à la première installation , et désormais les prêtres, enentrantauservice, n'eurent plus qu'à présenter une offrande 4 et à prendre
• Vov. II Rois, 25, IS; Jérémie, 52, 2'i.
^ Voy. Mischnah, Sota. ch. 8, §1, ot les détails recaeiîlis parLeidecker, De repidilicd Hebrœorum , p. 491 et suiv. Cet auteur compare Yoint de la f/iierre au Ftamen Martius établi par Numa Pompilius.
3 Voy. les détails, Evode, ch. 29,et Lévitique', ch. 8.
< Voy. ci-dessus, page IC3.
le costume prescrit , sur lequel nous allons donner quelques détails.
Nous avons déjà dit que l'institution du sacerdoce était une condescendance a l'esprit du siècle et un accessoire nécessaire au culte matériel ; il ne serait donc pas étonnant que les règlements qui concernent les prêtres hébreux, leur sacre, leur discipline, leur costume , offrissent de nombreuses analogies avec ceux des prêtres païens , surtout des Égyptiens. Nous pouvons même supposer l'analogie là oij nous manquons de données positives pour la démontrer. Dans le costume, elle est de toute évidence, du moins pour ce qui concerne l'étoffe et la couleur, et il ne peut y avoir de doute que Moïse n'ait suivi , sous ce rapport, conime sous beaucoup d'autres, les usages des prêtres égyptiens.
Hérodote (II, 37) nous apprend que lesvêtements des prêtres égyptiens étaient de lin; la même chose est affirmée par beaucoup d'autres auteurs anciens, et chez les poètes romains les prêtres d'Egypte sont appeîés linigeri '. Selon Plutarque, ils choisissaient le lin, parce qu'il croît de la terre immortelle, de la terre sacréer d'Isis , et que sa Heur est bleue cîbmme l'éther *. Mais il est plus probable, comme le fait entendre Hérodote , que le lin était préféré pour des motifs de propreté^. De même que les prêtres d'Egypte, ceux des Hébreux devaient être vêtus de lin blanc; les uns et les autres ne pouvaient mettre, pendant leur service, des vêtements de laine qui produisent la sueur et la malpropreté 4. Le lin d'Egypte était célèbre pour sa bkinche^ir; on en faisait plusieurs espèces de toile dont le Schesch était la plus estimée. L'étoffe
' On peut voir les nombreuses citations dans l'ouvrage de Spencer, 1. Itl , Dissert. 1 , c. 5 , secl. 2.
■^ De Is. el Onr. ch. 4.
3 Hérodote parle des vêlements de lin là où il énamère, en général, tout ce que les prêtres égyptiens pratiquaient par motif de pureté. , ^
• Ézéchiel, ch. 44, v. 17 et 18: Hérodote, II, «I.
dont se servaient les prêtres hébreux estappeléetantot/j'arf, tantôt Schesch; les deux espèces sont sans doute la intîine chose que le lin éjîyptien, niais le Schesch paraît être un tissu particulier '.
Probablement l'analogie n'existait pas seulement dans l'étoffe et la couleur, mais aussi dans la forme du costume * ; il est toutefois difficile de se former une idée exacte du costume des prêtres hébreux, d'après la description qu'en donne le Pentateuque. Il me semble néanmoins que le vague même qui règne dans cette description prouve que Moïse parle de choses connues depuis longtemps , et qu'il lui suffisait d indiquer rapidement à ses prêtres ce qu'ils avaient déjà vu en Egypte. Nous nous aiderons ici de quelques éclaircissements de Josèphe, qui, prêtre lui-même, peut ex-, piiquer ce qui se pratiquait de son temps, d'après les anciennes traditions 3.
Le costume des simples prêtres se composait de quatre pièces : l" Des caleçons (Michnasaîm) qui, selon l'Exode (28, 42), devaient aller des reins jusqu'aux cuisses. Josèphe dit qu'après y avoir fait entrer les pieds, on les tirait jusqu'aux reins, où on les serrait ; mais il ne dit rien sur leur longueur. 2° Une tunique (Chethonkth) d'une texture particulière (Ex. 28, 39) et probablement faite à petits carreaux. Selon Josèphe, elle avait des manches ; elle étaittrès-serrée et presque collée sur le corps et allait jusqu'aux pieds. Tout le vêtement, dit-il, était d'une seule pièce; cependant, selon les rabbins, les manches étaient tissées à part et cousues sur la tuniqu^'i. On conçoit difficilement qu'on ait pu mettre un vête-
' Voy. ci-(Ip.ssu3, page 22.
' Voy. Spencer, 1. c. , éd. Cantabrig. p.
* Voy. Antiua. I. HI, cli. 7. Lea détails les plus complets sur le co>Uiiiie des prélres se trouvcut dans le savant ouvra^H de Brauii , inUtulé : De vcstilu sacerdolum Hehneorum ; altéra ediUu, Amstclodami , IU98, in-4°.
♦.Selon rf.vanslle de saintJeaiW 19,23), Jésus portait une luui(|ue non cousue. Voy. sur celte texture, Braun, I. c, p. 378 et suiv.
ment fait d'une seule pièce et en même temps très-serré; Josèphe dit que la tunique avait en haut une ouserture large, et qu'après l'avoir passée, on fermait l'ouverture sur les deux épaules avec des cordons sortant de l'ourlet des deux côtés de la poitrine et du dos. 3" Une ceinture ( Auneï) eu ouvrage de broderie de différentes couleurs (Exode, :VJ , 2U ) , dont la larjicur, selon les rabbins, était de trois doigts, et selon Josèphe, de quatre; sa longueur, disent les rabbins, était de trente-deux coudées, et elle entourait le corps deux ou trois fois. Les bouts, formant un noeud sur le devant, descendaient jusqu'aux pieds; le prêtre rejetait ces bouts sur l'épaule gauche lorsqu'il faisait des sacrifices. 4° Un turban ou plutôt un haut bonnet ( MiGBAAH). La coiffure du grand prêtre est appelée Misnépheth '.
Moïse ne donne nulle part la description de ces deux espèces de coiffure qui probablement étaient connues et qu'il suffisait de nommer. Selon Josèphe, elles étaient aplaties et arrondies en haut et ne couvraient pas toute la tête. Mais Moïse les a expressément distinguées, et, s'il est permis de fonder des conjectures sur l'étymologie des deux mots , il paraîtrait que la Migbaah était une espèce de haut bonnet pointu attaché à la tête (Ex. 29, 9), et la Misnépheth un turban , tel qu'en portaient les rois et les autres grands personnages '.
Quoique les deux coiflures fussent de lin , celle du grand prêtre se distinguait non-seulement par la forme , mais aussi par la plaque d'or dont nous parlerons tout à l'heure.-
A ces vêtements le grand-prêtre ajoutait les pièces suivantes: 1" une tunique supérieure, appelée Meîl, plus large que la Chethoneth , et sans
' Josèphe et les rabbins donnenl ce mcine nom à la coiffure du simple prêln^ ce qui prouve que, dans le second temple, il n'y avait guère de dil'féreucede forme entre la iMigbmili et la Misnrpketh. Selon Josèphe, le tui'ban du ;;rand prêtre était enveloppé d'un scKîDiid bancleau de couleur violette.
' R/écliiel, -il, 31; Isale, C2, :i. Voy. Réflexions, p. M , noie I.
L'UNIVERS
manches; elle était de couleur violette. Fermée de tous les cotés, elle avait des ouvertures pour passer les bras et la tête; en bas elle avait une bordure dans laquelle variaient des grenades de différentes couleurs et des clochettes d'or par le son desquelles le ^rand prêtre s'annonçait lorsqu'il entrait dans le sanctuaire et lorsqu'il en sortait. 2° Un vêtement plus court appelé Éphod. Le tissu était faitde lin retors, entreméléde fils d'or et de (ils teints en pourpre, violet et cramoisi.
Il se composait, à ce qu'il parait, de deu.x pièces dontl'uneétait suspendue sur la poitrine, l'autre sur le dos; elles étaient jointes sur les épaules par deux agrafes ou épaulettes surmontées chacune d'une pierre précieuse. Sur les deux pierres étaient gravés les noms des douze tribus, rangés par ordre de naissance, six à droiteet sh à gauche. Les bords des deux pièces de l'Éphod se joignaient par des cordons et étaient resserrés par une ceinture du même tissu. C'est là ce qui résulte de la description de l'Exode (28 , G— 12) , comparée à celle de Josèplie; ce dernier compare Vf^phod ktépomide des Grecs, et lui donne des manches, ce qui ne concorde pas bien avec ï' Éphod mosaïque '. S'' Le Pectoral ow Rational (Hoschex), ornement du même tissu, appliqué sur le devant de V Ephod. Il était double et carré, d'un palme en long et en large, et formait une espèce de bourse attachée à l'Éphod par des anneaux d'or et des cordons violets.
Sur le Pec/ora/brillaient douze pierres précieuses, de différentes espèces, enchâssées dans de l'or; elles étaient rangées trois à trois, et les noms des douze tribus, y étaient gravés. 11 paraît que le sort sacré ou l'oracle des Oueiîi et THUM3IIM * qu'on consultait dans les circonstances graves, était placé dans le creux du/'ectom/(Ex. 28, 30).
Moïse en parle comme d'une chose connue et il n'en donne aucun détail.
* Voy. Braun , p. 464 et suiv.
• Ces mots signilient lumière et intégrité ; la 1( rme du pluriel qu'ont les mots hébreu.x eâl le pluriel de rnajesle.
II appelle le pectoral Hoschen ham- MisHHPAT (ornementde la justice), co qui a fait penser à un ornement analogue que portait le grand juge chez les Égyptiens, et dont parlent Diodore et Élien •; mais il est certain que les'^ Ourlm et Thummlm rendaient des oracles et n'étaient pas un simple symbole. L'opinion de Josèphe, selon laquelle ks douze pierres précieuses du Pectoral auraient formé elles-mêmes les Ourlm et Thummlm, est inadmissible; car elle est en contradiction manifeste avec le texte du Pentateuque^*; mais il est impossible de dire en quoi consistait cet oracle, et les innombrables dissertations des savants n'ont abouti à aucun résultat positif 3. Nous adoptons, jusqu'à un certain point, l'opinion de Spencer i, que les 0?<rî»i et /yiaffUJiîm étaient des ligures, analogues aux anciens Theraphim , espèce de /)é«û/e.s, donnant des oracles chez les ancêtres araméens du peuple hébreu ^; mais, sans admettre avec Spencer que ce fut Dieu ouun ange qui répondait aux questions duigrand prêtre , nous croyons que ces figures , symboles de la vérité et de la justice , étaient employées, d'une certaine manière, comme tm sort que l'on consi»s dérait comme un jugement de^Dicu'.
C'est là tout ce qu'il est possible de deviner. 4" Une plaque d'or (Ciç) attachée par des fils violets au turban
' Diodore, 1. I , c. 75;Êlien. Far. hisl. 1. li, c. 34. Ces deux auteurs rapportent quiî le grand prélre ou r/randjuge avait autour du cou une image de pierres précieuses portant le uom de vérité. Les Septante, qui traduisent les mots Oiirim et Thummim par ôriÀwat; xai àXrfizicr., révélation et vérité, ont peut-être pensé à l'usage ég\"ptien.
» Voy. E.iode, 23, ôo; Lév. 8, 8.
' Nous dirons avec I^na (p. 595) Sune quot capita tôt tententite; ut si nostri institua ratio id postularet, integrum oput iuper hdc qiuetiione solâ scribere possemus. Depuis Braun ce sujet à encore été traité par une légion d'écrivains; les principales hypothèses ont été résumées par Winer, hibl. Realwœrterbuch , t. II, p. 747 — 752.
* L. c. L. m, di.ssert. 7, c. 3, sect. 2.
= Voy. Genèse, 31, 19; Ëzéchiel, 21,26. Dans deux autr;-8 passages (jJuges, 17,5; Osée, 3,4 '/ , le* Tkeraphim sont mis en rap-
λort a-, ec l'/^o/iorf, et représentent évidemment es Ourim et Thuiiwifm.
du grand prêtre et sur laquelle étaient gravés les mots : .ttI'S CTp Saint à Jéhorah, par lesquels le grand prêtre était présenté comme le niédiateursupportant devant Dieu les pceliés des Heureux 1 1 obtenant pour eux la faveur divine (Kx. 2S, 38) Moïse appelle aussi cet mnt^nwnile diadnne sctint (Ex. 2;), G); les (ils violets entouraient probablement toute la tète et formaient avec la plaque une espèce de diadème. Josèplie parle d'un triple diadème tout en or, dans lequel se trouvaient de petits calicesd'or, comme 011 en voit, dit-il, dans l'herbe appelée hijosciame ou juscpiiame ; mais cette couronne d'or ne fut probablement adoptée que par les grands prêtres de la famille royale des iMaccabées.
Outre le costume brillant que nous venons de décrire, le grand prêtre avait un costume plus simple de lin blanc, dans lequel il fouctionnait im jour des expiations dans le Saint des Saints (Lév. 16, 4).
Hérodote ( II, 37) donne aux prêtres égyptiens des sandales , faites de l'écorcede papyrus (û-cJ'Tiu.T.Tafi'jgXiva). Il paraît cependant qu'ils n'en portaient pas pendantl'ol'lice; sur les monuments on trouve les prêtres représentés nupieds. Chez les prêtres hébreux il n'est jamais question de sandales , et il est certain qu'ils n'en portaient pas dans le temple ; car c'eût été profaner le lieu saint'.
Il nous reste à ajouter quelques détails sur les revenus des prêtres , qui, appartenant à la tribu de Lévi, n'avaient pas de part dans la distribution des terres de Canaan. Sur les quarante-huit villesdoimées aux lévites, un certain nombre devait appartenir aux prêtres, et plus tard on leur en donna treize». Ils avaient la centième
■ Voy. Exode, 3,5; Josué, '>, 15.
* Selon le livre de Josué (21 , 4), ce fut Josuu lui-méiue, qui, assisté du ^iMiid prêtre Éléazar, lit ainsi le partage des 48 villes. Mai.s les descendants d'Aliron ne pouvaient pas alors élre assez nombreux pour occuper 1.3 villes. Il paraîtrait donc ()ue l'auteur du livre de Josui- allrlhue a ce chef ce qui, en réalité, m* se lit que beaucoup plus tard. Il est a reniar(|ucr (|ue les l.î \ illes étaient toutes
li' Llvranoii. iPallsti.vk )
partie de tous les 4)roduits du pays soumis à la dîme; car les lévites leur \):\y jiWnl lu dime de la dline (Nombres, IS, 2(;}. Ils recevaient en outre: i»
les prémices des récoltes de blés et de fruits qu'on présentait devant le, sanctuaire ave- un cérémonial particulier (Deut. 2(5, 1>, etc.); 2" celles des objets préparés pniir la consommation, tels que le vin, l'huile, la farine, la pitè (ib. 15, 20; 18, 8, etc.); 3" celles de la tonte desbrebis (Deut. 18, 4); la quantité de toutes ces prémices n'était pas fixée, mais, selon la tradition, celles des produits de la terre devaient en tormer au moins la soixantième partie; 4" tout ce qui par un vœu avait été consacré à Dieu (Nombres, 18,14); ô" certaines restitutions et amendes payées par ceux qui avaient porté atteinte à la propriété, appartenaient aux prêtres, si la personne lésée n'existait plus et n'avait pas laissé d'héritiers (Nomb. 5, 8) ; G" l'argent provenant du rachatdes premiers-nésdeshonunes et des auimaux impurs; 7" l'épaule (droite) , l'estomac et la mâchoire îï^s animaux tués pour l'usage despropriétaires. Outre ces revenus, dont les prêtres pouvaient faire part à leurs familles, ils jouissaient encore de certains objets sacrés qu'ils devaient consommer devant le sanctuaire , par exemple: lachairdes sacrilicesdepéche et de délit, à l'exception des parties grasses qu'on brûlait sur l'autel ; la poitrine et l'épaule droite des sacrilices pacifiques ; la peau des holocaustes; toutes les q///fl/(f/e,v publiques et privées, dont une portion seulement se consumait sur l'autel '. Les prêtres étaient en outre exemptés des services militaires et des impôts.
Legrand prêtre participaitàtous ces revenus, destinés primitivement par la loi ff Ahron et à ses enfants (Nombres, 18,8); mais quoique le texte de la loi ne lui accorde sous ce rapport aucune prérogative, il était probable-
situées dans les alentours de Jérusalem, ce. qui nous indique une époque.'ou celte ville était di\ja destinée a recevoir le sanctuaire central.
L'UNIVERS
ment mieux doté que les autres pr^tre^. Selon les rabbins, ildr-vait jouir d'une fortune en rapport avec son rnng élevé et être le plus riche de tous les prêtres ; s'il ne l'était p is ,'la caste était obligée de lui créer uneposition opulente'.
Ce qui prouve que, sous les rois, le grand prêtre occupait une position brillante, c'est que les princesses royales ne dédaignaient pas sa main'.
Les charges imposées au peuple pour soutenir les lévites et les prêtres pourraient paraître exorbitantes , surtout s'il est vrai , comme le dit la tradition, que les frais des sacriOces publics et de l'entretien du sanctuaire n'étaient pas à la charge de la classe sacerdotale, et que chaque homme audessus de vingt ans , riche ou pauvre, payait pour cet effet une contribution d"ùn derai-sicle par* an ^. En effet, d'après le livre des >"ombres (3 ,39), la tribu de Lévi comptait, du temps de Moïse , 22,000 mâles âgés de plus d'un mois, ce qui peut faire supposer tout au plus 12,000 adultes au-dessus de vingt ans. Or, toutes les autres tribus ensemble comptaient à la même époque 603,550 hommes âgés de plus de vingt ans ; ainsi , si toutefois les nombres sont exacts , les lévites auraient formé environ la cinquantième partie de toute la nation, et cependant ils retiraient la dixième partie des revenus, sans parler de la seconde dîme, de tout ce que prélevaient les prêtres , et des quarante-huit villes ou bourgs que possédait la tribu de Lévi, avec une campagne de deux mille coudées à
' Voy. Selden, De St/nedriis, p. Il 19.
2 Voy. 2 Rois, 11,2; 2Chron. 22, if.
' Letexte de l'Exode, (cli. 30, v. 12 — 16) ne dit pas positivement que cette contribution d'un denii-sicle par tète, pavée lors de la construction du Tabernacle , devait se renouveler chaffue année, mais il est certain que plus tard les paroles de Moïse furent interprétées dans ce sens (2 Ciiron. 24,5 ). Le livre de Néliémia(lO, 33) parle d'uu tiers de sicle par an ; peut-être la valeur du sicle avait-elle changé. A l'époque sréco-romaine , cet impôt fut évalué a deux drachmes (Voy. saint Matthieu, 17, 24), qui devaient être pay. es même par les Juifs établis dans les pays étrangers. Vov. Joséphe. Antiqu. XVIII , 9 , !; Guerre des Juifs, VII, 6, 6. —Sur cet impôt, en général, on peut voir Selden, I. c , p. li3i et saiv.
l'entour de chaque ville. Nous devons avouer qu'il est difficile de justifier complètement ces dis|)ositioiis de la loi mosaïque, surtout si l'on réfléchit que, d'après cette loi elle-même, les Hébreux ne devaient avoir d'autres ressources que l'agriculture , base de toute la constitution'. ^lais il faut considérer les institutions des Hébreux relativement à celles des autres peuples et aux usages depuis longtemps établis. En Egypte, la caste sacerdotale , selon Diodore (1,7.3) , avait le tiers des terrains et était libre de toute imposition ; outre cela, chaque temple avait ses terres et ses revenus particuliers et nourrissait abondamment ses prêtres avec leurs familles, de sorte qu'ils ne dépensaient rien de leurs propres revenus , comme leditHérodote(lI,37).D'unautrec6té, la Genèse nous apprend que , depuis Joseph , les agriculteurs payaient au roi le cinquième du revenu total. Chez les Indous les impôts variaient selon les temps et les circonstances ; les Brahmanes recevaient quelquefois plus de la troisième partie du revenu du pays 2 , et l'impôt payé aux ' rois
' M. Salvador, dans son Histoire des institutions de Moïse (t. I, p. 253 et suiv.), a soutenu , en s'appuyant sur des calculs erro-r nés, que la tribu de Lévi ne retirait -que la dix-septième partie des revenus. Il a d'abord supposé que la dime de la troisième année , partagée entre les lévites et tous les nécessiteux , était la première dime , de sorte que celle-ci n'aurait été payée en totalité aux lévites que dans la première et la deuxième année de l'époque triennale ; mais le fait est qu'il s'agit ici de la seconde dime, comme l'ont bien vu les commentateurs, et comme il résulte clairement du texte même, ou ce règlement concernant la dime triennale se trouve à la suite de la loi qui parle de la seconde dime, à moins qu'on ne veuille, avec quelques commentateurs , admettre une troisième dime. M. Salvador déduit ensuite la septième année, où les lévites ne recevaient pas de dime; mais aussi dans la septième année il n'v avait pas de revenu. — Ijne autre supposition, d'après laquelle les 48 villes n'auraient pas appartenu , fin toute propriélé , aux lévites, est également sans fondement; du moins est-il certain que , dans l'intention du législateur, ces villes devaient appartenir à la tribu de Lévi.
2 Voy. Le théâtre de Vidolûtrie ou la porte ouverte pour parvenir à la cognoissance du paganisme caché , par Abr. Roger; ^rast. 1670, ln-4°, première partie, ch. 6.
PALESTINK.
p()u\;\it s'flcviT, en temps il'iiri^onci', Jusi|u';iu (Hiart du revenu '. A oôlé (leeesctionnités les diiiies et prémices, seuls impôts rejiuliers que connaisse, la loi de Moïse, paraîtront peu de chose. Quant aux autres contributions sacrées, elles étaient, en firande partie, volontaires, et les ùnpôts civi/s que nous trouvons plus tard chez les Hébreux n'existent pas dans l;t constitution de Moïse. Ce législateur, en instituant les dîmes , profita d'un usape qui remonte jusqu'aux patriarches ' , et qu'on trouve aussi chez les autres peuples de l'antiquité , afin d'assurer à la tribu de Lévi, exclue du partaiîe des terrains, une position indépendante et non pas une prépondérance ruineuse pour les autres tribus. La dîme devait être payée à .Téhovab, le roi invisible, qui la céda aux S'^rd'cns de ses lois et aux minisftres de son culte. La tribu de Lévi ne devait pas s'occuper de l'agriculture, pour se consacrer entièrement au service de Dieu, et la loi lui accorda beaucoup pour lui assurer, dans tous les cas, le nécessaire; car nous voyons clairement par plusieurs passages du Dcutéronome, où les lévites figurent a côté des pauvres, que le législateur ne comptait pas beaucoup sur le payement exact des dîmes, et il recommande souvent les lévites à la générosité des propriétaires. Ln outre, la tribu de Lévi formait la classe des savants de profession; l'étude de la loi était pour elle un devoir et elle devait rendre, sous le rapport intellectuel, de grands services que la nation pouvait toujours réclamer sans rétribution spéciale. Si plus tard l'avidité sacerdotale a dénaturé les intentions du législateur, il ne faut pas reprocher à celui-ci ses belles illusions, et il faut reconnaître du moins qu'il a agi avec un grand désintéressement, en reléguant ses enfants dans les humbles rangs des simples lévites , et qu'il a prévenu les abus du pouvoir sacerdotal en ouvrant a tout Hébreu
' Lois dp Manou , X , 120.
» Voy. Genèse, M , 20, a* , 22.
le sanctuaire de la loi et en préparant la voie à nu nouveau jiouvoir intellectuel , celui des /imphéfcs.