IV. LES TF.MI'S DU CULTE F. T I.F.S l'f.TKS
Il nous reste à indiquer l'ordre du culte public que le léi.'islateur rattache à certaines époques lixées [lar la division du temps. IS'ous devons donc, avant de parler des époques du culte, faire connaître la division adoptée |)ar IMoïse. Le poète sacré, chantant les merveilles de la création de Jéhovah, dit : // a /ait la lune pour tes temps ou les époques (Ps. 101, 10 ) , et en effet c'est la lune qui , dans la loi de Moïse, sert à fixer toutes les mesures du temps. Les jours se mesurent naturellement par la variation de la lumière et des ténèbres; cependant, chez les Hébreux, comme chez plusieurs autres peuples qui avaient le calenrlrier lunaire, les jours commenraient par le soif ( Lév. 23, 32), parce que le croissant se lève le soir . Dans le récit de la création on lit toujours : L't il fut soir et il Jut matin'. Les jours, du temps de Moïse, n'étaient pas encore subdivisés en heures; la nuit se divisait en trois i'e///^.s- '; la division du jour, plus importante pour le rituel du culte, était donnée par la nature : le matin, le midi et le .soir. Dans plusieurs passages, et notamment dans le rituel des cérémonies religieuses , on trouve l'expression entre les deux soirs que la Vulgate rend par vesperé ou ad vesperum ^, et qui équivaut, à ce qu'il paraît, à notre dans Caprès-midi ; car, selon la tradition rabbinique, le premier soir commence au déclin du soleil (à midi et demi) et le second à son coucher *.
' IS'ox ducere (lient videlur, dit Tacite , en parlant des mœurs des Germains (rh. II ); il en était de même cIipz le,s GriTs. D'autres peuples commenraient leurs jours au matin , ou a minuit, ou'a midi. Voy. Pline, Hinll^nt. Il, 79.
^ Voy. Exode, 14, 24; et Juges, 7, If).
' Vov. Exode, 12 , c; 18, \i : 29, .V.) et 41; ao, 8; Lév. 23, 5; Nomlires, 9,.T;2h, 4 et 8.
* Les Carailes soutiennent (|ue , r/i^re /»•» deux xoirs, veut dire entre le coucher du so leil et la nuit. Voy. Triglanrt, Dnirilie de
L'UNIVERS
Sept jours formaient une période appelée sgha.boua (semaine); il en est déjà question dans l'histoire du patriarche Jacob (Gen, 29, 27). Cette période se trouve chez les peuples les plus éloignés les uns des autres , même chezles Américains, et eile paraît avoir son fondement dans les quatre phases de la lune ' , dont chacune dure environ sept jours et neuf heures. On donna de bonne heure aux jours de la semaine les noms des planètes =>; mais les Hébreux, qui rattachaient leur semaine à la cosmogonie et qui en faisaient le symbole de la création, n'ont jamais adopté les noms des divinités planétaires, et ils disaient ;;reinier jour, deuxième jour , etc. La troisième mesure du temps est déterminée par le cours total de la lune; c'est le mois , qui , chez les Hébreux , recommençait à chaque nouvelle apparition visible de la lune, et durait tantôt 29, tantôt 30 jours. Douze de ces mois lunaires formaient une année. De même que les jours de la semaine, les mois n'avaient pas de noms, et on disait/premier mois , deuxième mois , et ainsi de suite. Le premier mois cependant s'appelait aussi abib ( mois des épis, ou mieux Germinal); dans ce mois tombaient le commencement du printemps et la Pàque, et les épis devaient être mûrs. On était donc obligé de mettred' accord l'année lunaire avec le cours du soleil, ce qui se faisait par l'intercalation d'un treizième mois toutes les fois que, à la tin du douzième mois, on ne trou-
sectd KarœoTiim, cap. 4 , p. 27. Mais Josèphe est favorable à la tradition rabbiiiiqae; car, selon lai , on égorgeait l'agneau pascal entre la neuvième et la onzième heure , c'est-adire entre trois et cincj heures de l'après-mitli. Voy. Guerre des Juifs, VI, 9, 3.
'Voy. Ideler, Handbuch der Chronologie, t. I, p.' 60 et 88.
^ On les trouve en même temps, et clans le même ordre, chez les Égyptiens ( Dion Cass. 1. Z'i ,0. 18 ) et chez les Indous. Voy. les notes de M. de Chézy au drame de Sacountala , n' 90. Bohlen, Das aile Indien, t. Il, p. 248. On en trouve aussi des traces indubitables chez les Grecs (quoique ceux-ci comptassent leurs jours par decsdes). Voy. Valkenar. De ,'lristobulo Judœo Alexandrino diatribe, p. 108, 113. Bohlen, 1. c. p. 246.
vait pas le blé assez mûr '. On voit que l'année des anciens Hébreux commençait au printemps. Plus tard quel-' ques changements furent introduits dans le calendrier civil; mais nous ne parlons ici que du calendrier mosaïque, d'après lequel se réglaient les fêtes.
Le culte quotidien consistait dans deux sacrifices dont l'un s'offrait le matin et l'autre dans l'après-midi , ou, comme dit le texte, entre les deux soirs. Chacun des sacrifices consistait dans un agneau offert en holocauste et accompagné d'une offrande et d'une libation^. >'ous avons déjà parlé de l'encens qu'on brûlait le matin et le soir sur un autel particulier, et des lampes du candélabre qui éclairaient le sanctuaire pendant toute la nuit.
Mais certains jours, en rapport avec les mesures de temps que nous venons de signaler, devaient être distingués par des solennités particulières; certains autresjoursde l'année étaient consacrés à la mémoire des gr^ands événements de l'histoire des Hébteux ou à des réjouissances qui se rattachaient à l'agriculture. A côté du but social et politique l'institution de ces j jours solennels avait aussi \xvp but religieux et moral. 11 y en avait un qui était entièrement consacré aux pratiques religieuses, c'était le jour des expiations ; en ce jour l'Hébreu devait entièrement renoncer au monde et se réconcilier avec le Créateur, en s'abstenant de toute jouissance terrestre, en devenant, pour ainsi dire, un être céleste.
Sous ce rapport le législateur des Hébreux n'a rien emprunté aux cultes étrangers. A la vérité, nous trouvons les époques solennelles et les fêtes chez tous les peuples de l'antiquité; de même que les sacrifices, les fêtes étaient inséparables de l'idée du culte. Mais dans les fêtes des païens
I Voy. des Vignoles, Chronologie de V histoire sainte , tT I , p. 684 et suiv. ' Vo V . Exode , 29 , 38 — 42 ; Nombres , 28 ,
PALKSTIISE.
nous reconnaissons partout la nature divinisée; de même que le ciel, la terre , le soleil , la lune , les planètes , sont les divinités de l'espace , de même l'année et les saisons sont personniliees comme divinités du temps. Mais Jéhovali, l'être absolu, est au-dessus de l'espaee et du temps, et c'e^l autour de Dieu, le maître de toute la nature, que les solennités périodiques devaient réunir les Hébreux. Les tètes des Hébreux portent un caractère moral et relii^ieux qui leur est particulier ; elles ne sont point, comme les sacrilices et le sacerdoce, une institution locale, et elles sont pour l'Israélite de nos jours ce qu'elles étaient pour l'ancien Hébreu, car elles représentent, sous une forme symbolique,les pointsprincipauxdes croyances mosaïques qui restent toujours les nicnies, quelles que soient les modilications que le temps ait fait subir au culte des Hébreux.
dépendant, s'il est permis de rattacher les fêtes instituées par Moïse à quelque idée orientale plus ancienne, qui a pu guider le législateur, du moins dans la forme qu'il donne à ces institutions, on retrouvera ici cette iniluence mystérieuse du nombre sepi qu'on rencontre si souvent dans l'antiquité orientale. Nous avons déjà fait remarquer que la semaine ctait commune aux Indous,aux Égyptiens et à plusieurs autres peuples.
Nous retrouvons encore ce nombre mystique dans les sept mondes (/ot-a-s), les- sept liichis ou Saints, les sept mersetlesseptgrandscontinents(fl«lpas) des Indous , les sept Amschaspan- (/^f.f (archanges) des anciens Perses".
Parmi les Grecs ce furent principalement les pythagoriciens qui rattachaient au nombre sept une idée de sainteté '. Le fond de ce mystère est probablement dans les sept planètes à
' On peut voir beaucoup d'autres exemptp» ilnns l'ouvrage (le M. de Haninu-r, intitulé
Eiuiicl'>l>'i''li'-<^hc UebrrsichI , etc. (Résume enc\clop(ili(|ue des scicncM de TOrient i, p. 322- ;t2 i, pl dans Bolilen, I. c. p. 2i7.
' Viiy. Brutkcr, Hist.crit. Philosopkùc , t. I, p. lobj.
riunueucedesquelles était subordonn<^ tout le monde sublunaire'.
(^uoi qu'il en soit, le nombre sept, auquel la cosmogonie hébraïque donne une haute importance, joue aussi un grand rôle dans les temps sacrés des Hébreux . Le septième jour de la semaine est sacré; la P;k|ue et la fête des Tabernacles durent sept jours; on compte sept semaines de la Pique à la Pentecôte ; le premier jour du septième mois est distingué par une solennité particulière, et une grande partie de ce mois est consacrée a des fêtes; la septième année est sacrée , et après sept fois sept ans on célèbre le jubilé. Mais , il ne faut pas l'oublier, ce nombre, qui chez les païens se rattache au cultede la nature, est sanctifié chez les Hébreux par leur croyance fondamentale et leur rappelle sans cesse le Dieu créateur et les périodes de lacréation *.
S'il est vrai que cette idée générale a guidé le léJ:islateur dans la distribution des temps sacrés, les fêtes en elles-mêmes diffèrent cependant par l'idée particulière qu'elles renferment à côté de l'idée religieuse qui plane sur toutes, et nous pouvons les diviser en trois classes : fêtes septénaires et chronologiques, fêtes historiques et agronomiques et fêtes purement religieuses.
' Cette opinion me parait être clairement in'liiiuée parCicéron , dans le fragment connu sous le litre de Somniiim Hcipioitis et qui faisait partie du fi' livre de la Rénithtifjue. \ reiiuroil où il est question de l'Iiarmonie di's sphères planétaires nous lisons : Seplem rf/iciinU dislinclos inlervallis modos ; qui miincriis rcrum omnium f'^rc nodiis est. Vov. le livre De llopublicd, p. 3H2 ( dans la Bibliotn . clxss. de Leraaire). — On peut voir d'autres conjectures sur la sainteté du noinlire sept, dans B;ehr, SijmboUk, t. I , p. 187 et suiv. et dans mes Héflexioits, cO;., p. 50, note I.
-' Nous rappellerons encore que certaines
fiurilicalions ne pi'u\eiit s"accx)mplir qu'au lont di' sept jours; le sacre des prêtres durait sept jours ; avec le sang de certaines victimes on faisait sept aspersions sur l'autel ; le candélabre avait sept l)ranclies. Même dans la partii? histori(|ue du Pentaleuque, et dans les autres livres de la Bible, nous voyons souvent paraître les nombres 7 et 70 comme nombres ronds, et il est à remanjaer que la racine y2U> '^'^ laquelle dérivent ces nombres . sert aussi en fiébreii :i former le verbe jitnT et le mol qui siunilie sennrnl.
L'UNIVERS
A la première appartiennent les sabbats «t les néoménies ; la deuxième embrasse les trois grandes fêtes: la Pâque, la Pentecôte et la fête des Tabernacles^, la troisième ne renferme qu'une seule fête, le jour des expiations.