‹ PalestineChapitre 55 sur 98 · GG · texte numérisé non relu

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tre sur les traces des brigands. Ceuxci furent pris à l'improviste, lorsqu'ils célébraient leurs exploits par des festins joyeux. Les gens de David , quoique beaucoup moins nombreux, les taillèrent en pièces, à l'exception de quelques centaines qui purent s'enfuir sur leurs chameaux. On reprit tout ce qu'ils avaient enlevé , et on fît en outre un très-grand butin. Revenu au torrent de Besor, David, malgré l'opposition de plusieurs mutins, ordonna qu'on fit part des dépouilles aux deux cents hommes qui n'avaient pu suivre la troupe, et il décréta à cette occasion que dorénavant les soldats qui auraient pris part au combat partageraient le butin avecceux qui seraient restés auprès des bagages. Arrivé à Siclag, David envoya une partie des dépouilles, comme cadeau, aux Anciens, de plusieurs contrées de la Palestine méridionale, qui l'avaient protégé dans ses courses vagabondes.

Pendant ce temps le malheureux Saùl finit sa destinée sur la montagne de Gelboa. La lutte fut sanglante , et l'armée des Hébreux fut mise en déroute. Déjà les ennemis entouraient Saiil et ses fils ; les trois princes , Jonathan , Abinadab et Malchisoua , trouvèrent, en combattant, une mort glorieuse. Le roi assailli de tous côtés par les archers ennemis , et empêché par ses blessures de continuer le combat, supplia son écuyer de le percer de son épée , afin qu'il ne reçût pas la mort de la main des incirconcis. L'ecuyer n'ayant pas le courage de suivre cet ordre cruel , Saùl se laissa tomber sur la pointe de son épée et se donna la mort; son écuyer suivit son exemple. Telle fut la fin tragique de Saùl , qui, de simple laboureur , devenu roi par les avantages extérieurs de sa personne , ne fomprit nullement la mission d'un roi d'Israël. Modeste et généreux d'abord, le pouvoir fit de lui un despote et un tyran. Mais il fut d'un courage et d'un patriotisme à toute épreuve, et il sut communiquer ses qualités de guerrier aux Hébreux et en faire un peuple belliqueux. Selon

Josèphe son règne avait duré quarante ans ".

Par suite de la déroute de l'armée , les villes situées dans la plaine de Yezreël furent abandonnées de leurs habitants, et les Philistins en prirent possession. Les corps de Saùl et de ses trois fils furent trouvés par des soldats philistins, qui parcoururent le champ de bataille pour dépouiller les morts. La tête d.e Saùl , ainsi que ses armes , furent envoyées , comme trophées , dans le pays des Philistins ; on suspendit le crâne du roi dans le temple deDagôn (I. Chron. 10,10), et ses armes dans celui d'Astarté. Les quatre corps furent attachés sur le mur de Betnseân; ce fut là probablement que s'arrêta la marche victorieuse des Philistins. Quand ces tristes nouvelles arrivèrent à Jabès Galaad, des hommes courageux de cette ville , que Sauf jadis avait secourue contre les Ammonites, passèrent à Bethseân et dérobèrent, pendant la nuit , les^çorps du roi et des princes, qu'ils rapportèrent à Jabès où on les brûla. Les ossements y furent ensevelis, et les habitants célébrèrent des funéjailles^ et jeûnèrent sept jours.

David était revenu, depuis deux jours, à Siclag, lorsqu'un Amalécite, qui s'était trouvé sur le champ de bataille, vint lui apporter la noiivelle du grand désastre de l'armée des Hébreux et de la mort de Saùl et de Jonathan. Il prétendit s'être trouvé par hasard au mont Gelboa, au moment

' Josèphe dit [ Antiqu. VI, 14, 9) qu'il avait régné dix-huit ans , du vivant de Samuel, et vingt-deux ans après sa mort. Si ces nombres sont exacts, l'exil de David et ses courses vagabondes dans le désert de Pharan auraiep l duré vin^t ans. Saint Épiphane, dans ses exemplaires de Josèplie, a lu deux ans , au lieu de vinyt-deux, de sorte que tout le règne de Saul n'aurait duré que vingt ans. Voy. l'édition de Havercamp, t. I, p. 300. Cependant le nombre total de quarante ans, pour le règne de Saiil , n'a rien d'invraisemblable , et il se trouve conlirmé par les Actes des Apntres, ch. 13, v. 21. Voy. sur les détails, des Vignoles,.t. I, p. 136-155. Nous rappellerons encore qu'Isboselb, tils de Saùl, qui n'est pas mentionné au commencement de son règne, se trouve âgé de quarante aos après la mort de son père.

où le roi , appuyé contre sa lance , essaya de se tuer, et qu'il avait luimême donné la mort au roi, qui l'avait prié de lui rendre ce dernier service.

En effet cet Amalécite qui espérait, par son mensonge , obtenir une récompense de David, lui présenta la couronne et le bracelet de Saùl, que probablement il avait dépouillé sur le cbamp de bataille. David et tous ses gens déchirèrent leurs vêtements en pleurant ; ils jeïfnèrent jusqu'au soir et prirent le deuil pour Saiil et Jonathan , et pour tous les braves qui avaient péri dans cette guerre. Quant à l'Amalécite, David, au lieu de le récompenser, ordonna sur-le-champ de le mettre à mort , parce qu'il s'était accusé lui-même d'avoir tué VOint deJéhova.

La mort tragique de Saùl fit oublier à David toutes les souffrances que lui avait fait subir ce malheureux monarque. Son juste ressentiment, que déjà mainte fois il avait exprimé avec amertume dans ses prières et ses chants' , fit place . des regrets sincères, et il coûfondit dans la même douleur le père qui l'avait si cruellement persécuté et le noble fils qui lui avait voué la plus généreuse amitié. Il exhala sa douleur dans une touchante élégie; nous en possédons encore un fragment^ , dont voici la traduction fidèle :

« Délice d'Israël, frappé sur tes Hauteurs ! comment sont tombés les héros ?

« Ne le dites pas dans Gath, ne l'annoncez pas dans les rues d'Ascalon , afin que les filles des Philistins ne s'en réjouissent pas; que les filles des incirconcis ne fassent pas éclater leur joie.

' Voy. les psaumes 7, I8, 52, 54, 56, 67, 59 , et plusieurs autres.

* Voy. II Sam. cli. i , v. 18 et suivants. Les mots : Pour apprendre avxjils de Juda l'arc qui ont offert tant de difliculté aux interprètes , sont, à mon avis , le commencement de l'élégie. VoiCi comment je traduis le v. 18 : « Et il récita ( cette élégie; : Pour apprendre aux fils de Juda (à manier) l'arc, (etc.) comme il est écrit dans le livre Yaschar. » Après avoir renvoyé le lecteur à ce recueil de poésies , qui renfermait l'élégie tout eutière, l'auteur eo cite quelques fragments.

« Montagnes de Gelboa ! que ni la rosée ni la pluie ne descendent sur vous , que vos champs ne produisent plus de riches prémices ; car là fut rejeté le bouclier des héros, le bouclier de Saùl , qui n'est plus arrosé d'huile.

« L'arc de Jonathan ne rebondit jamais , le glaive de Saùl ne revint jamais vide du sang des blessés , de la graisse des héros.

« Saùl et Jonathan, si aimables, si beaux dans leur vie, inséparables même dans la mort ; plus rapides que les aigles , plus forts que les lions !

« Filles d'Israël , pleurez sur Saùl , qui VOIS couvrait de pourpre et d'étoffes ddicieuses, qui ornait d'or vos vêtements.

« Comme les héros sont tombés dans la guerre ! Jonathan , frappé sur tes hauteurs !

'- La douleur m'oppresse, pour toi, mon frère Jonathan , car tu m'étais si cher ; ton amour, je le mettais bien au-dessus de l'amour des femmes.

« Comment sont tombés les héros , comment ont péri les armes de la guerre! «

Quelle que soit l'incertitude des dates pour les époques précédentes, la jilupart des chronologistes s'accordent à placer la fin du règne de Saùl dans l'année 1055 avant l'ère chrétienne, c'est-à-dire environ cinq siècles et demi après la sortie d'Egypte , que nous avons fait remonter vers l'an seize cents avant J. C. (p. 121). Nous le répétons, les dates précédentes sont tres-peu sûres , et , malgré les minutieuses recherches auxquelles se sont livrés plusieurs savants , on n'est pas parvenu à débrouiller la chronologie obscure de ces temps reculés. Mais en fixant l'an 1055 comme celle de la mort de Saùl, on a une base à peu près sûre pour -la chronologie des temps suivants.

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