Règne d'Isboseth, guerre civile
Règne de David.
(De 1055 à 1016).
Après la fatale journée de Gelboa, les Philistins restèrent maîtres d'une
L'UNIVERS
graode partie du pays des Hébreux, ù l'ouest du Jourdain. Abner s'était retiré, avec les débris de l'armée, au delà du fleuve , et ce fut à Mahuaïin (p. 72) qu'il proclama roi de tout Israël, Isboseth, fils de Saùl , alors âgé de quarante ans (II Sam. 2, 8-10).
Cependant, l'occupation des Philistins ne put durer que peu de temps; car bientôt nous verrons Abner repasser le Jourdain, pour soumettre la tribu de Juda, qui, seule, refusa de reconnaître Isboseth. Il paraîtrait que les Philistins, détrompés sur le compte de David, dans lequel ils avaient espéré trouver un allié, et voyant l'attitude belliqueuse que prit ce chef de parti, crurent devoir se retirer, pour protéger leurs propres frontières.
Quant à David , après avoir interrogé le sort sacré, il quitta Siclag, pour se rendre à Hébron, où il fut sacré roi par la tribu de Juda. Son premier acte fut d'envoyer complimenter les habitants de Jabès sur la générosité et le courage qu'ils avaient manifestés en rendant les derniers devoirs à Saiil et à ses fils. Il leur annonça, en même temps, son avènement, et leur promit sa protection. Peut-être espérait-il ainsi se créer des partisans à l'est du Jourdain. Isboseth était un homme faible et peu propre à gouverner; d'une humeur peu guerrière, il ne s'était pas signalé, dans les combats de son père. Mais David trouva un rude adversaire dans Abner, qui , laissant à Mahnaïm le faible Isboseth, sa créature , passa le Jourdain avec les troupes fidèles au nouveau roi, et pénétra jusqu'à Gabaon. Là il fut rencontré par la troupe de David, commandée par Joab, fils de Serouya (sœur de David); les deux frères de Joab, Abisaï et Asaël s'y trouvaient aussi. Un étang séparait les deux camps ; Abner proposa à Joab de choisir un certain nombre de guerriers de part et d'autre, pour se mesurer dans un combat singulier. On en fit sortir douze de chaque troupe, et ils s'attaquèrent avec une impétuosité telle que tous les vingt-quatre restèrent morts sur le champ de bataille*
Alors la mêlée devint générale; la troupe d' Abner fut mise en déroute.
Asaèl aux pieds légers , comme une gazelle dans les champs ( 2 Sam. 2 , 18), se mit à la poursuite d' Abner; celui-ci le menaça en vain de l'éten^ dre par terre. Harcelé sans relâche, Abner se tourne enfin contre son adversaire et le perce de sa lance. Joab et Abisaï continuèrent à poursuivre l'ennemi jusqu'au soir. Abner, fortifié par les Benjamites, qui s'étaient assemblés autour de lui , exhorta Joab à cesser de répandre le sang de ses frères , et offrit de se retirer. Joab y consentit, et Abner, repassant le Jourdain, revint à Mahnaïm , après avoir perdu trois cent soixante hommes dans cette tentative infructueuse. La troupe de David n'avait perdu que dix-neuf hommes, sans compter Asaël j Joab se retira la même nuit, et, le lendemain matin, il fut de retour à Hébron. Asaël fut enterré dans le tombeau de sa famille, à Bethléhem.
Cette affaire n'avait rien changé, dans la position des deux rois, qui restèrent en état de guerre; des rencontres sanglantes eurent lieu, sans doute, entre leurs partisans, mais on ne nousf" parle d'aucan combat décisif. Cependant, le parti de David, plein de courage et de vigueur, devint plus fort de jour en jour, tandis quisboseth était incapable d'inspirer le courage à ses partisans, qui allaient toujours diminuant.
r«.econnu par onze tribus et possédant, dans Abner, un général habile et influent, Isboseth put longtemps tenir en échec son adversaire, qui n'était appuyé que par la seule tribu de Juda; mais il lui fut impossible de le soumettre.
Les années se passèrent ainsi dans une lutte dont on ne; pouvait prévoit l'issue; enfin, une querelle qui éclata entre Isboseth et Abner vint mettre toutes les chances du côté de David.
Isboseth reprocha à son général d'avoir eu des liaisons avec une concubine de Saul, nommée Rispah; Abner fut tel lement irrité de ce reproche, qu'il jura sur-le-champ d'abandonner à son sort son maître ingrat , et d'embrasser
la cause de David. Aussitôt, il expédia un message à Hébron , pour faire connaître ses intentions au roi de Juda.
David consentit à recevoir Abner, à Hébron, sous la condition qu'il lui ramenât sa femme, la princesse Michal, que Saûl lui avait si injustement enlevée pour la donner à Palti. Il en fit, en même temps , la demande à Isboseth lui-même, qui, pour contenter David, consentit à arracher sa sœur à son second mari , qui s'en sépara en pleurant. La restitution de Michal devint probablement le prétexte du départ d' Abner pour Hébron. Chemin faisant, Abner chercha partout à gagner les Anciens à la cause de David , leur montrant que David seul pouvait protéger la nation contre les attaques des Philistins et d'autres ennemis. Arrivé à Hébron , avec une suite de vingt boni-* mes , Abner fut très-bien reçu par David, qui lui donna un festin' Il lui réitéra ses offres, qui furent agréées.
Lorsque Joab, qui était alors absent pour une expédition , revint à Hébron, cliargéde butin, Abner venait de partir. Ayant appris ce qui s'était passé, Joab en fit des reproches au roi , soutenant que le voyage d'Abner n'avait eu d'autre but que d'épier les démarches de David. Mais, au fond, les paroles de Joab étaient dictées par la jalousie et par un profond ressentiment; car le sang d'Asaël n'était pas encore vengé. Joab , d'accord avec son frère Abisaï, et à l'insude David, fit ramener Abner, qui n'avait pas encore fait beaucoup de chemin; il l'attendit à la porte d Hébron, et, sous prétexte de lui parler en confidence, il le tita à part et l'assassina traîtreusement.
David, au désespoir, prononça contre Joab une terrible imprécation, mais n'osa le punir; car les fils de Serouya étaient devenus très-puissants (2 Sam.
3, 39). Mais il témoigna sa vive douleur, en ordonnant un deuil général dans Hébron ; on y célébra les funérailles d'Abner et le" roi suivit lui-même le cercueil, en versant des larmes. Sur sa tombe II nrononça ces paroles :
« Abner aevait-irmourir comme un « lâche.!» Tes mains n'étaient point
« liées, tes pieds n'étaient point en- « très dans les chaînes; tu es tom- « bé, comme on tombe devant des « gens criminels'. »
David ne voulut prendre aucune nourriture ce jour-là avant le coucher du soleil. Sa douleur sincère fit taire les soupçons qui s'étaient répandus sur sa complicité dans l'assassinat d'Abner.
La mort de ce brave général répandit le trouble dans tout Israël, et Isboseth perdit tout espoir de se maintenir sur le trône. Ce malheureux roi tomba bientôt lui-même sous les coups de lâches assassins. Deux frères, officiers au service d'Isboseth , Réchab et Baana, fils deRimmôn, de la ville de Beëroth, s'introduisirent, sous le déguisement de marchands de blé , dans l'intérieur de la maison royale , et assassinèrent le roi , en plein jour, pendant qu'il faisait sa sieste. Us lui coupèrent la tête, et s'enfuirent à Hébron pour la présenter à David, espérant obtenir une grande récompense.
Mais David ordonna sur-le-champ de les mettre à mort ; on leur coupa les mains et les pieds, qui furent exposés dans Hébron. La tête d'Isboseth fut déposée dans le tombeau d'Abner.
Il ne restait plus d'autre héritier légitime de la couronne de Saùl qu'un fils de Jonathan , âgé de douze à treize ans, qui s'appelait Méphiboseth. Cet enfant était boiteux; car, après la bataille de Gelboa, sa gouvernante, se hâtant de fuir, l'avait laissé tomber , et il s'était cassé les jambes. Il vivait ignoré chez un certain Machir à Lodebar, non loin deMahnaïm*, et personne ne pensa à le tirer de son obscurité pour l'élever sur le trône.
David n'ayant donc plus d'autre concurrent, les représentants de toutes les tribus se rendirent spontanément à Hébron, pour lui offrir la couronne,
' Pour comprendre ces paroles, il faut se rappeler qu'Abner, en tuaat Asaël, avait usé du droit de légitime défense. David voulut dire qu'Abner n'avait pas été livré à Joab par la justice , atin qu'il exerçât sur lui le droit du Goêl. Voy. cidessds,p. 217 et2i8.
' Vov. 2 Sam. 9, 4.
L'UNIVERS
Il fut sacré en présence des Anciens , après avoir pris devant Dieu l'engagement solennel d'observer fidèlement les conditions convenues de part et d'autre. David était alors dans sa trente-huitiènie année, et il avait déjà régné sept ans et six mois sur la tribu de Juda ' . Le couronnement fut célébré par des fêtes durant trois jours ; de toutes les parties du pays, et même des contrées lointaines de Zabulon et de Naphthali, on avait apporté des vivres en abondance pour l'immense multitude qui se trouvait réunie à Hébron =>.
Le premier acte de David , devenu roi de tout Israël, fut la conquête de la haute ville de Jérusalem, ou du fort de Sion, qui, situé au centre du pays et sur le point le plus élevé, lui paraissait l'endroit le plus convenable pour y fixer sa résidence, mais qui =^3 trouvait toujours au pouvoir des Jébusites. David avait fait proclamer que celui qui, le premier, entrerait dans le fort serait nommé général en chef de toute l'armée; ce fut Joab qui gagna ce prix. Les Jébusites furent expulsés et David s'établit dans le fort de Sion , qui reçut le nom de l'ille de David. La ville' de Jérusalem s'agrandit considérablement depuis cette conquête et devint la capitale de tout le royaume.
Le grand nombre de héros qui entouraient David dès le commencement de son règne , et qui , pour la plupart , l'avaient accompagné dans ses courses vagabondes, faisaient bien augurer de ses entreprises guerrières. L'histoire
' C'est œ que nous lisoûs dans plusieurs passages de la Bible : 2 Sam. 2, il ; 5, 5 ; I Rois, 2,11; I Chion. 3, 4; 29, 27. Tous ces passages sont conformes , si ce n'est que dans deux les six mois ont été omis.
Nous croyons donc que dans l'endroit ou on lit que le règne d'Isboseth (parrallèle à celui de David à Hébron ) dura deux ans (2 Sara. 2, 10), il y a une ancienne faute de copiste ; car tout iwrle à croire que les tribus se soumirent à David, immédiatement après la mort d'Isboseth. Josèphe ne dit rien de la durée du règne d'IsDosetb; les rabbins supposent un interrègne de cinq ans entre Isboseth et David. Séder Olam rabhn , à la fin du ch. 1:3.
5 Voy. 1 Chron. ch. r>, v. 39 et 40.
nous a conservé surtout la mémoire d'une trentaine de ces héros , dont quelques-uns avaient fait des prodiges de valeur. Les plus célèbres étaient laschobam fils de Hacmoni; Éléazar fils de Dodo , et Samma , fils d'Aghé. Dans une guerre contre les Philistins David, ayant témoigné le désir de boire de l'eau du puits de Bethléhem, ces trois héros se frayèrent un chemin, à travers le camp ennemi, et puisèrent de l'eau pour leur maître; mais David refusa de boire cette eau, à laquelle, disait-il , ces hommes avaient mis leur sang, et il la versa par terre.
Après ces trois guerriers, on remarque encore Abisaï, frère de Joab, et Benaïah, fils de lehoiada ^
La cour de David se fit remarquer aussi , dès son origine , par un certain luxe, qui contraste avec la simplicité de la cour de Saiil. David se fit construire un magnifique palais , pour lequel Hirara, roi deTyr, lui envoya du bois de cèdre du Liban , ainsi que les ouvriers et les artistes ^ûécessaires. Sous le rapport des femmes, il imita le luxe des souverains d'Orient.
Déjà, à Hébron, le nombre de ses femmes légitimes, ^sans compter Michal^ se monta à six , dont l'une étaif la fille de Thalmaï, roi de Gessur (en Syrie).
Chacune d'elles lui avait donné un fils (2 Sam. 3, 2-5) ; Michal n'eut jamais d'enfant. Arrivé à Jérusalem, David augmenta le nombre de ses femmes , et se fit un harem (ib. 5, 13). Ce fut là une première infraction à la loi de Moïse; mais nous verrons le roi , entraîné par l'amour des femmes, commettre des fautes bien plus graves encore.
A part cette faiblesse, David se montra disposé à être un fidèle vassal de Jéhova, dans le sens de Samuel.
Deux prophètes , probablement disciples de Samuel , furent ses amis et ses conseillers intimes : l'un fut Gad, que nous avons déjà rencontré auprès de David dans le pays de Moab, et qui reçut le titre de yoyant ou prophète
' Voy.2Sam. 23, 8-39; I Chron. ii, 11-17. Comparez Josèphe, ^n/<?'<. VII, 12,4.
de David (2 Sam. 24, 11), c'est-à-dirp, de conseiller intime du roi. L'autre fut Nathan , probablement plus jeune que Gad; car nous le rencontrerons plus longtemps dans l'histoire de David, et encore plus tard, sous son successeur. Ces deux hommes se distinguèrent par leur noble caractère et par la franchise avec laquelle ils reprochèrent au roi les fautes de sa vie privée et publique, comme on le verra dans la suite ; et le roi les écoutait toujours avec déférence.
Les premières années du nouveau règne se passèrent en guerres avec les peuples voisins. En première ligne nous trouvons les Philistins , qui reprirent les armes aussitôt que David établi à Jérusalem avait à défendre contre eux les intérêts de tous les Hébreux, Ils marchèrent sur la nou- .
velle résidence, mais ils furent battus dans la vallée de Réphaïm ; et bientôt, revenus une seconde fois à la charge , ils furent refoulés jusqu'à Gazer, de sorte que le haut pays en fut entièrement délivré. Plus tard, David les attaqua avec succès sur leur propre terrain; il les vainquit à plusieurs reprises, et leur enleva même le territoire de Gath '.
Ce fut pendant ses guerres avec les Philistins que David ht les premiers pas pour le rétablissement et l'amélioration du culte, dont Jérusalem allait devenir le centre. Accompagné de nombreux représentants de toutes les tribus, le roi se rendit lui-même à Kiryath-Yaarim, pour retirer l'arche sainte de la maison d'Abinadab , où elle était demeurée depuis qu'elle avait été renvoyée par les Philistins*. Il restait encore deux fils d'Abinadab, Oza et Achio , qui se chargèrent euxmêmes de conduire à Jérusalem l'arche sainte, placée sur un chariot neuf.
On se mit en marche au son joyeux de nombreux instruments; mais en chemin un accident déplorable vint subitement interrompre la joie. Les bœufs avaient regimbé et Oza ayant
' Voyez . en général , 2 Sam. 5 , 17—25 ; B, I ; 21, 15—22; 23, 9 et suiv. — I Chron. t8, I; 20, 4—8.
'' Voy. ci-dessus, p. 24G
saisi l'arche, pour l'empêcher de tomber, fut renversé subitement et mourut sur-le-champ. On vit, dans cette mort extraordinaire, un châtiment de Dieu , Oza ayant porté sur l'arche une main profane. David lui-même en fut saisi à tel point , qu'il renonça, pour le moment , à faire entrer l'arche dans Jérusalem et la fit déposer dans la maison d'un certain Obed-Edom. Ce ne fut qu'après trois mois , lorsqu'on parla partout du bonheur qui était entré, avec l'arche sainte, dans la maison d'Obed-Edom , que David ordonna la translation de l'arche à Sion , OLi on avait dressé une tente pour la recevoir. Des lévites la transportèrent en procession , au son des trompettes et aux acclamations de la foule. David lui-même, vêtu d'un éphod de lin, dansait devant l'arche. Un sacrifice solennel termina cette fête , et on dis-' tribua des vivres au peuple qui y assista en foule. Après la cérémonie, Michal reprocha avec ironie à David le peu de dignité qu'il avait montré dans cette fête endansant au milieu du bas peuple; mais David lui répondit avec amertume qu'en s'humiliant devant Dieu , qui l'avait préféré à Saùl , il n'en pouvait être que plus honoré aux yeux du peuple.
David se proposa dès lors de bâtir un temple à Jéhova, en place du Tabernacle, qui était alors établi à Gabaon , sur une hauteur. Il en parla un jour au prophète Nathan , qui approuva d'abordée projet; mais, dès le lendemain , il vint annoncer au roi que Dieu, qui l'avait inspiré pendant la nuit, n'approuvait pas pour le moment la fondation d'un sanctuaire central , et que cette tâche était réservée à son successeur. Le prophète pensait peut-être que le peuple étant épuisé déjà par tant de guerres et ayant encore de nombreux ennemis à combattre, il ne convenait pas de le soumettre aux sacrifices et aux corvées que la construction d'un temple magnifique lui aurait nécessairement imposés '.
' Voy. 2 Sam ch. 7; I Clirou. ch. 17, comparea. I Rois, 5, 17.
L'UNIVERS
Les Philistins vaincus, David dirigea ses annes victorieuses contre plusieurs autres peuples des alentours. Les Moabites furent rendus tributaires , pt les deux tiers des prisonniers qu'on avait faits sur eux furent froidement assassinés, selon l'inexorable loi de guerre de ces temps. Hadadézer ' , roi de Soba, ayant voulu s'emparer des bords de l'Éuphrate, David marcha contre lui ; un grand nombre de chevaux et de chariots de guerre et vingt mille hommes d'infanterie tombèrent au pouvoir des Hébreux. N'ayant pas de cavalerie', David mit les chevaux hors de service, en leur faisant couper les jarrets , et n'en réserva que cent attelages. Dans le butin il y avait des boucliers en or; quelques villes, occupées par les Hébreux, fournirent du cuivre en abondance. David défit également les Syriens de Damas, qui étaient venus au- secours d'Hadadézer; il les obligea de payer un tribut et plaça des postes militaires dans leurs villes. Thoï, roi de Hamath, enchanté de la défaite d'Hadadézer, avec lequel il avait toujours été en guerre , envoya son fils pour complimenter David et lui présenter de riches cadeaux. Dans le midi, l'Idumée fut complètement soumise par Abisaï, sous les ordres de son frère Joab , et elle fut occupée militairement. Le roi d'Édom avait péri probablement dans le combat ou après sa défaite; car quelques serviteurs fidèles s'enfuirent en Egypte avec le jeune prince royal (I Rois, 11, 17).
Ces victoires firent de David un roi très-puissant ; nous le voyons dès lors s'entourer d'une garde royale et de plusieurs grands dignitaires , qui formaient sa cour. Tels furent Joab , chef de l'armée; Josaphat fils d'Achilud , le Mazkir (chancelier ou historiographe) ; Sadok , fils d' Achitob ( de la ligne d'Éléazar) • et Abiathar , fils d' Achinié-
• Dans les versions on lit Hadarézer , de même dans plusieurs passages du texte hébreu; mais la vraie leçon est Hadadézer , Hadad étant le noni d'une divinité syrienne. Voy. le dictionnaire de Gesénius, sous ce mot. Sur Soba voy. ci-dessus , pase 254.
* Voy. ci-dessus, page 30,
lech ' , prêtres de la cour; Seraïah, secrétaire d'État; enfin Benaïah, fils de lehoiada, commandant de la garde royale.
Cette garde se composait de deux corps appelés Créthi et Pléthi '. Les fils de David portaient le titre honorifique de cohêii (prêtre, ministre ), étant les premiers en dignité après le roi (IChron. 18, 17)3.
Dans sa prospérité, David n'oublia pas la famille du malheureux Saùl et l'amitié qu'il avait jurée à Jonathan. Ayant appris par un ancien serviteur de Saùl, nommé Siba, l'existence de Méphiboseth, fils de Jonathan , il le fit venir de Lodebar pour lui rendre tous ses biens patrimoniaux. Siba et sa famille furent chargés du service de la maison de Méphiboseth. Celui-ci s'établit à Jérusalem, et le roi voulut le voir toujours à sa table au milieu des princes. Méphiboseth avait déjà un jeune fils nommé Micba , ce qui prouve que les guerres de David, dont nous venons de parler, avaient duré un certain nombre d'années; car, lorsque David fut proclamé roi de tout Israël , Méphiboseth n'était encore que dans sa treizième année.
David paraissait alors devoir joui»
du fruit de ses victoires et coftsacrer les temps de paix au développement
' II Sara. 8, 17 , on lit Achhnélech , fils d^ Abiathar, ce qui est probablement une ancienne faute; car, au ch. 20, v. 25, on nomme , comme prêtres de la cour , Sadok et Abiathar. La faute du premier passage aura induit en erreur l'auteur des Chronicjues; voy. 1 Cliron. ch. 18, v. I6 (où on ]it même A bhné lech pou.v Achimélech), et cil. 24, V. 3 et 6.
'^ L'étymologie de ces deux mots est fort douteuse ; on les traduit ordinairement par exécuteurs et courriers. Il y en a qui y voient des noms dérivés de certaines familles; d'autres pensent à un corps composé de Philistins , ou formé sur le modèle des archers philistins. Voy. ci-dessus, p. 83.
■^ Le texte du 2'^ livre de Samuel (8 , I8) dit : Elles fils de David étaient Cohanlm (prêtres) , ce que la Chronique explique par les premiers près du roi. On a prétendu que l'auteur des Chroniques, ne voulant pas admettre l'existence de prêtres autres que ceux de la race d'Ahron, s'est permis de substituer d'autres mots au texte primitif. Pour nous, nous ne croyons pas au sacerdoce des lils de David, dont on ne trouve de traces nulle part, et nous voyons dans le mot Cohanlm un simple titre, dont la Chronique explique le véritable sens.
(le la civilisation et de la prospérité intérieures età l'organisation du culte, qu'il avait en vue. Tous les rois voisins étaient ou ses vassaux ou ses alliés.
Parmi ces derniers se trouvait le vieux Nahas , roi des Ammonites , l'ancien adversaire de Saiil , qui, à ce qu'il parait, avait rendu à David des services importants (2 Sam. 10, 2). La mort de ce roi vint subitement troubler la paix qui régnait e'i Palestine.
Nous avons déjà dit (p. 94) comment Hanon, fils de Nahas, insulta les ambassadeurs qui vinrent, de la part de David, lui apporter des compliments de condoléance , croyant voir des espions dans les envoyés du roi hébreu.
David résolut de tirer vengeance des Ammonites. L'imprudent Hanon , qui n'avait pas à sa disposition des forces assez considérables pour lutter contfe David, prit à sa solde les troupes d'Hadadézer et des autres rois de la Syrie , qui, humiliés eux-mêmes par David, voulurent profiter de cette occasion pour secouer le joug des Hébreux. Les Syriens vinrent camper en face de Médaba (1 Chron. 19, 7), au midi de Rabbath-Ammon'. Les Ammonites se concentrèrent devant cette dernière ville , leur capitale. David y envoya ses meilleures troupes commandées par Joab. Ce général, voyant les ennemis campés sur deux points différents, marcha lui-même, avec un corps d'élite, contre les Syriens, et envoya son frère Abisaï, avec le reste des troupes, attaquer les Ammonites. Les deux frères convinrent d'accourir, s'il était nécessaire, au secours l'un de l'autre. Les Syriens furent promptement mis en fuite par Joab. Les Ammonites voyant la déroute de leurs alliés, se retirèrent dans leur capitale. Pour le moment .Toab ne poussa pas plus loin ses attaques etrevintà Jérusalem. Mais Hadadézer avait envoyé chercher des renforts de l'autre côté de l'Euphrate ; ces troupes, conduites par Sobach, général d'Hadadézer, s'avancèrent jusqu'à Hélam, ville dont la position géographique n'es't pas connue , mais qui était située
■ Voy. ci-dessus, pages 74 et 9i.
18* Livraison. (Palestine.)
probablement en deçà de l'Euphrate, sur les limites S. E. fie la Syrie. Cette fois David passa lui-même le Jourdain et marcha contre l'ennemi. Les Syriens furent totalement battus et leur général resta mort sur le champ de bataille. Ils renoncèrent depuis lors à secourir les Ammonites et conclurent avec David une paix humiliante , qui les rendit tributaires des Hébreux.
Au renouvellement de la saison des campagnes, David envoya Joab, avec une armée, faire la guerre aux Ammonites. On mit le siège devant la capitale, après avoir dévasté le pays à Tentour. La résistance des assiégés fut longue et opiniâtre, et mainte fois les Hébreux souffrirent des vigoureuses sorties que firent les Ammonites (2 Sam. Il, 17). Enfin Joab s'empara de la ville des Eaux (ib. 12, 27), c'està-dire de la basse vilie , située sur les deux bords d'une petite rivière qui tombe dans le Yabbok '. Il fit annoncer à David qu'il était sur le point de se rendre maître de Rabbah, et il engagea le roi à venir lui-même, avec des renforts , pour achever la conquête et pour en recueillir la gloire. David arriva aussitôt, et s'étanl; emparé de Rabbah , il enleva au roi des Ammonites sa couronne d'or massif, ornée de pierres précieuses , et se la posa sur la tête. On fit un immense butin, et les vaincus furent livrés à des supplices d'une cruauté barbare , mais bien méritée par ce peuple, qui n'avait voulu accorder la paix aux habitants de Jabes que sous la condition de leur crever a chacun un œil , et qui , dans les pays conquis, fendait le ventre aux femmes enceintes (Anios, 1, 13).
David les fit scier en deux, broyer sous des machines de fer, etc. C'est en vain que quelques auteurs , faisant violence au texte * , ont essayé de présenter le procédé de David envers les Ammonites sous une face qui répugne moins à nos moeurs. Ce procédé s'explique suffisamment par les mœurs barbares
' Voy. Burckhardt, Traveh in Syna, pages 357 et 358.
^ 2 Sam. 12, .31 ; i Chron. 20, 3.
i;UNIVERS.
de l'époque , par la cruauté bien connue des Ammonites et par l'insulte grave qu'ils avaient faite à David '.
Les scènes de Rabbahse renouvelèrent dans les antres villes des Ammonites, et , aprè.s avoir exercé cette terrible vengeance, David retourna à Jérusalem avec ses troupes.
Ce fut pendant le long siège de Rabbah que David, resté à Jérusalem , se rendit coupable d'un double crime, dont il. reconnut lui-même toute l'atrocité et qu'il expia plus tard par la pénitence et par de nombreux chagrins domestiques. Se promenant un jour, vers le soir, sur la plate forme de son palais , il remarqua dans le voisinage une femme qui se baignait et qui était fort belle. Il s'informa qui elle était, et ou lui dit que c'était Bathséba, femme d'Uria, qui, Héthite d'origine , servait comme oflicier dans l'armée de David. Le roi, profitant de l'absence de son mari , qui était au siège de Rabbah, lit venir Batliséba chez lui et eut avec elle des liaisons adultères. Quelque temps après, cette femme devenue enceinte en fit prévenir le roi , qui , voulant cacher son crime , donna ordre à Joab de lui envoyer Uria , sous prétexte de s'informer de l'état de l'armée et des opérations militaires. Uria revint, en effet, à Jérusalem , et David, après l'avoir interrogé , l'engagea à rentrer chez lui. Uria se retira de chez le roi, accompagné d'un riche présent; mais ce brave guerrier, ne voulant pas jouir des douceurs de la vie domestique , pendant , disait-il , que l'arche sainte, tout Israël et Juda,etJoab avec ses serviteurs demeuraient en plein champ sous des tentes , refusa de rentrer chez sa femme , et se coucha, avec les autres serviteurs, dans les antichambres du palais. Le lendemain, David, l'ayant invité à sa table, tâcha de l'enivrer, mais il ne réussit pas à le faire rentrer chez lui. Se voyant alors dans l'impossibilité
' Voy. les observations (IeMichaëlis(.Vo«. Recht, t. I, S 64) contre la dissertation de Danz, intitulée : De mitigatû Davklis in Ammonilas crudeliUite (Jena, 1710^
de couvrir son commerce criminel avec Bathséba , le roi eut la fatale idée de se mettre à l'abri par un crime bien plus grand encore. En renvoyant Uria à R^abbah, il lui remit une lettre pour Joab , datis lr7uelle il ordonna à ce général de placer Uria à la tête d'un détachement , à l'endroit oti le péril serait le plus grand , et de l'abandonner au plus fort de la mêlée. A la première sortie, que firent les Ammonites, Joab, fidèle aux ordres du roi, exposa le malheureux Uria , qui périt dans le combat.
David , averti de sa^ mort , n'attendit que la fin du deuil de Bathséba, pour couronner, par un mariage que la loi réprouvait, son double crime d'adultère et de meurtre. Quelque temps après, Bathséba lui donna un fils, fruit de leurs liaisons criminelles.
Le prophète Nathan ne put voir avec indifférence la conduite atroce de David : il connaissait les sentiments du roi , il savait que sa faute, quelque grave qu'elle fût, n'était que l'oeuvre d'un moment de faiblesse , et qtî'elle n'était pas émanée d'un cœur corrompu. Sachant le roi accessible au repentir, mais craignant de l'irriter ^ par des reproches directs , \T sut employer en même temps la franchise et la prudence -, et, par un ingénieux apologue, qu'il raconta au roi, il sut l'amener à prononcer lui-même son jugement : « Deux hommes, dit le « sage prophète, vivaient dans la « mêmeville, l'un riche et l'autre pau- « vre; le riche possédait destroupeaux « nombreux , mais le pauvre n'a- « vait qu'une petite brebis, qu'il avait « achetée, qu'il élevait, qui grandis- « sait près de lui et de ses enfants , « qui mangeait de son pain , buvait «dans sa coupe, dormait dans son « sein,etqu'iltenaitcommesa fille. Un « voyageur étant venu chez l'homme « riche, celui-ci , épargnant ses trou- « peaux, prit la brebis du pauvre et
« l'apprêta pour son hôte » A
ces mots David fort en colère , « Par le Dieu vivant, s'écria-t-il, l'homme qui a fait cela mérite la mort , et la brebis sera payée au quadruple! — Eh
PALESTIÎ^E.
bien , répliqua Nathan , tu e s toiinênie cet liomme riclie! » Et, dans un clialeureux discours, il lai reprocha son crime énorme et le menaça du châtiment céleste. Mais bientôt voyant le roi anéanti et ne pouvant proférer que ces mots '.j'ai péché contre Jéhova , le prophète adoucit sa sévérité et annonça au roi le pardon de ce Dieu qu'il avait offensé, mais qui accueillait favorablement son sincère repentir. Nous possédons encore la belle prière que David prononça dans cette occasion, et où, après avoir confessé son péché, il demanda à Dieu de ne pas le rejeter, de ne pas lui retirer ses saintes inspirations et de lui donner un cœur pur et humble , qui est le meilleur sacrifice que l'homme puisse offrir à la Divinité '.
L'enfant de Bathséba tomba bientôt* malade, et David, qui le chérissait beaucoup, ne cessait de jeûner et de prier pour sa guérison. Après sept jours l'enfant mourut; la résignation que David montra dans cette occasion étonna les gens de sa cour, qui avaient été témoins de sa douleur pendant la maladie de l'enfant. « Hélas! dit le roi, pourrais-je, en jeûnant , le faire revenir .!* J'irai le rejoindre un jour, mais lui il ne reviendra plus. « Bathséba lui donna ensuite un autre fils qu'il appela Schelomo , ou Salomon; il en confla l'éducation au prophète Nathan% qui lui donna le surnom de Yedidijah (aimé de Dieu).
Après sa victoire sur les Ammonites, David n'eut plus d'autres luttes à soutenir avec ses voisins, à l'exception de plusieurs rencontres avec les Philistins , qui , de temps à autre , firent
' Voy. le psaume 5i (Valg. 50), qui , selon l'épigraphe, fut composé dans cette occasion. C'est à tort que plusieurs critiques ont douté de l'authenticité de cette épigraphe, parceque, dans lés deux derniers versets du psaume, on prie poiu: le rétablissement des murs de Jérusalem et des sacrilices ; ces versets furent ajoutés plus lard, lorsqu'on appliqua les prières et les chants des temps anciens à des circonstances nouvelles. Il y a des exemples analogues dans d'autres psaumes.
^ Tel parait être le sens des mots : Et il l'envoya entre la main du prophète Nailia7i {2 Sàm. 12, 25).
des incursions sur différents points., mais qui furent toujours repoussés.
Dans l'une de ces rencontres David manqua de perdre la vie; mais Abisaï vint à son secours et tua son agresseur. Dès ce moment, ses gens l'adjurèrent de ne plus prendre part aux combats et de ne pas exposer une vie qui était la lumière d'Israël (2 Sam.
Mais David ne put jouir du succès de ses armes; une fatale destinée lui refusa , pendant toute sa vie , le repos et le bonheur. Dans sa jeunesse, il avait mené une vie errante, hérissée de périls; son âge viril se consuma en guerres avec les peuples voisins ; sa vieillesse fut abreuvée d'amertume par des troubles intérieurs et par les malheurs qui vinrent l'accabler dans sa propre maison. Pour un coeur sensible et aimant comme l'était celui de David , il ne pouvait y avoir de plus dures épreuves que celles qu'il dut subir par la conduite désordonnée de ses fils et par les désastres qui en furent la suite.
Maacha , princesse de Gessur , avait donné à David un fils nommé Absalora et une fille nommée Thamar.
Amnon, premier-né de David, de sa femme Achinoam , s'éprit d'un amour incestueux pour Thamar. Sur le perfide conseil de son ami Jonadab , neveu de David , Amnon , feignant d'être malade, demanda au roi de lui envoyer sa sœur ïhamar pour le soigner, et, resté seul avec elle, il la déshonora. Sa passion étant satisfaite, son amour se changea subitement en haine et en mépris , et il chassa honteusement de chez lui sa malheureuse victime, qui, dans son désespoir, déchira ses vêtements et s'en alla en poussant des cris lamentables. Absaîom , frère germain de Thamar, résolut de venger l'honneur de sa sœur.
David, quoique indigné de la conduite d'Amnon , n'eut pas le courage de le punir. Pendant deux ans Absalom dissimula la haine profonde qu'il avait vouée à Amnon ; enfin une fête, qu'il donna loin de la capitale , à l'occasion de la tonte de ses brebis, lui
L'UNIVERS
lournit l'occasion d'exécuter la vengeance qu'il avait méditée depuis longtemps. Il invita le roi et tous les princes à assister à cette fête; David refusa d'y aller, mais, sur les instances d'Absalom, il y envoya tous ses fils. Au milieu du festin Absalom fit assassiner Amnon ; les autres princes consternés s'enfuirent en toute hâte à Jérusalem , où déjà le bruit s'était répandu que tous les princes avaient été assassinés. Le désespoir du roi et des princes fut extrême. Absalom chercha un refuge auprès de son grand père à Gessur, où il resta trois ans.
Au bout de ce temps Joab, ayant remarqué que le roi , consolé dé la mort d'Amnon, était porté à l'indulgence à l'égard d' Absalom, tacha d'obtenir pour ce dernier la permission de revenir à Jérusalem. Il employa à cet effet une femme de Thécoa qui , vêtue de deuil, se présenta au roi, disant qu'elleétait restée veuve avec deux fils; que, dans une rixe, l'un d'eux avait tué son frère, et que les parents voulaient lui arracher l'autre pour venger le sang versé : elle venait donc implorer le secours du roi. David reconnut bientôt dans les paroles de cette femme les inspirations de Joab; il permit le retour d'Absalom, sous la condition qu'il ne se présenterait pas devant lui. Joab se rendit lui-même à Gessur pour ramener Absalom , qui resta deux ans à Jérusalem sans voir le roi. Il voulut de nouveau avoir recours à Joab; celui-ci ne s'étant pas présenté chez Absalom , qui l'avait fait appeler deux fois, le prince fit mettre le feu à un champ d'orge appartenant à Joab. Ce général vint alors s'en plaindre à Absalom, et celuici avoua qu'il avait employé ce moyen pour le faire venir chez lui, étant fatigué , disait-il, de la vie, qu'il menait à Jérusalem et à] laquelle il aurait préféré l'exil ou même une sentence de mort. Joab intercéda de nouveau pour le prince; une entrevue eut lieu entre le roi et son fils , et la réconciliation fut complète.
Cependant, Absalom se montra peu digne de la trop grande indulgence
de son père. Ce prince ingrat manifesta bientôt des projets ambitieux , qui, peut-être, avaient déjà germé en lui, lorsque, après deux ans d'intervalle , il vengea si traîtreusement sa sœur sur Amnon, héritier légitime de la couronne. D'un extérieur imposant et passant pour le plus bel homme dans Israël (2 Sam. 14,25), Absalom affichait un luxe royal; il se faisait traîner dans un char attelé de beaux coursiers, et cinquante hommes couraient devant lui. En même temps, il affectait une grande popularité, embrassant ceux qui venaient lui faire la cour, parlant à tout le monde avec beaucoup d'affabilité, et disant à tous ceux qui allaient demander justice au roi, que s'il était chef de l'État, il protégerait avec impartialité les droits de tout le monde. Il parvint ainsi à se créer de nombreux partisans , et il trama un complot contre David , dans lequel il sut attirer un des conseillers du roi, Achithophel de Giloh (sur la montagne de Juda) , dont les conseils étaient considérés comme des oracles.
Après quatre ans" de menées sourdes, Absalom demanda au roi la permission d'aller à Hébron, sous prétexte d'y ac-^ complir un vœu qu'il avait fait è Ges-»' sur. Il y entraîna deux cents hommes de Jérusalem, qui n'étaient pas inities dans ses projets. A Hébron et dans les provinces ses émissaires avaient tout préparé pour le faire proclamer roi , et bientôt Absalom se trouva à la tête d'une armée formidable. Tout avait été conduit avec tant d'habileté que, lorsque David reçut la première nouvelle de la conspiration, il ne lui resta plus d'autre moyen de préserver la ville de Jérusalem d'une ruine totale, que de la quitter en toute hâte, et de céder la place à son fils rebelle. Le magnanime roi sortit à pied de sa capitale , suivi de toute sa maison, des
' Le texte (2. Sam. 15, 7) dit : aw bnut de quarante ans , et les commentateurs ne sont pas d'accord sur l'époque de laquelle il faut dater ces quarante ans. Nous n'hésitons pas à admettre la variante de la version syriaque et de Joséphe ( Antiqit. VII , 9, I), qui portent quatre ans, cequi lève toutes les diflicultés.
Créthi et Pléthi et de six cents hommes de Gath, qui , sous le commandement d'un certain lîthaï, s'étaient mis au service de David, et qui, dans cette triste circonstance , lui montrèrent le plus fidèle attachement. De toute la maison du roi, il ne resta à Jérusalem que dix femmes de son harem. Tous les émigrés , le roi en tête, passèrent, en pleurant, le torrent de Kidron et se dirigèrent vers la montagne des Oliviers. Les prêtres Sadok et Abiathar suivirent avec l'arche sainte ; mais le roi les engagea à retourner dans la capitale , pour lui faire connaître les événements par l'entremise de leurs deux lils, qui devaient se tenir près de la ville. La tète enveloppée en signe de deuil, nu-pieds et en versant des larmes , le vieux roi monta, avec une touchante résignation, la montagne des Oliviers. Arrivé au sommet, où il se prosterna devant Dieu, il vit devant lui Husai, son intime ami , les vêtements déchirés et la tête couverte de poussière. « Si tu me suis, lui dit David, tu me seras à charge; mais à Jérusalem, feignant de reconnaître Absalom , tu peux m'être utile, en déjouant les conseils d'Achithophel , et en faisant connaître aux prêtres Sadok et Abiathar tout ce que tu aurais appris des projets du nouveau roi. «Husaï consentit, par dévouement pour David , à rentrer dans la capitale. Le roi avait à peine commencé à descendre de l'autre côté de la montagne , qu'il fut rejoint par Siba, serviteur de Méphiboseth,qui lui amena des ânes et des provisions, accusant son maître d'avoir voulu rester à Jérusalem, dans l'espoir de trouver, au milieu des troubles, l'occasion de se créer un parti parmi les anciens amis de Saùl , et de monter sur le trône de son grand-père. David le crut et fit don à Siba de tous les biens de son maître. En passant par le village de Bahurîm, au pied de la montagne , le roi fut cruellement insulté par un certain Simél , de la famille de Saiil,qui ne cessait de lancer des pierres et de proférer des injures : «Sors, dit-il, sors, homme inique; Dieu
a fait retomber sur toi tout le sang de la maison de Saiil dont tu as usurpé le trône. » Abisaï voulut courir sur lui et lui trancher la tête , mais David l'eu empêcha : « Mou propre fils, dit-il, attente à mes jours; comment ce Benjamite n'en ferait-il pas autant?
Laissez-le , qu'il maudisse ; c'est Dieu qui le lui a dit. »
Absalom fit son entrée dans la capitale; sur le conseil d'Achithophel, il prit possession ouvertement du harem royal , afin de montrer que toute réconciliation avec son père était impossible, et de faire cesser les hésitations des esprits indécis. Achithophel fut d'avis qu'il fallait immédiatement se mettre, avec douze mille hommes, à la poursuite du roi fugitif; mais Husaï, qui avait su se faire agréer par Absalom et capter sa confiance, persuada à celui-ci qu'il serait imprudent démettre à l'épreuve le désespoir de David et de ses gens et leur courage bien connu , avant d'avoir rassemblé des forces imposantes et de s'être assuré le concours de toutes les provinces. Cet avis ayant été approuvé par Absalom , Achithophel, justement inquiet de l'issue de la guerre, s'en retourna aussitôt à Giloh, où, après avoir mis en ordre ses affaires, il s'étrangla. Husaï s'étant mis en rapport avec les deux prêtres, fit promptement avertir David d'être sur ses gardes, et l'engagea à passer le Jourdain. David se rendit à Mahnaïm, où il reçut des preuves touchantes de dévouement. Barzillaï, un des hommes les plus considérables de la Pérée , Machir de Lodebar, l'ancien protecteur de Méphiboseth , et le prince ammonite Schobi de Ilabbah ' lui amenèrent des provisions abondantes. David ayant appris qu'Absalom avait passé le Jourdain et qu'il se dirigeait sur Mahnaïm , envoya audevant de lui sa troupe divisée en trois bandes, dont il confia le commandement à Joab, à Abisaï et à Itthaï, auxquels il recommanda les plus grands ménagements envers son fils rebelle.
Lui-même resta à Manhaïm ses géné-
' Voy. ci-dessus, page 05.
L'UNIVERS
raux ne voulant pas qu'il prît part au combat. L'armée d'Absalom , commandée par Amasa, cousiu de Joab et neveu de David, futobligée de repasser le J ourdain, et le théâtre de la guerre fut transporté danslaforêtd'Ephraïm.
L'habileté et le courage des héros de David l'emporta sur le nombre bien plus grand des troupes d'Absalom, qui turent taillées en pièces; vingt mille hommes perdirent la vie sur le champ de bataille, ou dans la fuite. Absalora, se sauvant sur une mule , vint à passer sous uu chêne touffu; sa tête s'embarrassa dans les branches de l'arbre , et il resta suspendu par ses cheveux pendant que la mule s'échappa sous lui.
Un homme, qui avait vu Absalomdans cette position, vint avertir Joab , qui lui fit des reproches de ce qu'il n'avait pas tué le rebelle. Cet homme rappela a Joab que le roi leur avait bien recommandéd'épargner la vie du prince. Mais Joab n'en tint aucun compte; il se rendit lui-même à l'endroit où Absalora était suspendu , et le perça de trois dards, ordonnant à dix de ses serviteurs de l'achever. On jeta son cadavre dans une grande fosse qui se trouvait dans la forêt, et on y éleva un monceau de pierres. Joab ut aussitôt sonner la retraite , et on cessa de poursuivre les fugitifs. Un messager l'ut expédié pour Mahnaïra , où David attendait l'issue du combat. Au lieu de se réjouir de la victoire, le roi , en apprenant la mort d'Absalom, s'abandonna à la plus vive douleur : « Mon fils! mon fils! dit-il en pleurant, que ne suis-je mort à ta place! » Joab arriva aussitôt , et, irrité de ces larmes d'un père trop tendre, fit entendre au roi qu'il seraitmenocé du plus grand danger, s'il ne se montrait pas immédiatement au peuple. David obéit à regret à cette triste nécessité ; il sortit sur une place publique à la porte de la ville, où tout le peuple vint passer devant lui.
Le spectacle touchant du vieux roi s'enfuyant à pied de sa capitale, sa noble résignation et son courage, et surtout la malheureuse issue de la tentative d'Absalom, firent revenir les
tribus d'Israël de leur funeste égaremeut. On se reprocha l'ingratitude manifestée envers ce roi qui avait délivré le pays de tous ses ennemis, et des voix s'élevèrent pour le ramener en triomphe à Jérusalem. Le roi, par l'entremise des prêtres Sadok et Abiathar, fit avertir les Anciens de Juda, afin que, parents du roi , ils ne fussent pas les derniers à faire leur soumission. Ne pouvant pardonner à Joab la mort d'Absalom, il fil promettre à Amasa de le nommer général en chef en place de Joab. Ces avances firent tout rentrer dans l'ordre; unedéputation de Juda se rendit aussitôt a Guilgal; car ce fut près de cette ville que le roi, qui déjà avait quitté Mahnaïin, devait passer le Jourdain. Ls noble Barzillaï , quoique octogénaire, voulut accompagner le roi jusqu'au Jourdain; David l'invita à venir demeurer avec lui à Jérusalem; mais Earzillaï , s'exci^sant sur son grand âge , pria le roi de reporter sa bieuveillauce sur son fils Kimham. Après avoir passé le Jourdain avec le roi , le vieux Barzillaï fit ses adieux, et son fils resta auprès de David. Au passage, le roi fut reçu par les députés de Juda, auxquels étaient venus se joindre ceux de quelques autres tribus qui avaient pu être prévenues à temps. Siméi de Bahurim, qui avait si indignement outragé le roi, lors de sa fuite, amena mille hommes de Benjamin pour le complimenter; il se jeta à genoux devant le roi , qui lui accorda un généreux pardon. L'hypocrite Siba s'y était aussi renduavec toute sa maison, pour faire sa cour au roi. Méphiboseth se présenta dans le plus grand désordre; depuis le jour où le roi avait quitte Jérusalem, il n'avait pas fait sa barbe ni mis de vêtements blancs. Interrogé par le roi pourquoi il ne l'avait pas suivi dans sa fuite , il dit que son serviteur Siba. l'avait trompé, et qu'il était parti seul afin de le calomnier auprès du roi. David ne ^ chaut lequel des deux croire et ayant donné à Siba les biens de Méphiboseth, proposa à celui-ci de les partager entre eux deux. « Qu'il prenne tout , dit Méphiboseth,
PALESTIINE.
o puisque mon seigneur le roi est reve- « nu en paix. » Selon toute apparence , Méphiboseth était innocent; le moment où le peuple en foule s'assemblait autour d'Absalom, aurait été mal choisi pour faire valoir les droits d'un homme boiteux et entièrement inconnu.
Le roi arrivé à Guilgal allait partir pour Jérusalem, lorsqu'il fut rejoint par les députés de toutes les tribus éloignées. Ils firent des reproches à ceux de Juda d'être allés chercher le roi sans les attendre; les députés de Juda répondirent avec arrogance et firent valoir leur parenté avec le roi. On répliqua de part et d'autre , et la querelle s'anima à tel point, qu'un perturbateur, nommé Séba, fils de hichri , Benjamite, crut le moment favorable pour lever le drapeau de la révolte; il fut suivi des députés de toutes les tribus, à l'exception de ceux de Juda , qui partirent avec le roi pour Jérusalem. La capitale était tranquille ; David prit paisiblement possession de son palais, dont il éloigna les dix femmes sur lesquelles Absaloin avait fait acte de souveraineté, et qui furent condamnées à vivre retirées en état de veuvage.
David ordonna aussitôt à Amasa , son nouveau général en chef, de rassembler les troupes de Juda , dans l'espace de troisjours, afin de se mettre àla poursuite du rebelle Séba. Amasa ayant tardé à revenir , David , qui était fort inquiet delà révolte deSéba, fut obligé de s'adresser à Joab' , qui partit aussitôt avec la garde royale et tous les tiéros.AGabaon,Joab rencontra Amasa , et aussitôt il résolut de se défaire de son rival. Ramassant son épée qu'il avait, comme par hasard , laissé tomber du fourreau, il aborda Amasa d'un air amical, lui demandant comment il se portait; et au même instant il lui plongea son épée dans le côté. Amasa tomba mort au milieu de la route; un des serviteurs deJoab en-
' Le texte (2 Sam. 20, G) nomme Ahisaï, mais dans ce qui suit il est constamment question de Joab. Nous croyons donc qu'au lieu d'Abisaï il faut lire Joab , comme le portent en effet la version syriaque et Josèptie {Antiq., VII, H, 6).
leva le cadavre, auprès duquel beaucoup de passants s'étaient arrêtés. Dès lors chacun se rangea sous ce chef redoute, qui venait de se souiller d'un troisième assassinat , sans que personne osât lui en demander compte. Joab traversa tout le pays , se dirigeant au nord ; il apprit que Séba s'était enfermé dans la forteresse cVAbéla ou Abel- Beth-Maacha en OâMlée^ . Cette ville fut assiégée, et déjà Joab voulait faire donner l'assaut, lorsqu'une femme lui cria du haut des murs de ne pas détruire une ville aussi importante, promettant de lui faire livrer la tête de Séba. Elle sut persuader aux assiégés de trancher la tête du rebelle; elle fut jetée à Joab, qui fit aussitôt sonner la retraite et retourna à Jérusalem. Joab avait acquis un nouveau titre à la reconnaissance de David, qui n'osa lui reprocher le meurtre d' Amasa, et qui fut obligé de le maintenir dans son grade de général en chef, d'autant plus que la jalousie toujours croissante entre Israël et Juda pouvait , àla première occasion , faire éclater de nouvelles hostilités.
Ce fut peut-être dans cette crainte que David eut la cruauté de sacrifier quelques turbulents descendants de Saùl , sous prétexte de les livrer à la vengeance des Gabaonites, que Saùl et sa famille avaient persécutés et massacrés , malgré la sauvegarde qui leur avait été accordée du temps de Josué.
Selon un passage obscur de la Bible (2 Sam. ch. 21), le seul où il soit question de cet acte cruel de Saùl, une famine avait affligé le pays pendant trois années de suite; l'oracle consulté à cet égard répondit « que Dieu faisait expier au pays le crime de Saul et de sa maison sanguinaire , pour avoir tué les Gabaonites. » David offrit aux Gabaonites de leur donner la satisfaction qu'ils réclameraient eux-mêmes , et ils demandèrent sept des descendants de Saùl pour les pendre à Gabaa , ancien lieu de résidence
' Saint Jérôme (Onomasl. s. v. Beihmaacha) se trompe en plaçant cette ville entre Eleulliéropolis et Jérusalem. Voy. de Boissi, Dissertations, t. I, p. 283—287.
L'UJNIVERS.
de Saiil. David leur livra Armoni et Mépliiboseth, lils de Saiil et de sa maîtresse Rispah, et cinq fils de Mérab, filledeSaiil.IlépargnaleboiteuxMéphiboseth , à cause de l'amitié qu'il avait jurée à son père Jonathan. Les cadavres des sept victimes étant demeurés suspendus sur une hauteur, Rispah s'assit à côté d'eux sur un sac, pour garder ces restes, qui lui étaient chers; restantainsi là jour et nuit, elle ne laissait approcher aucun oiseau de proie, ni aucune bête des champs.
David , touché de ce tendre dévouement , fit chercher à Jabès les restes de Saiil et de Jonathan et les fit enterrer, ainsi que les sept victimes, dans le tombeau de la famille de Kîs.
De quelque manière qu'on explique ce récit obscur, soit que David ait voulu prévenir de nouveaux troubles , ou qu'il ait cédé à l'exigence des Gabaonites et aux superstitions populaires , il sera difficile d'absoudre le roi de sa conduite criminelle dans cette circonstance. Pour disculper David , on a supposé que les fils et les petitsfils de Saiil avaient commis des meurtres parmi les Gabaonites , et que David , selon la loi , livra les meurtriers, jusqu'alors impunis, aux parents de ceux qu'ils avaient assassinés'.
Mais le texte dit clairement qu'il s'agissait d'une persécution des Gabaonites , en général, par Saiil, qui voulut les détruire en masse , et que les Gabaonites crurent devoir se venger sur ses enfants =.
La paix étant assurée au dedans et au dehors, David put employer ses dernières années à achever l'organisation intérieure du pays, à laquelle, sans doute, il avait travaillé depuis longtemps, et qui, sous son règne, prit les plus grands développements. Le premier livre des Chroniques (ch. 23 à 27) nous donne à ce sujet des détails intéressants, que nous devons faire connaître en résumé. Quoique la Chronique ne soit pas exempte d'exagérations , surtout dans certains nombres, nous ne croyons pas pour cela devoir
' Voy. Jahu, Ai-chœoloyie ^ II, I, p. lii. ■' 2 Sam. ch. 2l, v. 2, 5 et 6.
mettre en doule l'authenticité des faits en eux-mêmes.
David, que ses succès militaires avaient rendu puissant, et qui était guerrier avant tout, introduisit de grands changements dans l'organisation militaire des Hébreux. Jusque-là les levées de troupes n'avaient eu lieu qu'en temps de guerre, et il n'y avait pas d'armée proprement dite'. Les institutions mosaïques , en général , ne favorisaient nullement l'établissement d'une armée permanente. Saiil s'était contenté, en temps de paix, d'une milice de trois mille hommes.
David, dont les succès augmentèrent l'ambition et qui savait aussi qu'il devait se garantir contre les ennemis de l'intérieur, s'entoura, dès le commencement de son règne, d'une garde royale, composée probablement, en grande partie, de mercenaires étrangers. Il composa ensuite une armée, ou plutôt une milice citoyenne de deux centquatre-vingt-huit mille hommes, divisée en douze cohortes de vingt-quatre mille hommes, dont chacune devait être en service actif, dans la résidence, pendant un mois de l'année. Ces divisions exercées tour à tour sous les yeux du roi, et dont les commandants en chef étaient choisis parmi les trente héros de David , formaient, en temps de guerre, une véritable armée habituée aux exercices militaires. Mais David, oubliant qu'un roi hébreu devait se borner à la défense de son territoire, et désirant probablement agrandir sou empire par de vastes conquêtes , manifesta l'intention de substituer à cette milice citoyenne une armée permanente. Tel fut probablement le but du recensement général ordonné par David, et que Joab lui-même désapprouva, voyant sans doute, dans cette innovation, un acte illégal et surtout impolitique, qui pouvaitavoirdessuitesdangereuses,enimposantà un peuple livré à l'agriculture unjoug inaccoutuméet insupportable , et en privant le sol des bras nécessaires. Mais David se montra inflexi-
' Voy. ci-dessus, page 200.
ble, et Joab obéit. Ce qui prouve que ce recensement n'était pas une simple mesure civile , c'est qu'il fut confié à unecommission militaireconduite par Joab et appuyée, à ce qu'il paraît, par un fort détachement de troupes ; car il est question de campements^. La commission parcourut tout le pays, et, après une absence de neuf mois et vingt jours, elle revint à Jérusalem faire son rapport au roi. Nous avons déjà parlé (page 15) des résultats de ce recensement et des chiffres que nous offrent, sous ce rapport, les livres de Samuel et des Chroniques. Quelles qu'aient été les intentions de David, il ne leur donna pas de suite ; car, immédiatement après le recenspmeiit , une peste, qui éclata en Palestine, ayant enlevé beaucoup de monde, le prophète Gad se présenta au roi et lui fit voir dans cette calamité publique un châtiment de la Divinité irritée des arrogantes mesures qu'il venait de prendre. David écouta les avertissements salutaires du prophète, et, pour apaiser le ciel, il dressa un autel où il offrit des sacrifices, sur l'aire du Jébusite Aravna, ou Oman , située sur ie mont Moria, où l'ange exterminateur s'était arrêté, c'est-à-dire, où la peste n'avait pas pénétré. Cette aire , que David acheta à Aravna, fut choisie plus tard pour l'emplacement du Temple (2 Chron. 3, 1)^
L'administration civile resta probablement sous David telle qu'elle avait été établie par les anciennes lois et par les usages. Du moins les documents qui nous restent ne parlent-ils d'aucune innovation, ni d'aucune plainte qui se soit élevée à cet égard. Nous trouvons encore les chefs des tribus ^ et les anciens revêtus de l'autorité que la loi leur attribue. Dans
' Voy. II Sam. ch. 24, v. 4 et 5; Micliaélis, jI/os. Rccht, t. III , § 174.
2 Nous avons dépouillé le récit biblique (II Sam. 24 et I Chron. 21 ) de son enveloppe mythique pour ne présenter que les
"faits historiques que nous croyons y rcconnaitce.
3 Dans les Chroniques (I, 27, 16—22), oo trouve les noms des chefs de tribu qui foucUounaient sous David.
l'organisation de la justice on remarque des changementsnotables. David , selon l'usage des rois dans l'ancien Orient, exerça lui-même les fonctions de juge ; non-seulement il prononça arbitrairement, et sans instruction préalable, dans plusieurs circonstances graves ' , mais il paraît que tous les plaideurs étaient admis à ses audiences; on y accourait de toutes les parties du pays^ Le roi Ut sans doute beaucoup de mécontents, et Absalom en profita pour exciter le peuple à la rébellion. Plustard, David modifia sensiblement la composition du corps des juges, en y introduisant un très-grand nombre de Lévites, qui probablement formaient des tribunaux supérieurs ^.
Le personnel de la cour était devenu très-nombreux. Outre les grands dignitaires, dont nous avons déjà parlé, nous trouvons Adoniram préposé aux corvées, ou aux impôts, autre innovation contraire à l'esprit des institutions mosaïques. Le roi possédait de vastes domaines et était riche en troupeaux, et en autres biens, provenant soit des impôts payés en nature, soit du butin fait sur les ennemis. Douze employés supérieurs administraient les possessions du roi ; voici les différents départements confiés à ces employés, appelés sabé HA-RECHOUSCH, OU cfiefs du domaine ( 1 Chron. 27 , 25— 31) : T les trésors du roi ; 2° les magasins établis dans les campagnes, les villes de province et les forts; 3" l'agriculture et les travaux des champs ; 4° les vignobles; 5° les entrepôts des vins ; 6° la culture des oliviers et des sycomores dans la plaine de Schephéla ; 7° les entrepôts de l'huile; 8° les troupeaux de bœufs dans la vallée de Saron ; 9° les troupeaux de boeufs dans les autres vallées ; 10° les chameaux (confiés à un Arabe); 11" les ânes; 12» le menu bétail.
Ce furent surtout les préparatifs
• Voy. II Sam. I, 5— 16; 4, 9—12, et cidessus , pages 267 et 269.
■' Voy. [I Sam. 14, 4 — 11; 15, 2.
3 Voy. ci-dessus, p. 195; I Chron. 23, 4; 2G , 29 ; Micliaélis, 1. c. t. I , § 57.
L'UNIVERS
pour la construction du Temple et l'organisation des prêtres et des lévites qui occupèrent David dans les dernières années de son règne. Il prépara pour le Temple une grande partie des matériaux nécessaires , et dressa lui-même le plan de l'édifice'. Il organisa autourde l'arche sainte un culte provisoire dont la musique devint un élément essentiel. Dans ce but il donna aux corps des lévites et des prêtres une organisation nouvelle, et il fixa en même temps les fonctions dont ils devaient être chargés dans le temple futur. Le corps des lévites se composait alors de trente-huit mille hommes âgés de trente à cinquante ans^ David les divisa en quatre ordres : vingt-quatre mille furent affectés au service des prêtres et chargés en même temps de présider à la construction du Temple; six mille entrèrent dans les corps des juges et des Schoterim ; quatre mille , appelés portiers, furent chargés de la garde du Temple, et quatre mille delà musique sacrée. Les ordres particulièrement destinés au culte furent subdivisés en différentes classes, dont chacune avait son chef, et qui se relevaient chaque semaine; Tordre des iVjsiciens comptait vingt-quatre classel^. Un soin tout particulier fut donné à l'organisation de ce dernier ordre, formé par le roi sous les inspirations des prophètes Gad et Nathan (2 Chron.
29, 25). David en dirigea lui-même les études et composa , en grande partie, les cantifiues sacrés et la musique.Nous aurons l'occasion de revenir, dans un autre endroit, sur les grands mérites de David pour la musique et la poésie, qui, sous son règne, prirent le plus grand e=sor ; ici nous nous contenterons d'observer que David, poète et musicien .. composa un grand nom-
' Yoy. I Chron. ch. 22 , v. I —4 ; ch. 28, V. U — 19.
2 Vov. ci-dessus, p«çe 172.
3 Voy. I Chron. cli. 25 et 26; comparez I Chron. ch. 9, v.25;II Rois, ch. Il, v. 5 — 7; 2 Chron. ch. 23, v. 4; Josèphe, ../«tiq. "VII, l'i, 7. — Selon Josèphe, chaque ordre était divif^é, comme les prêtres, en vingt-quatre classes, ou éphéméries.
bre d'hymnes ou de psaumes, dont nous possédons encore une partie. A côté de lui se distinguèrent, dans la poésie lyrique et dans la musique, les lévites Asaph, léduthun et Héman (ce dernier petit-fils de Samuel), auxquels il confia la direction suprême de la musique sacrée. Leurs fils, au nombre de vingt-quatre, composaient, avec d'autres membres de leurs familles, un chœur de deux cent quatre-vingt-huit individus, divisé en vingt-quatre sectionsqui formaient sansdoutele noyau des vingt-quatre grandes classes de musiciens (1 Chron. ch. 25).
Les prêtres furent également divisés en vingt-quatre classes, ou familles, dont chacune avait son chef '. Seize classes appartenaient à la famille d'Éléazar et huit à celle d'Itbamar; ceux-là avaient pour chef suprême Sadok, ceux-ci Abiathar^. Ces classes devaient être chargées, à tour de rôle, du culte des sacrifices dans le sanctuaire central de Jérusalem. Pour le moment, les sacrifices publics prescrits par la loi s'offraient encore à Gabaon , où se trouvait le Tabernacle , quoique l'Arche sainte restât à .lérusalem. Sadok, assisté des prêtres de sa famille , était chargé provisoirement du culte de Gabaon; Héman et léduthun y dirigeaient la musique sacrée , tandis qu'Asaph avec ses chœurs restait chargé de l'office musical qui fut célébré chaque jour près de l'Arche sainte à Jérusalem (1 Chron. 16, 37—42).
Ces soins de l'organisation intérieuredu royaume occupèrent le vieux roi jusque dans la dernière année de sa vie (I Chron. 20. 31 ). Déjà cette vie. épuisée partant de fatigues et d'agitat:', ris, avait perdu tout son feu; on attacha au service personnel du roi la jeune Abisag de Sunem, la plus
' On peut voir les noms de ces chefs dans le premier livre des Chroniques, ch. -y*. Nous retrouverons la même organisation encore après rex.il ; les chefs des classes sont les àg-nzoiiç, du Nouveau Testament.
'Le texte des Chroniques porte .4chemélech; voyez ci-(Iessas, page 2/2, col. 2, note I.
belle vierge de tout le royaume ; mais elle ne fut pas capable de ranimer ses sens déjà éteints. On attendait la fin prochaine du roi et il était temps de régler irrévocablement la succession au trône, pour laquelle il y avait deux prétendants. Adoniah , le quatrième et alors l'aîné des flls de David, s'était habitué , depuis la mort d'Absalom , à se considérer comme l'héritier légitime de la couronne. Comme Absalom, il s'était entouré d'un luxe royal et avait su se créer un parti , sans en être empêché par le roi qui avait toujours eu beaucoup defaiblesse pour ses enfants. Cependant, le roi avait promis depuis longtemps à Bathséba de nommer successeur au trône leur fils Salomon. Dans la constitution , à ce qu'il paraît , rien n'avait été fixé sur le droit de succession : * Adoniah pouvait invoquer un droit naturel , tandis que Salomon s'appuyait sur la volonté souveraine du roi généralement respectée par la nation. Adoniah avait su attirer dans son parti deux hommes importants :
Joab , le chef de l'armée , et Abiathar, le grand prêtre; les princes, ses frères , lui étaient également favorables. Mais il avait contre lui le prêtre Sadok , le prophète Nathan , Benaïah, général des gardes, elles héros de David. Un jour Adoniah donna un grand festin, auquel il invita tous ses frères et amis et les plus grands pcrsonnagesdeJuda; Salomon, Nathan et Benaïah ne furent pas invités; car Adoniah avait l'intention de se faire proclamer roi. Le prophète Nathan alla aussitôt trouver Bathséba et l'engagea à se rendre promptement chez le roi, pour lui rappeler sa promesse au sujet de Salomon ; il lui promitd'aller la rejoindre, lorsqu'elle serait en conversation avec le roi et de lui prêter le secours de sa parole. Le roi instruit par Bathséba et par le prophète de ce qui se passait dans la maison d' Adoniah, et pressé de se prononcer d'une manière irrévocable , jura de nouveau qu'il nommerait Salomon son successeur, et que ce jour même il accomplirait sa
promesse. Il ordonna aussitôt à Sadok , à Nathan et à Benaïah de faire monter Salomon sur la mule du roi et de le faire descendre dans la vallée de Guihon , accompagné de toute la cour. Là Sadok et Nathan devaient procéder en public à la cérémonie de Vonction ou du sacre royal , au son des trompettes et aux cris de vive le roi Salomon! La procession se mit en marche, accompagnée de la garde royale, et la cérémonie eut lieu au milieu d'une foule immense qui répéta le cri de vice le roi Salomo;i .' Le peuple accompagna le jeune roi, qui remonta au palais, au milieu des cris de joie et du son des flûtes, qui retentissaient de tous côtés. Adoniah et ses convives , étonnés de ce bruit, s'interrogeaient avec anxiété les uns les autres , lorsque Jonathan , fils d'Abiathar, vint leur annoncer ce qui s'était passé. Consternés de cette nouvelle , ils se séparèrent aussitôt. Adoniah chercha un refuge près de l'autel de l'Arche sainte; mais Salomon le fit rassurer, eu lui promettant de ne pas lui toucher un cheveu, s'il se conduisait en homme d'honneur. Il vint aussitôt faire sa soumission et présenter ses hommages au nouveau roi ; ainsi la conspiration fut étouffée sans effusion de sang.
David fit ensuite convoquer à Jérusalem les chefs des tribus , les commandants des troupes , les chefs des domaines et tous les grands de la cour. Dans une séance solennelle, le vieux roi se tenant debout adressa à celte imposante assemblée un long discours, dans lequel il déclara que, guidé par une inspiration divine, il venait abdiquer la couronne en faveur de son fils Salomon , que celuici avait pour mission de construire un temple à Jérusalem, et que tout était préparé pour élever un raagniflque édifice. Il en présenta les plais qu'il avait dressés lui-même ; et, en les remettant à Salomon , il l'exhorta à être un fidèle serviteur de Jéhova.
Il rendit à Dieu de touchantes actions de grâces et le pria d'inspirer
L'UNIVKUS.
à Salomon des sentiments de piété et le respect des lois. Sur l'invitation du roi, on fit retentir les louanges de Jéhova. Salomon fut de nouveau proclamé roi, et l'assemblée se sépara en rendant pour la dernière fois ses hommages au roi David. Le lendemain, le couronnement fut célébré par une fête publique et par de nombreux sacrifices '.
Quelque temps après, David, se sen tant près de mourir, fit appeler son fils Salomon, pour lui donner ses derniers conseils , empreints à la fois de la piété et de la froide et sévère politique d'un roi instruit par de tristes expériences. Il lui recommanda d'observer fidèlement les lois de Moïse; sous cette seule condition, dit-il, sa dvnastie pourrait se maintenir sur le trône. Craignant avec raison les dantiers que pouvait courir le jeune roi, si de nouveaux troubles éclataient à l'intérieur, i! lui conseilla d'avoir les yeux fixés sur deux hommes dangereux et gravement compromis , Joab qui s'était rendu coupable d'un double assassinat et qui naguère encore avait ouvertement embrassé la cause d'Adoniah, et Simeï de Bahurîm qui avait si gravement insulté le roi, lors de l'insurrection d'Absalom, et qui avait manifesté les sentiments les plus hostiles contre la dynastie de David. Se reprochant sa propre faiblesse à l'égard de ces deux hommes, David conseilla à son fils d'user envere eux de la plus grande sévérité , s'ils lui donnaient le moindre sujet de mécontentement, et de leur infliger alors le juste châtiment qu'ils avaient mérité par leurs forfaits anciens. Il recommanda à sa bienveillance et à sa protectien spéciale les enfants de Barzillaï , le Giléadite, qui l'avait traité avec tant de générosité.
David mourut bientôt après , âgé de soixante-dix ans , dans la quaranteunième année de son règne , et il fut enterré dans la citadelle de Sion.
11 laissa à son succeseur un royaume fortifié et parfaitement organi-
' Voy. I Chrou. ch. 28 et 29.
sé, et un pouvoir respecté au dedans et au dehors. Par lui les tribus des Hébreux étaient devenues une nation indépendante, et avaient atteint un degré de civilisation qui les plaçait bien au-dessus de tous les peuples voisins. David avait exercé la plus grande influence sur l'éducation religieuse et politique de sa nation, et son mérite est d'autant plus grand qu'il avait tout puisé dans lui-même et dans les antiques institutions de sa race , sans rieu emprunter à aucune civilisation étrangère. Malgré ses écarts comme homme et comme chef politique , il était un fidèle vassal du roi Jéhova ; ses fautes s'expliquent par la vivacité de ses sentiments, par les mœtirs du temps et par l'enivrement des succès et de la gloire; car d'ailleurs il montra un profond et sincère repentir. Dans ses poésies c'est toujours Dieu que nous voyons au fond de toutes ses pensées et de tous ses sentiments, et ce Dieu il croit le servir mieux par les expressions d'un cœur pur que par les cérémonies d'un culte extérieur , comme il le dit luimême dans plusieurs de ses psaumes.
Sa confiance en Dieu lui faisait supporter le malheur avec une noble résignation. Le peu de détails que nous connaissons de sa vie nous montrent maint trait de noblesse et de générosité; sa tendresse de père alla jusqu'à la faiblesse. Quant aux imprécations et aux paroles de vengeance que l'on trouve çàet là dans ses psaumes, il ne faut pas oublier que ces poèmes s'adaptent toujours aux circonstances, et qu'ils furent composés pendant les souffrances de la persécution ou pendant la chaleur de la lutte. Ce n'est pas la faute de David si ses chants de guerre eux-mêmes sont devenus des cantiques d'église. L'historien ne verra pas dans David un saint, mais il ne le jugera pas non plus avec les préjugés de ceux qui, comme Bayle et Voltaire, croient devoir s'acharner sur tous les grands caractères bibli- (|ues. I^e fait est qu'il réalisa en partie l'idéal de l'État mosaïque, et que , sous plusieurs rapports, il fit faire
à sa nation un progrès immense. A la fin de son règne le peuple hébreu se trouva à l'apogée de sa gloire , et la postérité lui rendit justice à tel point que plus tard son règne servait de type à la future gloire des Hébreux ou au règne messianique.