‹ PalestineChapitre 58 sur 98 · ROYAUME DIVISÉ · texte numérisé non relu

ROYAUME DIVISÉ

DE REH\BE\M JUSQU'A L'EXIL ASSTRIEN-

Observations préliminaires sur la division du territoire et sur la chronologie.

La Bible ne nous donne aucun détail sur les limites respectives des deux royaumes. On nous dit seulement que dix tribus se déclarèrent pour Jéroboam , savoir , Éphraim , Siméon, Dan, ]Manassé, Isachar, Aser, Zabulon, Naphthali, Ruben et Gad. Le nouveau royaume, renfermant le gros de la nation, prit de préférence le nom tïlsi'oel, dont on s'était déjà servi autrefois pour désigner le royaume d"Isboseth. Le pays d'Israèï renfermait donc toute la Pérée , avec les pays tributaires, jusqu'à l'Euphrale , et la grande moitié de la Palestine en deçà du .lourdain; le royaume de Rehabeam, appelé le pays de Juda, n'embrassait que la Palestiiie méridionale, entre Béthel et Beërséba ; car Béthel , à ce qu'il paraît, était à l'extrémité méridionaîle du pays d'Israël ( I Rois , 12, 29). Le roi de Juda avait, en outre,

la suzeraineté de l'Idumée et du pays des Philistins ; mais tout le pays soumis à son sceptre formait à peine le quart du royaume de Salomon.

Les limites n'étaient pas tracées avec rigueur, et certaines villes des frontières , appartenant aux tribus de l'un des deux royaumes , se trouvaient de fait, soit par la volonté des habitants , soit par la force des choses , au pouvoir de l'autre royaume. Ainsi, par exemple, les villes de Béthel et de Rama, quoique situées sur le territoire de Benjamin, appartenaient au royaume d'Israël' ; mais en revanche, les villes méridionales de Dan , telles que Saréah et Ayyalôu, appartenaient au royaume de Juda^. Quant aux villes qui, clu temps de Josué, avaient été données à la tribu de Siméon, elles devaient toutes , par leur position géographique, appartenir à Juda^. Si donc, en réalité, Siméon était au nombre des dix tribus qui se déclarèrent pour Jéroboam 4, il faudrait supposer qu'une partie au moins de la tribu de Siméon avait émigré vers le nord. En effet, un passage, peut-être interpolé, de la bénédiction de Jacob (Genèse, 49, 7) fait allusion à la dispersion de Siméon, et dans la bénédiction attribuée à Moïse (Deut. ch. 33 ) cette tribu est passée sous silence, comme n'occupant pas de territoire circonscrit dans certaines limites. Il paraît résulter d'un passage du F"" livre des Chroniques (4, 31) que les Siméonites ne possédaient plus, depuis le règne de David, les villes qui leur avaient été données par Josué. Quelques débris de cette tribu , qui étaient restés dans le pays de Juda, émigrèrent plus tard, sous Ézéchias, au nombre de cinq cents hommes, vers le mont Séir (ib v. 42).

La résidence des rois d'Israël, d'abord à Sichem, fut transférée à

' Voy. I Rois, 1-2, 29; 15, 17. Peut-élrc aussi la ville de Jéricho, ib., 16 , .34.

- Voy. IlChron. Il, 10.

3 Vov. ci-dessus, page 224.Siclas, Hormah et. Beërséba sont meationnées en ell'et comme villei de Juda. 1 Sam. 27, 6; 30, 30; I Rois, lu, 3.

' Vov. II Ciiron. 15, 9.

Thirsa ' , jusqu'au moment où Omri l'unda la ville de Samarie.

La chronologie de cette période présente de graves difficultés. Le royaume d'Israël dura jusqu'à la sixième année du règne d'Ézéchias, roi deJuda; or, en additionnant les années de règne que les livres des Rois donnent aux dix-neuf rois d'Israël , on trouve un total de deux cents quarante et un ans sept mois et sept jours, tandis que, pour les rois de Juda, jusqu'à la sixième année d'Ézéchias,ontrouve,tantdans les livres des Rois que dans les Chroniques, le nombre total de deux cent soixante ans.

Une autre difficulté est celle-ci : l'auteur des livres des R^ois, non content de marquer les années de règne de chaque roi de Juda et d'Israël , dit presque toujours qu'un tel roi de Juda commença à régner dans telle année de tel roi"d'Israël, eî vice versa, sans que ces données puissent toujours se mettre d'accord avec celles que nous trouvons sur la durée des différents règnes.

Ces difUcultés ont occupé de tout temps les commentateurs de la Bible et les chronologistes , et, pour les résoudre, chacun a fait ses hypothèses^.

Les uns ont supposé des fautes dans les chiffres; les autres, dédaignant ce moyen commode, ont supposé des corégences dans Juda ou des interrègnes dans Israël. On ne saurait guère admettre d'erreurs de chiffres pour le royaume de Juda; car les documents que nous possédons sont tirés directement des annales de ce royaume et les livres des Rois et des Chroniques sont parfaitement d'accord. Pour le royaume d'Israël , il serait possible

' Voy. I Rois, ch. 14, v. 17 ; ch. 15, v. 21 l'I 33; ch. 16, V. 8 et suivants. La position (:;éograpliique de la ville de Thirsa n'est pas bien connue; Brochard la place à trois lieues à l'est de Samarie (Descript. teirœ saiivlœ, H, 1.?), mais cette donnée n'est pas suflisamment motivée.

' Voy. surtout Des Vignoles , Chronol. de Vhist. milite t. I, p. 213 et suiv. ; Gibert , Mémoire sur la chronol. des rois de Juda et d'Israël (Mem. de l'acad. des Inscriptions, l. XXX), Volnev, Recherches nouvelles, t: I, ch. I.

qu'il y eût çà et là quelques erreurs dans les dates. En outre il est évident que les années de règnes qu'on attribue aux différents rois ne sont pas toutes des années complètes, soit qu'on ait compté les fractions d'années, à la fin des règnes, pour des années complètes, soit que, en prenant pour point de départ l'ère de la la sortie d'Egypte, on ait attribué à tel roi toute Tannée au milieu de laquelle il monta sur le trône, ainsi que toute l'année au milieu de laquelle il mourut , et qu'on ait ainsi prolongé son règne d'une année ou de plus.

Ceci admis on pourra souvent faire disparaître à la fois les deux difficultés que nous avons énoncées. Nous allons citer un exemple : nous lisons ( I Rois, 15, 25 ) que Nadab, fils de Jéroboam , monta sur le trône dans la deuxième année d'Asa, roi de Juda, et qu'il régna deux ans, et immédiatement après (v. 33) on dit que Baasa, successeur de Nadab, commença à régner dans la troisième année d'Asa. Baasa régna vingt-quatre ans , ce qui nous conduirait j usqu'à la vingt-septième ou vingthuitième année d'Asa; cependant, le texte nous dit (ch. IG, v. 8) qu'Éla, fils de Baasa , succéda à son père dans la vingt-sixième année d'Asa. Il est donc évident que les vingt-six années de Nadab et de Baasa ne forment, en réalité , que vingt-quatre ans et une fraction, et que les années attribuées aux règnes respectifs de ces deux rois ne sont pas des années complètes ; car il n'est pas possible d'admettre que l'auteur du livre des Rois se soit ainsi contredit lui-même dans deux passages très-rapprochés l'un de l'autre.

Ce principe , de compter des années commencées pour des années entières, a été appliqué, sans doute, à la chronologie des deux royaumes; mais, comme nous n'avons pas toujours le moyen d'établir une contre-épreuve , on comprend qu'il est impossible de fixer exactement la durée de chaque règne. Il est probable aussi qu'il y ait eu quelques interrègnes dans le royaume d'Israël , où l'hérédité ne put jamais s'établir d'une manière

L'UNIVERS

durable , el où nous voyons dix-neuf rois appartenant à neuf familles différentes. On a cru devoir admettre deux interrègnes, l'un|de onze ou douze ans , après .[éroboam II , l'autre de neuf ans , après Pékah ( Phacée ), et , en effet, le texte se prête fort bien à cette hypothèse : Ouzia ( Ozias ), roi de Juda (qui régna cinquante-deux ans), monta sur le trône dans la quinzième année de Jéroboam II, roi d'Israël', qui régna quarante et un ans, c'est-à-dire jusqu'à l'an vingt-six d'Ouzia; cependant Zacharie, fils et successeur de .Téroboam II, ne commença à régner que dans la trente -huitième année d'Ouzia ( 2 Rois , 15, 8 ) , ce qui laisse onze à douze ans d'interrègne. Pékah commença à régner dans la dernière année d'Ouzia et il régna vingt ans (ib. V. 27) ; or, .lotham, fils d'Ouzia, ayant régné seize ans, le règne de Pékah dut finir dans la troisième ou quatrième année de celui d'Achaz, fils de Jotham , et cependant nous lisons ( ib.

17, 1 ) que le règne d'Hoséa (Ozée) , successeur de Pékah, ne commença que dans la douzième année d'Achaz, ce qui s'accorde aussi avec le commencement du règne d'Ézéchias, placé dans la troisième année d'Hoséa (ib.

18,1). Nous aurions donc, entre Pékah et Hoséa , un interrègne de huit à neuf ans.

Après tout ce que nous venons de dire, on ne s'étonnera plus que les totaux des années des deux royaumes ne soient pas d'accord; et on comprendra qu'aucun des deux chiffrés ne peut servir de base réelle pour la chronologie. Avec la plupart des chronologistes, nous faisons remonter le schisme à l'an 975 avant l'ère chrétienne ; nous plaçons la chute du royaume d'Israël à l'an 721 , de sorte ([ue toute cette période embrasserait l'espace de 254 ans. Il s'agit donc de coordonner dans cet espace de

i Cela résulte évidemment du 2' livre des Rois, ch. 14, V. 2, 17 et 23, et il y a nécessairement une faute au ch. 13, v. I, où l'on fait commencer le ré.^ne d'Azaria, ou Ouzla, d.ins la vingt-sfptivmc année de Jéroboam. Voy. la note à ce verset dans la BiJjle de M. Calicu.

temps, d'une manière approximative , les différents règnes des deux royaumes; vouloir faire plus serait une peine inutile, qui conviendrait àun homme oisif et non pas à un homme studieux, comme l'a déjà dit saint Jérôme'. En combinant tous les chiffres, et en faisant usage du principe des écrivains hébreux, dont nous avons parlé plus haut, savoir, de compter les fractions d'années pour des années complètes , on peut , sans trop s'écarter de la lettre du texte, fixer le synchronisme des deux royaumes de là manière suivante^ :

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