‹ PalestineChapitre 6 sur 98 · C. Animaux · texte numérisé non relu

C. Animaux

La zoologie de la Palestine ne diffère point de celle des autres pays voisins, ici encore nous n'avons pour but que de donner quelques détails qui intéressent le lecteur de la Bible , et qu'il est important de connaître pour l'intelligence de certains passages.

a. Mollusques. — Poissons. — Reptiles.

La Bible ne mentionne qu'un trèspetit nombre d'animaux mollusques, David, en parlant du juge inique et oppresseur, désire qu'il s'en aille comme le limaçon qui se fond à mesure qu'il s'avance (Ps. 58, v. 9). Dans cette image le poète fait allusion à l'humidité que le limaçon laisse sur son chemin. — Un autre animal de la classe des mollusques mérite de fixer notre atten-;^ tion , c'est la pourpre. Quoique son' nom ne se trouve pas dans la Bible, il y est question cependant des belles couleurs qu'elle fournit. Deux genres de coquilles, fournissant les couleuss dites pourpre et conchylienne , se trouvent, selon Pline, sur les rivages de ïyr et sur plusieurs autres points du littoral de la Méditerranée. Selon les anciens rabbins, des coquilles employées pour les teintures se trouvaient sur le littoral de la Galilée '. Seetzen y a trouvé deux espèces de coquilles, celles que Linné appelle murex trunculus et hélix iunthina.

Les poissons sont très -abondants dans le lac de Génésareth ou de ïibériade et dans le Jourdain. Quant aux espèces, nous ne les connaissons que fort peu ; la Bible parle des poissons en général, mais elle ne nous fournit aucun nom particulier. Parmi les poissons

' Voy. la paraphrase chaldaïque de Jonathan, Deutéron, ch. 33, v. 19, et plusieurs autres passages cités dans le Lexicon chald. talmud. et rabbinkum de Buxtorf, col»

l'ALESTINE.

qui se trouvent dans le lac de Géncsaretli, Josèplie rm-ntionne le curacinits (Kopoxiv&î) , qu'on pèdiail près de Ciphcrnaiini, et qui, dit-il, se trouve aussi près d'Alexandrie en Egypte (de Bellojud. I. 3 ,c. 10); llasselquist ajoute \esilurus, \e intKjih'tU' sparus, espèces qui se trouvent également dans le Nil (voy. Kitter, p. 31G). Les anciens rabbins parlent d'un pois.soa de tner qu'on péchait sur les côtes de la Galilée et qu'ils appellent Turit/i ' ; selon les connnentateurs, c'est le thon. En reptiles, nous trouvons plusieurs espèces de lézards et de serpents ; sur les huit espèces de reptiles dont parle Moïse (Lévit. ch. ii, v. 2U et 30) , six appartiennent à la famille des. 9a«rie/js ou des lézards. On en compte encore maintenant un grand nombre de genres en Palestine et en Syrie. — Les serpents mentiormés dans la Bible n'appartenaient pas tous à la Palestine. Dans la Genèse le serpent est appelé le plus rusé de tous les animaux; Aristûte appelle également les serj)ents des animaux illibéraux et insidieux (àv£>.£j6£fà/-x! ÈTTiScjXs.)». Parmi les modernes, Seetzen parle de plusieurs espèces de serpents qu'il a rencontrées dans la Judée ; mais il dit n'y avoir pas vu de serpents venimeux. Le même auteur parle aussi de tortues.

b. Insectes.

Dans les environs inhospitaliers de la mer Morte les scorpions se trouvent en grand nombre. Dans les Nombres (34,4), dans le livre de Josué (15,3) et dans celui des Juges (1, 3G) nous trouvons mentionnée la hauteur des scorpions, située sur la limite méridionale de la Judée, et par conséquent, à l'ouest de la mer .Morte. Volney a ouï dire qu'il y a d'énormes scorpions dans les nombreuses ruines qui se trouvent au sud-est du lac {,1. II, ch. 7j. Etienne Schulz en a vu beaucoup dans la plaine du Jourdain, au-dessous de Jéricho.

Nous avons déjà parlé des sauterelles, qui deviennent souvent un lleau redoutable pour la Palestine, ainsi que pour

' Pamphr. chalrt., I. c

' Htst. aiiUn., 1. 1 , vers la lin du ch. l .

la Syrie, la Perse. l'Égyj)te et quelques autres parties de l'Asie et de l'Afrique. Dans la Bible, on trouve neuf noms différents pour les sauterelles ' ; il est impossilile de dire quelles sont les différentes espèces désignées par ces noms; les vastes recherches auxquelles s'est livré Bochart dans le //ierozoïcon n'ont produit aucun résultat satisfaisant. Sessuccesseurs, Michaélis et Tychsen , n'ont pas été i)!iis heureux ; le premier a pensé que les quatre noms du Lévitique (ch. ii , v. 22) indiquent quatre âges ou époques des sauterelles, selon leurs différentes transformations; cependant le texte dit très-clairement que ce sont différentes espèces. L'hypothèse de MijL'haélis pourrait s'appliquer avec plus de succès aux quatre noms doimés par le prophète Joël (ch. 1 , v. 4), parmi lesquels on ne retrouve qu'un seul de ceux du Lévitique; mais là encore il serait difficile d'arriver à des résultats positifs. Lesanciennes versions ne nous offrent aucun secours; car non-seulement elles se contredisent les unes les autres , mais les noms que nous y trouvons ne nous sont pas plus connus que ceux du texte hébreu. Tout ce qu'on peut dire de certain , c'est que les Hébreux connaissaient plusieurs espèces de sauterelles, dont quatre pouvaient, selon le Lévitique, leur servir de nourritiu-e. De ce nombre étaient sans doute les à/.p;5c; que mangeait Jean-Baptiste dans le désert (Matth.

3,4; Marc ,1,6). Encore aujourd'hui les Orientaux mangent des sauterelles salées ou rôties *. Niebuhrdit, dans sa description de l'Arabie, que les

' Voy. Oedmann,(]piixième calii(T, ch. c ; de Welle, Archœnlo(jie, § 82, IV, not. a.

* Joseph de Saint-Ange dit daiis son Gazophijlaciiim jicrsicum : « J'ai niai);;é de « hniis piafs de ces saulercllcs à l'exemple « des Arabes, qui les mandent cuili-s dans « l'eau avec du sel. Elles sont aussi IniruieN « coranse les plus ^fosses clievreltes de nier, n auxquelles elles ressemblent. « Job Ludolr dit que les Éthiopiens les mangent avec avidité, et il ajoute : siiafis ciihn valde , fierniiu sttlxbris eft cibus. Voy. Historia a>thiop. 1. I, c. 13. Le même autt'ur cite à ce sujet une foide de naturalistes et de voyageurs anciens et modernes. Ormmentar. ad hiêt. aihiop., p. 1(8 et suiv.

L'UNIVERS

Juifs de l'Yéineii en mangent avec autant de plaisir que les Mahométans , et ils prétendent que les oiseaux que Dieu envoya aux Hébreux dans le désert n'étaient que des sauterelles '. En Orient, ces insectes remarquables sont beaucoup plus grands que chez nous ; les ravages qu'ils font de temps en temps ont été décrits par un grand nombre d'historiens et de voyageurs ; de même que Volney, que nous avons cité, tous les autres auteurs confirment la description du prophète Joël.

Les sauterelles trouvent un ennemi redoutable dans l'oiseau samannar, qui ressemble au loriot; cet oiseau, dit Volney, les suit en troupes nombreuses , comme celle des étonrneaux ; et non-seulement il en mange à satiété , mais il en tue tout ce qu'il en peut tuer.

Il paraît que la Palestine est aussi incommodée quelquefois par une. espèce de moiœhes. A Ekrôn, dans le pays des Philistins , on cherchait {)rotection, contre ces ennemis, auprès d'une divinité spéciale, appelée ^eaa/- Zeboub (dieu des mouches). Eugène Roger, voyageur du XVII* siècle , raconte que pendant son séjour à Nazareth une troupe de petites mouches noires, appelées barqasch, lit invasion dans la plaine d'Esdrelon, où se trouvait un camp de Bédouins composé de six cents tentes. Hommes et bestiaux manquaient d'être étouffés par ces insectes , qui leur entraient dans la bouche et dans le nez *. Dans le livre de Josué (ch. 24, v. 12), on dit que deux rois des Amorites furent chassés de leur pays, non pas par les armes des Israélites, mais par un insecte appelé Siràh ^. Ce mot est rendu conuiiunément ^dx frelon. Élien raconte aussi que les Phaséliles, peuplade cana-

' La même opinion a été soutenue par Ludolf , 1. c, p. 185 et suiv. Mais la plapart des commentateurs anciens et modernes prennent les selaw pour des cailles, et c'est aussi l'opinion de Bufl'on.

^ Voy. La Terre sainte par PiOger, p. 84.

3 Moïse avait prédit que cet insecte sérail un puissant auxiliaire pour les Hébreux. Exoae, 23, 28; Deutéron. 7, 20. Selon le Talnud il piquait les ennemis aux yeux et sa IiKIùre était mortelle.

néenne, furent forcés par les guêpes de quitter leur pays ■.

Les abeilles qui , dans l'Orient, devieimeut quelquefois très-incommodes et même dangereuses ^ étaient pourtant une des bénédictions de la Palestine. L'éducation des abeilles y avait fait sans doute de grands progrès ; car nous trouvons le miel parmi les articles de commerce que les Israélites exportaient pour Tyr (Ézéchiel , 27,17). On y trouve aussi beaucoup d'abeilles sauvages, dont les essaims, logés dans les arbres creux et dans les rochers, y préparent un miel qui est fort estimé ^. C'est là , sans doute , le miel sauvage de Jean-Baptiste (Math. 3,4; Marc, 1,6), et le miel du rocher dont parlent Moïse et le poète Asaph (Deutéron. 32, 13, et Ps. SI, 16).

Le kermès (le coccus des anciens), insecte de l'ordre des hémiptères, qui s'attache à certains arbres, notamment à l'yeuse, mérite ici une mention ; il en est souvent question dans la Bible, oïl on l'appelle tliolaath schani (ver à cramoisi). Les Hébreux en faisaient un grand usage pour leurs teintures, et il est toujours mentionné dans l'Exode lorsqu'on parle des tissus coloriés employés dans le sanctuaire 4.

c. OlSEALX.

Dans le Lévitique (ch. 11 ) Moïse énumère vingt espèces, et dans le Deutéronome (ch. 14) vingt et une espèces d'oiseaux que les Israélites ne doivent pas manger. Nous ne connaissons plus maintenant la valeur exacte de tous les noms hébreux donnés par Moïse, mais nous rencontrons

' Histoire des animaux, 1. XI, ch. 28.

^ Voy. Oedmana, Sammlungen, sixième cahier, p. 13I et suiv. Dans la Bible les abeilles sont quelquefois Timage d'ennemis nombreux et fiersecuteurs. Voy. Deutéron. 1, 44; Psaume US, v. 12.

3 Voy. les rapports de plusieurs voyageurs cités par Rosenmùller : Biblische Naturyeschichte, t. H, p. 425, 426.

■* Volney dit que la plante à cochenille croit sur toute la cote de la Syrie , et il ajoute qu'elle nourrit peut-être déjà cet insecte précieux comme au Mexique et à Saint-Domingue.

|);irini ces noms, ceux de V aigle, du corbeau, do plusieurs espèces û\iutiiitis, et 011 peut dire avee eerlitude qu'ils desi^'iient , pour la plupart, des oiseaux de proie". A côté de ees oiseaux impurs nous voyons lifj;urer, dans la loi de Moïse, la colo)nbe et la tourterelle coninie les oiseaux les plus purs et les seuls admis à l'autel de .leliova , comme offrande du pauvre.

Au reste, nous ne trouvons en Palestine aucun oiseau bien remarquable qui mérite ici une mention particulière, à l'exception peut-être de la eolumba Palxstinx mentionnée par Hassel{|uist, et dont le plumage est d'une blancbeur éblouissante. Parmi les am'maux domestiques des anciens Hébreux nous remarquons l'absence des coqs et des oies. Il n'en est jamais question dans l'Ancien Testament; sans doute, ces oiseaux domestiques ne furent introduits que plus tard dans la Judée. S'il faut en croire le Talniud, le coq était banni de Jérusalem, pour ne pas souiller la ville sainte par les ordures qu'il répand en grattant la terre. Cependant , dans le Nouveau Testament, il est question du cliant du coq dans Jérusalem (Matth. 2G , 74 ; IMarc, 14 , G8).

La loi de Moïse renferme une disposition spéciale en faveur des nids d'oiseaux ( Deutér. ch. 22, v. G, 7.) Il y est défendu , lorsqu'on rencontre uu uid d'oiseaux sur le cliemin, de prendre à la fois la mère et les petits : n Tu renverras la mère, dit ÎNIoïse , et « tu prendras les petits. » Micliaëlis a vu dans cette loi un règlement de chasse, ayant pour but d'empêcher la destruction de certains oiseaux dans lesquels l'agriculteur peut voir tout d'abord des ermemis dangereux pour les semences, etqui pourtant sont trèsutiles dans ces (xintrées pour détruire les serpents, ainsi que les troupes de mouches et de sauterelles ». Je rap-

' Lo6 oiseaux carnivores et les oiseaux fie pnMe sont aussi défendus aux Bralunaiie^. (Lois de Manou I. 5 § Il et 13).

' Vov. dans le St/iilagmacommenialioniim de Michaélis, t. Il, la dissertaijon intitulée : IjfX mnmira JJrnl. X.XII, fi, 7, ex hislori/i naiurali et moribiis .Hijijptinruin iUustratu,

nellerai à ce sujet que de nos jours l'oiseau samarmar (tordus seleucis), le redoutable ennemi des sauterelles, est généralement respecté en Orient; l'on ne permet eu aucun temps de le tirer.

Animaux domestiques.— Animaux sauvages.

La Palestine possède, comme la Syrie, tous nos animaux domestiques, auxquels elle ajoute le bufjle et le chameau à une bosse. Dans les temps anciens ce furent le bœuf et ïàne qui jouaient le plus grand rôle parmi les animaux domestiques des Hébreux; l'un et l'autre étaient d'une grande 'importance pour \\n peuple d'agriculteurs, et nous les voyons figurer de préférence dans deux passages du Uécalogue. Nous les trouvons aussi parmi les richesses des patriarches, à côté des brebis et des chameaux. Les meilleurs bœufs se trouvaient autrefois dans le pays de Basan , où il y avait de bons pâturages. David appelle ses ennemis puissants les forts (taureaux) de nasan{Vs. 22, v. 14); les femmes voluptueuses de Samarie sont appelées par le berger et prophète Ainos (ch. 4, V. I) vaches de Jîasati. La plaine de Saron , entre Yàfa et Lydda , avait aussi des pâturages de bœufs pour lesquels David nomma un inspecteur spécial (I. Chron. 27, 29). On se servait des bœufs non-seulement pour labourer la terre et pour triturer les grains, mais aussi pour porter des charges et pour trauier des chariots. H se faisait aussi une grande consommation de bœufs , non-seulement pour la table, mais aussi pour l'autel. Du lait des vaches on faisait du fromage; le beurre , à ce qu'il paraît, était rare chez les liebreux, comme chez tous les peuples de l'antiquité. h" à lie , animal impur pour les Hébreux, leur servait de bète de somme et de monture. Grâces aux soins que les Orientaux donnent à cet animal, il devient chez eux plus grand , plus

et le Droit mosaïque (Mosaisclies Rechl) du même auteur, t. III, S l"'-

L'UNIVERS

courageux et plus alerte que dans nos contrées. 11 devait surtout être estimé en Palestine, pays de montagnes , et où le cheval , dans les temps anciens , était très-rare. — Le 7nulet est souvent mentionné dans la [Bible, à partir de l'époque de David, soit que les Hébreux achetassent les mulets à l'étranger, ou qu'ils dérogeassent sous ce rapport à la loi de Moïse qui avait expressément défendu la copulation de deux espèces (Lévit. 19, 19). C'est à la même époque, et surtout sous Salomon,que nous voyons le cheval devenir de plus en plus commun chez les Hébreux .

A la vérité, quelques anciennes peuplades cananéennes avaient des chevaux et elles s'en servaient dans la guerre ' ; mais en général les chevaux ne pouvaient pas rendre de grands services dans un pays aussi montagneux, et Moïse, qui ne voulut pas faire desHébreuxun peuple guerrier et conquérant, se montra peu favorable à la cavalerie (Deutéron. 17, 16). Mais Salomon, qui se permettait mainte infraction à la loi de Moïse, tira beaucoup de chevaux de l'Egypte. Ce roi avait des haras bien fournis, quatorze cents chariots de £;uerre et une cavalerie de douze mille hommes. Ce luxe fut continué et mcme augmenté par ses successeurs, ce qui ne pouvait manquer de scandaliser les prophètes '. Une belle description du cheval se trouve dans le livre de Job (ch. 39, V. 19-2.5). lin menu bétail nous trouvons la brebis et la chèvre ; de tout temps elles étaient extrêmement abondantes chez les Hébreux. Du temps de Josèphe on tuait pour la Pâque 256,500 agneaux ^. La Palestine possède, comme tout l'orient et le nord de l'Afi'ique, une espèce de béliers qui ont la queue très-longue et très-grasse. Cette queue pèse quelquefois jusqu'à quarante livres, et on est obligé de la soutenir par un petit chariot que le bélier traîne après lui

' Voy. Josué, cil. II , V. 4; Juges , ch. 6, V. 22.

^ Voy. Isaïe, ch. 2, v. 47; Osée,ch. I, v. 4. ' De Bcllo jud.,1.6, c. 9.

(voy. Tab. III). On comijfendva maintenant, pourquoi che«|^ Hébreux la queue des béliers figur|i|)\ijours parmi les meilleures parties wla victime qui devaientêtre brûlées sut l'autel '.Russel, dans son histoire naturelle d'Alep, parle d'une espèce particulière de chèvres, que-l'on trouve en^yrie et en Palestine et qui se foriLj|anarquer par leurs longues oreillef^îlles ont les cornes petit-ês, le corps long et mince, le poU court , et^Éftwi^Jùleiir est presque toujours d*tm^ouge clair. Selon Sonnini , on appelle cette espèce clièvre de Mambré, parce"'^B*elle est trèscommune sur la montagne de ce nom dans les environs de Hébron *.

Il paraît que les Héb^feux^même avant Moïse s'abstenaient ae la chair de porc; parmi les bestiaux des patriarches nous ne trouvons jçmais des pourceaux. Les Arabes, le» Phéniciens, les Égyptiens , les Indiens ne les avaient pas moins en horreur.

Quoiqu'on puisse conclure de plusieurs passages de la Bible que le cochon se trouvait dans l'ancienne Palestine , on ne saurait nulleme^ admettre qu'un Hébreu se soifpermis de l'élever en troupeaux. On pourrait donc s'étonner tout d'abord du troupeau nombi'eux de pourceaux qui, selon les Évangiles, se trouvait dans les environs de Gerasa (ou mieux Gadara), non loin du lac de ïibériade^, et qui, selon saint Marc, se composait de 2000 individus. Mais il ne faut pas oublier que le district de Decapolis (dix villes) était habité eji partie par des Grecs 4. Les chiens, quoique très-utiles aux nomades, et tort nombreux dans toutes les localités , sont frappés du plus profond mépris chez presque tous les peuples de l'Orient, qui évitent leur attouchement comme immonde. Les Hébreux

' Voy. dans le tome IV de la Bible de M. Cahen, les Rcjlex ionssur leculledes anciens Hébreux par S. Munk, page 31.

* Voy. Rosenmùller, t. Il, p. 85.

•■ Maitb.ch.8, V. 30; Marc, ch. 5, v. II et 13; Luc,ch. 8, V. 32.

4 Les villes de Gerasa , de Gadara et de Hippos sont appelées par Josèphe des villes grecques. .^7! ?/(/., 1. 17, ch iiig-i.

PALESTIiNE.

avaient sous ce rapport les mêmes prétentions i]ut> leurs voisins, et les chiens vivaient dwi eux dans le mcnic clat où nous les voyons encore aujourd'hui (huis toute la Syrie. Selon Volney ' , « ou y voit une foule do chiens « hideux, qui n'appartiennent à périt sonne. Ils forment une espèce de M république indépendante qui vit des « aumônes du public. Ils sont cantoii- « nés [)ar familles et par quartiers, et, « si quelqu'un d'entre eux sort de ses « limites, il s'ensuit des combats qui « importunent les passants. » Anciennement , comme aujourd'hui , ils man- •jeaient des charognes ( Exode , 22 , oO) et quelquefois mêine des cadavres humains '.

Parmi les animaux sauvages de la .

Palestine, nous trouvons en première ligue le lion; de nombreux passages de la Bible ne nous permettent pas de douter que le lion n'ait existé autrefois dans ce pays, quoiqu'on ne l'y trouve plus à présent. Il habitait principalement dans les forêts de Basan (Deutéron.ch. 33, v. 22), et sur quelques points de l'Antiliban (Cant. des cantiques, ch. 4, v. 8); mais on le rencontrait aussi dans d'autres contrées de la Palestine. Samson, David et Benaïa luttèrent avec des lions et les tuèrent; un prophète fut tué par un lion près de Bethel et uu autre près d'Apnek, non loin de Sidon^. Les colons que le roi d'Assyrie envoya à Samarie furent maltraités par les lions^.

La Bible parle aussi d'ours : David se vantait d'eu avoir tué un ; des enfants (jui avaient insulté le prophète Elisa, turent tués par deux ours (II Rois , 2 , 24). La fureur de l'ourse privée de ses petits avait passé en proverbe chez les Hébreux '■'. Volney dit que la Syrie est maintenant exempte des lions

' Voyages, t. II ,i la lin du ch. o.

' Voy. 1 Rois, ch. 14 , v. il ; ch. 16, v. 4 ; ch. 21, V. 13 et 24; H Rois,ch. 0, v. 3& et 3G

» Voy. Juges, ch. u, v. 5; l .Sara. ch. 17, V. 39; Il Srun. cil. .3-2, V. 2<j; I Rois, cli. 13, V. 24 , el ch. 20, V. 30.

* II Roii, 17, 23.

* On lit dans les Proverhes de Salomon (17, 12) : // vaut micuK rencontrer une ourse privée de ses pctiU , qu'un sol dans sa sottise. Voy. aussi 2 Sam. 17 , 8; Osée, 13, 8.

et des ours ■; mais celle assertion, du moins poiircetiuiconcernelesours, se trou^ve contredite par le témoignage de |)lirsieurs autres voyageurs, tels queSeotzeUjB'jrekhardt, iiuekiiigham, Ehrenberg. Ce dernier tua sur le Liban un ours d'une es|)èce particulière qu'il cite sous le nom de ursus sijriaeus. — Lesanglier, appelédans laBible ]H)urceau de forêt *, se trouve encore maintenant en Palestine dans les montagnes et les marais; selon Volney, il est moins grand el moins féroce que le nôtre. BurcUhardt l'a vu dans le Ghor; on le trouve surtout dans les Joncs du lac d'EI-houla, et c'est là très-probablement l'animal des roseaux dont parle David (Ps. G8, v. 31). Dans les lieux écarti-s il y a aussi des hyènes et. des panthères ou des onces, l/hyène est mentionnée jiar .lérémie (ch. 1 2 , V. 9) , comme l'a bien vu Bocliart, et comme l'avait déjà vu avant lui l'auteur de la version grecque^. On parle plus souvent dans la Bible de la panthère ou de Vonce (n amer, comnw l'appellent encore aujourd'hui les Arabes). Dans leCantique(3, 8), plusieurs hauteurs de l'Antiliban sont appelées montagnes de panthères. Burkhardt a vu le numer dans différentes contrées du Liban, 'mais il l'appelle faussement ticjre. Seetzen l'a rencontré aussi dans les environs de Baniàs, au pied du Liban. C'est là et près de Hasbeïa qu'on a trouvé des loups ; mais selon Volney, le loup ainsi que le vrai renard sont très-peu connus dans ces contrées. Une espèce mitoyenne, appelée cfmcal, s'y trouve en fort grande quantité." Les chacals, dit \ oiney, habitent par troupes -i aux environs des villes dont ils mangent les charognes ; ils n'attaquent jamais personne, et ne savent défendre leur vie que pat

' État physique de la Syrie, ch. i, dans la note à la lin du (j 8.

» Ps. 80, V. 14.

^Lesmols de l'original quelaVulgaterend par <wis discolor, signilient rapaz beslta hijœna. La Tension grecque porte <T7CTÎ).«orv •Jaivr,;, caverne d'hyène.

* Selon Belon. ces troupes se composent quelquefois de Jeux cents individus. Observations, 1. II , ch. RiH.

L'UNIVERS

la fuite. Cliaque soir ils semblevit se donner le mot pour hurler, et leurs cris, qui sont tres-lugubres , 4iJ'*eiit quelquefois un quart d'heure. » Les oniniaux dont Samson réunit trois cents, à qui il fit porter le feu dans les champs des Philistins', étaient trèsprobablement des cAam/s . quoique les versions rendent le mot nébreu par renards *. Encore maintenant on trouve les chacals en très-grand nombre près de Gaza et de Yafa.

En gibier, le lièvre est fort commun ; iMoïse l'avait défendu aux Hébreux, et c'est à ce seul sujet qu'il est menlioimé dans la Bible (Lévit. , î 1 , C; Deutéron. H, 7). Le /a/;m est infiniment rare. Enfin nous trouvons le gen»*e ce?/, représenté principalement \id^r\Q cerj commun , la gazelle et les chamois sur les hautes montagnes (Ps. 104, v. 18). Ces animaux sont cîr.ns la Bible l'image de la prestesse et de la grâce ; la bergère dans le Cantique compare plusieurs fois son berger au cerf et a la gazelle qui saute sur les montagnes ; dans les Proverbes de Salomon (;>, 19), la jeune femme IJdèle et aimante est appelée nne biche pleine cTamour, une gazelle pleine de grâce.

IN'ous bornons ici nos observations sur l'histoire naturelle de la Palestine ; nous verrons plus tard comment les Hébreux savaient lire dans le livre de la nature ouvert devant eux, comment leurs poètes ont su comprendre le langage de toutes ces œuvres de la création pour s'élever jusqu'au Créateur, et nous donnerons aussi quelques renseignements sur les connaissances que possédaient les Hébreuxenphysique et en histoire naturelle.

' Voy. Juges, 15, 4.

^ Le mot sciiouAL qui, en effet, esl le nom hébreu du renard, désigne quelquefois le chacal. David désire que ses persécuteurs soient la proie des sc/ioiufZ/m (Ps. G3, v. II ); ici il ne peut gui^e être question des renards, mais bien des chacals , qui, selon le lémoignagedesvovageurs, mangent des côtdavees.

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