‹ PalestineChapitre 67 sur 98 · I.og · texte numérisé non relu

I.og

Comme on sait que la valeur du bath est exactement celle d'uu métrète attique (litr. 38,843), on pourra facilement calculer celle de toutes les autres mesures. L'identité du bath et du métrète attique n'est pas fortuite ; l'un et l'autre ne sont autre chose que l'an-

sage de Didyn>e, selon lequel le cor phénicien était égal à 46 modii , qui font 720 xestes ou dix métrètes. Voy. Bertheau , page

• Voy. Antiqu., IX, 4, à la fin du g 5. La même chose résulte de la version des Septante, qui rend séah par [léxpov (2 Rois. 7 , I ), et épha par fpîa (Aétpa, comme la version chaldaïque par trois séah (Exode , Ifi, 36; Isaïe, 5 , 10). — Il est très-probable que par SC1IA.LISCH (Is. , 40, 12 ), qui veut dire tiers, on entend aussi le tiers d'un épha ou la séah.

* Voy. Kimchi , au mot A^a6 ; Maïmonide, Comment, sur la Misckna, quatrième partie, traité Edouyoth, ch. J . I5 2 ; de même Josèplie, qui tradfuit un quart de kab (2 P<.ols , « , 25) par un xcstei Antiqu. IX, 4,4.

cienne artabe des Égyptiens, qui contenait également l'I xesles '. — Ce tableau montre dans les mesures hébraïques le mélange de deux systèmes différents ; Vépha setrouve avec \&chomer et le omer dans un rapport décimal, tandis qu'il forme avec les autres mesures un système duodécimal. Ce dernier paraît être le système primitif, car nous le trouvons aussi dans les mesures de longueur ".

C. Le poids, appelé mïschkal, se déterminait , comme chez nous, au moyen des balances (ftiozNAÏM.), ou d'un peson ( pÉLÈs ). Les poids étaient faits en pierre, etles marchands en portaient avec eux dans un sachet , attaché à la ceinture, ce qui se fait encore maintenant en Orient 3. Voici les différents poids des Hébreux : 1° le kicgar ( talent ), 2° le MANÉ ( mina ) , 3° le sÉ- KEL(sicle),4°leBÉKA, et5°laGUÉRA.

La valeur relative de tous ces poids, à l'exception du mané, est clairement indiquée dans le Pentateuque. Il résulte d'un passage de l'Exode ( 35 , 25 et 26 ) que 100 kiccars et 1775 sékels faisaient 603550 ôe^'as, et que le 6eÂ;a était un demi-se'/te/, d'où il résulte que le kiccar avait 3000 sékels. Lesékel se divisait en vingt guéras ( ib. , 30 , 13 ). Sur le mané les opinions sont divisées : les uns donnent au mané cent sékels, s'appuyant d'un verset du deuxième livre des Chroniques ( 9 , 16 ), où il est dit que les boucliers de Salomon pesaient trois cents ( pièces ) Wor chacun , tandis que leur poids, selon le r' livre des Rois (10, 17), était de trois manés. D'autres réduisent le

' Voy. les Recherches métrologiques de Bœkh, p. 242; Bertheau, p. 88 et 89.

* Voy. Bertheau , p. 66-70. Pour expliquer le mélange des deux systèmes, il suppose que le chômer, la plus grande mesure cubique, n'appartenait pas primitivement au système hébraïque, et qu'il était égala six métrètes syriens (de I20 xestes chacun) , de même que" le kané, la plus grande mesure de longueur, était égal à six coudées. — Mais comme le chômer et le omer sont déjà mentionnés dans la loi de Moïse, il est difficile d'admettre cette hypothèse.

3 Voy. Lévit. I9, 36;Deut. 25, 13 et 15; Prov. 11 , I ; 16 , 1 1 ; 20 , 10 ; Micha , 6 , 11; comparez le Voyage de Chardin, éd. Langlès, t. VI, p. lao.

L'UNIVERS

niané à GO sékels, invoquant l'autorité d'un verset obscur d'Ézéchiel (45, 12), qui semble diviser les sicles du 77iané en 20 + 25 + 1 5 = 60 ; c'est du moins dans ce sens que saint Jérôme et les rabbins interprètent les paroles d'Ézécbiel. D'autres enfin, justement choqués des difficultés grammaticales et de la division bizarre qu'offre le texte hébreu d'Ézéchiel , ont recours à la version alexandrine , selon laquelle la valeur de la mine serait réduite à 50 sicles '. Mais la version grecque de ce verset étant elle-même très-corrompue et très-incertaine dans les manuscrits et dans les éditions, nous ne pensons pas que son autorité puisse prévaloir sur celle du texte, pour lequel nous croyons de voir adopter l'interprétation de la Vulgate. Le passage des Chroniques, qui d'ailleurs n'est pas assez précis, parle peut-être du sicle du poids royal (2, Sam. 14, 26), qui n'aurait contenu que I du sicle mosaïque ^. Josèphe, qui fixe la mine à deux livre.'i et demie ( de Rome ) ^ , s'accorde bien avec ceux qui lui attribuent Je poids de 60 sicles; mais nous ne pourrons fixer la valeur absolue des poids qu'après avoir parlé des monnaies. — La valeur relative des différents poids , selon ce que nous venons d'exposer, se résume ainsi qu'il suit :

Kiccar 1 .

Mané 50. 1.

Sékel 3000. 60. 1.

Béka 6000. 120. 2. I.

Guéra 60000. 1200. 20. 10. 1.

D. Les monnaies ne sont autre chose dans l'origine que des pièces de métal d'un poids déterminé, marquées d'un signe généralement reconnu dans le commerce. La question de savoir si les Hébreux , avant l'exil

' Celte opinion est celle de Boekh, adoptée aussi par Berlheau , page 9 et suivantes; elle est basée surtout sur l'analogie des poids grecs , car la mine des systèmes grecs se divise en 50 didrachmes. Le verset des Chroniques , selon Bœkh , parle du sicle commun , ou demi-sicle.

^ Voy. MichaClis , De Siclo ante exil. Babyl., dans les Commentât. Soc. reg. Gotting., 1752, II, p. III8.

J Voy. Anliqu., XIV, 7, I.

de Babylone, avaient des pièces de m.onnaie, dans le sens que nous attachons à ce mot , ne saurait être complètement résolue. Le silence que gardent les livres des anciens Hébreux sur Yargent monnayé ne suffit pas pour en nier l'existence. On a aussi attaché trop d'importance au malpeser, dont on se sert souvent dans la Bible , en parlant du payement d'une somme ', et on a conclu de là que le métal qu'on donnait en échange des denrées, etc., n'était marqué d'aucun signe et se livrait au poids comme la marchandise. IMais nous trouvons le mot peser employé dans le sens de payer, à l'époque des Perses , où , sans aucun doute, on avait de l'argent monnayé 2; encore maintenant il est généralement d'usage en Orient de peser les monnaies , afin de constater leur valeur. Il est vrai qu'on n'a trouvé aucune trace de monnaies égyptiennes appartenant aux temps des Pharaons , ni de monnaies phéniciennes remontant au delà de l'invasion des Perses ; mais, d'un autre côté, on rapporte que Phidon , tyran d'Argos , vers l'an 750 avant l'ère chrétienne, frappa le premier de la monnaie en Grèce, d'après un système de poids et mesures emprunté aux Phéniciens ^.

j\'est-il pas des lors très-probable que les Phéniciens, à cette époque, connaissaient la monnaie et en faisaient usage dans leur commerce ? Il y a en effet des auteurs grecs qui font remonter aux Phéniciens l'invention de la monnaie 'i, quoique Hérodote (1 , 94) l'attribue aux Lydiens. Les Hébreux pouvaient donc, par leurs fréquentes relations avec les Phéniciens , avoir de la monnaie vers l'époque d'Ézéchias ^ Quoi qu'il en soit, il est cer-

' Vov. Genèse , 2.3 , IG ; Exode , 22 , I6 ; 2 Sam., 18, 12; I Rois, 20, 39; Isaie, 55, 2; Jérémie , 32, 9 et 10.

2 Voy. Zacharie, Il , I2; Ezra, 8, 25 et suiv.

^ Voy. Hérodote , VI , i27. Bœkh, dans ses Recherches métrologiques, page 76, admet ce fait comme historique.

^ Voy. Bœkh , 1. c. , page 42 ; Bertheau , page 22.

* L'existence de la monnaie chez les an.ciens Hébreux , généralement aiée par les ar-

'iOl

lain que les Hébreux avaient, dès les temps les plus anciens, sinon des rnoiniaies proprement dites , du moins des pièces d'argent marquées d'un «igné et qui avaient cours chez les marchands (Gen. 23, 16). On mentionne non-seulement des pièces d'un sicie , mais aussi des demi-sicies (Ëxode, 30, 13), des quarts de sicie (1 Sam. 9, 8) et de petites pièces d'argent appelées aqora (ib. 2, 36) et qui étaient probablement du poids d'une giiéra ' .

Mais quelle est la valeur absolue de ces pièces? Plusieurs savants ont fait cette supposition toute gratuite, que \d, guéra é\.{i\X la même chose que le keration des Grecs et la sUiqua des Romains, c'est-à-dire un grain (k caroube, que les Hébreux auraient employé comme unité dans les poids.

Dix-huit de ces grains pesaient , selon Eisenschmid , environ 87 à 88 grainS du poids de France , d'où l'on a conclu que le sicie, qui avait 20 guéras , pesait environ 96 grains. Ce résultat, dont on va reconnaître toute la fausseté, a été généralement admis, et c'est d'après cette fausse donnée qu'on a déterminé les poids des Hébreux ^ Nous avons cependant une base bien plus sûre dans les sicles qui nous restent de l'époque des Maccabées , notamment du prince Siméon , qui , dès la première année de son règne, fit frapper de la monnaie nationale ^. Il

cheologues, est déclarée fort probable par plusieurs auteurs de nos jours. Voy. Hussey, Essay on the ancient weighis and Money, Oxford , 1836, page I97 et suiv. ; Berlheaia, p. 21 et suiv. De Wette, dans la troisième édition de son Archœoloffie { I8i2), p. 2.34, a embrassé la même opinion , après avoir soutenu le contraire dans les éditions précédentes.

' Quant au mot kesita , qu'on ne trouve que dans trois passages (Genèse, 3.3, 19; Josué , 24 , 32 ; Job , 42 , 1 1 ) , et qui parait appartenir à l'époque la plus ancienne , ou ne saurait en déterminer le sens. Il est probable qu'il désigne aussi une pièce d'argent ; les anciennes versions le rendent généralement par agneau.

2 Voy. Jahn , Àrch. , 1 , 2 , p. 49 et 50 ; Winer, RealtvœrUrhach , t. I, p. 499 et 698 , et le Dictionnaire de Gesénius, au mot G uéra .

' Voy. sur les monnaies macabéennes , 26« Livraison. (PALESTiNtc.)

n'y a pas de doute que ce prince et grand prêtre, dans son enthousiasme pour la liberté et l'indépendance de son peuple, et animé d'un zèle ardent pour le rétablissement des anciennes institutions nationales , n'ait adopté pour ses monnaies le système des poids mosaïques ; ses sicles , sur lesquels on lit d'un côté les mots sékel d'Israël, et de l'autre la sainte Jérusalem, et qui devaient servir à payer les taxes sacrées prescrites par la loi mosaïque ' , durent répondre exactement au sicie sacré. Or, le poids des sicles de Siméon qui existent encore varie de 256 grains à 27 1 , 75 ; la plupart ont 266 à 268 grains \ On ne s'étonnera pas de cette variation, si l'on songe aux rognures et à l'affaiblissement de poids que ces monnaies ont pu éprouver dans la circulation.

Mais, grâce aux vastes recherches de M. Bœkh , il est maintenant possible de déterminer exactement la valeur normale du sicle-poids , qui ne diffère que fort peu du poids réel des monnaies encore existantes. l\ résulte avec évidence de ces savantes recherches que le système suivi par les Hébreux avant l'exil de Babylone était encorebien connu du temps de Siméon , et que ce prince a frappé ses sicles sijr le pied ancien. Il est maintenant démontré que le système d'Égine, c'est-à-dire celui que Phidon, tyran d'Argos, avait emprunté aux Phéniciens, était aussi celui des Babyloniens, des Syriens et des Hébreux 3. Le talent attique, qui pèse 493200 grains de France, est au talent d'Égine,

dont l'authenticité ne saurait être mise en doute, l'ouvrage de Franc. Perez Bayer : De Niinimis hebrœo-samaritanis, Valehtia;, 1781, in-4 ; Ekhel, Doclrina Nummorum, t. m , p. 458 et suivantes. Comparez notre pi. 21 et l'explication à la lin de ce volume.

» Voy. ci -dessus, page I64, col. F, et page 178, col. 1 , note 3.

' Voy. Bœkh , page 56 ; Bertheau , page 33. — Parmi les différents sicles du cabinet des médailles de la Bibliothèque Royale , le plus léger a 3 gros 39,5 grains, ou 2B55, grains, et le plus lourd 268 grains. Voy. les Tables de M. Mionnet.

^ Voy. Boskh, page 45 et suiv. et p. 67; Bertheau , p. 35-4o.

L'UNIVERS

comme 3 à 5 , et ce dernier, par conséquent, pèse 822000 grains ■. Ce talent se divisait en 3000 didraclinies, de même que le talent hébreu eu 3000 sicies; le poids normal du didraciime d'Égine était donc , de mcine que celui du sicle, de 274 grains, ce qui s'accorde parfaitement avec le poids réel des sicies de Siméon. Les quelques grains qui Inanquent à ces derniers ont été déduits probablement comme prix de fabrication. Il nous reste avoir comment ce résultat s'accorde avec les données de Josèphe et du Nouveau Testament. Josèphe dit que le sicle vaut quatre drachmes attiques =, et dans deux autres endroits il désigne par didrachme ou deux drachmes l'impôt d'un demi-side que tout Israélite payait chaque année au temple ^. Dans l'Évangile de saint Matthieu (17, 24) cet impôt est également évalué à deux drachmes, et le stater, qui valait quatre drachmes, suflisait à Jésus et à saint Pierre pour payer leur impôt; or, quatre drachmes attiques pèsent 328 , 8 grains , tandis que le poids normal du sicle , comme on l'a vu , n'est que de 274 grains. Mais la difficulté disparaîtra si l'on réfléchit qu'à une époque où les monnaies juives étaient devenues très-rares, la valeur du- sicle a dû hausser considérablement, et que d'ailleurs on payait toujours l'impôt du demi-sicle selon la monnaie qui avait cours , pourvu que sa valeur réelle ne fût pas au-dessous de celle de l'ancien sicle. Or comme le tétradrachme, ou le stater, était alors la monnaie la plus répandue , on en payait la moitié, ou le didrachme, pour le demi-sicle, de même qu'à l'époque persane on avait payé une demidarique 4. Josèphe pouvait donc dire

' Voy. Bœkh , pages 77 et 124.

' Voy. Antiqu. , III, 8,2.

^ Voy. les passages indiqués ci-dessus , page 178 , col. 1 , note 3.

* Voy. Mischna , deuxième partie , trailé Schekalim (des sicies) , ch. 2, § 4 , et les commentaires. Bcekh (p. 63 ) suppose, avec moins de vraisemblance , que la valeur de la drachme avait baissé , et qu'on était habitué alors à considérer le denier romain (denarius) comme une drachme, de sorte que les quatre drachmes, qui ne faisaient que

avec raison que le sicî« équivaut à quatre drachmes, quoique ce ne fût pas la sa valeur intrinsèque. Ce que nous venons de dire est entièrement conflrmé par les données que nous fournissent les rabbins. Maïmonide dit positivement que le sicle du second Temple (c'est-à-dire à l'époque romaine) pesait 384 grains d'orge, tandis que l'ancien sicle mosaïque n'en pesait que 320 '. S'il faut en croire Eisenschmid ^ 320 grains d'orge équivaudraient à 267 grains du poids de France, ce qui s'accorderait assez bien avec le poids des sicies de Siméon; mais sans entrer dans l'évaluation peu sûre du poids des grains d'orge, ce qui résulte positivement de la donnée de Maïmonide , c'est que l'ancien sicle était au nouveau comme 5 à 6 , et ce rapport est exactement le même que nous trouvons entre le didrachme d'Égine, ou le sicle hébreu (274 gr.), et le tétradrachme attique (328, 8 gr.). — Nous observerons encore que saint Jérôme fait aussi le sicle égal au stater ou tétradrachme , qui, selon lui, équivaut à une demionce romaine ^ ; or, comme la livre romaine a douze onces , les deux livres et demie que Josèphe , comme on l'a vu, donne à la ??ii?ie hébraïque, font trente onces; d'où il s'en suit que Josèphe, de même que les rabbins, donne à la mine soixante sicies 4. — D'après

quatre deniers , étaient à peu près égales à 1 ancien sicle, car le denier pesait 69 ,8 grains. ' Voy. Maïmonide, Comment, sur la Mischna, cinquième partie, traité Bechorôth ( des premiers-nés ) , ch. 8 , § 7 ; Abrégé du Thalmud, liv. III, septième section (des sicies), ch. I, % 2. Le traité de Siclis de Maïmonide a été publié à part, avec une version latine et des notes, par Esgers, Leyde, l7i«, in-4.

* De Ponderib. etMensuris , pag. B7.

3 Comment, in Ezechiel, c. 4, v. 10 : Siclus autcm., id est stater, habet drachmas quattuor. Drachmœ autem octo latinam nnciam faciunt. Hieronymi Opéra, éd. Martianay, t. III, col. 722.

* Nous ne saurions dire de quelle livre romaine Josèphe a voulu parler, car il y en a une grande variété ( voy. Bœkh , page l'O et suiv. ) ; mais si l'on admet avec Bœkh ( p. 165 ) que le poids normal de la livre est de 6165 grains, les deux livres et demie de Josèphe font I54i2, 5 grains, tandis que 50 sicies qui , selon Bœkh , forment une mine, ne donneraient que 13700 grains.

tout ce que nous venons d'exposer, la valeur absolue des poids hébraïques pourra se fixer ainsi qu'il suit :

1 guéra pesait 13,7 grains

t béka 137

1 sekel 274

1 mané 16440

1 kiccar 822000 Le sékel en monnaie pouvait valoir environ 3 francs 10 cent.

Tel est, en résumé, le système des mesures, des poids et des monnaies des Hébreux, qui, comme il est démontré par les savantes recherches de Bœkh,n'estqu'unebranchedu système général qui de la Babylonie a passé dans le sud-ouest de l'Asie , en Egypte et en Grèce , et repose tout entier sur le pied cubique des Babyloniens.

Les bornesdans lesquelles nous devons nous renfermer ne nous permettent pas de considérer ce système dans son.

ensemble.

Pour compléter notre description des relations commerciales, nous donnerons encore quelques détails sur les voies du commerce , sur les voyages par terre et par mer, et sur la correspondance.

Les Orientaux voyagent rarement pour leur plaisir ou dans le but de s'instruire; les voyages, chez eux, ont ordinairement un but commercial. Pour le voyage, comme pour le transport des marchandises, les Hébreux employaient le plus souvent les ânes (I Sam. 25, 18 et 20); le chameau était d'un moindre usage chez les Hébreux que chez les peuples voisins (Il Rois, 8, 9). On ne s'en servait que pour les grands voyages des caravanes, rarement entrepris par les Hébreux; on ne voyait guère en Palestine que des caravanes étrangères. Les personnages de distinction voyageaient aussi sur des mules ( II Sam. 13 , 29 ; 18,9), et quelquefois dans des voitures. Nous avons déjà dit ailleurs que les voitures de voyage et de transport, si rares dans l'Orient moderne , ne l'étaient pas chez les anciens Hébreux '. Les troupes des

' Voy. les passages cités ci'dessus , page SbO, col. 2, DOle I .

pèlerins qui se rendaient à Jérusalem, pour célébrer les fêtes , ou pour offrir les prémices , allaient ordinairement à pied et étaient accompagnées de musique'.

Dès les temps les plus anciens, il y eut en Palestine des routes frayées , désignées dans la Bible par le nom de MESILLA *; ce mot, qui vient du verbe s al al (amonceler, élever), nous paraît suffisant pour faire présumer que les Hébreux savaient construire des chaussées, et certaines images des poètes sacrés font allusion aux travaux de terrassement, qui dans un pays montagneux, comme la Palestine , durent présenter de grandes difficultés. On abaissait les hauteurs , on comblait les vallons et les ravins, on aplanissait les lieux raboteux ( Isaïe , 40 , 4 ), on ôtait avec soin les pierres et les autres obstacles (ib. 57, 14; 62, 10) et on élevait la route au-dessus du niveau du terrain (ib. 49, 1 1 ). Les grandes routes s'appelaient aussi chemins du roi ( Nomb.

20, 17; 21, 22). Josèphe rapporte que Salomon fit paver de pierres noires , ou de basalte ^ , les routes qui conduisaient à Jérusalem, ce qui prouve que, du temps de Josèphe , il existait autour de la capitale des chaussées anciennes que la tradition faisait remonter jusqu'à Salomon. ¥m général la construction des chaussées est d'une haute antiquité dans l'Orient, notamment dans l'Inde 4. La loi de Moïse ordonne expressément de mettre en bon état les routes qui conduisaient aux villes de refuge (Deut. 19 , 3). — Les grandes routes principales de la Palestine étaient au

' Voy. Isaïe, 30, 29, Mischna, i" partie , Biccourim ( des prémices) , cli. 3 , et les notes de la Bible de M. Catien , au Deutéron. cti. 26, V. lo-

' Nombres ,20, 19; Juges, 20, 31 et 32; i Sam. 6, 12; Isaïe, 40, 3; 49, II; 62, 10.

5 Voy. ci-dessus, page.i7, col. i.

■* Voy. Strabon , XV , 689; Botilen, Das alte Indien, t. II, p. I09-III. Selon Isidore de Séville {Origines ou Etymologicum, 1.5, dernier cti.) , les Carthaginois furent les premiers qui eurent des routes pavées; il est donc probable qu'il y en avait en Phénicic el en Palestine. Voy. îalin , I , i, p. 4.

L'UNIVERS

nombre de six : quatre routes partaient (le Jérusalem; l'une, dans la direction JV. E. conduisait en Pérée , en passant par la montagne des Oliviers, le désert, Jéricho et le Jourdain; une autre, allant au nord , se dirigeait , par Sichem et Samarie , en Galilée ; une troisième , allant à l'ouest, conduisait à Joppé et à la Méditerranée; une quatrième conduisait à Hébron, d'où elle se prolongeait d'un côté vers le midi jusqu'au golfe Élanitique, en passant par le désert, et d'un autre côté au S. O. jusqu'à Gaza et la grande route d'Egypte.

Dans le nord on remarque la route qui conduisait d'Acco ( St-Jean d'Acre) à Damas, en passant par la plaine d'Esdrélon , le Jourdain (près du lac de Génésareth ) et l'Antiliban. Enlin il y avait une route le long de la côte, conduisant d'Acco à Gaza et en Egypte. Sur les routes il y avait çà et la des stations, oii les voyageurs trouvaient un abri pendant la nuit '.

On passait le Jourdain au moyen d'un bateau ou d'un bac (2 Sam. 19, 19), ou bien à pied dans les endroits guéables (page 130); \epont appelé des fils de Jacob (p. 9) ne remonte pas aux temps anciens, et date probablement de l'époque romaine ^. Dans la Bible on ne trouve aucune trace de l'existence des po«^s, excepté peutêtre dans le nom de Gueschour {Gessur) que portaient deux districts, l'un au nord de la Pérée ( Deut. 3 , 14), l'autre dans la Palestine méridionale (Jos. 13, 2); car dans les langues araméenne et arabe le mot gidschàr ou djisr signifie pont.

La navigation des Hébreux était peu importante et s'exerçait sous le patronage des Phéniciens ^ ; c'est sans doute au langage de ces derniers que sont empruntés les termes de la Bible ayant rap[)ort à la construction des vaisseaux età lanavigation. Le vaisseau

' Voy. ci-dessus , page 382, col. 2, note !.

=* Comparez Josèphe, Aniiqu. V, I, 3; en parlant au passage du Jourdain, sous Josué, il dit (^xïaulrefois il n'y avait pas de pont sur le fleuve.

' Yoy. ci-dessus, pages 295, 3I4 et 393.

s'appelle oNi ou oniyya; une fois on trouve le mot sephina ( Jona , 1, 5), très-usité dans les autres dialectes sémitiques; le ci, auquel Isaïe (33, 21 ) donne l'épithète de pwmo??Y, parait être un vaisseau de guerre '. Les bâtiments étaient construits de bois de cyprès, et les cèdres du Liban étaient employés pour les mats ; les rames étaient en bois de chêne, et les bancs des rameurs avaient des ornements en ivoire; les voiles eties pavillons étaient de bysse égyptien et ornés de broderies (Ézéch. 27", .5 — 7). On naviguait en même temps à la voile et à la rame ( ib. v. 7 et 29); mais on n'allait ordinairement que le long des côtes, c'est pourquoi les voyages duraient très-longtemps (1 Rois, 10, 22).

Quant à l'équipage des vaisseaux, on mentionne les mallachîm, mot qui désigne les marins en général (de MÉLACH, sel pour mer) , et les hobe- LÎM, ou ceux qui dirigeaient le vaisseau (de HÉBEL, câble, cordage):, le capitaine s'appelait rab ha-hobel ( Jona, 1, 6). JNous avons indiqué dans d'autres endroits les ports de mer d'où partaient les navires marchands des Hébreux et la direction qu'ils prenaient.

— Dans l'Ancien Testament on ne parle que de la navigation maritime, mais les Évangiles, ainsi que Josèphe, nous montrent le lac de Génésareth parcouru par les barques des pêcheurs et par d'autres vaisseaux , et ce lac fut même le théâtre d'un combat naval entre les Juifs et les Romains *.

Il nous reste à dire quelques mots sur les correspondances. Quoique l'art d'écrire fût connu de bonne heure des Hébreux , il n'était répandu cependant que dans les classes élevées , comme celles des lévites, des prophètes , des hommes d'État, et l'échange de lettres dut être très-rare entre les commerçants. Il est question de lettres depuis l'époque de David, mais toutes les lettres mentionnées dans la Bible étaient écrites par lés classes que nous venons de nommer, et notamment

' Comparez Nombres, 24, 24; Daniel, II, 30. 'Voy. Josèphe, Guerre des Juifs, III, 10, § I et 9 ; Fie de Josèphe , eh. 33.

par les rois'. — Les lettres étaient roulées, liées avec une ficelle et cachetées avec de l'argile (Job, 38, 14); envoyer des lettres ouvertes était un signe de mépris (Néhémia, 6, .5).

Les rois expédiaient leurs lettres par des courriers destinés à ce service ( II Chron. 30, 6) ; les particuliers les envoyaient par des exprès , ou profitaient de l'occasion de quelque voyageur (Jérém. 29, 3).

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