I. Caluioffo .. <lcl Lice» wuiicale, t. I, p
donner certainement pour maître « un Flamand ».
On j)ourrait insister aussi sur le lait ([ue le plus ancien morceau imprimé de Palestrina, — un madrigal placé dans un recueil en i554, — parut chez le même éditeur, Antonio Gardano, qui publia les deux premiers livres de Cimello et les ouvrages de début de trois de ses élèves, Lucario, Giglio et Belli.
La dédicace de Martello, en i564, prouve que Cimello était au service de Marc Antonio Colonna; déjà son livre de i548 était dédié à Fabrizio Colonna, et contenait des pièces de vers écrites par le musicien en l'honneur de ce prince et de Marc Antonio, son frère, ainsi qu'un morceau composé sur une poésie de Viltoria Colonna. Or, au xvi* siècle, la ville de Palestrina faisait partie des possessions de cette puissante lignée, etPierluigi, dédiant au chef de la branche aînée son second livre de madri<raux, se déclarait son « vassal ». Serait-il absolument invraisemblable de supposer une relation entre ces faits, et de se demander si la protection d'un Colonna ne fut pas de quelque secours dans son éducation musicale et dans le choix de son maître? De môme, une dédicace de Tomaso Giglio, en i563, atteste les relations de Cimello et du cardinal d'Aragon. Faudrait-il aller jusqu'à voir
4rt l'ALKSTKINA
ilans son séjour auprès des rojjrésenlanls du roi d'Espa<^no en Sicile et à Na|)les l'origine de l'assertion de Piloiii, d'après laquelle (jaudio ou (Jaudio Mell serait allé servir en Portugal? Le (hunier document que nous possédions aujourd'hui sur Gimello laisse entendre qu'il visita i'Espap^ne et la France, et nous apprend (|u'eii iSji) il n'avait pas été depuis dix ans à Rome, mais qu'il se proposait d'y retourner : ce qui pourrait s'accorder avec la mention fjue lait l^itoni, d'un voyage aci'ompli en i58o.
Ce document est une longue lettre au cardinal Sirleto, découverte et signalée par M. Dejob, publiée par M^"" Respighi, datée de Monte San (îiovanni, en Calabre, le 1 3 décembre i*)7<j'. A côté de bi/.arres propositions concernant la notation du chant liturgique, Cimello y donne force détails sur sa santé, sur les cincj pctils-iils dont il se trouvait chargé par la mort de leur père, et auxquels il songeait à trouver des emj)lois, sur un séjour (ju'il avait l;iit à Hénévent, où il avait conversé avec « les vieux et les vieilles », sur ses (puvres enfin, dont il n'éprouviiit nul embarras à faire l'éloge; laissant, disait-il, aux jeunes gens h;s choses amoureuses, il avait composé un livre <le sonnets spirituels et un autre d'épigrammes
I. Dpjob, De l'in/liiencr du Concile <le Trente, p. a'}4. — Respighi, Kuovo Studio tu G. Pierluigi da Palestrina, p. lîS el suiv.
pieuses, qu'il se proposait de faire imprimer liiimèiiic à Xaples, pour éviter les fautes typographiques.
Il brûlait du désir de mettre au service du cardinal son double talent de poète et de musicien, et il lui faisait parvenir un motet, qu'il invitait « messer Alessandro » à soumettre à l'examen de « quelques amis tels que messer Giovan Maria, messer Pietro da Picinisco, messer Luigi et autres gens avisés ». Ces personnages, vivant à Rome en 1379, sont sans nul doute Giovanni Maria Nanino, Pierluigi de Palestrina, et peutêtre Alessandro Romano. Dans le courant de la même lettre, Cimello fait encore mention d'Annibal Zoilo et d'Orlando (de Lassus) comme ayant eu avec eux des rapports récents ou anciens.
Des recherches nouvelles, qu'il appartient surtout aux musicologues italiens d'entreprendre, pourront seules montrer ce qu'il y a d'illusoire ou de bien fondé dans l'hypothèse que nous venons de présenter.
Quoi (|u'il en soit du lieu et du maître où et par (jui lurent dirigées les études de Pierluigi, un document de 1544? — 1^' premier acte aulhen-
Palcstrina. 4
5o l'A Li:STRI.\A
tique (jue nuisseiit produire ses hio^'^raphcs, — nous \o montre revenu à Palestrina, et en état d'occ ii|)ii' mi emploi nuisieal. Le -.'.8 octobre de cette année i544i il conclut avec le chapitre de Saint-Agapit un contrat aux termes duquel il s'engage, pour tout le temps de sa vie, a se trouver quotidiennement présent au chœur pour la messe, les vêpres et les compiles, et à enseigner le chant et l'artde la musi(|U(> aux chanoines de ladite église ainsi qu'aux enfants de clinnir, le tout en échange des revenus d'un canoni("at '. On ne peut s'empêcher de penser ([ue si les chanoines s'empressaient ainsi d'attacher à leur église un très jeune musicien, à peine ai-rivé au terme de ses études, c'est qu'ils s'élaienl déjà intéressés à lui auparavant, soit qu'ils l'eussent compté parmi leurs entants de chœur, soit qu'ils se souvinssent d'avoir contribué aux Irais de son éducation, soit encore qu'ils ne fissent qu'obéir aux désirs de ([iiehiiie iiilliK-ut personnage, d'un Colonna. peul-èlre. L'engagement que prenait Pierluigi d'instruire au besoin les chanoines euxmêmes, s'explique par la participation de tous les membres du clueur à l'exécution des chants. Se faire initier à la praticpie musicale était un
I. Ce conlrnl, résuin»'- pnr SchcUe, onvr. cité, p. 272, n «^lô piiMié iiili'-grulomonl pur M. Iliiburl, dans le CxcilieiiKalendei fur 1879, p. II.
LA VIE 5i
devoir pour tout le personnel ecclésiastique.
Le temps de son séjour à la cathédrale de Palestrina l'ut le seul où Pierluigi eut occasion d'exercer régulièrement les fonctions d'organiste. On pourrait donc faire remonter jusqu'à cette époque la composition des Ricercari pour orgue, qui lui sont attribués, si, à cause d'une certaine liberté tonale, de bons juges ne préféraient les dater d'un moment plus avancé de sa vie.
Avant la fin de l'année i547, ^^ jeune musicien prénestin était déjà marié. Il avait épousé Lucre- /ia de Goris, fille de Francesco de Goris et de Santa, son épouse. Lucrezia avait trois sœurs, Félicita, Violante et Candida, dont les deux dernières avaient épousé deux citoyens de Palestrina, Alessandro Pitonini et Jacobo Spagnolelti de Hardis. La mort du père, en i547, ^^ celle de sa veuve, peu de mois plus tard, nécessitèrent des partages de biens mobiliers et immobiliers, tient les actes ont été conservés : ils témoignent de la situation aisée des époux de Goris, qui laissaient à leurs héritiers une maison à usage de tannerie, quelques pièces de terre, une vigne, et cent trente florins d'or *.
Le chef de la chrétienté était alors Paul III