‹ Palestrina (volume 2)Chapitre 10 sur 57 · V. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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jusqu'à ce que, sous Clément VIII, la « spéculation commerciale » s'en étant emparée, parvînt, comme nous le verrons dans un autre chapitre, à la remettre sur le tapis *.

La situation de famille et de fortune de Palestrina, vers ce milieu de sa vie, n'était pas telle que Fa dépeinte Baini, qui a mal connu sa parenté, et qui s'est plu à insister sur la « pauvreté » de son héros : moyen quelque peu romanesque de faire contraster l'immensité de son génie avec la médiocrité de sa fortune, et d'aviver l'intérêt du récit en mêlant au sentiment de l'admiration à l'égard d'un grand artiste cette part de pitié sympathique que réclame toute victime, vraie ou fausse, de l'injustice du sort. Sur ce point donc, comme sur tant d'autres, les travaux de l'érudition moderne ont apporté à la légende ancienne de notables changements.

Les plus grandes peines qui aient traversé la vie de Palestrina ne lui vinrent pas du fait de ses contemporains, qui de bonne heure avaient

i. Un excellent résumé de toute celte affaire, par M. Peter Wagner, a paru en traduction française dans la Tribune de Saint' Gcrvais, t. IX, 1903, p. 34 1 et 3;3.

su distinguer la supériorité de son talent, et dont les hommages ou l'aide matérielle ne lui manquèrent jamais. Des deuils, qu'il n'était en nul pouvoir humain de prévenir, attristèrent seuls, plusieurs fois, son existence familiale.

Dans le volume de motets qu'il avait publié en 1572, Palestrina avait placé, à côté de ses propres œuvres, deux morceaux de Silla Pierluigi, son frère, et un de chacun de ses deux fils aînés, Ridolfo et Angelo Pierluigi. Sur la fin de la même année, Palestrina vit mourir coup sur coup son frère, Silla, « homme lettré, bon musicien et de bonnes mœurs », et Ridolfo, son fils, jeune homme de vingt-deux ans, que le même témoin, Tévêque Odescalco, disait « de bonnes mœurs, instruit dans la logique, la philosophie et les lettres latines et grecques, excellent musicien et virtuose sur toutes sortes d'instruments ».

Angelo, son second fils, âgé en janvier 1573 d'environ dix-neuf ans, doué « de presque toutes les bonnes qualités de son frère », était à cette date déjà marié depuis quelques mois à une jeune prénestine, Doralice deUbertis. Une fille, Aurélia, et un fils, Angelo, naquirent de cette union, que la mort du jeune époux vint rompre dès 1576. La veuve, Doralice, se remaria le 11 octobre 1577. Les deux enfants que lui avait laissés Angelo Pierluigi moururent, à quelques

semaines de distance, le 16 août et le 24 octobre i58i.

Le dernier fils du compositeur, Igino, né vers i557, survécut à son père. Bon musicien, lui aussi, il joua, comme nous aurons à le mentionner par la suite, un rôle plus intéressé que respectueux, dans la publication de certains ouvrages posthumes de Palestrina. De son mariage avec Virginia Guarnacci, contracté en 1577, naquirent huit enfants, dont l'aîné, Tommaso, né le a3 novembre 1578, eut pour parrain le cardinal Sirleto. Par l'un des autres fils d'Igino, la descendance directe de Pierluigi de Palestrina se continua, en ligne masculine, jusqu'à i65i, en ligne féminine jusqu'à nos jours.

En 1 58o, Fauteur de la Messe du Pape Marcel perdit, après trente-trois ans de mariage, sa femme, Lucrezia de Goris ; l'inhumation eut lieu à Saint-Pierre, le 23 juillet i58o. Baini a voulu que les huit compositions sur les Vergini de Pétrarque, imprimées en janvier i58i dans son livre de madrigaux spirituels, fussent des chants de deuil inspirés au musicien par une profonde et religieuse douleur : l'excellent biographe ignorait qu'à l'heure même où Ton mettait en vente ce recueil, sept mois après la mort de Lucrezia de Goris, en février i58i, l'inconso-

lable époux contractait un second mariage avec « une riche veuve, Victoria Dormuli, propriétaire d'un important commerce de pelleteries et d'une respectable fortune mobilière et immobilière », dont la jouissance permit bientôt à Pierluigi d'acquérir de nouveaux immeubles sur le territoire de Palestrina *.

A la chapelle Julia, ses appointements mensuels, en 1571, étaient de 8 scudi et 33 baïoques, plus 1 scudo et demi comme indemnité de logement, et 12 scudi pour la nourriture des quatre enfants de chœur dont il avait la charge. Au mois de mai 1573, ayant menacé le chapitre de Saint-Pierre de quitter ses fonctions et de retourner à Sainte-Marie-Majeure, il abtint une augmentation de traitement qui porta son salaire mensuel à i5 scudi. Cette somme, ramenée à notre valeur actuelle , représentait • environ 6.5oo francs par an, et la pension pontificale qui s'y joignait, environ 4.000 francs. A ce total de 10 à 11.000 francs de notre monnaie s'ajoutaient, comme nous l'avons déjà indiqué, le produit inconnu des « distributions extraordinaires » à l'église qu'il servait, celui de ses biens personnels, de la vente de ses ouvrages, et les présents reçus en échange de chaque dédicace :

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