‹ Palestrina (volume 2)Chapitre 15 sur 57 · ÉS · texte numérisé non relu

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La même messe ne portait pas l'empreinte néerlandaise d'une manière moins sensible dans les formes graphiques de sa notation, où les combinaisons de signes de valeurs, différents selon les différentes voix, révèlent à la fois chez. Palestrina la consciencieuse étude des modèles admis, et l'ardeur d'un jeune maître en quête de prouesses

Ces prouesses, il les accomplit en se jouant dans la messe Ad fugam, qui est toute canonique et paraît avoir été écrite d'après celle, du même titre, de Josquin Deprés *, — de même que la messe, Ut, ré, mi, fa, sol, la semble avoir été

i. Ambros, Gcschlchle der Musik, t. IV, p. 3o.

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inspirée par celle de Brumel, qui figure dans le Liber quindecim missarum.La même succession des six ùotes de la gamme par muances, prises alternativement en montant et en descendant, dans Fétendue de Y « hexacorde dur » ou de T « hexacorde naturel », fut choisie encore après Palestrina par plusieurs de ses rivaux ou de ses successeurs pour sujet de nouvelles pièces sacrées ou profanes : André Gabrieli en fit le thème d'une « Giustiniane » à trois voix, imprimée en 1571 ; Pietro Vinci la traita, dans le sens descendant, en messe à six voix ; Jacques de Kerle, pour l'une de ses messes dédiées à Grégoire XIII, imprimées en i583, prit le thème en montant et en descendant, et mélangea, dans le Christe, l'hexacorde dur, noté en petites valeurs, àl'hexacorde naturel, noté en longues. On retrouve le titre et le thème des six notes dans trois madrigaux d'André Rota, de Flaminio Tresti et d'Antonio Artusini, dans deux messes de Francesco Soriano et d'Antonio Cifra, publiées en 1609 et 1621, et dans l'une des fantaisies instrumentales d'Eustache du Caurroy.

Mais c'est surtout pour les messes de V homme armé que les points de comparaison abondent et permettent, tout en faisant mesurer l'influencé exercée sur Palestrina par les maîtres néerlandais, de lui attribuer, au point de vue technique,

un des rangs les plus élevés parmi les compositeurs, ou les jongleurs de notes, de l'école du contrepoint vocal. On ne connaît pas moins de vingt-trois ou vingt-quatre messes de Lhomme armé, dont les plus anciennes sont celles de Busnois et de Dufay, et la dernière, celle de Garissimi *. Ce total est formé presque uniquement d'oeuvres françaises ou flamandes : seuls, Senfl, qui était originaire de la Suisse allemande, Morales et Vaqueras, tous deux Espagnols, Palestrina et Carissimi, Italiens, font exception par leur nationalité : mais avec le thème original de la chanson, les traditions de son traitement restaient pour ainsi dire la propriété des maîtres septentrionaux, si bien que Morales ou •Palestrina, descendant dans leur arène, se voyaient obligés de leur emprunter leurs armes, et composaient eux-mêmes des messes de pur style néerlandais.

Pendant son séjour de quelques années à la chapelle pontificale, Palestrina avait pu feuilleter,

i. M. Tiersot (Histoire de la chanson populaire, p. 45 1 et suiv., et Tribune de Saint-Gervais, 1895, n*» 6 et 8) en a énuméré dix-neuf, qui sont de Dufay, Faugues, Ockeghem, Hobrecht, Busnois, Régis, Josquin Deprés (deux messes), Brumel, Pierre de La Rue, Pipelare, Loyset Compère, de Orto, Senfl, Morales (deux messes), Palestrina (deux messes), Carissimi. On doit ajouter à cette liste quatre messes de Caron, Mathurin Forestyn (Forestier), Philippon (de Bruges) et Vaqueras, contenues dans les Mss 14, 35, 49 et 160 des Archives de la chapelle pontificale, plus une messe anonyme, contenue dans le Ms 35 des mêmes Archives et qui sera peutêtre un jour identifiée à Tune des précédentes.

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chanter ou entendre non moins de dix-sept de ces* messes de Vhomme armé, puisque treize d'entre elles existaient dès lors dans les livres manuscrits de la Sixtine, auprès d'exemplaires imprimés de celles de Josquin Deprés (publiée en i5o2), Pierre de La Rue (i5o3), de Pipelare (i5i6) et de Morales (i544)- Peut-être, entre toutes ces compositions, les deux messes de Josquin Deprés furent-elles les modèles plus particulièrement visés par le maître prénestin. De ces deux « chefs-d'œuvre » très différents, que certainement les professeurs de composition firent longtemps admirer et étudier à leurs élèves, l'un est, dit Ambros, « une œuvre de virtuosité en contrepoint, et peut-être le plus brillant morceau de l'ancien style néerlandais », l'autre « paraît presque simple auprès de la magnificence éblouissante » de sa sœur * . La même définition pourrait à peu de chose près s'appliquer aux deux messes que Palestrina composa sur le même sujet.

La première, la plus considérable et la plus célèbre des deux, est écrite à cinq voix et porte en toutes lettres le titre de « L'homme armé » dans le troisième livre de messes de Palestrina, dédié à Philippe IT, imprimé en 1570. C'est celle

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