‹ PalestrinaChapitre 25 sur 32 · I. Cerone, El Melopeo, p · texte numérisé non relu

I. Cerone, El Melopeo, p

dans la seconde partie du xvi^ siècle, plus d'une reposait aussi sur une base profane. C'est ce que l'on constatera certainement lorsque des recherches obstinées ou des trouvailles fortuites auront déterminé l'origine des thèmes, dans les messes qui jusqu'à présent tiennent encore caché leur nom véritable. Puisque les traditions de l'époque voulaient qu'elles fussent toutes composées sur des mélodies données, l'on peut être assuré que la Messe du Pape Marcel elle-même avait eu pour sujet soit un thème grégorien, soit un thème de chanson, soit un fragment emprunté à quelque composition polyphonique, profane ou sacrée.

Malgré toutes les tentatives de rectification de la critique moderne, une grande partie du public est portée aujourd'hui encore à condamner purement et simplement les « messes sur des chansons », sur la foi d'arrêts jadis prononcés sans examen sérieux. Sans doute, si l'on n'en connaît queles titres, ces messes sont d'apparence étrange et condamnable. Baini, en particulier, s'est plu à dresser de ces titres une liste interminable, que lui ont empruntée à Fenvi les écrivains de l'époque suivante. Si d'ailleurs il ne s'était

donné nulle peine pour essayer de connaître les compositions elles-mêmes, la plupart de ses copistes n'en prirent pas davantage, et Gastil- Blaze, Fétis, Mereaux, Clément, d'autres encore, sans parler de Gounod et de Taine, accréditèrent l'opinion que les messes susdites étaient construites, comme des vaudevilles ou des cantiques, « sur des refrains bien connus » ; que la voix chargée dans le chœur de « chanter la mélodie » en faisait entendre pendant le service divin non seulement le thème « plus que profane », mais même les vers « plus que légers » ; et qu'au total ces compositions a plus souvent dignes du cabaret que de l'église » portaient, dans le lieu saint, l'inconvenance à ses dernières limites. M. Tiersot est, après Ambros, un des musicologues qui se sont élevés avec le plus de force et de compétence contre ces assertions erronées. « Je ne conteste pas, dit-il, qu'au premier abord cette coutume de composer de la musique religieuse sur des chants profanes ait quelque chose de bizarre et de choquant; pourtant il est inexact que des œuvres ainsi combinées aient pu donner lieu à aucun scandale, même à aucun ressouvenir de chants étrangers à la célébration du service divin. Non seulement des paroles mondaines n'étaient point mélangées, pendant le chant de la messe, avec celles

de la liturgie, mais encore les mélodies, même empruntées au domaine profane et populaire, étaient rendues tellement méconnaissables qu'il n'était pas possible que les fidèles en subissent la moindre distraction ^ »

Nous ajouterons à cela que quand bien même le fractionnement des thèmes, leur traitement « par augmentation » en longues valeurs qui en transformaient l'allure, les changements de tonalité et de mesure, n'auraient pas rendu ces mélodies « méconnaissables », leur signification primitive serait restée ignorée ou inaperçue de l'auditoire qui les entendait chanter, aussi bien que des musiciens qui en faisaient usage. Car, surtout à l'époque où Palestrina continuait de les employer, ces thèmes étaient presque tous depuis longtemps séparés des paroles auxquelles ils avaient appartenu.

Il n'est pas de preuve plus frappante de l'indifférence des auteurs de messes à l'égard des textes de chansons, que l'impossibilité où se trouvent les érudits de découvrir les paroles de la chanson de Vhomme armé. Pas une des vingt-trois ou vingt-quatre messes qui en sont issues, — et où les paroles profanes auraient soidisant été prononcées en même temps que celles

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