I. La Tribune de Saint-Gervaia, 1. 1, iSgS, n
17a PALESTRINA
deFordinaire delà îuesse, — n'en contient plus que les deux premiers mots, inscrits en tête. Sur ces deux mots s'est exercée l'imagination des critiques. Burney/ désespérant de leur trouver une suite, n'imagina « rien de plus probable » que d'assimiler la chanson de l'homme armé à la chanson de Roland, la fameuse « cantilena Rolandi, ou air de la chanson que le champion français avait l'habitude de chanter à la tête de l'armée, en l'honneur de Roland, son héros, lorsqu'on s'avançait à l'attaque de l'ennemi^ ». Gastil-Blaze s'est naturellement emparé d'une si admirable explication et l'a donnée pour un fait indubitable. Cependant le P. Martini, avant Burney, avait voulu que U homme armé fût « une certaine chanson provençale ^ ». La description par Perne du a Proportionale » de Tinctor ayant révélé l'existence d'une petite composition à deux voix, où la partie de ténor était notée avec ce texte :
Lomé, lome, lome armé
Et Robinet tu m'as la mort domié
Quand tu t'en vas.
le pauvre Baini resta perplexe, devinant un sujet dilîérent de celui qu'avait proposé Burney, et un idiome « pas tout à fait conforme » à celui des
ï. Burney, History ofmusic, t. II, p. 4y3. a. Martini, Esemplaie, i" partie, p. i2ç>.
chansons provençales généralement connues ^ Sans s'arrêter à ce que, dans le morceau cité par Tinctor, le texte n'avait absolument aucun sens, et que le thème s'y écartait, depuis le second vers, de celui qu'avaient traité tous les compositeurs de messes, les mu^^icologues, depuis Baini, Bottée de Toulmon et Fétis jusqu'à M. Weckerlin, se crurent en possession de la célèbre chanson. Ce dernier, tout en remarquant dans ces paroles quelque chose d'anormal, n'hésita pas à les tenir pour « un couplet entier » et à les placer, par deux fois, sous la musique d'un canon à quatre voix de Josquin Deprés, qu'il réimprimait coup sur coup dans deux de ses ouvrages, d'après l'édition sans texte de Petrucci ^. La vérité était cependant que l'on ne possédait toujours de la chanson que les deux premiers mots. Le ténor cité par Tinctor était emprunté à l'une de ces compositions à textes et chants mélangés, auxquelles se divertissaient les musiciens du xv^ siècle et dont la vogue littéraire et musicale se continua fort tard sous les noms de « Quodlibet », « Fricassée », « Goq-à-l'asne » et
1. Baini, t. I, p. 357, note 43o. — Le texte ci-dessus a été publié pour la première fois, croyons-nous, par Pei*ne, dans sa description des ouvrages de Tinctor, au t. II, p, 377, du Dictionnaire historique des înusicieiis, de Choron et Fayolle.
2. Weckerlin, Catalogue de la réserve du Conservatoire, p. 394, et la Chanson populaire, p. 70.
« Pot-pourri ». On les construisait à Taide de fragments que Ton feisait succéder les uns aux autres sans lien raisonnable, en vue d'un effet burlesque. Trois fragments séparés par des pauses formaient le ténor du « Quolibet » retrouvé dans le traité de Tinctor ^ :
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Lomme lomme lomme
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me
Et Robinet
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tu m'as .la mort don në Quand tu t'en vas
Le. premier de ces trois fragments, et le seul qui appartienne à la chanson de Uhomme armé^ conserve dans les messes polyphoniques, à travers les modifications que lui impose la main des maîtres, une structure à peu près identique, et se complète musicalement de la manière suivante chez Josquin Deprés et chez Palestrina •
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(JOSQUIN DESPRES, 1502)
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I. Goussemaker, Scriptores de musica medii aevi, t. IV, p. 173,
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On est loin de pouvoir compléter de même la chanson au point de vue littéraire : tout ce qu'il a été jusqu'ici possible d'en connaître, c'est le premier vers :
L'homme armé doit-on redouter,
que nous avons naguère trouvé dans une poésie de Jehan Molinet, le Dialogue du gendarme et de Vamoureux^ dont les trente-huit strophes commencent chacune, à la manière d'un acrostiche, par le premier vers d'une chanson. Il est impossible, sur ce seul vers, de décider si cette fameuse pièce avait été plutôt une « chanson militaire » qu'une « chanson amoureuse » ou une a chanson à danser ». L'attribution à Busnois de son texte et de sa mélodie, qui en ferait une c( chanson artistique » au lieu d'une véritable pièce populaire, n'a rien d'improbable et pourrait expliquer l'empressement des contrapun-
listes à traiter un thème que l'autorité d'un
grand nom désignait à leur émulation ^
Le mystère dont Palestrina avait cru devoir envelopper sa seconde messe de Vhomme armé lui servit encore pour insérer dans son sixième livre comme Missa sine nomine^ une composition à quatre voix sur la chanson « Je suis déshéritée », dont il avait eu connaissance par une messe de Jean Maillard, publiée à Paris, chez Adrien Le Roy et Robert Ballard, d'abord en parties séparées, en i552, puis en grand format, en i558, et copiée, sous le nom de « Maylard », dans un manuscrit des Archives de la chapelle pontificale. Par une très rare exception, — dont n'auraient pas manqué de faire mention les détracteurs des messes sur des chansons, s'ils s'en fussent aperçus, — l'édition de i552 de cette messe contenait, dans la partie de superius, et dans le second Agnus Dei seulement, les paroles entières de la chanson, inscrites au-dessous de celles de la liturgie ; non pas comme l'eût pensé Gastil-Blaze, pour que les chanteurs pussent les faire entendre au milieu du service divin, mais
i.Nous avons découvert dans un Ms de la Bibliothèque nationale et publié dans le Journal musical du 12-19 novembre 1898 et dans les Monatshefte fur Musikgeschichte, année 1898, n" 10, le texte et la mélodie de la chanson « Hé, Robinet, tu m'as la mort donné », dont le début forme le second fragment du ténor cité par Tinctor. Le troisième, « Quand tu t'en vas », est resté inconnu jusqu'ici.
vraisemblablement pour la satisfaction de quelque bizarre vanité d'artiste, désireux de faire admirer à ses confrères le parti qu'il avait su tirer d'un thème, en le leur mettant sous les yeux dans son intégrité :
A.gniis Dci qui toi. lis pec.ca.
Je suis deshérite'e Puisque j'ay perdu
<> Il g=g
.ta mun . di mi .se.re.re no. bis
mon a « my Seulle il m'a laissée
rr p f' o ^^r^^^v-^
mi.se. re . re no . bis .A.g3%us
Pleine de pleurset de soucy Rossignol
Pi <> p P
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du bois joly Sans point faire demeurée
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çw/ toi . lis pec.ca . ta mundi do.na Va-t-en dire à mon a my Que pour
no.bis pa luy suis tour
. cem men tée.
Dès le premier Kyrie de la messe Sine nomiiie de Palestrina, on reconnaît exactement une première fraction du thème, qui forme un canon à deux voix entre le superius et le ténor, tandis que l'altus et le bassus développent de leur côté d'autres dessins canoniques .
XE
Ky ri e e - lei - son
XE
Ky-
ri e
ei
- - son
f?tc.
La seconde partie du thème de la chanson est traitée dans le Christe :