ACTE I, SCÈNE
dame, du papier, de l'encre... je vais écrire... et du vin,
si vous voulez.,.
Il s'assied à la table à gauche, le dos tourné au mur. Ro^ schen le sert... Il commenceà écrire. Les femmes et Jnstus reprennent leur place auprès de Brigitte, qui se rassied.
ROSCHEN
Vous disiez, dame Brigitte, que votre mari et vous , vous vous regardiez sans savoir si vous deviez ouvrir.
BRIGITTE
Oui, Roschen... mon mari s'y décida... (A Palma.) Nous ne vous gênons pas, monsieur?
PALMA
Nullement. (// écrit.)
BRIGITTE
Alors nous vîmes entrer trois cavaliers masqués. Au moment de leur entrée, le seigneur qui avait soupe chez nous descendait de sa chambre et demandait son cheval ; car la pluie avait cessé. Les trois nouveaux venus , dès qu'ils le virent dehors, quittèrent en hâte notre auberge... Je me sentis tout effrayée, sans savoir pourquoi, et je courus à la porte... Alors un des cavaliers masqués, celui qui paraissait commander aux deux autres, quoiqu'il n'eût rien à payer, me mit un florin d'or dans la main , en me disant : « Voici pour vous , femme; vivez en paix... (Palma écoute avec terreur T tes yeux fixés sur Brigitte.) Tout cela me parut si étrange... que je me jetai à genoux, mes petites, et que je me mis à prier... et je dis à mon mari: « Je t'en prie r monte sur le petit coteau , où la route tourne... de là on voit très-loin , et tu verras s'il ne se passe rien... » La nuit était noire à ne pas se conduire; mais mon mari, pour me rassurer... alla sur le coteau...
L'agitation de Palma devient effrayante. L'orage redouble au dehors.
ROSCHEN
Et, qu'est-ce qu'il vit, dame Brigitte ?
BRIGITTE
Il vit quelque chose, ma pauvre fille, dont le souvenir
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seulement lui faisait claquer les dents, comme s'il avait eu la fièvre. Il y avait, à peu près à trois cents pas du coteau... une grande croix au bord de la route, et sur les marches de la croix un reste de feu que quelque mendiant avait allumé pour se sécher... cela faisait une lumière rouge à cet endroit du chemin... Tout-à-coup, comme le seigneur à cheval passait devant ce feu... les hommes masqués qui Pavaient suivis se jetèrent sur lui ; mon mari le vit tomber... puis un des misérables le tenait, tandis que l'autre le frappait... Mon mari voyait l'épée se relever et retomber sur le pauvre corps !
ROSCHEN
Ah! mon Dieu !...
Le visage de Palma indique une émotion terrible.
BRIGITTE
Et il disait, mon mari, que ce n'était pas les deux assassins qui étaient les plus effraya ns à voir... mais leur compagnon, le troisième, un grand homme noir... qui, pendant le meurtre... se roulait sur les marches de la croix, en la secouant de ses deux bras comme pour l'arracher.
ROSCHEN
Oh! le misérable !...
palma, grelottant de tous ses membres, répète entre
ses dents :
Le misérable...
BRIGITTE
Ecoute, ma fille, écoute l'orage!... ce sont des histoires qu'il ne fait pas bon conter, vois-tu, je te le disais bien.
ROSCHEN
Mais le seigneur... ce malheureux seigneur, dame Brigitte?...
BRIGITTE
Ce fut dans notre auberge qu'on l'apporta ; à côté de lui, on avait trouvé une épée brisée... Et, tenez, mes petites, c'est celle qui est là, pendue au mur, derrière l'étranger...