TRAITEMENT DU PALUDISME
Bien que connue depuis longtemps, l’action spéci- | fique du quinquina, et surtout de la quinine, de l’euquinine et de ses sels, sur les diverses manifestations du paludisme ne pourrait être expliquée. On sait aujour-. d’hui que c’est à son pouvoir germicide que la quinine doit son action, et qu'elle guérit la fièvre intermittente en frappant de mort les agents animés qui la provoquent. Cette explication avait été proposée par Binz dès 1869, mais Binz avait décrit comme agents pathogènes du paludisme des parasites qui sont en réalité absolument étrangers au développement de la fièvre intermittente ; aussi sa théorie ne fut-elle pas admise. D'autre part on avait remarqué que les sels de quinine ne tuent ni les algues, ni les champignons qui ont été accusés souvent ‘être la cause du paludisme, aussi était-on très éloigné d'attribuer au sulfate de quinine, le pouvoir de détruire les germes de la fièvre paludéenne, lorsque M. Laveran découvrit les hématozoaires et montra que le secret de l’action de la quinine réside bien dans le pouvoir destructeur qu'elle exerce sur ces germes. En effet, le sulfate de quinine, inoffensif pour les algues et les champignons, détruit les protozoaires (Rochefontaine). Il suflit d'ajouter à une infusion de foin renfermant
un grand nombre d’infusoires une très petite quantité de
sel dé quinine pour tuer ces s infusoires en quelques À ins- de
tante D Pt
On peut étudier Ft re de ka quinine sur les hématozoaires, en mélangeant une goutte de SOlution de sulfate ou de chlorhydrate de quinine, à une goutte de sang palustre ; : dans ces conditions, on constate que les mouvements des flagella ne s'observent plus, et que les hématozoaires prennent leurs formes cadavériques. La disparition des parasites dans le sang des malades soumis à la médication quinique montre bien d’ailleurs que la quinine détruit les hématozaires (Laveran).
L'action spécifique de la quinine étant admise, com-. ment admettre les rechutes si fréquentes dans le paludisme, l'hypothèse de réinfection étant écartée? Pour comprendre la possibilité des rechutes, il faut encore invoquer les beaux travaux de M. Laveran, que nous avons exposés plus haut. D'après cet auteur, la résistance de l’hématozoaire à la quinine, varie suivant le stade de développement auquel il est parvenu ; si Les corps sphériques et les flagella disparaissent sous l'influence de la médication, en revanche les corps en croissant résistent en partie, et peuvent engendrer des générations nouvelles, d’où la nécessité d’instituer des traitements successifs sans attendre les rechutes.
Nous sommes conduit à nous demander si la quinine peut-être utilisée pour la prophylaxie de Ia malaria.
La quinine à été administrée fort souvent dans un but préservatif ; il faut reconnaître que les avis exprimés au sujet de son efficacité comme prophylactique sont assez discordants ; le médecin en chef des troupes anglaises, qui ont combattu les Ashantées, Anthony Home, regarde
comme des plus douteux les résultats de l'administration
préventive du médicament ; par contre Les He dece re américains qui l’ont expérimentée sur une vaste échelle pendant la guerre de Sécession donnent des statistiques en général favorables; les faits suivants rapportés par M. Longuet dans une revue sur la prophylaxie de la fièvre intermittente par la quinine (semaine médicale, p. 6, 1891), paraissent des plus significatifs.
« L’aide-chirurgien Warren donne à 200 hommes de son régiment en opération dans les zones fiévreuses de la Caroline du Sud 0,30 centigrammes de quinine par jour, d'avril à octobre 1863 ;. ils ne lui fournissent que quatre fièvres intermittentes el une fièvre typhoïde. Le reste du régiment 3 à 400 hommes, soumis à une autre direction médicale à plus de 300 fièvres intermittentes et de 25 fièvres typhoïdes.
Pendant le même été de 1863 et dans les forts les plus fiévreux du mème État, le chirurgien Samuel Logan, qui administre 0,25 centigrammes de quinine par jour à un certain nombre de ses hommes, fait le relevé suivant: 230 de ses hommes ne prenant pas de quinine fournissent 134 fiévreux, soit 56 pour 100 ; 246 qui en prennent irrégulièrement ont 96 malades, soit 39 pour 100 ; enfin 506 hommes qui la prennent régulièrement n'ont que 98 fiévreux, soit 19 pour 100.
Les observations de Groeser sont également fort concluantes.
Il est à remarquer que la quinine à été souvent administrée à des doses trop faibles; ro à 15 centigrammes, et l’on ne doit pas s'étonner que ces doses se soient montrées ineflicaces dans un grand nombre de cas. Les doses de 25 à 30 centigrammes doivent étre atteintes si
l’on veut obtenir un résultat appréciable