SCÈNE III
M ad. VINCENT, JACQUES, il porte ses deux seaux. Jacques , chantant dans la coulisse.
AIR de la Famille du Pûrteur d'eau.
Pour augmenter votre recette , laitier' qui baptisez votr' lait, Vous qui vendez de la piquette Aux amateurs du cabaret , ( il entre ) Vous surtout que l'amour enflamme , Et qui, changeant souvent de dame , Brûlez chaqu' jour d'un feu nouveau , (bis) A l'eau : (bis)
Voila le porteur d'eau.
MAD. VINCENT
Ali ! c'est vous , Jacques ?
• JACQUES
Dites donc, madame Vincent, vous en faut-il?
MAD. VINCENT
Apportez c'te voie-là.
JACQUES
Et là-haut?
MAD. VINCENT
3e crois qu'il faut en monter au second; Julie a un savonnage.
JACQUES
J'y vas... Vous n'avez donc pas pu me faire avoir la pratique du rez-de-chaussée?. . .
MAD. VINCENT
Du marchand de vin? non. . . Il ne se sert pas d'eau
clarifiée, il prétend que c'est du luxe... (Pendant que Jacques verse son eau dans la fontaine , elle va à la porte qui est censée conduire à la chambre qui est audessus de la loge. Appelant.) Paméla ! Paméla ! voyez un peu si elle descendra ! clest pas l'embarras , elle était bien fatiguée en rentrant hier , et puis ça a encore étudié sa leçon du Conservatoire , avant de s'endormir. (Elle appelle plus fort.) Paméla !
paméla , en dehors.
Me voilà ,ma mère , j'ôte mes papillottes.
JACQUES
Tenez , madame Vincent , vous auriez bien mieux fait de me donner cette jeunesse-là , que de vouloir en faire une dame de théâtre.
MAD. VINCENT
Elle aurait été fraîche avec toi.
JACQUES
Laissez donc , je vais passer dans les bains à domicile. . . et comme j'ai un oncle dans les bateaux à vapeur , on ne sait pas ousque cela peut me conduire ; ajoutez à ça que nombre de mes pratiques augmente chaque jour.
air du vaudeville du Petit Courier.
J'ai cinq hôtejs, trois pensions!
J'amasse avec économie ; On m'a promis l'académie Et deux administrations.
Cher' maman, vous pouvez m'en croire, A fair' tant d'autr's métiers, oui dà, Il n'y a vraiment pas d'eau z'à boire
MAD. VINCENT
Je crois que dans l'tien n'y a que d'ça. (bis)
Je lui ferais quitter son Conservatoire ! . . . non ? non. . . quel bel établissement!... c'est là qu'on encourage les jeunes personnes.
air du vaudeville de l'Ecu de France.
On y donn' des prix d'eomédie , Des prix d'musique à qui mieux mieux ;
On y donn' des prix d'tragédie
Ma fille en a déjà r'çu deux, (bis)
Avec tant de soins et d'adresse
Ce bel établissement est tnu,
Que l'on a trouvé superflu
D'y donner des prix de sagesse. (bis)
JACQUES
Sans adieu , madame Vincent. (Il sort.)