‹ PamphletsChapitre 10 sur 52 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

à sa taille et à sa portée, s'exerce sur tout et sur tous, afin de satisfaire un esprit curieux, avide de sentir et de voir. Cette soif de connaître, ce besoin de tout approfondir, d'épuiser l'objet ou le sujet de son observation, l'engageaient, suivant une de ses expressions, à la poursuite d'une vérité « comme un lévrier sur la trace d'un lièvre : il ne la lâchait point qu'il ne l'eût forcée. »(!) « La contradiction, dit un de ses biographes, (2) était sa marotte, et, pour la provoquer, il soutenait les plus mauvaises thèses. » (^) Cette disposition naturelle était passée chez lui en méthode d'investigation. Il avait avec cela un regard pénétrant, ce même « coup d'œil gris » qui, chez son oncle Benjamin, « s'enfonçait comme un clou dans chaque chose. » W Son observation n'était point, du reste, exempte de malignité. Tillier visait au défaut de la cuirasse, à l'endroit sensible, au ridicule physique, intellectuel ou moral. C'était un démolisseur de supériorités factices et notamment de préjugés bourgeois. Sa manière de dévisager ressemble presque à de l'effronterie; il s'en fit comme une vertu. « Tous les gens qui vous dominent ne sont puissants que par la terreur qu'ils vous inspirent. Approchez-vous du géant et osez le regarder de près ; vous vous apercevrez bien que sa terrible lance n'est qu'une épingle emmanchée d'une chènevotte. » (5) Il est admirable pour découvrir la vanité des gens et dégonfler « une vessie retentissante. » (6) Les personnages qu'il a ridiculisés dans ses pamphlets : Dupin aîné, l'évèque Dufêtre, le juge de paix Paillet, l'encj'clopédique M. Avril ne sont, selon lui, que des variétés de l'orgueil humain. Pour justifier ses attaques, il disait, dans un langage aussi familier que sa façon d'entrer dans l'àme d'autrui : « Toute renommée a besoin de contradicteurs ;

(1) Belle-Plante et Cornélius, p. 10 (Edit. Sionest, 1846).

(2) Parent (Bayle).

(3) Notice sur Claude Tillier (1845).

(4) Mon Oncle Benjamin, ch. V.

(5) Pamph. II.

(6) Pamph. I.

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