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XIV INTRODUCTION

Une vie intense circule dans ses pamphlets. Vous diriez une conversation animée et parfois bruyante, où tous les tons se mêlent, raillerie légère ou sarcastique, mouvements oratoires, élans poétiques, récits familiers, réparties mordantes, accents de sermonnaire, cris de tribun. Nous n'avons point affaire ici à un causeur de salon, aiguisant l'épigramme. C'est un citoyen qui parle sur une place publique et qui clame la réalité ridicule ou odieuse, pour y substituer une réalité et plus belle et meilleure.

Dans l'ensemble, il est vrai, l'œuvre est un peu disparate. On y sent un esprit inquiet et maladif, trop en avance sur son temps. Mais, dans les heures de calme, cet esprit laisse échapper des choses exquises. Ecoutezle, quand, au milieu d'un pamphlet, rejetant tout-à-coup la plume acérée du pamphlétaire, il s'abandonne à ses rêveries de poète ou fait un retour mélancolique sur luimême ou sur les siens. Les pages qu'il écrit alors sont parmi les plus belles de notre langue.

Quant au caractère de l'homme, à sa sauvage indépendance, à sa sensibilité ombrageuse, il lui sera beaucoup pardonné en faveur de sa sincérité et de sa bonne foi. Il a autant souffert d'autrui que de lui-même. C'est un mécontent de génie à qui l'étroitesse de son cadre et les mesquines réalités de la vie n'ont point permis une éclosion radieuse.

L'esprit et le caractère de Claude Tillier.

D'une intelligence vive et précoce, C. Tillier avait gardé de l'enfance le don terrible de la familiarité qui, sans souci des ménagements et des égards, ramène tout

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