INTRODUCTION XVII
assaisonnait le développement de beaucoup d'esprit et d'originalité On était émerveillé de ses argumentations spécieuses et des ressources infinies que sa rare intelligence avait réunies en faveur d'une cause désespérée. » Il aimait le paradoxe qui oblige à réfléchir et à penser. Dans cet esprit essentiellement antithétique, l'objection surgissait sans cesse et sous une forme concrète ou symbolique (i^). De la thèse ou de l'antithèse naissait le dialogue avec ses expressions familières, ses tours elliptiques, ses métaphores imprévues, d'une saveur toute populaire. Mais parfois aussi l'objection se faisait discoureuse, monologuait à perte de \ue, s'écartait de l'objet principal, déroutait l'interlocuteur ou le lecteur. Tillier a pratiqué jusqu'à la manie cet « art de philosopher ». L'excès en est particulièrement sensible dans son dernier roman Belle-Plante et Cornélius. Dirat-il maître Belle-Plante ou Monsieur Belle-Plante? Grave question qui ne sera tranchée qu'après une longue digression sur le titre de Monsieur. — « Va, mon pauvre savant, dit Belle-Plante à Cornélius, tu ne sauras jamais faire tes affaires. » Faire ses affaires! Autre occasion de discourir. Quelques lignes plus loin : « Voilà un bel état que d'être mendiant! » — « Et qu'as-tu à dire contre les mendiants, toi? » répond Cornélius et l'objection se développe en deux pages sur le bonheur relatif de l'état de mendicité. Les idées générales abondent dans les écrits de Tillier; il poussa jusqu'à la puérilité, jusqu'au simple jeu l'art de penser librement sur toute sorte de sujets, remettant en question ou plutôt en discussion des idées universellement admises, arrêtant son regard attentif et interrogateur sur une pensée toute simple qui passait d'un air honnête et indiscuté.
« J'aime, moi, dit-il encore dans son Cornélius, cette logique aventureuse qui s'attaque aux choses accréditées, cette indépendance quelque peu révolutionnaire
(11) Cf. particulièrement Pamph. III.