XX INTRODUCTION
d'indépendance et d'insurrections (i5) », fils d'artisans libres et aisés, il ne put se plier à aucune discipline.
Moralement et intellectuellement, il semble réunir en lui les traits de cette race clamecycoise, enclavée entre la Bourgogne, le Morvan et le Nivernais proprement dit; race vigoureuse, composée en majorité d'ouvriers flotteurs dont le caractère indépendant, le tempérament impressionnable, l'esprit caustique, s'allient à un réel bon sens. « Les enfants, dit Marlière, associés dès l'âge le plus tendre aux pénibles travaux de leurs pères, entendent et répètent leurs lazzis qui portent, avec une vivacité d'esprit et une légèreté d'expressions toutes locales, sur les choses les plus respectables et les plus sacrées. » Le même érudit note encore « la gaieté inaltérable de la race et son insouciance de l'avenir. » Ces traits divers conviennent à C. Tillier. Maître d'étude, soldat, maître d'école, journaliste, pamphlétaire, en quelque situation qu'il se trouve, il lutte pour la liberté de sa pensée et l'indépendance de sa personne. Le souci de son avenir ou de l'avenir des siens ne lui fut jamais un obstacle. Ses premières colères contre la société lui vinrent de l'obligation, non point de travailler, mais de subir une contrainte matérielle et morale pour gagner sa vie. Il débuta par l'apprentissage, fort dur alors, de maître d'étude. La perte de sa liberté, les ennuis du métier, un dérisoire salaire, nulle perspective de condition meilleure, le révoltèrent. Il a raconté dans des pages pleines d'amertume et d'humour à la fois les tristesses de ses débuts. « La perte de la liberté était pour moi une privation insupportable. J'enviais en secret le sort du décrotteur qui passait en chantant sous les fenêtres. J'aurais volontiers donné tout mon petit trésor de science pour sa sellette et ses mains noires. Quelquefois, les larmes m'étouffaient, mais je n'osais pleurer : il fallait attendre la nuit
(15) Expression de A. MA.iu.iKnr. : Statistique de l'arrondissement de Clamecy.