‹ PamphletsChapitre 17 sur 52 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

mieux être en paix avec moi-même qu'avec autrui; et je préfère mon estime à celle d'un ramas de badauds qui ne

me connaissent ni ne me comprennent J'ai toujours

pris parti pour le faible contre le fort, toujours demeuré sous les tentes déchirées des vaincus et couché à leur dur

bivouac » (i^) — « Si j'avais voulu, comme tant d'autres,

déserter notre vieux drapeau déchiré, peut-être m'eût-on acheté quelque chose; il n'eût pas été impossible au pauvre maître d'école de se faire un martinet d'or; mais le plat et monotone bonheur du riche ne me convient point. » (20) — « Mes parents ne m'ont rien donné à moi, et je leur en suis reconnaissant ; s'ils m'avaient donné beaucoup, je n'oserais peut-être pas mettre mon nom au bas de mes pamphlets. En sortant du toit paternel, je n'avais pas même de profession. Je suis tombé dans ce monde comme une feuille secouée d'un arbre et que les vents orageux roulent le long des chemins. Cependant, je n'ai point perdu courage; j'ai toujours espéré que, de l'aile de quelque oiseau traversant les airs, il tomberait une plume que je ramasserais et qui pourrait aller à mes doigts, et mon espérance n'a pas été trompée. Le riche est une plante qui sort de terre toute vêtue de feuilles et toute parée de fleurs. Moi, j'étais un pauvre grain jeté au milieu des épines; j'ai soulevé de ma tête déchirée les fétus

acérés qui pesaient sur moi, et je suis arrivé au soleil

Au lieu de me vendre aux puissants, j'ai fait la guerre à ceux qui se vendaient à eux; je ne m'en repens point. C'est encore, je crois, le meilleur chemin pour arriver à

une tombe honorée » (2i)

Pour conserver cette indépendance si noblement et si poétiquement proclamée, Tillier n'avait eu aucune mauvaise pensée à vaincre, nulle basse ambition à étouffer. Sans doute, il avait rêvé la gloire, dont il a parlé en termes passionnés dans son Cornélius : « Ce doit

(19) Paniph. XIV.

(20) Pamph. XI.

(21) Pamph. XVII.

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