‹ PamphletsChapitre 18 sur 52 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

être une bien belle chose que ces applaudissements qu'on entend dans la postérité; que ce lendemain tout resplendissant de soleil qu'on voit briller après le jour sombre et pluvieux de la vie! Combien il est doux de songer qu'on a un de ces noms que les générations se transmettent l'une à l'autre pendant une longue suite de siècles, comme la sentinelle qui s'en va transmet le mot d'ordre à la sentinelle qui vient »

Mais cette gloire, Tillier la voulait fondée sur le désintéressement autant que sur le talent ou le génie ; ou plutôt, il voulait que le génie ou le talent fussent mis au service d'une noble cause, sans souci des biens passagers. Il avait du reste un mépris hautain de la richesse et la véritable insouciance de l'artiste à l'égard de l'argent et du bien-être. Maintes fois aux prises avec la pauvreté, il dédaigna l'adresse ou l'intrigue qui réussissent dans le monde. « J'ai été pauvre entre les plus pauvres, dit-il (22), eh bien! je trouvais du plaisir à dire à la fortune : Je ne me courberai pas sous ta main; je mangerai mon pain dur aussi fièrement que le dictateur Fabricius mangeait ses raves; je porterai ma misère comme les rois portent leur diadème ; frappe tant que tu voudras, frappe encore : je répondrai à tes flagellations par des sarcasmes! je serai comme l'arbre qui fleurit quand on le coupe par le pied, comme la colonne dont l'aigle de métal reluit au soleil tandis que la pioche est à sa base ! » Ce stoïcisme antique puisait sa force dans un fonds de jovialité naturelle, de gaieté saine et robuste qu'il mit une sorte d'orgueil à laisser transparaître dans les circonstances les plus douloureuses de sa vie, et qu'il fit rayonner sous le voile de l'ironie en ses pamphlets les plus amers. C'était sa manière à lui, — tout à fait humoristique — de braver ses ennemis et la fortune inconstante.

On le disait peu sociable, de relations difliciles. Du

(22) Mon Oncle Benjamin, ch. I".

Page 1