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LE FLOTTEUR BRÈCHEDENT A SES ABONNÉS ET AUX GARDES NATIONAUX

NOTICE

Double Pamphlet : 1" Critique du discours prononcé par Dupin au Comice agricole de Clamecy (6 septembre 1840); 2° Elections de la Garde nationale à Clamecy ; leur importance exceptionnelle, en 1840, au point de vue patriotique et au point de vue politique.

Première partie. — Corollaire du Pamphlet 1. Tillier justifie ses attaques contre la bourgeoisie et en particulier contre le juge de paix Paillet et le député Dupin. Un article paru le 10 septembre dans VEcho de la Nièvre sous la signature P. C. et reproduisant avec d'élogieux commentaires le discours prononcé au Comice, lui fournit l'occasion d'une nouvelle attaque contre « le roi de Clamec}'. » L'auteur de l'article expliquait en ces termes l'utilité des Comices agricoles : « Pour le plus grand nombre, ces luttes du génie de l'investigation appliquée aux faits rudimentaires de la science sociale, contre cette autre science absolue dans son culte pour les vieux usages (la routine, s'il faut lui donner son nom !) ne sont toujours que d'aimables occasions de fêtes, dans lesquelles il y a du bien à faire pour le plaisir qu'on 3' prend. Et c'est beaucoup déjà que la pensée grande et féconde, qui a présidé à l'établissement de ces Comices, ne puisse être interprétée moins libéralement. Car si leur action morale se révèle ainsi dés le début, combien n'est-il pas plus certain que leur influence doit, avec le temps, déterminer d'immenses progrès pour

l'agriculture Le spectacle même de ces solennités qui, pour un

moment, nous reportent en quelque façon vers la simplicité majestueuse des temps antiques, est certainement la plus éloquente démonstration qui puisse être faite de l'utilité des Comices agricoles... » A cette interprétation « trop libérale » de l'institution des Comices, Tillier oppose une interprétation plus réaliste. Il analyse le discours du président du Comice, Dupin aîné, et loin d'y découvrir des intentions bienfaisantes et moralisatrices, il n'y trouve que l'expression de l'intérêt personnel, que des flagorneries, qu'une manière détournée de réclame électorale. {Cf. Notes, fi-agments du discours de Dupin).

Seconde partie. — Un arrêté préfectoral du 18 septembre 1840 avait fixé, à partir du 10 octobre, pour le département de la Nièvre, le retour triennal des élections de la Garde nationale. C'est entre ces deux dates que fut écrite la seconde partie de ce pamphlet.

Pour en comprendre l'éloquence enflammée, il faut se reporter aux événements qui se sont produits à cette époque précise. On était alors en pleine crise de la question d'Orient. Bien qu'en France on sût, dès le 26 juillet, qu'un traité avait été conclu à Londres le 15 de ce mois entre l'Angleterre, la Russie, la Prusse et l'Autriche pour régler, sans notre participation, les démêlés entre le sultan Mahmoud et Mèhémet-Ali, notre allié, la communication officielle de ce traité à l'ambassadeur français n'avait été faite que le 16 septembre. Les colères excitées par cet affront, à Paris et dans les départements, avaient obligé le Ministère, en prévision d'une guerre, à prendre des mesures de défense. Dés le 21 septembre, les fortifications de Paris étaient commencées. Une ordonnance du 29 portait création de 18 régiments nouveaux. On annonçait que l'effectif de l'armée serait porté à 636.000 hommes, auxquels devaient être ajoutés 300.000 hommes de la Garde nationale mobile. Tout à coup, le l*' octobre, on apprend l'exécution brutale du traité, l'envahissement de la Syrie, le bombardement de Bej'routh (du 11 au 20 septembre), la déchéance de Méhémet-Ali, le blocus d'Alexandrie (depuis le 1" septembre), enfin l'envahissement prochain de l'EgNpte par l'Angleterre. L'effervescence des esprits fut extrême. « Lorsqu'on vit, dit l'historien Elias Regnault, que la France ne comptait plus dans les Conseils européens, on oublia aussitôt et les difficultés du moment et les complications des affaires; on ne songea qu'à l'affront, on n'eut d'idée que pour la vengeance, et le cri de guerre courut dans tous les rangs de la population. Ouvriers, gardes nationaux, citoyens de tout rang et de tout âge, élevèrent la voix pour protester contre l'abaissement de la France. Dans les réunions, dans les banquets, dans les spectacles, on appelait la guerre, on accusait la Couronne. Chaque soir, au théâtre, soit dans la capitale, soit dans les provinces, le parten*e

et les galeries demandaient la Marseillaise » (A Nevers, le journal

l'Association [19 octobre] en reproduisit les six couplets). Le 7 octobre, le Roi convoquait extraordinairement les Chambres pour le 28. Le 8, M. Thiers, président du Conseil, par une note qui constituait un casiis helli, déclarait que la France ne souffrirait pas qu'on ôtât l'Egypte à notre protégé. Bien que sous des apparences belliqueuses cet ultimatum dépassât les concessions du traité de Londres, l'opinion publique croyait à la guerre et la désirait. Le 9, les gardes nationaux de Paris projetèrent une manifestation patriotique pour réclamer la réorganisation de toutes les Gardes nationales de France, leur prompte mobilisation et la formation de l'ancienne artillerie parisienne. Empêchés par un ordre du jour du maréchal Gérard, ils envoyèrent aux journaux de l'opposition une note protestant contre cet ordre du jour et « la honteuse inaction du Gouvernement en présence de l'étranger. » C'est pendant toute cette agitation et au moment des

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élections de la Garde nationale à Clamecy que Tillier publia son pamphlet. (Association, 15 octobre 1840).

TEXTE, — 1° Journal l'Association, 15 octobre 1840; 2» En brochure, octobi'e 1840 (Perriquet, imprimeur à Auxerre). Les personsonnalités claraecj'coises visées dans le pamphlet sont, à l'exception de M. Dupin, désignées dans l'Association par l'initiale de leur nom. Dans la brochure, elles sont nommées en toutes lettres. Nous donnons le texte de la brochure. Ce pamphlet n'a pas été recueilli dans l'édition Sionest, 1846.

SOURCES. — Echo de la Nièvre, 10 septembre 1840. — Dupin : Des Comices agricoles et en général des institutions d'agriculture (Paris, Videcoq fils aîné, in-12, juin 1849, p. 4-9). — Almanach de la Nièvre, 1840. — Prosper Bégat : Notice sur l'imprimerie à Nevers (Nevers, Bégat, 1864, in-8''). — Sonnié-Mofet : Ephcmérides clamecycoises, op. cit. — A. Marlière : Statistique de l'arrondissement de Clamecy, op. cit. — Pour la Question d'Orient, cf. Elias Regnault : Histoire de huit ans (1840-1848), t. I (Paris, Daguerre, in-8% 1860). — GuizoT : Mémoires, t. V (Paris, Michel Lév3% in-8», 1862). — Sur la Garde nationale, cf. Alfred Rambaud : Histoire de la Civilisation contemporaine (Paris, A. Colin, in-18, 1888). — Sur le Pamphlet II, cf. Max CoRNiCELius : Archiv f. n. Sprachen, Claude Tillier als Pamphletist, Band CIX, p. 347-350. — Jlaiùus Gerin : Etudes sur C. Tillier, 1« série, p. 85-94.

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