LES PROPOS DR LABIENUS
inventée, et Labiénus eut ainsi, le premier à Rome, l'honneur, devenu commun plus tard, d'un sénatusconsulte incendiaire. C'est ce que M. Egger appelle judicieusement u les difficultés nouvelles que le régime impérial fit naître pour l'histoire (1). « Le pauvre historien brûlé, ne pouvant survivre à son œuvre, alla s'enfermer dans le tombeau de ses ancêtres, pour n'en plus sortir. Il croyait son œuvre anéantie ; elle ne Tétait pas. Cassius la savait par cœur, et Cassius, protégé par l'exil, était, comme il disait lui-même, une édition qu'on ne brûlerait pas. Sans doute la mort de Labiénus fut aussi folle que sa vie; un livre brûlé, la belle affaire ! est-ce qu'on se tue pour cela? Le sénat ne voulait pas la mort du coupable, il ne voulait que lui donner un avertissement ; il fallait en profiter ; mais cet homme prenait tout à rebours, et entendait toujours de travers, quand il entendait. Il était bien digne de figurer dans ce long défilé de suicides stoïciens qui venait de commencer, et parmi tous ces héroïques niais, tous ces opposants systématiques et absolus, enragés et absurdes, qui faisaient de leur mort même un dernier acte d'opposition, et s'imaginaient, en s'ouvi*ant les veines, faire un bon tour à l'empereur. Aucuns mêm*» se tuaient uniquement pour faire enrager le prince, qui en riait avec ses affranchis, et n'en était que plus per« suadé de l'excellence de sa politique, en voyant que m besogne se faisait toute seule. Labiénus était de ceux-là; vous voyez bien que c'était un imbécile ; tel est l'homme» dont nous voulons vous redire les propos, et vous verrez que dans ses propos, comme dans sa vie et dans sa mort, il fut toujours le même, c'est-à-dire un incorrigible,
(I) f:a^men» eriti^iiei, p. 92.