‹ PamphletsChapitre 13 sur 30 · LES PROPOS DE LABIKNUS · texte numérisé non relu

LES PROPOS DE LABIKNUS

ble que ces fameux sénateurs qui, fièrement assis au milieu du forum , reçurent un jour si froidement les Gaulois. Aussi Gallion ne se serait pas hasardé à lui caresser la barbe ; mais le Jeune homme était si content, si ému, avait si grand besoin de trouver quelqu'un à (lui dire la grande nouvelle qu'il venait d'apprendre, il était si curieux d'en voir l'effet sur Labiénus, qu'il l'aborda : — Bonjour, Titus ! Quid agiSy dulcissivie, rei'um? comment te portes-tu ? — Mal, si l'empire se porte bien.

— C'est bon, on sait bien que tu es toujours de mauvaise humeur; mais j'ai une nouvelle à t'apprendre. — Il n'y a pas de nouvelle pour moi, tant qu'Auguste règne encore. — Allons, je sais que tu es en colère depuis trente ans, et que tu n'as pas ri une seule fois depuis le triumvirat ; mais voici ma nouvelle : les Mé* laoires d'Auguste viennent de paraître. — Et depuis quand les brigands font-ils des livres? — Depuis que 1«*8 honnêtes gens font des empereurs. — Hélas! — Ainsi, mon cher Titus, tu ne liras pas ces Mémoires ?

— Je les lirai, Gallion, je les lirai, en pleurant de honte.

— Et tu vas y répondre, les critiquer, faire un Anti- César, comme César a fait un Anti-Caton? — Non, Gallion, je ne veux rien publier sur ce sujet, je ne discute pas avec celui qui a trente légions ; dans un pays <|ui n'est pas libre, on doit s'interdire de toucher à l'histoire contemporaine, et la critique, en pareille matière, est impossible, — Tu ne veux pas éclairer le public? — Je ne veux pas contribuer à le tromper, car, par le temps qui court, sur de tels sujets, rien de ce qui paraît ne peut être bon, rien de ce qui est bon ne peut paraître. Je continuerai mon histoire secrète, dont j'enverrai les feuille s à Sévérus, en lieu ^ûr ; je sauverai la vérité, en

Page 1