LKS PROPOS DR LA BIEN US
Texilant. — Mais on assure que la critique sera libre : la tyrannie donnera huit jours de congé à la littérature. — Ils ne pourront donner qu'une fausse liberté, uni* liberté de décembre, c'est-à-dire une liberté de carnaval, libertas decembris, comme dit Horace ; je ne veux pas en user. Je ne veux pas, en écrivant contre le livre^ me trouver placé entre la vengeance d'Octave et la clémence d'Auguste, sans avoir même le choix. Je ne veux pas, comme Cinna, donner au drôle l'occasion de faire le magnanime, et être exécuté par une grâce. Quant à louer le livre, je ne le puis que s'il est bon, auquel cas, je craindrais d'être confondu avec ceux qui le louent pour d'autres motifs. Il m'est donc aussi impossible de louer que de blâmer. Et d'ailleurs, le livre n'est pas bon et ne pouvait pas l'être. Quand un homme est assez coupable pour se faire roi, et assez sot pour se faire dieu, je pense qu'il ne saurait avoir toutes les qualités requises pour écrire l'histoire. Vous êtes sûr déjà qu'il n'a ni bon sens, ni bonne foi ; alors, qu'est-ce qui lui reste ? Il ne peut ni savoir la vérité, ni la dire, s'il la savait ; alors de quoi se mêle ce porte-sceptre, et pourquoi s'avise-t-il d'écrire? Un roi historien doit commencer par abdiquer. Il ne l'a pas fait; mauvais si^ne. £t puis, j'en ai lu des passages. 11 justifie les proscriptions et fait l'apologie de l'usurpation. Cela devait être. Et tu veux, Gallion, que je fasse la critique de cette œuvre d'ignorance et de mensonge, revêtue de l'approbation de deux mille centurions, et recommandée îiu lecteur par les vétérans. La critique! c'est le siège que tu devais dire. Et tu ne vois pas, mon petit Gallion, que c'est là un des meilleurs tours que le fils du banquier ait joués aux lils de la louve, qui, hélas! ne savent plus mordre, comme leur aïeule. Ah! Gallion, nous
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sommes dégénérés, nous sommes des Romains en décadence, tombés de César dans Auguste, et de Charybd^^ dans Scylla ; de la force dans la ruse, et de l'oncle dans le neveu! Pouah! Non, je ne veux pas tomber dans ce guet-apens littéraire, ni donner dans le panneau, ni surtout y faire tomber les autres; non, je n'écrirai pas sur les Mévioires d'Auguste. Le sil'ence du peuple est la leçon des rois. Labiénus la donnera à Auguste.
Sois tranquille, d'ailleurs ; si tu veux de la critique sur ce petit morceau de littérature impériale, si tu veux de fines appréciations, on t'en donnera ; si tu veux de savantes dis?sertations, il en pleuvra; si tu veux d'ingénieuses et piquantes observations, des aperçus pleins de nouveauté, des discussions élégantes et courtoises, soutenues d'un ton exquis par des gens du meilleur monde, tu en auras ; si tu veux de la controverse à genoux et de la rhétorique à plat-ventre, et des épigrammes à surprise, dont la pointe chatouille au lieu de piquer, et des morsures qui sont des caresses, et des reproches sanglants qui font plaisir, et d'adorables gentillesses adroitement glissées sous l'apparence d'un jugement sévère, et de jolis petits mots tout aimables, délicatement enveloppés dans les plis d'une phrase féroce et rébarbative, et des bouquets de fleurs de latinité, et des flots d'éloquence melliflue, et des arguments offerts sur des coussins de velours, et des objections présentées sur un plateau d'argent, comme une lettre par un domestique, rien de tout cela ne te manquera, mon cher Gallion ; nous allons voir danser le chœur des muses d'Etat, et c'est Mécène qui conduira le ballet. Les chastes sœurs ont quitté le Pinde pour le mont Palatin, et Apollon s'est mis dans la police. Donc Auguste est assuré d'avoir un public, des lecteurs, des