LKS PROPOS DB LABIENUS
quîns; et c'est un pareil livre que vous voulez critiquer publiquement, sous le régime de son bon plaisir! Vous voulez faire à Auguste une opposition littéraire ! Allons donc! de la critique contre Octave! quelle dérision ! il n*a pas fait de critique contre Cicéron : il Ta tué! Quoi ! le misérable qui vous assassine, vous fait un sermon sur l'assassinat, et, avant de vous achever, il vous demande votre avis sur sa petite composition, mais votre avis, là, bien sincère, sur le fond et sur la forme, votre avis politique et littéraire ; car il est artiste et bon enfant, et il veut savoir votre opinion sur son œuvre; et vous, bonnement, vous iriez la lui dire, et, le couteau sur la gorge, vous allez gentiment contabuler avec le bourreau! Gallion, mon ami, vous n'y pensez pas !
Que diriez- vous de Verres faisant un livre sur la propriété? Est-ce que vous discuteriez avec lui? Les Mémoires d'Octave sont-ils donc autre chose? N'est-ce pas la théorie de l'usurpation, écrite par un usurpateur ? C'est une école de conspiration, ouverte par un conspirateur impuni.
L'auteur n'y peut dire, après tout, que ce qu'il sait : il sait piller une ville, égorger un sénat, forcer un trésor dans un temple et voler Jupiter ; il sait faire des fausses clefs, des faux serments et des faux testaments ; il sait mt^ntir au forum et à la curie, corrompre les électeurs, ou s'en passer ; tuer ses collègues blessés, comme à Modène, proscrire en masse, et autres jeux de princes; il sait, suivant la méthode du premier César, comment on emprunte aux uns pour prêter aux autres, et se faire des amis des deux côtés ; il sait, d'un vigoureux élan, franchir toutes les barrières et tous les Rubicons, puis, d'un bond suprême, s'enlevant au-dessus
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(les lois divines et humaines, faire le saut périlleux, cabrioler et tomber roi. Il sait tout cela, mais il ne sait pas un mot d'histoire, ni de politique, ni de morale, si ce n'est de la grande, c'est-à-dire de la morale des g^rands, qui s'enseignait dans sa famille. On ne trouve donc rien dans son livre de ce qu'on a besoin de savoir, et on y trouve, à profusion, ce qu'il est dangereux d'apprendre. Il aime les vieux mots, les vieilles monnaies et les vieux casques, mais il n'aime pas les vieilles mœurs. Allez-vous discuter avec lui quelque point de grammaire, d'archéologie ou de numismatique? Sot «|ui lui ferait cet honneur. Vous voyez bien que ce îierait là tomber dans son piège et jouer son jeu.
Les gens de sa sorte se sentent, quoi qu'il fassent, an ban de la société ; ils en sont sortis violemment par un crime, ils veulent y rentrer doucement par la ruse. Ils n'ont plus qu'une ambition : se faufiler parmi les honnêtes gens. Pour cela, ils prennent tous les déguiwments ; ils vont cherchant partout leur pauvre honneur perdu ; on les voit, mendiants couronnés, quêter l'estime à toutes les portes ; c'est la seule aumône qu'on ne puisse pas leur faire. Auguste en est là ; ce buveur de sang n'a plus qu'une soif: celle des louanges; ce voleur de l'empire du monde ne veut plus voler qu'une chose : sa réhabilitation. Mais il tente l'impossible. L'effort impuissant et désespéré qu'il fait pour sauver quelques débris de sa réputation naufragée, cet effort suprême pour raccrocher son honneur à une dernière branche qui va casser, cette dernière lutte de César uvec l'opinion qui l'écrase, a je ne sais quoi de lugubre et de comique , comme la dernière grimace d'un pendu, ou comme le sourire du gladiateur qui veut mourir avec grâce. Le livre de César, c'est la toi-