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d'autant plu» facilement séduits par la dt^rnière et la plus grossière de toutes : le suffrage universel rendu, et la promesse d'une dictature révolutionnaire, choisie par eux ;
— L'erreur politique de la Constituante qui créa une présidence ;
— L'impnidence inqualifiable des électeurs républi* cains qui s'en vont nommer un prétendant, et quel prétendant !
— La tactique perfide, et trop cruellement punie, de la rue de Poitiers qui consentait honteusement à se servir de la main d'un Bonaparte pour étouffer la ré« publique, et tirer tout doucement la monarchie du feu;
— La pensée très-répandue que ce prince très-grotesque, tomberait très-promptement après avoir préparé la place à un prince plus sérieux. — Ce n'est pas moi qui voudrais mettre en question le bon sens et l'instruction politique de mes compatriotes, mais il parcût certain qu'il y avait encore à cette époque, dans la France de 92 et de 48, des citoyens qui croyaient aux bons princes et aux bonnes chartes, et aux bons billets de La Châtre ; espérons que la leçon de la septième restauration, leçon de quinze ans, leur aura profité. — L'empire est en train de démontrer la république par la réduction de la monarchie à l'absurde. C'est le seul service qu'il pouvait rendre; mais avouons qu'il est immense.
Les causes fatales qui ont concouru au succès du complot décembriste sont encore :
— La loi du 31 mai qui restreignait le suffrage et déconsidéra l'Assemblée ;
— Le progrès de la réaction qui désorganisait les
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forces républicaines et préparait le groupement des forces monarchiques, au profit du premier traître venu ;
— Les masses de plus en plus désintéressées d'une république qui, depuis trois ans, n'existait plus que de nom, et dont l'existence réelle n'avait duré que trois mois;
— Les fautes des uns et les trahisons des autres ;
— Les appréhensions de 1852, et la terreur du spectre rouge, perfidement propagées par quelques-uns, sottement subies par une bourgeoisie sans confiance et sans foi dans sa république bourgeoise, saisie d'épouvante à ses moindres mouvements, et ne pouvant se faire à ridée de voir marcher son enfant ;
— L'inexpérience du suffrage universel, nouveau-né ;
— La loyauté de la nation, assez arriérée encore pour prendre au sérieux le vieil usage du serment, capable même de croire à celui d'un prince, et au besoin, d'en prêter un elle-même, et, ce qui est plus ridicule, de le tenir; au point que, parmi ses fonctionnaires invités à prêter serment au prince parjure, les uns le refusèrent, les autres le tinrent, et que pas un ne se parjura ; double profit pour l'empereur galant-homme ;
— La malencontreuse polémique du journal la Presse^ et son concours acquis à la candidature présidentielle, première ébauche de l'empire, et M. de Girardin, le sophiste populaire, venant ainsi gi'ossir l'invisible armée des complices inconscients ;
— Le pouvoir exécutif aux mains des conspirateurs ; au rebours des autres conspirateurs qui s'appuyent sur l'opinion pour renverser le pouvoir, ceux-ci s'appuyaient sur le pouvoir pour écraser l'opinion ; leur conspiration contre la nation était armée de toutes les forces officielles de la nation, auxquelles venaient sans cesse se
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joindre^ en vertu de leurs affinités secrètes, toutes les forces occultes du mal qui s'agitent dans les bas-fonds d'une société, et émergent à la surface dans les jours d'orage. Toutes ces forces, ils les avaient avant de commencer ; ils n'avaient contre eux que la morale et l'histoire : ils les bravèrent ; il leur manquait le concours au moins de quelques honnêtes gens : ils s'en passèrent ; ils n'avaient à vaincre que leur conscience : ces héros furent vainqueurs d'eux-mêmes; il ne leur fallait plus que la volonté d'être infâmes : ils l'eurent.
— Enfin, dans les derniers jours qui précédèrent le guet-apens, un concours inouï de circonstances en assura le succès encore douteux , et qu'un mot, un souffle, un rien, pouvait empêcher, malgré l'énorme puissance des conjurés. Vingt fois des voix prophétiques avaient parlé : on était sourd ; le spectre vert de Décembre apparaissait plus menaçant, plus laid et surtout plus réel et plus proche que le spectre rouge de 62: on était aveugle. L'esprit d'erreur planait sur la France.
— La proposition des questeurs fut rejetée et l'Assemblée fut désarmée, la veille de l'attentat dirigé contre la société qu'elle avait mission de représenter et de défendre. Vingt fois des révélations furent sur le point d'être reçues pai* des hommes qui pouvaient arrêter le bras des traîtres et confondre leurs projets. Les paroles de salut n'arrivaient pas. Je ne sais quel vent les emportait. Le lendemain même du viol de ï'Assembléo, les Parisiens ne se croyaient pas sérieusement menacés ; ils ne croyaient qu'à une mascarade de plus de l'homme des cent mascarades, et ils ne répondaient que par le cri : A bas Soulouque ! L'indignation contre le crime était affaiblie par l'impuissance supposée du criminel. On avait plutôt envie de rire que de s'armer