‹ PamphletsChapitre 25 sur 30 · T LA MORALE X.XY · texte numérisé non relu

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contre lui ; il était couvert par le ridicule comme par un bouclier. Rien ne pouvait changer, dans ce danger suprême, cette disposition d'esprit des Parisiens, rien, pas même les premiers coups de fusils ; on les croyait chargés à poudi'e ; on disait : « Quel comédijen que ce Bonaparte ! >« Il ne put tuer le rire qu'en tuant les rieui*s ; le premier cadavre étendu fut sa première œuvre dont on ne rit pas. Cet artiste avait trouvé sa manière. Son premier meurtre fut son premier succès. On accorda, pour la première fois, une attention sérieuse à ce bouffon couvert de sang.

Alors commença la terreur bonapartiste ; du boulevard Montmartre aux Pyrénées, on décembrisa partout; il n'était plus temps d'organiser la résistance des honnêtes gens; l'acte réparateur était accompli; monsieur Bonaparte avait tué la jeune république, dont il était le tuteur, et forcé le trésor public, dont il était le gai'dîen. — On voit que tout l'avait servi, même ce qui paraissait devoir lui nuire. Il y avait eu, sous la conspiration d'un homme, une vaste conspiration des choses qui devait rendre son succès plus facile et son crime plus lâche et plus monstrueux ; il avait cherché son salut dans la perte commune, et naufragé la fortune publique pour voler la sienne; le pilote avait conspiré avec l'écueil. Pendant trois ans nos dangei*s étaient ses espérances ; il thésaurisait les douleurs de la patrie ; le malheur public était le capital de son ambition. Nos fautes étaient ses complices ; il les comptait avec joie ; la jeune liberté était malade et confiée à ses soins : il la tua.

Tel était le milieu où son crime a pu naître, grandir, se mouvoir, et triompher. Telles sont les circonstances fatales de sa victoire sur les gens de bien ; ces causes

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funestes de notre perte, il ne les a pas crées, il les a exploitées; qui le lui commandait? Ce n'est pas la morale.

Voyons si c'est elle qui lui a dicté ses moyens; nous n'énumérpns que les principaux, qui sont :

— Les trois mensonges présidentiels; non qu'il n'ait menti que trois fois , mais on peut réduire à trois chefs principaux toute la série de mensonges qui lui servit pendant trois ans à leuiTer, à inquiéter, à dépister, à endormir, à irriter, à désorienter l'opinion. Il s'applî- (jua à faire croire, et on crut sur sa parole et sur celle des orateurs de cour et des écrivains de police, que la société était menacée par le communisme, et par l'échéance de 62 ; que le pouvoir présidentiel était menacé par l'Assemblée, devenue un foyer de complots ; enfin que l'Assemblée divisée par les partis, était désormais indigne et incapable de représenter le pays. Or, ces trois dangers que le fourbe signalait à ses dupes étaient imaginés ou même créés par lui. Le socialisme n'est pas le communisme et pouvait sortir pacifiquement du développement normal de la Constitution, et c'est lui, Bonaparte, qui fit construire un monstre de fantaisie par les artistes ordinaires de l'Elysée, et promener dans les campagnes cette horrifique et grotesque figure;

L'Assemblée ne complotait pas contre le pouvoir exécutif, mais c'était lui, Bonaparte, qui complotait contre l'Assemblée ;

Enfin l'Assemblée divisée n'en représentait que plus fidèlement les diverses opinions du pays , et c'était lui, Bonaparte, qui, de cette diversité pacifique et féconde, voulait faire sortir la guerre civile, la dictature, et l'empire. Tels sont les trois mensonges principaux qui

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défraient pendant trois ans, sous mille formes, la poli^ tique présidentielle.

Je ne parle pas des mensonges de détail et de la perpétuelle contradiction entre les paroles et les actes du président, ce qui a fait dire qu'on pouvait savoir sa pensée en croyant toujours le contraire de ce qu'il dit, et qu'ainsi le mensonge se corrige lui-même, et qu'il y a des hommes qui parlent par antiphrases. IVl'ais cette règle n'est pas sûre; il paraît constant qu'un menteur complet doit savoir dire la véiité quelquefois, et que celui-ci l'a dite en deux ou trois circonstances mémorables, comme dans sa lettre à son cousin, et dans son discours d*Auxerre. Une parole vraie a du bon, pourvu (\xk^ on 9\Uiriie, arrumt alterna camœnœ; elle équivaut même parfois à un mensonge double ; tout est dans l'art de s'en servir.

L'éditeur Pion, connu depuis par ses malheurs, osa publier (l'imprudent !) en 1851 (l'excellent homme!) un gros volume Atdiseours<t inanif estes et proclamations du prince président, oii celui-ci proteste de sa fidélité, et même de son dévouement à la Constitution républicaine; son principal moyen a donc été le mensonge répété, varié, multiplié sous toutes les formes, pendant trois ans, si on ne considère que sa dernière conspiration , pendant toute sa vie, si on considère ses conspirations antérieures et sa politique gouvernementale actuelle qui n'est qu'une conspii*ation permanente contre les droits, les mœurs, la prospérité et l'honneur de la nation française. Il ment pour régner , comme il a menti pour usurper ; il ne peut désarmer l'opinion qu'en la trompant, et conserver le pouvoir qu'en le déguisant ; son gouvernement ne peut être toléré qu'autant qu'il est ignoré ; on ne le supporte que parce qu'on le prend

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pour un autre ; c'est le régime du quiproquo ; ah ! si le peuple le savait! ce prince apocryphe et clandestin ne peut vivre que dans la nuit qu'il a faite ; son empire est une méprise , et il ne durera que tant qu'on ne se doutera de rien ; il faut à ses crimes le secret ; il le sait, et garde à son doigt l'anneau qui rend invisible ; il périra dès qu'on le verra; sa tyrannie est masquée comme son visage, et l'on peut dire qu'il r^ne incognito.

Nous n'avons pas la prétention de compter ses mensonges ; autant vaudrait compter les grains de sable du parterre des Tuileries. Nous signalerons seulement les fourberies-mères et les mensonges générateurs, d'où naissaient les autres; à cette catégorie féconde appartient encore :

— Le serment prêté à la Constitution républicaine;

— La promesse de maintenir la république, répétée même le Deux Décembre ;

— La promesse de maintenir la paix, répétée avant et après chacune des six guerres du second empire, et renouvelée aujourd'hui, avant la septième qu'il prépare;

— La promesse de réduire l'impôt ;

— La promesse d'appliquer les principes de 89, de couronner l'édifice, et d'organiser la révolution ;

— La fausse commission consultative, où l'on fit entrer, à leur insu, quatre-vingts personnages considérables, pour couvrir de leur honorabilité l'infamie de six ou sept coquins, etc..

Qui lui commandait de mentir ainsi partout, toujours? Ce n'est pas encore la morale, qui, dès le temps d'Homère, disait déjà : u Je hais à l'égal des portes u de l'enfer celui qui montre une pensée sur ses lèvres

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i( et en cache une autre dans son cœur. ?» Si ce n'est pas la morale, ce n'est pas non plus la politique, puisque nous avons vu qu'elles sont insépai'ables.

Après le mensonge, la fraude; après la fraude, le parjure ; après le parjure, la corruption ; après la corruption, l'intimidation; après l'intimidation, la violence, l'emprisonnement, l'internement, l'éloignement, le bannissement, la transportation et regorgement ; toutes les formes de la ruse, et toutes les formes de la force ; tels sont, dans leur ensemble, les moyens choisis par l'auteur de l'attentat ; continuons de les montrer pêlemêle et sans compter, comme il les a employés ; ces moyens triomphants furent encore :

L'interprétation perfide des textes, une certaine faculté d'abriter l'escroquerie dans le code pénal, de blottir l'attentat dans la Constitution, et d'embusquer la trahison dans le pouvoir; le stratagème appliqué à la jurisprudence, la loi employée comme agent de déception, et la magistrature comme instrument de règne;

Le mépris des hommes fondé sur une certaine connaissance de soi-même, sentiment souvent observé en cour d'assises, sorte d'ébêtement moral commun aux scélérats, vertu secrète de M. Bonaparte, et qui le servit puissamment, selon ses fins, en lui rendant moins douloureux le double sacrifice de la vie des autres et de son honneur. Ajoutez l'art traditionnel dans sa famille d'abâtardir une nation et d'exploiter une décadence en l'accélérant, de s'appuyer sur les mauvais instincts, de coaliser les intérêts honteux et les passions coupables, et d'organiser la confédération impériale des vices, la grande ligue du mal public, triste aptitude que la nature lui avait largement départie, que sa coupable ambition sollicitait et développait sans cesse, et que

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sa conscience paraît n'avoir que rarement contrariée.

Parmi ses plus puissants moyens d'action, il convient de compter le choix heureux de ses coopérateurs, de Saint- Arnaud qui avait volé un gland d'or à Louis XVIII; de Magnan qui avait volé à Lille; de Fleury qui avait volé à Orléansville ; de Haussmanii qui avait volé à Nérac ; de Morny qui avait volé à Paris, et possédait Tart de fonder une société^ comme Robert Macaire ; de Persigny qui avait volé au 4« hussards, et qui fut, pour ce, chassé du régiment; enfin de Maupas, mouchard à Toulouse, et du prince Napoléon, mouchard à l'Assemblée législative. Il faut des complices assortis.

Poursuivons Ténumération des moyens :

La Société du Dix Décembre ;

Les revues de Satory, et l'intervention du chanoLpagne dans la politique ;

Le vol de quelques centaines de mille francs à la loterie du lingot d'or ;

Le vol de quelques millions à la banque de France.

Le vol joue un grand rôle dans les idées napoléoniennes; c'est le fond du système; depuis les faux billets de l' Echiquier jusqu'aux biens d'Orléans, le vo), toujours le vol ; il est à la fois la fin et le moyen de l'entreprise impériale, il constitue l'unité de ropération bonapartiste; il importe donc de constater ici la persistance de la méthode, et sa parfaite conformité avec le but. D'un* autre côté, ce moyen, si puissant dan» sa simplicité, a l'inconvénient d'être condamné par la théologie, par la philosophie, et même par la gendarmerie, unanimes sur ce point. On est donc fondé à croire que ce n'est pas la morale qui l'a inspiré au prince président.

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Autres moyens :

— La restitution perfide du suffrage universel, retiré par une loi, rendu par un décret;

— La destitution des ministres qui n'étaient pas dans le complot et qui ne pouvaient pas y entrer, n'étant pas assez sérieux.

Telle est la puissance de cette formidable machine de la centralisation, qu'il suffit d'avoir la main sur le ressort principal, pour mettre en mouvement ses innombrables rouages et étendre sur toute la surface du pays son fonctionnement immense. De là partent les fils qui font mouvoir, en un clin d'œil, et au gré du moteur, 400 préfets, 40,000 maires et 600,000 soldats, sans compter une armée de magistrats, une armée de prêtres, une armée de fonctionnaires, lesquels reçoivent tous, à la même heure, l'impulsion pai'tie de centre, et instantanément, mécaniquement, militairement, la transmettent au reste de la nation. En somme, c'est une belle machine, mais quelque peu dangereuse ; celui qui s'en empare s'empare de tout. Il peut jouer de l'immense instrument, il n'a qu'à tourner la précieuse manivelle, et le merveilleux travail s'accomplit; il fait de la politique comme un Auvergnat fait de la musique. Sa main donne le branle à l'activité d'une grande nation. Jugez, si c'était la main d'un malfaiteur ! £n 18Ô1 c'était la main de M. Bonaparte. Il tenait le ministère de l'intérieur par Morny ; l'armée par Saint- Arnaud; le clergé français par le pape reconnaissant; la police par Maupas ; le diocèse de Paris par Sibour ; l'imprimerie nationale par Sai nt- Georges ; la garde nationale par Lawœstine, et la place de Paris par Magnan. Muni désormais d'une plus grande puissance, il entreprit de plus grandes choses. C'est la dernière

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