‹ PamphletsChapitre 26 sur 30 · XXXII LK DEUX DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

XXXII LK DEUX DÉCEMBRE

phase de sa conspiration ; c'est la dernière série de ses travaux ; c'est le moment où un beau désespoir allait le secourir; c'est le moment des résolutions héroïques et des expédients in extremis : ces derniers moyens se distinguent des précédents par une plus grande origi* nalité ; nous citerons seulement :

— Les ordres du jour séditieux et féroces, l'excitation à la guerre civile, et le conciliabule militaire du 27 no» vembre auquel assistèrent vingt-sept généraux ;

— L'occupation militaire de l'imprimerie nationale, dans la nuit du 1 au 2 décembre ;

— La conspiration des commissaires dans la même nuit;

— L'occupation militaire du Palais Bourbon, la nuit, toujours la nuit. La trahison du premier Bonaparte éclata au grand jour ; celle du second fut plus modeste; il savait vaincre en silence et triompher dans l'ombre; la lune d'Austerlitz éclaira seule le 18 brumaire de Napoléon^le-petit. Il fit donc son entrée dans la ville endormie, somiio sepultam, comme le cheval de bois dans la ville de Troie ; mais ce n'est là qu'un moyen renouvelé des Grecs ; en voici d'autres :

— L'Assemblée nationale violée ;

— La mairie du X« arrondissement violée ;

— La haute cour de justice violée ;

— L'arrestation de 252 représentants du peuple ;

— L'arrestation de 8 généraux et de 12 anciens ministres ;

— L'arrestation des chefs de parti les plus influents, des chefs supposés de sociétés secrètes, et des officiers publics chargés de convoquer l'Assemblée;

— La saisie des journaux ;

— La distribution du 4 décembre aux officiers, sous-

ET LA MORALE

officiers et soldats , application d'un vaste système de corruption graduée et de subornement proportionnel ;

Après la distribution d'argent, distribution de vin et d'eau-de-vie. Pour le grand crime qu'on méditait, une grande lâcheté était nécessaire ; l'armée française était suspecte ; il s'agissait de lui enlever son courage : on l'enivra ;

— Le massacre de trente mille Parisiens; ce moyen de la politique napoléonienne est un des deux moyens suprêmes renfermés dans les fameux ordres de Saint- Arnaudy par lesquels il était enjoint à ce général, par coprésident, de faire feu sur la foule, sans sommation ; et, en cas de soulèvement général, de se retirer dans les forts, et de bombarder la ville. Cependant le Décalogue dit : u Tu ne tueras pas ; n

Citons enfin, pour clore cette énumératîon, si longue et si incomplète, des voies et moyens de la conspiration bonapartiste :

— La tmnsportation sans jugement de vingt-six mille citoyens français ;

— L'emprisonnement ou l'exil de plus de cent mille; la France émasculée ;

— La mise en état de siège de 30 départements ;

— Le décret sur les états de service dans la guerre civile, la décoration accordée aux perturbateurs de l'ordre public ; la peine de mort prononcée contre trenteneuf de ses défenseurs ;

— Le vote de l'armée sans urne, et du peuple sans liberté, pour un candidat sans concurrent ; vote nul à tous égards, que le coupable a appelé naïvement son absolution;

La morale ne l'absoudra pas ; l'histoire non plus. Passons à la moralité du régime; nous connaissons le

LB DBUX DEOBMBRE

but et les moyens des frères de T Elysée; il était fàcilti de prévoir l'usage qu'ils feraient du pouvoir. Un pommier ne peut produire que des pommes; un crime qui prend racine, et qu'on laisse grandir, ressemble à cet arbre d'enfer que Virgile a décrit, et dont chaque ft^uille abrite un crime ; et la sombre récolte mûrit sous le sembre feuillage, et le vent sème au loin cette graine empoisonnée, et sur d'immenses contrées, le mal fleurit et fructifie, ('omptons quelques-uns des fruits de l'empire :

— L'instruction réduite systématiquement ;

— L'armée et la police perfectionnées ;

— La prostitution encouragée ;

— La justice avantageusement remplacée;

— La féodalité financière constituée ;

— La noblesse rétablie ;

— L'Église enrichie;

— Les ordres religieux multipliés ;

— La guerre, sous le nom de paix, rendue perpétuelle ;

— La banqueroute assurée, etc., etc...

Défense de parler, défense d'écrire, défense de se réunir, défense de s'armer, défense de s'associer, défense de voter, défense de pétitionner, défense d'accuser un agent du pouvoir, défense de contrôler, défense de voir et de savoir, défense de comprendre et même d'entendre, défense de penser, défense de vivre ! Oui l'empire défend de vivre, et il ne peut en être autrement.

Entre un despotisme et un peuple il y a incompatibilité absolue : tue-moi, ou je te tue! le commencemen t de l'un est la fin de l'autre, et si l'empire commence il faut bien que le peuple finisse; l'empire sait cela, veut vivre, et emploie l'unique moyen d'existence qui lui soit

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