‹ PamphletsChapitre 28 sur 30 · ET LA MORALB XXXVII · texte numérisé non relu

ET LA MORALB XXXVII

qu'elle méprisait, et s'est jetée avec lui dans une aventure où elle devait périr, après l'avoir servi ;

C'est pour avoir séparé la politique de la morale que Palmerston a favorisé l'établissement du despotisme en France, croyant servir l'Angleterre en humiliant la France, et faire le bien d'un pays en faisant le mal d'un autre;

C'est pour avoir séparé la politique de la morale que des gouvernements de pays libres ont reconnu l'empire, et que leurs ambassadeurs ont consenti à se présenter aux Tuileries , comme lord Cowley qui, dans son pays, ne voit que la bonne société ;

C'est pour avoir séparé la politique de la morale qu'un professeur de philosophie disait dans un discours public : a A quoi bon définir la vertu ? regardez sur le trône ! n

C'est pour avoir séparé la politique de la morale que l'orléaniste Guizot consent à présenter à Bonaparte l'orléaniste Paradol, et que ledit Paradol consent à fourvoyer ses jeunes palmes et son jeune orléanisme avec ledit Guizot, dans un lieu aussi peu littéraire que constitutionnel ;

C'est pour avoir sépai'é la politique de la morale que M. de Montalembert a adhéré au commencement, et M.Thiersàlafin;

C'est pour avoir séparé la politique de la morale que M. Dupin, magistrat, a prêté presque autant de serments que M. Pasquier, duc et pair;

C'est pour avoir séparé la politique de la morale que M. de Girardin, ancien champion de la liberté, a consenti à servir l'ennemi de la liberté, pour le plaisir de nuire à l'ennemi de M. de Gii'ardin ;

C'est pour avoir séparé la politique de la morale que

LK DKUX DECEMBRE

des partisans aveugles de la monarchie n'ont pas craint d ^attiser le feu des journées de juin, et ont pu prononcer, à la grande joie de M. Bonaparte, cette parole infâme : u Ensanglantons la république, pour la rendre u impossible ! n

Quand un peuple disparaît de l'histoire, c'est pour avoir séparé la politique de la morale.

Heureusement, et pour l'honneur de la France, un certain nombre d'écrivains français ont protesté contre cette séparation coupable, les uns en proclamant les principes de la souveraineté individuelle, de la subordination de l'Etat, de la convergence des intérêts et de la solidarité universlle ; les autres, en flétrissant les deux morales et en opposant le droit humain au droit divin, la justice à la grâce, et la science à la révélation ; d'autres enfin, en donnant à l'acte de Décembre son vrai caractère, et à l'homme de Décembre son vrai nom ; en montrant que cet acte commis en dehors de toute morale, l'a été aussi, et pour cela même, en dehore de toute politique ; qu'où la morale n'a rien à faire, la politique n'a rien à voir ; que cet acte est un crime et cet homme un criminel; je dis crime de droit commun , je dis criminel de cour d'assises.

Isoler le coup d'État, même parmi les coups d'État, en purger l'histoire de France, en désintéresser la politique, lui assigner sa vraie place dans les causes célèbres, dégager la responsabilité morale de la nation, laver l'honneur du génie français, était un devoir pour nos historiens ; ce devoir a été rempli dès le lendemain de la catastrophe. Ils ont compris que le coup d'État n'était pas un acte politique, et qu'il relevait d'un autre tribunal que celui de l'histoire. Cette préoccupation éclate jusque dans leurs titres : Les crimes du Deux Dé-

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