‹ PamphletsChapitre 4 sur 30 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

qu'il avait promis. Il a usé la machine militaire, comme il a usé la machine monarchique, en la faisant fonctionner à outrance, et voilà que les deux machines vont éclater sous lui, et qu'il ne se trouvera plus personne pour en ramasser les morceaux* Il a démontré Tabsurdité de la royauté en se faisant roi, et celle de la guerre en se faisant général. L'idée monarchique était bien malade, mais elle avait la vie dure ; on la combattait à outrance, et elle tenait bon ; on lui portait des coups terribles, et elle s'en relevait ; on lui faisait d'horribles blessures, et elle en revenait ; pendant sa dernière crise, Bonaparte fut appelé : l'homme de l'art accourut, la soigna de son mieux, et la tua. Cette expérience aura coûté cher, mais elle est si concluante que le peuple français paraît devoir s'en tenir à ses conclusions, et qu'il sera sans doute difficile de le ramener à la monarchie, après qu'il aura été si rudement bonapartisé; peuple échaudé par le césarîsme, craint les chartes constitutionnelles, supposé qu'il réchappe, ce qui ne s'était jamais vu^ et ne sera pas un mince honneur pour la France. Quand un tyran ne tue pas son peuple, il tue sa tyrannie; les Tarquins font les républiques. La France, violée par Bonaparte, pouvait en mourir ; mais puisquelle n'est pas morte, c'est la monarchie qui mourra. Un seul César a rendu irrévocable la perte du )>euple romain ; nous en avons usé deux, et nous vivrons. Lies Bonapai'te n'ont ni assez tué, ni assez corrompu, et puis la vie moderne se défend mieux. Césarisme, christianisme, invasions des barbares, trois fléaux, la iiii d'un monde ; un seul aumit sufti. Les mêmes fléaux

VI ATAHT-^PROPOS

existent encore, ils menacent la cÎTilisation moderne, et' elle ne périra pas; elle est protégée par une force nouvelle i l'imprimerie. Une nuit de mille ans n'est plus possible ; dix-huit ans, tout au plus, c'est tout ce que peuvent prendre sur la, vie des peuples les puissances du mal, dans un effort suprême ; armé de Timprimerie, rHomme moderne atteint un trop grand développement de sa nature, il porte en lui une trop grande somme d'humanité, pour qu'une nation puisse retomber définitivement à l'état de troupeau et se laisser réduire à la vie bestiale par. la monarchie. L'imprimerie a fait la Renaissance, la Réforme et la Révolution française, c'est-àdire la révolution dans l'art, dans la science, dans la conscience et dans la politique. L'imprimerie continuera son œuvre, interrompue par deux empires. Ce n'est pas pour quelques empereura de plus ou de moins qui se mettent en travers et encombrent la voie que le progrès va s'arrêter ; il passera dessus, voilà tout ! L'imprimerie, c'est l'intelligence accrue indéfiniment ; et l'intelligence indéfiniment accrue, c'est la paix perpétuelle et la République universelle.

Ce n'est donc pas la liberté de la presse seulement que l'empire doit vouloir supprimer, c'est l'imprimerie ; s'il le peut, il est sauvé, et nous sommes perdus ; sinon, il lui reste encore, et c'est beaucoup trop, le choix entre plusieurs genres de mort.

Il peut périr par l'abus de la force au dehors, ou par l'abus de la force à l'intérieur ; pousser la guerre jusqu'à ce qu'on lui réponde par l'invasion, ou pousser la compression jusqu'à ce qu'on lui réponde par l'insurrection ;

Page 1