‹ PamphletsChapitre 9 sur 30 · LES PROPOS DR LABIRNÛ · texte numérisé non relu

LES PROPOS DR LABIRNÛ

nuage dans le rayonnement de la joîe universelle, une note discordante qui se perdait dans le concert de la reconnaissance publique, et tous ces petits malheurs qui, d'aventure, ridaient la surface de Pempire, n'étaient à vrai dire que d'heureux contrastes et de piquantes diveraions ménagées à un peuple heureux par sa bonne fortune, pour le reposer de son bonheur et lui donner le temps de respirer ; c'était comme l'assaisonnement du régal, juste assez pour rompre la monotonie du succès, tempérer l'allégresse et prévenir la satiété. On étouf&it de prospérité : il y a des bienfaits qui accablent et des bonheurs qui font mourir.

Qui donc, en cet âge d'or, qui donc pouvait se plaindre? Tacite dit que, sept ans plus tard, à la mort d'Auguste, il ne restait que peu de citoyens qui eussent vu la république ; il en restait encore moins de ceux qui l'avaient servie : ils avaient été emportés par les guerres civiles, ou par les proscriptions, ou par les exécutions sommaires, ou par l'assassinat, ou par la prison, ou par l'exil, ou par la misère, ou par le désespoir; le temps avait fait le reste ; il restait quelques esprits chagrins, quelques vieillards moroses, et quant à ceux qui étaient venus au monde depuis Actinm, ils étaient tous nés avec une image de l'empereur dans l'œil, et s'ils n'en voyaient pas plus clair, on avait lieu d'espérer du moins qu'ils seraient disposés à trouver belle la nouvelle face des choses, et même la phis belle de toutes, n'en ayant jamais vu d'autre. Donc la tourbe de Rémus était contente, et tout était au mieux dans le meilleur des empires.

£n ce temps-là vivait Labiénus. Connaissez- vous Labiénus? C'était un homme étrange et d'humeur singulière. Figùrez-vous qu'il s'obstinait à rester citoyen

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