‹ Pamphlets politiques et littérairesChapitre 16 sur 79 · U— LETTRE PARTICULIÈRE · texte numérisé non relu

U— LETTRE PARTICULIÈRE

Toun , tf nottmbre i8ao.

Voos êtes babillard, el voas montrez mes lettres i on bien vous les perdez • elles vont dé main en main, et tombent dans tes journaux. Le mal serait petit si je ne toos mandais que les noavéHes da Poot* Neuf; mais de cette façon tout le monde sait nos affaires. Et oroyez-voas, je voos prie^moi qui ai toujours fbi la mauvaise compagnie, que je prenne plaisir à me voir dans la GazeiR*?

Notre vigne n'est point si chétive qu'on le voudrait bien faire croire. Les vieilles souches , à vrai dire, sont pourries jusqu'au cœur» et le fruit n'en vaut guèi-e; mais un joune plant s'élève, qui va prendre le dessus et couvrir tout bientôt. Laissez* le croître avec cette vigueur, cette sève, seulement cinq ju six ans encore, et vous m'en direz des nouvelles. Si vous me promettiez de tenir votre langue , je vous conterais. . mais non ; car vous iriez tout dire et je suis averti; je vous conterais nos élections, comment tout cela s'est passé, la messe du Saini- Ësprit , le noble pair et son urne , le club des gen-

ia6 UTTBXS PARTIGUUàmBS.

tîUhorames, Tembarras du préfet , et d*autres choses DOD moins utiles à savoir qu'agréables ; mais quoi ? vous ne pouvez rien taire ; un peu de discrétion est bien rare aujourd'hui. Les gens crèveraient plutôt que de ne point jaser, et vous tout le premier. Vous ne saurez rien cette fois; pas un mot, nulle nouvelle ; pour vous punir, je veux ne vous rien dire, si je puis.

Oui ,. par ma foi , c'était une chose curieuse à voir. Figurez-vous, sur une estrade, un homme tout bril* lant de crachats , devant lui une table , et sur la table une urne. Si vous me demandez ce que c'est que cette urne; cela m'avait tout l'air d*uue boite de sapin, ti'bomme , c'était le président » comte Villeraanzy, noble pair, dont le père n'était rû pair ni noble, mais procureur fiscal, ou quelque chose d'approchaoi. Je note ceci pour vqus qui aimez la nouvelle noblesse. Jadis LarcMzhefoucauit était de votre avis , il la voslait toute nebve ; neuve elle ae l'eadait alors ; elle valait mieux. La vieille ne se vendait pas. Pour moi ce m'est tout un, l'ancienne, la nouvelle, la Tremeuille ou Godin» Rohan ou Ravigot, j'en donne le chpix pour une épingle.

Il tira de sa poche une longue écriture ( c'est le président que je dis), et lut : Là roi tout *eul pouvait /aire iet loit; il en aumt le droii et la pleine pmuance i maii^par un rare exemple de bonté paternelle^ U veut bien prendre notre am. Je n'entendis pas le reste ; on cria vive le roi» les princes , les princesses et le duc de Bordeaux. Puis le président se lève. Nous étions au parterre quelque deux cent cinquante , choisis par

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le préfet fK>ur en choisir d'autres qui doÎTent lui demander des comptes. Le président debout nous doDosi des billets sur lesquels chacun de nous devait écrire deux noms; mais il fallait jurer d*abord^ Noos jurâmes tous. Nous levâmes la main de la meilleure graœ du monde et en gens exercés; puis* nos billets remplis, te président les reprenait avec le doî^t index et le ponce seulement, ses manchettes retroussées, les remettait dans la botte d*où nous vimes sortir un ultra-royaliste et un ministériel.

Saoa être son compère, j'avais parié pour ceta et

deviné d'abord ce qui devait sortir de la botte on de

l'umey par un raisonnement tout simple, et le voici :

Nous étions trois sortes de gens appelés là par le

préfet; gens de droite, aisés à compter; gens de

gauche^ aussi peu nombreux , et gens du milieu à

foi80D,.quîy se tournant d'un c6té, font le gain de

la partie, et se tournent toujours du c6ié oà l'on

manfpe. Or, en arrivant -, je sus que tous ceux de la

droite dînaient chez le préfet , ou chez rhoromeauiç

crachats avec ceux du milieu , et que ceux de la gauche

ne dînaient nulle part. J'en conclus aussitôt que

leur afiaire était faite ; qu'ils perdraient la partie , et

paieraient le diner dont ils ne mangeaient pas ; je ne

me sois point trompé.

J'étais là le plus petit des grands propriétaires , ne sachant oà me placer parmi tant d'honnêtes gens qui payaient plus que moi , quand je trouvai , de* vine* qui? Cadet Roussel, vieille connaissance , à qui je *s, en l'abordant : Qu'as - tu Cadet? puis je

Il8 hSTtRVS ^ARTZCfriililJEUSS.

.m^reprift : qu^avez-vous, M. de Cadet ?( car c'est sa nouyelle fantaisie de mettre. un de avant son nom > depuis qu'il est éligible et maire de sa commune). Je vous vois soucieux , inquiet. Ce n'est pas sans sujet , me dit-il. J'ai trois maisons , comme vous savez : l'ane est celle de mon père, où je n'habite plus; l'autre apjiarteo^it cî-devant à M. le marquis de.... chose, qui. s'en alla, je ne sais pourquoi , dans le temp$ de la révolution. J'achetai sa maison pendant qu'il voyageait. Cest celleoù je demeure et me trouve fort bien. La troisième -appartenait à Dieu , et de iQéme je m'en auis accommodé. Je \iens de voir làbiASk, vers la droite, des gens qui parlaient de r^ti- |ner, et disaient quede mes trois maisons la dernière doit retourner à Dieu , les deux autres pourraient ayervir à recomposer une grande propriété pour Icf marquis. A ce compte , je n'aurais plus de maison. Je yoc^ avoue que cela m'a donné à penser. Cesl dommage pour vous, lui dis-je, que d'autres comme vous, peu amis de la restitution, ne se trouvent point ici. On ne les a pas. invités, et je m'étonne de vous y voir. Ah! me dit-il , c'est que je pense bien^ Je ne piense point comme la canaille. Je vois la haute société, ou je la verrai bientôt du moins , car mon fils me doit présenter chez ses parens. — Qui ? quels parens? — £h ! oui, mon fils de la Rousselière se ma^ rie^ ne le savez-vous point? il épouse une fille d'une famille....... Ah ! il sera dans peu quelque chose^ J'espère par son moyen arranger tout. — J'entends, vous voudriez par son moyen voir la haute société et ne point restituer. -^ Justement. — Garder l'hôtel do

LBrrABS FABTICUUtRBS. lag

chose et y recevoir le marqjuts? — C'est cela. — Vous aurez de la peine.

Comme je regardais curieusement partout, j^aperçns Germain dans un coin , parlant à quelques-uns de la gauche; il semblait s'animer , et, m'approchai! t j je vis qu^l s^agissait entre eut de ce qu'on devait écrire sur ces petits billets. Écrivez , disait-il, écrivez le bonhomme Paul , qui demeure là- haut , sur le coteau du CSier. Il n'est pas jacobin, mais il ne veut point du tout qu'on pende les jacobins; il n'ahne pas Bonapartr, mais il ne veut point qu'on emprit» sonne les bonapartistes : nommez-le, croyez-moi. lisait écrire, parler ; il vous défendra bien : vous êtes sûrs au moins qu^il ne vous vendra pas; c'est quelque chose à présent. Non , répondirent-ils , ce Paul nVst pas des nôtres. Il en sera bientôt , reprît Germain , car on l'a vu toujours du parti opprimé. Aristocrate sons Robespierre, libéral en i8i5, il va être pour vous , et ne vous renoncera que quand vous serez forts, c'est-à-dire insolens. — Non , nous voulons des nôtres. — Mais personne n'en veut ; vous allez être seuls, et que pensez- vous faire? — Rien, nous voulons ceux-là. Ils ne savent pas grand'cbose, et sont peut-être un peu sujets à caution. Mais ce sont nos compères, et Paul, dont vous pariez , n'est compère de'personne. Germain , à ce discours : Mes amis , leur dit-il , je crois que vous serez pendus , vous et les vôtres , oui , pendus à vos pruniers , et j'aurai le plaisir d'y avoir contribué. Car je vais de ce pas me joindre à messieurs d^ droite, et voter avec eux. Qu^ me faut-il à moi ? culbuter les ministres; pour

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cela les ultra sont aussi bons qu« d'autres, sinon meilleurs. Adieu.

Je voulais passer avec lui du côté des honnêtes gens. Hais en chemin je trouvai des ministériels qui parlaient déplaces, et> disaient : Il n*y en a point qui soit sûre. Comme j*enfends un peu la fortification , je m'arrêtai à les écouter. 11 n'y en pas une , disaientils , sur laquelle on puisse compter. C'est sans dout^, leur dis-je, que les remparts ne sont pas bien entretenus, ou faute d*appprovisionnement? Ils me regardaient étonnés. Oui» reprit un d'eux, que je meure, s'il y a une place à présent , qu'aucune Compagnie d'Assurance voulût garantir pour un mois. Cependant, leur dis -je, il me semble qu'avec de grandes demi-lunes, des fronts en ligne droite et un bon défilement , on doit tenir un certain temps. Ils me regardèrent plus surpris que la première fois, et le même homme continua : Ma foi , vu leur peu de àûreté , les places aujourd'hui ne valent pas grand'chose. Vous voulez dire, lui répliquai-je, que les meilleures ont été livrées à l'ennemi.

Comme je semblais les gêner, je m'en allai, fâché de quitter cette conversation, et plus loin je rencontrai l'honnête procureur, qui passe pour mener tout le parti noble ici. C'est CaUs ou Colas qu'on le uomme, je crois; garçon d'un vrai mérite. Avez-vous remarqué que depuis quelque temps les nobles nulle part ne font rien, s'ils ne sont menés par des vilains? Qu'est-ce que Laine , de Villèle, Ravez , Donnadieu, Martainville, sinon les che^ de la noblesse, et tous vilains? Sans eux, que deviendn^it le parti des pui»-

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