TOME I. la
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reprendrait^ la charrue de son père , et le roi , pour avoir des ifiinistres , serait obligé d'en requérir, ou de faire faire ce service à tour de rôle, par corvée, sous peine d'amende et de prison.
Sur les injures je me tais : il en sait pins qne moi ; je n'aurais pas bean jeo. Mais H m'appeile loustic^ et c'est rà-dessns que je le prencTs. li dit , et croit bien dire , parlant de moi , ie lonstte du pard national^ et fait là une faute, sans s'en douter, le bonhomme! Ce mot est étranger. Lorsqu^on prend le mot des puissances étrangères , il ne faut pas le changer. Les puissances étrangères disent loustîg^ non loustic , et je croîs même qu'il ignore ce que c'est que le loustig dans un régiment Teutsche, C'est le plaisant, te jovial qui amuse tout le monde, et fait rire le régiment, je veux dire les soldats et les bas-officiers ; car tout le reste est noble, et comme de raison rit à part. Dans une marche, quand te lousttg a ri, toute la colonne rit > et demande : Qu'a-t*il dît? Ce ne doit pas être un sot. Pour faire rire des gens qui reçoivent des coups de bâton, des coups de plat de sabre, il faut quelque talent, et plus d'un journaliste y serait embarrassé. Le loustig les distrait , les amuse , les empêche quelquefois de se pendre , ne pouvant déserter, les console un moment de la schlaguk, du pain noir, des fers, de l'insolence des nobles officiers. Est-ce là l'emploi qu'on me donne? Je vais avoir de la besogne. Mais quoi? j'y ferai de mon mieux. Si nous ne rions encore, quoi qu'il puisse arriveiTf il ne tiendra pas à moi; car j'ai toujours été de l'avis du chancelier Thomas M crus : Ne faire rien contre
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la cooscienoc , et rire jusqu'à i'échafaud ioclnsivemeoU CoBime cet emploi d'ailleurs o*a point de traîteineiitt ni ne dépend des ministres, je m'en accomniode d'autant mieux.
Tout cela ne serait rien , et je prendrais patience sur les noms qu'il me donne. Mais voici pis que des injures. Il me menace du sabre, non du sien, je ne sais même s'il en a un, mais de celui du soldat. Écotilez bien ceci : Quand le soldat , dit-il ( faites attention; chaque mot est oificiel, approuvé des censeurs ) , quand le soldat voit ces gens qui n'aiment pas les hautes classes , les classes à privilège, il met d'abord la main sur la garde de son sabre. 7V«tUeu^ ce it€ sont pas des pmtus que cela. Le chiffonnier valait mieux. On ne me sabre pas encore comme vous voyez ; maïs on tardera peu ; on n'attend que le signal du noble qui commande. Profitons de ce moment; je quitte mon journaliste, et je vais au soldat. Camarade , lui dis-je. Il me regarde à ce mot : Ab! c'est vous, boQhomme Paul. Comment se portent mon père , ma mère , ma sœur, mes frères et tons nos bons voisins? Ah ! Paul , où est le temps que je vivais avec eux et vous, vous souvieot*il? labou* rant mon champ près du vôtre. Combien ne m'avezvous pas de fois prêté vos bœu6 lorsque les miens étaient las ! Aussi vous aidais-je à semer, ou serrer vos gerbes, quand le temps menaçait d'ojcag^ Ah!
bonhomme, si jamais Comptez que vous me re»
verrez. Dites à mes bons parens qu'ils me reverront, si je ne meurs. — Tu n'as donc point, lui dis-je, oublié tes parens. — Non plus que le premier jour.
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— Ni ton pays ? — Oh ! non. Pays de mon enfance! Terre qui m*as vu naître ! — Mon ami , tu es triste. Tu te promènes seul ; tu fuis tes camarades ; tu as le mal du pays. — Nous l'avons tous , bonhqvnme Paul.
Touché de pitié, je m'assieds, et il continue: Vous savez, père Paul, comment je vivais chez nous, toujours travaillant, labourant ou façonnant ma vigne, et chantant la vendange on le dernier sillon ; attendant le dimanche pour faire danser ma Sylvine aux assemblées de Véretz ou de Saint- Avertin. On m*a 6té de là, pourquoi? pour escorter la procession , ou bien prendre les armes lorsque le bon ' Dieu passe. On m'apprend la charge en douze temps. A quoi bon? Pour quelle guerre? Ou s'y prend de manière à n'avoir jamais de querelle avec les puissances étrangères. Pourquoi donc charger , et sur qui faire feu ? Je sers ; mais à quoi sers-je? A rien , "bonhomme Paul. Tout ^a nous ennuie, et nous fait regretter le pays dans nos casernes. Ah! Vérelz, ah! Sylvine! ah! mes bœufs, mes beaux bœufs! Fauveau à la raie noire, et l'autre qui avait une étoile sur le front! Vous en souvient-il, bonhomme Paul?
Lit -dessus, sans répondre, je lui glisse ce mot : 3ais-tu bien ce qu'on m'a dit de toi? Mais je n'en crois rien. Je me suis laissé dire que tu voulais nous sabrer. — Moi, vous sabrer, bonhomme ! Quiconque
vous l'a dit est un — Oui, mon ami, c'est un
gazçtier censuré.
Mah que fSeifo-tu ? Comment te trouves-tu à ton régiment? Es-tu content, dis-moi , de tes che&? -*