‹ Pamphlets politiques et littérairesChapitre 40 sur 79 · PLACE · texte numérisé non relu

PLACE

MONSEIGNEUR' lE MINISTRE,

teflwot if lMbe<^et*IiOflpe,seiraicfit4ûiQf|OM àraoo»«^' tca En iroiiàie» prîneipainD tanti;

Le 12 déceodu'e dernier, «o»'coifpa et enleir» ^ dans ma iorét d» JLaFçal-^ qnaue gi»8 dbéneft balj^veaux do qaatr&sTSB^;!^ ans, Mo]|^gflnMiisa^plaiI}|« légale, et requit le maivede Yéreliï depernieHre, suivant la lot » la reobei^cbede» boîli volés* Oli «a* vait où iJsélaieot. Le maire s^ refusa ma^ré' Y» lecUire qu'on lut fit de la loi qw. foMige, sons peine de destilti*îo«;> d^accomp&gmr lui-même i& gacde dans cetter rccliercbei Tout ei# constaté pavdes procès- verbaux.

Qnelque.temp9 après Jes> même» gens coupèrent dans la même, forêt, div-neuf chênes, lnB|>b»sgro» et les plus beaux de tous. Procès-verbalt Ait Sut, plainte portèeiMiniakW' efe^au procateur du roi , fiuimmu^4l04€t'surmiktneê > nofrtes^voteurS'r mais l«^gard«et^BKH«

39 l'I.iGET

Dernièrement, on a encore coupé, dans la même forêt, un seul gros bsiliveau de soixante-et-quînze ans/ On a tenté de mettre le feu en dilférens endroits. Les auteurs de ces délits sont connus, et non-seulement nulle poursuite n*a été faite conti*e eux, mais on s*oppose constamment à la recl^ercbe légale des bois enlevés.

Le nommé Blondeau, Fun de mes gardes, est chargé par moi, celte année, de différentes exploitations que je fais faire par nettoiement On Ta laissé abattre et façonner tous le bois , mais au moment de la vente, on le fait. condamner, sous les plus absurdes prétextes ,à un mois de prison, sans grâce ni délai. Le voilà ruiné totalement, et moi , en partie. On l'accuse ; dans le procès* verbal fait «outre lui , en apparence, mais réellement contre moi, d'avoir dit à M. le maire, dont il aune peur: mortelle : Allez vous faire f,.,„Geai là le crime qu*on lui suppose, et pour lequel on va détrnirc toute Texistence et la fortune d'un père de famille de soixante ans , qui a toujours vécu sans reproche.

Je ne vous parle point , Monseigneur, des procès ' risibles qu'on me fait, dans lesquels je succombe toujoUrs.<^haque fois que je suis volé, je paie des dommages et intérêts. Si on me battait, je paierais l'amende. On me menace maintenant de me brûler. Si cela arrive, je serai condamné à la peine des incendiaires. ^

Ce n'est pas qu'on me haïsse dans le pays. Je via s^ul et n'ai de rapports ni de démêlés avec |)er<« nmn^r Tou( cçU S9 fait pour f^ire plaisir à JH, le

A 8. C. MOKSEIG. LE M1NISTAE. 33

maire et à MM. les jugesi à M. le procureur du roi et à M. le préfet, gens queje n'ai jamais vus et dont j'ignore les noms.

Enfin il est notoire , dans lê département , qu'on peut me voler, me courir sus, et chaque jour ou use de cette permission. Je suis hors de la loi pour avoir défendu avec, succès des gens qu*on voulait faire périr, il y a deux ou trois ans. Voilà , disent quelques-uns , le vrai motif du mal qu'on me fait à présent.

Je supplie voire Excellence d'ordonner que tous ceux qui me pillent ou m'ont pillé soient également poursuivis, et qu'on me laisse en repos à l'avenir. C'est malgré moi que j'ai recours à l'autorité quand les lois devraient me protéger. Mais la chose presse, et je crain$ que mes bois ne soient bientôt brûlés. ,

Je suis avec respect , Monseigneur,

De votre Excellence ,

Le très-humble et très-obéissant serviteur.

Paris , le 3o mars 1817.

A mESSlEURS XES JUGES

JIE PbUCÈ COItUÈCf IdNSEtt^ A ELÔJS.

-pitnî 4<t^'iMir<kMiiiçeqiiej*at sa«r&rt, et si vous iieij.ijiittx ont cpoijnite, v«ius i;erroz nu il y a en .mM i. f»mre.ei 4it?ipJ«rlvMamc/dc,viUagfi^piu9 do • MUte i|«e^ fné4'liaiic«lé.

ll»|Mrfmi.hèrebu4eful<l*^ti'ei' au serTipe(ieIli.f!e Bedtine^;4e muM'fi dce^iob'e^aiinuiie. J^e le con« fiaiMais^M;:4ie JBeaune ç^l uo.jci]JEie homme vif, ett?})orté» vi^^cnt dans ses YengeaDces. Je savais 4^ia; j'uiif^iâ <tù.fuir M. de Beaune et prévoir ce qui m^arrive ; niJiisquoi?,U fallait vivre; je n'avais IMsint 4*auU*& resâource» et il n^éthli pas maire ^core i il ne laisait puint de proccs^verhaux ; «n

le servant, on ne risquait que d'être assommé. J'entrai chez lui, et me conduisis avec tant de prudence , qu'au bout de deux ans , j'en sortis sans contusion ni blessure. En cela , je ne fus pas bêle.

Mais, malheureusement^ il était maire alors. En me renvoyant, M. le maire ne me payait pas mes gages de trois mois, cinquante francs qu'il me devait; je les lui demandai. Ce fut ma seconde faute 9 pire que la première : pour moi , dans le besoin , sans place, sans travail, cinquante francs, c'était beaucoup : ce n'était rien pour M. de Beaune. Et que pensez-vous qu'il me dit , quand je lui demandai mon argent? Tu tne le paieras , me dit-il , et jamais , Messieurs , je n'en pus tirer autre chose.

^oi , Messieurs , voyant cela, je le Gs assigner. Ah I faute irréparable ! mon supérieur, mon maire, le plus riche propriétaire de toute la commune, l'attaquer en justice ! moi pauvre paysan, domestique renvoyé , lui demander mon dû I Je fis cette folie , dont je me repens bien , et vous jure que de ma vie , dusséje mourir de faim , jamais plus ne m' arrivera de faire assigner un maire. Aussi bien que sert-il ?M. de Beaune comparut devant le juge de paix , fit serment , leva la main qu'il ne me devait rie67et je perdis mes cinquante francs, et toujours : Tu me le paieras. Il m'a tenu parole ; je lui - paie bien l'argent qu'il me devait.

Dès lors on me conseilla de quitter le pays. Val'eif , Blondeau ^ va-t'en, me dit un de nos voisins.

DE GLAyÏER-BLONDBÀU, 3^

Que veux-tu faire ici ayant fâché le maire ? le maire est plus inaitre ici que le roi à l'aris. Procès y amende, prison , voilà ce qui t'attend. Plus de repos pour toi , plus de travail paisible. Tu ne man. géras plus morceau qui te profite , ayant fâché le maire. Va-t'en , pauvre BlondeMi.

. Il n'avait que trop de raison de me parler ainsi; Je devais le croire , partir, vendre mon quartier de terre , emmener ma famille. Maiis environ ce temps f je trouvai à me placer fort avantageuse- , mentyàœ qu'il me semblait M.CouS*ier me pritpour garde de ses bois, et je me crus heureux d'entrer à son service. Je pensais qu'étant chez lui , qui passe pour bon homme, quoique peu de gens l'aient vu et que personne ne le connaisse , je pourrais vivre tranquille. £n cela, je me trompais, comme vous allez voir.

Je fus accusé, peu après, d^avoir dit à M. le maire, causant avec luidaiVson parc: Jllez vous promener. C'est la déposition de quelques-uns des témoins que vous avez entendus. D'autres disent

que j'ai dit : jiliez vous faire /. ; d'autres enfin

prétendent que je n'ai rien dit du tout. L'affaire était sérieuse. J'avais tout à redouter , vu le nombre et le crédit de ceux qui m'attaquaient ; car chacun s'en mêlait ; le maire portait plainte; le procureur du roi me poursuivait à outrance; le domaine me menaçait de m'oter mon étal de garde particulier. Le préfet même daigna , et plus d'une fois, écrire aux juges contre moi. Les puissances de Tours étaient coalisées pour écraser Blondeau.

. £t ToccafiioD de tout cela» c'est qù*en e%t j*a* vab parlé à M* le maire; grande uiiprudencc as. sc|rémeot. Si j'eusse pu m*ea dispenser ! Mais le moyen ? On avait volé quatre grands ai'bres dans DOS bois ; et ces arbres y pour les saisir chez les voleurs assez connus , il me fallait non-seulement Tautorisation de M. le maire; mais sa présence, suivant la loi. Je.fus le trouver et le requis, mon procès-yerl)al à la main, de m'accompagner; je \v& fis lecture de la loi : le tout en vain; il refusa, et fut cause que, huit jours après , on nous o^upa vtAgft autres arbres choisis dans toute la forêt , les pl«s. grands de tou^ , Içs plus beaux , et avec le même

succès : et depuis, une autre fois encore ; mais

ce n'est pas de quoi il s'agit. Il refusa de m'ac<* compagner, sans autre raison ^e son plaisir, et de là même prit prétexte de me faire un procès^ de se plaindre, disant que je Tavais insulté. Quelle apparence? je n'enf||#qa^ rire, lilais , me voyant tant d'ennemis , et que tous ceux qui pouvaient me nuire s'y employaient avec chaleur, j'eus re^ . cours à M. Courier. Je lui dis : Aidez-moi; la chose vous regarde. Parlez; faites agîv vos amis. Mais il me répondit : Mes amis sont à Romie, à tapies , à Paris, à Çonstantinople , à Moscou. Mes amis s'occupent beaucoup de ce que l!on faisait il y a deux mille ans , peu de ce qu'on fait à présent. — S'il est ainsi , lui dis -je, qui me protégera? ^uî prendra ma défense p j'ai conirc moi toi^t le monde.

Alors il me r^ood : Blondeau, qm vous éiei

DE CLÂVÏER-BIOWDEÀU. 3g

sSiiiflef Mettez le f^U à mes bois , au îieu de le% garder, et vous ne manquerez pas de protecteurs. VoQs aurez pour appui tout ce qui pense bien danè le département. L'homme le plus méprisé, le plus vil , le plus abject de la province entière a trouvé des amiSy des parens, même parmi les magistrats dé Tours, dès qu'il m'a voulu faire quelque mal; et pour avoir chassé ma femme de chez elle, il va recevoir de moi deux mille francs à litre de dom* mages et intérêts. Le fripon qui me vola , l'an passé, la moitié d'une coupe de bois, obtient de l'équité des jeges un léger encouragement de huit cents francs, que je lui paie comme indemnité. Ces gcns>c«, aujourd'hui , sous la sauvegarde de toutes tes autorités , coupent mes plus beaux arbres , les serrent paisiblement chez eux ; défense de tes troubler. Demain ils me plaideront sur le vol qu'ils m^ont fait, et gagneront assurément. Faîtéi comme eux ; \ous serez favoiisé de même. Si , àû Vfpn de me piHcr, vous défendez mon bien, voua irez en prison ; attendez-vous à cela.

Tout comme il l'avait dit , la chose est arrivée. Je fus jugé ou, pour parler exactement, je fus con* damné à un mois de prison, sans preuves, sans audition de témoins. Les témoins , vous le savez , n'ont été entendus que depuis , ici , devant vous , Messieurs, aprèsla sentence rendue à Tours contre moi. A Tours, les juges n'ont pas voulu, sans doute de peur de scandale , examiner si j'avais dit : Allez vous promener, ou Allez vous faire f.....; quesliott déiicate qui roulait ëur la différence de promenée

4o PROCÈS

à Fautre mot. Il fat décidé, sur le procès-verbal de M. le maire, que je l'avais outragé; en conséquence on me condamne à un mois de prison. Mes amîs trouvent que j'en suis quitte à bon marché. Car il eût pu tout aussi bien mettre sur son procèsverbal que je l'avais volé ou tué ; et vous voyez ce qui s'ensuivrait, puisque sa parole fait foi, sans qu'il soit tenu de rien prouver.

Mats moi, je ne m*en crois pas quitte: ce qu'il n'a pas fait , il le fera. Déjà il répand le bruit qoe je Tai menacé. Déjà il l'a écrit de sa main^^surle registre de la commune. Bien plus,il l'a fait publier au prône delà paroisse. Oui , Messieurs , au prône ; un dimanche, par la voix du curé en chaire, tout le monde a été informé que Blondeau menaçait M. le maire. Cela vous étonne, Messieurs. C*est que vous connaissez les lois: mais moi, je connais M. le maire , et je sais qu'un mois de prison , mes travaux d'une année perdus , ma famille désolée , un procès qui me ruine , ce n'est pas vengeance pour lui. Ce qui m'étonne , moi , c'est de le voir agir avec tant de mesure, user de prévoyance, et, même avant la fin de cette affaire-ci , se ménager des preuves pour une accusation plus grave , comme s'il n'avait pas toujours ces procès-verbaux , qui sont parole d'Ëvangile pour messieurs les juges de Tours. Sitôt qu'il lui plaira d'avoir été frappé ou même assassiné, qui le contredira dans 'ses décla« rations ? Graint-il qu'on ne s'avise d'examiner les faits? que le procureur du roi , le préfet, ne lui manquent au besoin , et qu'un jour ces messieurs

DE CLAVIER- BLONDEÀU. 4^

ne pensant plus aussi bien , ne se fassent scrupule de perdre un malheureux, parce qu'il sert M. Courier? Et puis , si l'on voulait des preuves , des témoins , n*a-t-ii pas ses fermiers , que vous l'avez vu , Messieurs , amener ici dans sa voiture ? gens de bien comme lui, auxquels il coûte peu de lever la main, jurer devant les magistrats. Enfin les signatures peuvent-elles jamais manquera l'auteur d'un écrit qu'on va vous lire. Messieurs? C'est l'original même de la publication faite en chaire contre moi par M. le curé.

, Par jugement rendu le 5 man dernier , au tribunal de police correctionnelle de Tours y Clavior'Bhndeau , g arde particulier^ a été condamné à^o francs d'amende^ h la confiscation de son fusil à deux coups, et aux frais du procès, pour avoir porté des armes de cliasse et chassé sans permis déport d'armes.

. Plust à un mois d'emprisonnement pour avoir menacé et injurié M. le maire de Féretz.

Pour extrait conforme au Jugement:

Sfgné BouARASSB , commis- :^rejfier, fow copie conforme , DB BEAUifEyiftaim

Je soussigné , certifie avoir publié au prône de ma messe paroissiale , le dimanche ai mars de la présente année 1819 , les copies du Jugement de l'autre pat:t, d'après l'invitation qui m'en a été faite par M. DE Beauiib , maire de cette commune,

Maechahdeau, curé desservant de Féretz,

Yoilày Wesaieurs , ce qu'a publié M. le curç»

dabs la chaire de vérité , ce qti^il a notifié cottiiiié uoncte authentique aux habîtansde la paroisse. Il n'y a de vrai néanmoins dans cette pièce écrite . toute entière de la main de M. de Beaune, que sa seule signature. Le reste se peut dire imaginé par lui ou arrangé selon ses vues. Il h*esl point du tout vrai que Ton m*ait condamné pour avoir menacé et injurié le maire. Il n*est point vrai non plus que ce soit là un extrait du jugement rendu contre moi. II est encore moins vrai que ce prétendu extrait ait été délivré par le commis-greffier. Enfin Il est faux qUe ce commis ait jamais signé rien de pareil , et son nom mis là est une pure invention de M. le maire. Le greffier n'a pu délivrer un extrait qui n'est pas conforme au jugement , aussi s'en défend-il et le nie à tous ceux qui lui en ont parlé. Le jugement ne dit point que j'ar menacé ni injurié personne , je suis condamné pour avoir outragé en paroles M. le maire de Véretz. Les juges ont trouvé un outrage dans ces mots : Jliez 'vous faire f. ;mais quelque envie qu'ils eussent d'obliger M. le maire, ils ne pouvaient trouver de menaces, quand même M. le préfet le leur eût enjoint par vingt lettres. Si le maire voulait des menaces, s'il entrait dans son plan d'avoir été menacé, il fallait qu'il le mit dans son procès-verbal , et cela n'eût pas fait plus de difficulté. Mais alora il ny pensa pas. Pour réparer cette omission , il entreprit depuis de me faire signer à moi-même et avouer ces menaces en présence de témoins , employant pour cela une ruse qui devait lui réus-

DE GLÀVIB1t«BX.0}KDEAU. I^S

6ir si OD ne m'eût averti. C'est encore icr un det traits de l'esprit inventif de M. le maire; et je vous prié d'y faire a^ttenlion , Messieurs.

Au milieu du procès , dans la plus grande k'age de ses persécutions, quand son garde-champêtre , ses oédules , ses huissiers , ne me donnaient point de relâche , tout d'un coup il feiatde s'adoucir^ d avoir pitié de moi, de vouloir me laisser vivre : on m'appreiid, de sa part, qu*il se contentei*a d^uné légèresatisfaction, que si je veux hai f^re quelques excuses , toute poursuite contre moi cessera. Moi je me crus hors de l'enfer , au premier mot qtfi m'en fbt dit : je rendis grâces à Dieu, et promis de me trouver le dimanchis suivatit , après la messe , che2 M. le marre, pou^ lui faire tontes les excuses, toutes les soumissions qu'il voudrait. Le dimancke venu , j*arrite à ThèuFe dite {je trouve à la mairie le conseil assemblé , beaucoup de gens et M. If maire, auquel je îh excuse (de quoi, grand Dieu!) le plus humblement que je sus , lui demandant pardon de l'avoir offensé, sans dire où ni corn* ment , de peur de menth* , et promettant de n« )e fiiire plus à Tavenir. Il paraissait content, toal «Hait le mieux du monde. Pour conclure, on ouvre devant moi le gros registre de fa cottimiHM; on lit un long narré où je ne compifis mot : oo m$ dit de signer ; j'allais signer, n'ayant soupçon de ' qjioi que ce fôt, quand quelqu 'un me retint ; Premli garde , me dit-il; tu vas signer que tu as imulté M. le maire , que tu Tas menacé , violemment mè* biiéé, tel jour , tû toi ¥ttn ^ à Mlk hwn | M yéà

signer qae sais-tu encore ? Ces mots me donnèrent à penser : je refusai, demandai à me consulter; et là-dessus M. le maire : Tu iras enprison. Je n*eu~ tendis pas le reste, car on me fit sortir; mes excuses sont restées sur le registre de la commune, et mes menaces et d'autres choses, non signées de moi. Dieu merci.

: Voilà les finesses de M. de Beaune, dont je suis bien aise , Messieurs, que vous soyez avertis, afin de vous en garder , car il est homme à vous faire dire tout ce qu'il voudra. Si votre sentence ne lai agrée telle que vous l'aurez prononcée , il Tarrangerâ le lendemain, au prone de la paroisse; et quant aux signatures , vous pensez bien, Messieurs, qu'il nés' en fera faute, non plus que de celle du commisgreffier Bourrasse.

Au resté , de même qu'il sait accommoder à son plaisir les sentences des tribunaux, il sait s'en passer , les prévenir. Remarquez bien ceci , Messieurs : le jugement contre moi est du 5 ; j'en appelle le 10', et onze jours après, le ai, avant même que mon appel vous fût parvenu, M. de^eaune fait publier ma condamnation. Vous voilà bien surpris, Messieurs; vous pensiez que votrejugement pouvait faire quelque chose a l'affaire, mais songez-y , de grâce ; M. de Beaune est maire, et M.. de Beaune avait fait son procès-verbat.Or, jamais rien n'a résisté au procès- verbal de M. le maire, appuyé surtout oomtoe il l'est d'une lettre du préfet. Votre sentence , après cela, n'est qu'une pure formalité, d*ailleurs a§sez indifférentç , qu'il n'a pas cru d<}-

DE CLÀYIEK-BLONDEAXJ. 4^

voir attendre ou qu'il attendait, pour mieux dire , dans une parfaite assurance, n'ayant nul doute à cet égard.

' Le cas que fait M. de Beaune de Tautorité' judiciaire a mieux paru encore d^ns cette affaire-ci, quand leà juges de Tours, pour quelque information , le firent appeler. La réponse fut simple : Jl n 'avait pas le temps. M, le maire napas le temps. Voilà ce qu'il leur fit dire par son garde-champéire, qui ekt rhommedu maire, comme le maire estFhomme du préfet. Quelle dignité dans ce peu de mots à un tribuDal assemblé ! M, le maire na pas le temps. C'était comme s'îL eût dit : M. le maire est à la chasse, ou, M. le maire est maintenant dans Kantichambredu préfet; M. le maire fait sa cour ; il n*a pas le loisir de comparaître devant les tribunaux. Qu'un maire est grand dans son village! Tout s'empresse à lui plaire ; tout tremble à sa parole. Il poursuit, il accable quiconque a le malheur d'attirer son courroux. Il le frappe de son procèsverbal ; et si les juges lui. demandent des explications» il répond ^uV/ n'a pas le temps. Après cela , Messieurs, devez-vous être surpris que M« le maire de Yéretz n'ait pas attendu votre arrêt pour me déclarer condamné ? Il y a plutôt de quoi s'étonper qu'il n'ait pas commencé par me mettre en prison. J'eusse aimé mieux cela que de m' entendre lire à l'église, au prône, ma sentence d'emprisonnement, flétrissure nouvelle et inouïe, espèce de carcan inventé pour moi seul , exprès par M. le maire qui, de sa propre autorité, ajoute cette

/J)6 VtLOCES

peî«^ à ta peine portée Gontpe rnol. PeuiSe mten% aimé qu*tl doublât la durée de ma détention , et me tint, puisqu'il fait ainsi tout ce qu il vent, sil^ moi» en prîson au lieu d'un. Père de famille de fi^Mxanie ans , me voir diffamé , moi présent , ea ptdoe assemblée, devant tous mes amis , mes voisins, mes parens, tous les regards sur moi; me voir noté par le doigt du pasteur » quel affront I quelle honte I J'eusse voulu être mort , et quand je sus que cet alfront n'était qu'un plaisir de M. te maires qtie les juges n'avaient pu l'ordonner, je ne vous dirai pas, Messieurs, ce qui me viotà l'esprit. J'ai soutenu les cruelles épreuves où m'a mis ia haine de M. de Beaune, sans que, jusqu^à présent, grâces à Dieu , la prudence m'ait abandonné. Heureuse» ment pour lui , les années m'ont fait sage ; il le sait et compte là-dessus : veuiJIe le ciel qu'il ne se trompe pas, et que ma patience dure autant que ses persécutions !

Tons les gens de loi consultés déclarent cet acte du maire illégal et contraire , non-seulement aux loi^s , mais aux plus. communes notions de po* lice et d'administration , au bon sens. Voilà ce qu'en pensent les gens de loi généralement, hewt chef et le vôtre. Messieurs, d^nt l'autorité serait grande en cette matière, indépendamment de sa place , monseigneur le garde-des-sceaux» informé de ce fait, sur le simple récit, refusa de le croire, en tKsarit : Cela est impossible ; et depuis , convaincu par des preuves de la vérité de ce que d'abord il jugeait impossible» il a dit ; Cela est incroyable, J'oM

v^,3 ciiar cc^ paroles et m'ça prévaloir deva^i^ vous , parce que ces paroles sont mon. bien , liana le malheur où je. me trouve^ et ont un grand poids y montrant mieux que je ne saurais faire , 9xec qMelle audace M. de Beaune a foulé au^ pîeds: toute juatlce, dans sa condaUe à mon égard. Sa conduite, daiis oette afigiire, a été de tout point; ieeroyablew

Passons sur te serment qui me coétte cioqtii^itie &*ftnos* Mais son refus d'autoriser larecherelie des bois volés à M. Courier, que vous en senbble. Messieurs? Un maire, la seule jiutori té à laquelle OQ piHssey loin des villes, recourir contre les vor leurs, se feire ouvertement leur protecteur , le fauteur, le receleur, en quelque sorte, d'up vol public et manifeste, d'une suite continuelle de ^s, cela est-il croyable ? y voyez- vous, Messieurs^ la moindre vraisemblance? Puis , cette fantaisie de se dire insulté, quand je vais malgré moi (je ne le/ voulais pas, on m*y força) lui faire une réquiaitton légale, nécessaire, sur un objet pressant: eela encore se peut-il croire ? et cette rage ensuite, cette guerre acharnée, ce soin d'ameuter contre moi tout ee qui peut avoir ombre d'autorité dans le département, ce piège préparé d'une feinte douceur, pour me faire souscrire des aveux propres à me perdre; cette publication, cette amplification de jugement qui me condamne, tette signature du greffier, cet extrait prétendu conforme, tout cela, non, Messieurs,. ne parait pas possible^ et n'est ero^abk qUe pou^ c^x qui «»

4$ ^ROcàs

ont été les témoins, on qui habitent les campdg&es et saveiit*ce que c'est qu'un maire. -

Mais la plainte même , qui fait le fond de ce procès, a-t-elle apparence de sens? et se peut-il qu'un homme, je ne dis plus un maire, mais un homme en âge de raison , hors des faiblesses de l'enfancç, se4îenne offensé pour un mot ( car j'accorde, je veux que je l'aie dit ce mot), pour un mot, tout au plus grossier, qui n'attaque ni l'honneur ni la réputation , ni la probité ni les mœurs de celui auquel il s*adresse, et ne. peut faire tort qu*à celui qui le prononce ? que, pour ce mot, il veuille poursuivre, exterminer un pauvre domestique, qu'il faligue les juges, entasse des écrîtures , amène des témoins, remue des gens en place, abuse des actes publics, afin d'obtenir , quoi ? que œ malheureux , ruiné , malade » diffamé après six mois de chagrins , d'angoisses , languisse un mots dans les prisons.

Un mois , Messieurs ! Aivant de confirmer cet arrêt, vous y penserez, je l'espère. Qu'un soldat Teût dit à son chef, ce mot dont se plaint M. de Beaune , on eût mis peut-être ce soldat en prison deux jours; et pour le même mot, du paysan au maire , vous ordonnerez un mois , non de la même peine. Le soldat, deux jours en prison , y voit des soldats comme lui, en sort sans déshonneur et n'a point de famille dont le sort Tinquiète. Moi, je serais un mois avec des malfaiteurs ( on le croira du moins ), laissant ma maison désolée et mes eafans à l'abandon; je les rejoindrais couvert de

DE CLAVIEll-BLOIïDEAV. J^g

Itonte ! Quelle différence , Messieurs ! Est-ce à vous, juges, d'établir cette différence en faveur de rhomroe armé ? La loi civile est-elle plus dure que la discipline des camps ?

Mais non. Messieurs, non, je n'ai point outragé M. ]ç maire. Même , sefon sa déclaration , je ne lui ai rien dit où l'on puisse trouver une injure. Qu'il amasse des preuves, qu'il produise, à l'appui de son procès-verbal , ses fermiers pour témoins, ses débiteurs, ses gens; je ne l'ai point outragé. Je l'eusse outragé en l'appelant menteur, faussaire, parjure, lâche persécuteur du faible; et j'outragerais qui (]ue ce soit en lui reprochant la moitié de ce que m'a fait M. de Beau ne. Mais le mot dont il m'accuse nVst un outrage pour personne. Avec lui, n'user que de ce mot, c'eût été le ménager , c'eût été de ma part une rare prudence ; et pourtant , ce mot même , il est vrai que je ne l'ai pas dit.

Ne craignez point d'ailleurs, Messieurs, si vous me renvoyez absous, que l'autorité de M. le maire eu soit affaiblie , qu'on le respecte moins pour cela, qu'on ait moins peur de l'offenser. Il n'y a personne dans le pays que mon exemple n'époiiyftmie , et qui ne tremble de gagner un pareil prx>cès. Je n'ai eu, six mois durant, de repos ni jour ni nuit. Je paie des frais énormes, et perds mon travail d'un an. Une coupe de bois, dans laquelle j'ai quelque intérêt, à peine en ai-je pu faire le quart. N'en doutez point , quoi qu'il arrive , quelque arrêt que vous prononciez, je serai toujours

$0 PKOCB». 9r9 ^kf-llÊfh^Ku0mWKkV .

sfisez poiiî <l*«vo}r fâotié M. 4e Bêùine, et, de kmgtempsy ceuK quHe servent ne lài «temao^l'eroiH en justice leur saUire^ s*il« veulent habker Ift GOtn" mune deVérelz.

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COLliECTlON

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