DANS DIFFÉRENS JOURNAUX
COURRIER FRANÇAIS. — a3 mai iSaa.
I.ETTHE EW RÉPONSE A. UN ARTICLE DU DRAPEAU- VI.ANC , INSERE DANS LE if° DU l4 MAI l8a2.
Altrédu «tettf* ife Drapeau-Blànt.
Monsieur ,
Je Hs dans votre journal qu'aux élections de Chînon, M. te marquis d'Efôat a obtenu deux cent vingt voix, et que son concurrent (c'est moi fcans vanilè que vous nommez ainsi ) en a eu cent soixanle. Ce!a peut être vrai , je ne le conteste point ; j'«îme mieux m*en rapporter , comme vous livcz fait, aux scrutateurs choisis par M. te mèffqvis : ««is, de grâce, cotise* cette fefôn^ie pat*-
S'a LETTRES ET ARTICLES
1er. Je ne fus concurrent de personne à Chinon , n*ayant nnUe part concouru , que je sache, avec qui que ce soit; je n'ai demandé ni souhaité d*étre député, non que je ne tinsse à grand honneur d*être ^vraiment élu, comme dit Benjamin-Constant ; mais diverses raisons me le faisaient plutôt craindre que désirer : les périls de la tribune , Fappréhension fondée de mal remplir Tattente de ceux qui me croyaient capable de quelque chose pour le bien général , plus que tout, Tembarras d*ctre d*une assemblée où je n'aurais pu me taire en beaucoup d'occasions sans trahir mon mandat, ni parler sans risquer d'outrepasser la mesure de ce qui s'y peut dire : vous m'entendez assez. Pour M. le marquis, de tels inconvéniens n'étaient point à redouter. Il sera dispensé de parler , et peut opiner du bonnet, chose qui ne m'eût pas été permise. Il n'aura qu'à recueillir les fruits de sa nomination; c'est pour lui une bonne afTaire; aussi s'en était-il occupé de longue main avec l'attention et le soin que méritait la chose. Il a heui*eusement réussi ; aidé de toute la puissance du gouvernement, de son pouvoir comme maire du lieu, de son influence comme président, de sa fortune considérable; tandis que moi, son concurrent, pour user de ce mot avec vous, moi, laboureur, je n'ai bougé de ma charrue.
Quelques peraonnes, dont l'estime ne m*est nullement indifTérenle, m'ont blâme de cette tranquillité. On n'exigeait pas de moi de tenir table ouverte comme un riche marquis, de loger, dé»
PUBLIÉS DÀBS DIFFBREWS JOTTRKAtJX. 53
frayer, nourrir et transporter à mes dépens les électeurs ; mais on voulait qu'au moins je parusse à Cbinon. Un borome de grand sens * , qui s*est rendu célèbre en enseignant et pratiquant la, philosophie , a dit à ce sujet qu^il ne donnerait sa \oix , s'il était électeur , qu'à quelqu'un qui la demanderait , à un candidat déclaré : je n'ai pu savoir ses raisons.^ Il en a sans doute, et de fort bonnes. Quant à moi, le raisonnement n'est pas ce qui me guide en cela ; c'est une répugnance invincible à postuler, solliciter: j'ai pour moi des exemples à défaut de raisons. Montaigne et Bodin furent tous deux députés aux étals de Blois sans l'avoir demandé. Pareille chose est arrivée de nos jours, en Angleterre, à Samuel Roinilly, et je pense aussi à Shéridan. Voilà de graves autorités. Vous me citerez Caton, qui demanda le consulat ; ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux; on lui préféra Vatinias, le plus grand maraud de ce temps-là. Mon désappointement ,. si j'eusse brigué*, comme Caton, serait moins fâcheux que le sien. M. le marquis d'£ffiat est un honnête homme, et même je crois ses scrutateurs de fort honnêtes gens aussi. D'ailleurs je suis élu dans le sens de Benjamin , je suis vraiment élu , comme vous allez voir ; car aux cent soixante voix que m'accorde le bureau de M. le marquis d'£ffiat , si vous ajoutez celles des électeurs abscns par différentes causes , qui tous étaient miens sans nul doute ; et puis les voix
* Le profetsenr Cousin.
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àe ceiix des électeurs présens qui n'osèrent ^ siMis les yeux de M. le tiHir({urs, écrire u» autre iHMi que fe sien , de ceux qui, ne sachant pas lire...-, de ceux «acore... , mats que serl ? Yoîlà déjà biett plus que la majorité. Je puis donc dire que je stiia l'élu du département , et que M. le marquis est Félu des ministres. Cela vaut mieux pour lui, je crois; Tautis me convient davantage. Que si, sortant un peu ée la salle électorale, nous prenions les votes de ceux qo( paient moins de cent écos , ou n*ant pas trente ans d*age, parmi ceux-là, Monsieur, j'aurais beaucoup, de voix. En effet, les amis de M. k marquis se trouvaient là tous daiss cette saNe, oà pas uti d'eux ne mah<]^Ha de se rendre; gens doAt la grande afFaîre , l'unique afBiire était l'élection du marquis^ Au lieu queiïies ttn^hf à moi, dispersés, occupés ailleurs, dans les champâ^ dans les atelienfi partout où se faisait quelque diose d'uti|e, o'étaient qu'eu petite partie: la miliième partie ne se trouvait pas là prét^enle. ^ai peur amis tous ceux qui ne mangent pas du bud* get , et q4]i , eotnme moi , vivent de travail. Le nom" bre en est grand dans ce pays, et augm«»teio«s les jours; En un mot, s'il faut vous le dire, mes amis ici sout dans le peuple ; le peuple m'aime^ et 8avez«vous, Monsieur , ce que vaut cette aéiitié? B n'y en a point de plus glorieuse ; e'cst de cela qu*on fiaue les rois. Je n'ai garde, avec cela, d>n« vier au marquis la faveur desf 4ÊAnimtW^, et MB deux cent vingt voix, pout* lesquelles je ne don-
PUBLIÉS IB^AKi tilFJ^fiHEiflt JOmSfAUX. 55
nérftis pas , je vctis assuré , mes cent Sôhoiote , wm quéfeées, non sinilichées.
J*ai rhooneur d*être, elc»
Vercts , le i8 mai.
COURRIER FRANÇAIS. — i" février i8^3/
( L« piAlic entendit mal cette leUre ; on j chercba des aUu«ions ^ui n^y cUient pas. Ce fut la faute de Tsiuteiur ; le |>ablic ne peut avoir tor(. Il s^agit d'un fait véritable > le procès de Paul'Louis Courier contre certains chasseurs anglais. Cette affaire fut arrange'e par Tcntremise de quelques amis.)
^u rédacteur du Courrier-Français.
M0FSTET711 y
Apparemment vous savez , comme tout le monde , mon procès avec cet Anglais qui est venu cbasser dans mes bots. Vous serez bien aise d'apprendre que nous nous sommes accommodes; la cbose fhii grand bruit. On ne parle que de cela depuis le Chêne-Fendu* jusqu'à Saint-Avertin ; et, comme il arrive toujours dans les afTaires d'Importance, on parle diversement. Les uns disent que j*ai bien Btit d'entendre à un arrangement; que la paix vaut mieux que la guerre; que TAul^lélerre est à ménager dans les circonstances préiènies ; qu'on ne sait ce 4^1 peut arriver. Maïs ^iMes soutiennent que ^àt e^t toH d*éjvKfgncr
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ces coureurs de renards, qu'il en fallait faire un exemple , qu'il y va du repos de toute notre commune. Pour moi, c'était mon sentiment; aussi Tavais-je fait assigner , et j'allais parler de la sorte devant les juges :
■ Messieurs , d'après le procès - verbal qu'on vient de mettre sous vos yeux, vous voyez de quoi il s'agît. Monsieur Fisher, anglais, cité devant vous plusieurs fois pour avoir chassé sur les terres dedifTérens particuliers, autant de fois condamné» paie l'amende , et se croit quitte envers ceux dont il a violé la propriété. C'est une grande erreur que cela , et vous le sentirez, j'espère. Outre que ceux même qui reçoivent de lui quelque argent ne sont point par là satisfaits , plusieurs ne reçoivent rien , et souffrent par son fait; car nos terres, comme vous savez , étant, grâces à Dieu, divisées en uÇie infinité de petites portions, et les héritages mélèsy avec ses chiens et ses piqueurs il ravage les champs de cent cultivateurs, ou de mille peut-être, et n'en dédommage qu'un seul qui a le temps et les moyens de lui faire un procès, c'est-à-dire, le ri- .che. Celui qui ne possède qu'un arpent , un quartier, raccommode sa haie comme il peut, refait son fossé; le blé foulé cependant ne se relève pas ^^ ni la vigne froissée ne reprend son bourgeon. Le bon-homme disait, du temps de La Fontctine : Ce sont ià jeux de princes , et on le laissait dire; mais aujourd'hui les princes mêmes ne se permettent plus de pareils jeux; et l'on m'assure qu'en An. gleterre, dans son pays, M. Fisher ne ferait pas