‹ Pamphlets politiques et littérairesChapitre 47 sur 79 · DU VILLAGE · texte numérisé non relu

DU VILLAGE

Qe journal n^est m littéraire , ni âbientifique^ mais rustique. A ce titre il doit intéresser tous ceva^ que la terre fait vivre , ceux qui mangent du pain , soit avec un peu d*ail, soit avec d'autres mets moins simples. Les rédacteurs sont gens connus , demeurant la plupart entre le pont Glouet et le chêne fendu , laboureurs, vignerons, bûcherons, scieurs de long et botteleurs de foin , dont les opi* nions, les principes , n*ont jamais varié , incapables de feindre ou d*avoir d'autres vues que leur propre intérêt, qui , comme chacun sait, est celui de l'état; tranquilles sur le reste, et croyant qu'euiç repus , tout le monde a dîné. Paul-Louis, quelque peu clerc , écoute leurs récits, recueille leurs propos , sentences , dits notables , qu'il couche par écrit , et en fait ces articles, sans y mettre du ftien, sans y rien sous-entendre. Il ne faut point chercher ici tant de finesse. Nous nommons par leur nom les choses et les gens. Quand nous disons un chou, des citrouilles, un concombre, ce n'est point (le la courni des grands que nous parlons. iSf ^5

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Pierre bai sa femme ^ nous n'irons pas écrire : Le bruit courait hier que M, de G,„ P... ; ou dans certains salons on se dit à l'oreille»,. Nous contons bonnement comme on conte chez nous, et plaignons rembarras de nos pauvres confrères , ayant à satisfaire à la fois les lecteurs qui demandent du vrai, et le gouvernement qui prétend que nulle vérité n'est bonne à dire.

— M. le maire a entendu la messe dans sa tribune. Après Je service divin, M. le maire a travaillé dans son cabinet avec M. le brigadier de la gendarmerie \ en suite de quoi ces messieurs ont expédié leur messager, dit le Bossu , avec un paquet pour M. le préfet en main propre. Nous savons cela de bonne part , et que le porteur doit revenir avec la réponse ou le reçu; même on l'a vu passer près de la Ville^aux-Dames , où il a bu un coup. Quant au contenu de la dépêche , rien n'a transpiré. On soupçonne qu'il s'agit de quelques mauvais sujets qui veulent danser le dimanche et travailler le jour de Saint-Gilles.

Madame, femme de M. le maire , est accouchée d'un gentilliomme , au son des cloches de la paroisse.

—Les rossignols chantent , et l'hirondelle arrive. Voilà la nouvelle des champs. Après un rude hi* ver et trois «dois de (acheux temps , pendant lesquels on n'a pu fig^ire charrois ni labours, l'année • s'ouvre enfin, les travaux reprennent leur cours.

-«-Charles Avenet est en prison pour avoir parlé aux soldats* Revenant hier de Sainte*Maur&, i(

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rencontra quelques soldats et les mena au cabaret. Its furent bientôt bons amis; Avenet a servi longtemps. Il est membre, non chevalier de la Légiond'Honneur. En buvant bouteille : Camarades, leur dit-il , qu'il oe vous déplaise , où allez-vous le sac au dos? A l'armée', dirent ces jeunes gens. Fort bien ; et demandant une seconde bouteille: qn' allez-vous faire? Eh ! mais, la guerre apparemment. Fort bien , répond Avenet. A la troisième bouteille : Çà , dites-moi , pour qui allez-vous faire la guerre? Us se mirent à rire. On parla des affaires. Deux gendarmes étaient là qui , conniaissant Avenet, l'appellent et lui disent: Va-t-en ; Avenet, va-t'en. Il les crut, s'en alla, les gendarmes aussi. Mais il revint bientôt, rejoignit ses convives et reprit son propos. Alors on l'arrêta. C'étaient d'autres gendarmes. On Fa mis au cachot. Le cas est grave. Il a dit ce qui se dit entre soldats après trois bouteilles bues. . v : — Les vaches ne se vendent point. Les filles étaient chères à l'assemblée de Yéretz, les garçonà hors de prix. On n'en saurait avoir. Tous et toutes se marient à cause de la conscription. Deux cents francs un garçon , sans le denier à Dieu , sabots , blouse et un chapeau pour la première année* Une fille .vingt-cinq écus. La petite Madelon les refuse de Jean Bedout , encore ne sait-elle boulanger ni traire. } — On voit dans nos campagnes des gens qui', ne gagnant rien, dépensent gros, étrangers," inconnus. L'un , marchand d'allumettes; l'autre, venu

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pour vendre un'chevai qui vaut vingt francs, s^établisseut à Tanberge et mangeot dix francs par, jours. Ils font des connaissances, jouent et paient à boire les dimanches, les jours de fête ou d'assemblée. Ils parlent des Bourbons, delà guerre d'Espagne , causent et font causer. Cest leur 4tat^ Pour cela ils vont par les villages, non pour aucun négoce. On appelle ces gens, à la ville,.des mour chards; à l'armée, des espions; à la cour, des agens secrets ; aux champs , il n'ont point de nom encore, n*étant connus que depuis peu. Ils s'étendent, se répandent à mesure que la morale pu^ blique s'organise. ,

— ■ M. le maire est le télégraphe de' notre commune ; en le voyant on sait tous les événemens Lorsqu'il nous salue , c'est que l'armée de la Foi a reçu quelque échec ; bonjour de lui veut dire une défaite là-bas. Passc-t-il droit et fier? la bataille est gagnée ; il marche sur Madrid , enfonce son cha« peau pour entrer dans la ville capitale des Espagncs. Que demain on l'en chasse , il nous embrassera , touchera dans la main, amis comme devant. D'un jour à l'autre il change , et du soir au matin est affable ou brutal. Cela ne peut durer; on attend des nouvelles, et , selon la tournure que prendront les affaires, on élargira la prison ou les prisonniers.

— Pierre Moreau et sa femme sont morts âgés de vingt-cinq ans. Trop de travail les a tués, ainsi que beaucoup d'autres. On dit travailler comme

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utïnègre, comme an forçat; il faudrait : travailler comme UB homme libre.

— Milon fut quatre ans eu prison pour son opi' nion, an temps de i8i5; sa femme cependant, et éa fifle moururent : tl en sortit ruiné ; corrigé » son : son opinion est la méitae qu'auparavant ou pire. Ce qu'il n*aimait pas, il Fabhorre à présent. Us sont dans la commune dix mal pensans que le maire fit lirréter un jour, et qui souffrirent longtemps; en mémoire de qnoi, tous les ans, le 3 mai, ils font ensemble un repas. On n*y boit point à la santé dn maire ni du gouvernement. Le a mai, cette année , ils étaient chez Bourdon, à Tauberge du Cygne, et, leur banquet fini, déjà se levaient de table, quand le maire passant, Milon qui Taperçut, le montre aux autres; chacun se mord le bout du doigt. Quelques momens après, soit hasard ou dessein , survint le garde champêtre. Mi^ Ion, sans dire gare» tombe sur lui , le chasse à coups de pied , de poing , et le poursuit dehors , rappelant espion 9 mouchard. Celui<«là s'en allait mal mené du combat; arrive Métayer ou monsieur Mélayer, car il a terre et vigne. Milon va droit à lui : £tes-vous royaliste? Oui , répond Métayer, L'autre, d'un revers de main, le jette contre la porte et voulait redoubler; mais Thôte le retint. Voilà une grosse affaire. Milon se cache ^t fait bien, Les battus cependant n'ont point porté de plainte; l'un garde son soufQet , l'autre ses horions. Le maire ne dit mot Qu'en sera-t-il?on ne sait. Il faut ypir

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