‹ Pamphlets politiques et littérairesChapitre 5 sur 79 · TOMB I · texte numérisé non relu

TOMB I

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rioactivité politique à laquelle il s*était condamBé» Ia catastrophe lui avait pani dès long-temps inéviiable, et peut-être il y trouvait également de quoi plaindre et de quoi espérer. D*ailIeors, un mariage, qui, sur ces entrefaites même, était venu combler tous tes vœux , Tabsorbait en partie. Ainsi dans ces deux aouècs désastreuses , dont les résultats dominent «ncore Tépoque actuelle , Courier ne prit point parti entre Bonaparte et la coalition > entre la vieiUe cause de Jemmapes, qui.de lassitude laissait tomber Tépée, et celle de Goblentz, hypocritement parée de Tolivier de patsu Mais , voir la France envahie deux fb», pillée, insultée, mise à contribution, et tous ces malheurs^ toute cette honte ne tourner d*abord qu*au profit d'une fiimille qui trouvait le troue vide et s*y repla^it; voir une poignée d*émigrés, vsgabonds et mendians de la veille, se donner Torgueil de, prendre insolemment Todieux de ces deux conquêtes; voir d^affreuaes persécutions éclater juique dans la phis paisible et de tout temps la moins révolutionnaire de nos provinces, contre quiconque n'avait pas refusé un gîte et du pain à nos tristes vaincus de Waterloo; il n*y avait pas d'animoaîté contre Bonaparte , pas de ressentiment contre la tyraniûe militaire , pas d'amour du repos et de préférence stu* dieuse, qui pût tenir à un pari« spectacle, chez un homme aussi droit, aussi impressionnable que l'était CSourier. Aussi bientôt se montFa-t*il parmi les adversaires du nouvel ordre de choses. Alors^ seulement, il éprouvia quelque fierté d'avoir antrefois combattu l'étranger dana les armées de la république; alors aussi, il cessa de se désavouer lui -même comme soldat de l'empire; car, à Florence , à Mayence , à Marengo , a Wagram , c'était le

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même drapeau , c'était la même néoeisité rév olutioimaire, vaincre pour n*étre pas endiaÎDés, oonquérir pour n'être pas conquis.

En prenant le parti d'élever la voix et de dire au public son avis sur les affaires , Courier avait lenti , oomane 00 autre, le be^in d'arranger son personnage, et, par un bonheur peu commun, tout dans sa vie passée pouvait prendre la conteur du patriotisme le plus désintéressé. La singularité si rare d'avoir été quinxe ans les armes à la main contre les coalitions et l'cmigration , sans obtenir, sans briguer faveur ni titres, sans être d'aucun des partis qui s'étaient disputé le pouvoir, lui devenait d'un merveilleux secours pour l'autorité de ses paroles. Ce qui était le iiiit d'une hnmear un peu biiarre, d'un esprit distrait et capricîeiix, passait sur le compte de la fermeté de caractère et de la supériorité de jugement. Le vigneron de Toamiiie faisait désormais un même homme avec l'ancien canonnier à dieval. Ce n'était plus par hasaid , mais par amour du pays , qu'il était aUé à la frontière en 179a. Ce n'était plus par insoudaiioe qu'il était demeuré dans son humble condition , mais par haine du pouvoir qui corrompt. Soldat par devoir, paysan par go&t , écrivain par passe-temps , tel il se donnait et tel il ftit pris. D'ailleurs ne vouUnt de la diarte qu'antaiâ que le gouvernement en voulait , ni plus ni moins , et ne croyant pas à la subite ilInminatioD des aveugles-nés , il piétendait appeler les dioses par leur nom , parler aux puissances , suivant leurs intentions bien connues , et non pas suivant celles qu'une oppositioa trop polie voulait bien leur accorder : l'attitude était vraiment uuique.

En tout cela Courier n'obéissait pas moims à riastlnct

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de SOS talent qu*à son indignation d'honnête homme et de citoyen , contre un système de persécution qui atteignait autour de lui quiconque ne voulait point être persécuteur. Il ne se fit pas long- temps attendre. AU mois de décembre 181O, il adressa aux chambres, pour les habitans de Luynes, la fameuse pétition : Messieurs ^ Je suis Tourangeau, La sensation fut des plus vives. Ce n'était que le tableau de la réaction royaliste dans un village de Tooraine; mais la France entière s'y pouvait reconnaître, car partout la situation était la même avec une égale impossibilité de publier la vérité. Courier avait rendu À la nation cet immense service de publicité , dans un écril de six pages fait pour être recherché de ceux même qui t s'inléressant moins aux victimes qu'aux persécuteurs , se piquaient d'aimer l'esprit ^ gens de cour. Ois c'était là le point : tout dire dans une reuille d'impression et savoir se faire lire. Courier y avait réussi; aucune porte fermée n'avait pu empêcher cette vérité d'arriver à son adresse. M. Decaies, alors ministre de la. police., se servit de la pétition contre le parti extrême qu'il ne gouvernait plus et qui voulait le renverser lui-même. Il chercha, pan toutes sortes da moyens à s'attacher. Courier, mais inulile-i ment. Courier ne voulait pas phis qu'auparavant se faire une carrière politique. Il était bien réellement paysan , occupé de sa vigne , de ses bois , de ses champs. Précisé!ment alors ses propriétés avaient à souffrir de la part de gens qui trouvaient protection auprès des autorités du pays ; et il était toujours allant et venant de Paris à sa terre , de sa terre à Paris , poussant un procès contre l'un, demandant inutilement justice contre l'autre. Comme M. Decaxes réitérait auprès de lui ses assurances d'envie

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de lui être utile , il crut pouvoir pnofiter de dispositions sî rares de la part d*un ministre , au.moins pour obtenir dans son village nepos du côté des autorités el. satisfaction de ceux, qoi valaient impoi^pnent se& bois. Il parut dans les salons inmi8.téEiels du temps, et cela suffît pour faire changer de conduite à son égard le préfet du d^rtement, et tout ce qui dépmdalt du préfet. C'était là tout ce qu*il voulait; ilreiuercia.^ salua, et ne reparut plus.

La lettre jâ Messieurs de C Académie des Inscripûoiu et BeUe^Lettres^ donnée en i8ao, coupa court aux petites attentions ministéridies , dont Gmrier avait continué d'être l'objet de|iuis. la pétition de Luynes. Ses amis avaient tous blâmé Tâpreté de ce nouvel écrit. Lai s'éton-; naitqu'<ui pût. y voir antre chose que ce que tout le monde pensait des académies etjie certains académiciens. On sait l'hisloire de cette lettre. Courier s'était présenté pour suc céder, à l'Académie des Inscriptions, à Clavier, son beau* père; à l'en croire, il avait parole du plus grand nombre desaoadéinioieDs et , cependant, au jour de réleclion , il avait été unanimement rejeté. Il s'en fâcha et fit la lettre* On remarqua que, puisqu'il avait trouvé la place de Clavier assez honorable pour la vouloir occuper aprè^ui, ii s'était fustigé lui-même sur. cette prétention eu voulant humilier le corps entier des académiciens ; qu'il était ridicule à lui d'avoir frappé à la porte d'une académie, uuiquement fondée , d'après son dire actuel « pour composer « des devises aux tapisseries du roi et, en un besoin , aux « bonbons de la reine. » Mais si Courier s'était trompé sur la mpraliléou la convenance du procédé, il en fut puni dans le temps par l'endroit le plus sensible à un auteur. Ce qu'on appelait la méchanceté et la vanité blessée d«»

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l'académicien aspirant , ferma beaucoup d'yeux sur Tart infini avec lequel était composé ce petit écrk. « T^iitle part « Courier n'a répandu avec plOs de bonheur les traits « d'une satire à la fois boolftinne et sérieuse, qui excite « le rire en même temps qu'elle soulève l'indignation «t 1« « mépris, telle qu'on l'admire diaiis les hnmoitelletf Pro- « viuciales. » C'est le jugement émis par Courier Ini-néiae dans une courte notice sur sa personue et sur ses éctvts qui n'a point été publiée sou$ son nom , mais dans laquelle il est impossible de le méoonnaitre, et dont il serait Mi* cule de rougir ici pour lui *. S'il était possible de pranire, ainsi sur le fait t<>ns ceux qui dans les biograjpbies et dans les journaux se sont cbargés de parler d'eux-mêmes, et l'ont lait avec quelque avantage pour leur réputation « l'histoire littéraire de ce temps aurait à recueillir nombre, de plaisantes confidences d'amour-propre : tel n'est point le caractère de la petite notice dont il est question ici, Courier n'y a point changé sa manière si connue ; il n'a probablement ni espéré ni désiré qu'on s'y trompât ; e| sans précautions oratoires, sans ambages , sans grimaces de fausse modestie , il a dit de chacun de ses écrits , bon«> nementy franchement, avec la plus naïve conviction, ce qu'il en pensait. Ce trait peint bien moins les mceurs littéraires de l'époque qu'il ne peint Courier lui-même. Le curieux n'est point en effet à ce qu'il se soit loué de sa propre plume comme tant d'autres , mais au peu de façon

(i) L'opinion de madame Courier et de quelques personnes qui ont connu très-particulièrement Guurier , est que celte notice n^est point de lui. L'auteur de cet Essai a cru pouvoir ^ maigre' des autorités si respectables , persister dans l'assertion qu'il a émise ici.

et de dégaisement avec lequel il s'en raadu ce petit témoignage d'une bonne conscience.

Après tout, qu'on ne s'y trompe pas, ces éloges sont littémirement parlant Teuicte mesure de rhonme, telle qu'on aérait charmé de l'avoir de Corneille , de La Fontaine , de Mpntesqûiçu , de Molière , si ces grands écri* vains avaient été capables de parler d'eux-mêmes avec cette liberté, on plutôt cette ingénuité d'opinion^ N'est-ce point , par exemple , une bonne fortime de trouver sur les lettres au Censeur, qui parurent en xSau^ l'opinion de. l'éarivain même qui nous ravii, et nous vengea par ces tiardis opuscules? « La petite, collection des Lettres au Censetà', dit Courier, çommen^ à populariser le nom de l'aotear. Jnsque-là les éloquentes et courfigeuses dénonciations dont il avait poursuivi les magistrats iniques, qui faisaient peser levr despotisme sur la population timide et muette des campagnes, n'avaient guère retenti ao-delÀ du départemenjt d'lndre*et-Loiçe. Il était l'écrivain patriote de sa commune , de. son canton ; il n'était pas encore Tbominç popoljaire de toute la Franee. Les Lettres^ an Cetuetà', daatu répandues» révélèrent au public ce talent et ce courage nouveau d'un sincère ami du pays , dont l'esprit, élevé au-dessus de tous les préjugés, voit partout la vérité, la dit mm aiicune crainte, et la dit de manière à la rendre acipessible à tous , vulgaire, et, si l'on veut même., tiivirie et^ villageoise. Ajoutez à cela que, par up prodige tout-à-fait inouï, cet écrivain, qui semble ne ebercherque le bon sens, s'exprime avec une pureté et une âégance de langage entièrement perdues de nos jours, et qui empreint ses écrits d*un caractère inimitable. »

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Tout le monde assurément aura reeoûnii ici la plume du maître, et, s'il est impossible de lien ajouter à cet éloge des Lettres au Censeur, on conviendra. aussi qu'il n'y a. rien k en ôler. Cest de ce-méme ton , avec cette même absence de pruderie littéraire que la notice , dont voilà maintenant l-aoooyme assez dévoilé , continue Tbistoire et Texamen des écrits du vigneron de la Chavonnière. £lle est postérieure au Pamphlet des Pamphlets, et ooue séquemment le dernier écrit de Courier, comme s*ileû^ dû terminer sa carrière par ce rapide et glorieux coup d^cell jeté avec tant de bonne foi sur elle. Il est bien impossible de ne pas s*aider de cette curieuse pièce quand oa Va sous les yeux , et ce serait faire au lecteur un véritable torl^ que de ne pas laisser parler Courier toutes les fois qu'on eçt de son avis sur lui-même. On accepte bien un grand capitaine qu un politique fameux pour historien de ses propres actionsi; on trouve même qu'il est trop peu de tels historiens; que le. plus capable de faire de grandes choses, est aussi le plus capable d'ea bien, parler. Pourquoi un grand écrivain ne serait-il pas aussi quelquefois le meilleur commentateur de ses pi'opres ouvragesB Courier, par exemple, l!homme de son temps qui sut le mieux l'histoire dé notre Jangue , le seul qui ait possédé le génie par^ ticidier de chacun des âges de Cette langue, quel serait aujourd'hui le critique compétent à le juger sur toutes ses parlies d'écrivain PBoileau, leigrand critiquedu dix-septième siècle , n'osa point parler de La Fontaine ; Voltaire en déraisonna, et jusqu'à ces derniers temps, c'est^-dire jusqu'à P(^ul Courier , le bonhomme , dont Molière seul comprit la supériorité , n'avait ]>eut-étre rencontré ni biogra* phe, ni commentateur qui eu sût assez pour parler de lui.

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Entre la dendhre lettre au Censeur, et le Simple dueoun «ur la souscription pour Cbambord, il y eut un immense progrès dans la réputation de Courier ; cependaiit le talent est le même dans ces deux opuscules, tout Tavan'' tage dn Simple discours est dans Fà-propos » auâsi heureux que hardi, de ce fji;r chaud appliqué sur l'épaule des courtisans. dans le temps même où ils s^agitaient pour donner à un. tribut imposé a la faiblesse, de beaucoup de gens la couleur dtune amoureuse offrande nationale. Cqurier- fol condamne pour cette brochure à deux, mois de prison et à trois, cents francs d*amende. On trouva qu'en disant tout haut : Je ne souscrirai point pour donnée Chambordau duc de Bordeaux , il avait offensé la morale. « Or le Simple. Discours , comme dit tvès-bieu le biogra* phe anonyme> est up des plus éioqueus plaidoyers qu'on ait parlé jamais iMA^iàveur de la morale, non^publiquc et telle qu'op.i!éro^tdans.nos lois, mais de la morale véritable , telle que les croyances populaires l'ont reconiuie.^On nes'étonnera poifit de voir ce n^ot d'éloquence appliquée une production ei| apparence. lou|e simple, toute naïve. Le vigoeroa de. la Ghavpnnière semble ne parler qp'à des paysans commfe Iqi ; mais tout en s'accQmmodant à leur intellii geoce, il.trouye lejpoyendefaiçQ ent^dre sur la cour^ sur les courtisans, siu* le^ moeurs de l'ancien régimç naturelle-t ment rappelées par Chan^bord , ce lieu témoin dp taqf d'illustres débauches, des choses à faire frémir 4es. inté^

ia brochure dans laquelle Courier rend compte de M» procès , est elle-même un délicieux pamphlet. Quant à l'admirable plaidoyer qui le termine, on ne pense pas que Cpttiri^ ait japiais sérieusement pëusé à le réciter en

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face de ses juges. Il avait montré trop d'émotion dans les réponses, où il s« peint d'une fermeté et d*une ironie si imper turbai)les, pour être capable de l'assurance nettessaire au débit d'un pareil morceau. Il est probable même que cette harangue étudiée, si belle à la lecture, eût manqué son effet à l'audience ; on y eût trop reconnu les transports oratoires élaborés dans le cabinet. Si la parole est souveraine, c'est quand l'enfantement de la pensée est visible comme un Spectacle , c'est quand un homme privilégié semble divulguer à toute une assemblée le secret de la plus haute des facultés humaines , l'inspiration.

La veille du jour où expirait sa détention de trois mois , Courier fut tiré de la prison de Sainte^Pélagie et conduit devant le tribunal poii^un nouveau pamphlet, la Pétition pour les 'viUageois qtion empêche de danser. Il en fui quitte, cette fois, pour une simple réprimande; mais, reconnaissant à ce second réquisitoire , qu'il lui était désormais impossible de causer^ comme il le disait, avec le gouvernement, parla voie de la presse légale, il eut recours à la presse clandestine. Son secret fut si bien gardé que ses meilleurs amis ne surent pas comment il s'y prenait pour faire imprimer et répandre ses nouvelles causelies , lesquelles se succédaient avec une rapidité plus surpi'enante encore pour ceux qui conuaissaii^nt la lenteur habituelle à €onrier dans ses compositions. Ainsi parurent de i8aa à x8l4 , sans être avouées de leur auteur» mais le faisant trop bien reconnaître , la Première et la Deuxième réponse aux anonymes ; l'une des deux admirable par le récit du forfait de Maingrat , et cette poétique et vivante peinture des combats du jeune prêtre

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