‹ Pamphlets politiques et littérairesChapitre 6 sur 79 · OB FAUX.- LOUIS COUBIBB · texte numérisé non relu

OB FAUX.- LOUIS COUBIBB

roofioBant la jeune fille qu'il aime , enfin par ce continnel et si facile passage de la simplicité villageoise la plus naiire, au pathétique le plus déchirant et au raisonnemeot le plus rigoureux. Tout le dix-huitième siècle a écrit contre UseoBvens d'hommes et de femmes, contre lesTœux de relig;ioii, coiitre la confession des jeunet filles par les jeunes prêtres. Si l'on en excepte la Profession de foi du Vicaire savoyard de Jean»Jaof|^e8, qu'a«t-on produit dans ce siède de guerre emportée qui fasse descendre dans les âmes la conTiclion de l'abus» aussi bien, que cette cloquente lettre où le prêtre » excusé, plaint comme hommc^ intéresse presque dans son iirésistible passion, comme nctîme de cette robe qui n'empêche point le cœur de battre , mais qui lui .prescrit le mensonge s'il est ftiible, le meurtre si la preuve vient qu'il a succombé ?

lie Livret de Paul-Louis f la Gazette dtt vOlage^ ces croqois d^cîeox , ces comiques boutades d'un ennemi du goueemementy plus artiste et homme d'esprit que factieux; enfin la Pièee diplomatiqtte^ supposition bien hardie, sans doute, de ce qui pouvait se passer di i8a3 an fond d*nne ame rojale quelque peu double et assez mal dévote, précédèrent de très-peu de temps le Pamphlet des Pamphlets, qui fut le chant du cjFgne comme on l'a liien et tristeaieftt ditquelque part. « Cet ouvrage , a dit Gou- « rier dans la notice anonyme, est à proprement parler, la « îoftificatiota de tous les autres.- L'aiiteur, qui toujours

• a su resserrer en quelques pages tes vérités qu'il a vouhi

• dire , s'attache à démontrer que le Pamphlet est , de sa « natvre, la plus exeellente sorte de livre, la seule vrai- « ment populaire par sa brièveté même. Les gros ouvrages m peuvent être bons pour les désœuvrés des salons ; le

36 RSSAt SUR LA VIB ET JLBS ÉCRITS

« pamphlet s'adresse aux gens laborieux de qui les main» ^ n'oBt pas le loisir de feuilleter une centaine de pages. « Cette thèse heureuse à la fois,et ingénieusie est soutenue « en une façon qu'on appellerait ix>lontiers dramatiqui». ^ l'opinion d'un libraire parisien est mise en face de celle « d'un baronnet anglais; l'un prétend flétrir, l'autre giori- ■ fier l'cuteur du titre de pamphlétaire; et des débats sor- « tent une foule de ces bonnes vérités, qui vont à leur ^ adresse^» Voilà bien l'esquisse décolorée ou, si l'on ▼eut, tout simplekuent k donnée dii I^mpblet des Pamphlets. Mais ici le biographe anonyme laisse trop à dire sur ce magnifique discours dont la lecture doit ren* dre à ÎRmais déplorable la fin préitaaliirée de Courier. Tout ce qu'il avait produit jusque là , parfait à beau* coup d'égards, il n'était point sans déplaire à quelques lecteurs par le retour fréquem des mêmes formes , par le suranné d'expressions qiii montrent la recherche et n'ajoutent pohit au sens , par le maniéi^é de cette naïveté villageoise, un peti trop ingénieuse, qui va se transformant-à tf«vers les combinaisons de r&isonnement les plus déliés, du paysan au savant et du philosophe au soldat. En un mot , l'art du monde le plus raffiné semblait embarrassé de lui-même. Ce pamphlétaire, qui ne se npénait ^'aucune vérité périlleuse à dire, hésitait sur un mot , sur une virgple , se montrait timide à toute façon de parler qui n'était pas de la langue de ses auteura. Le PampUet des Pamphlets montra le talent de Courier arrivé à ce période de puissance où l'écrivain n'imite plus personne et prétend servir d'exemple à son tour. On peUt voir dans sa correspondance avec madame Courier la confiance lui venant avec ses succès. D'abord il s'étonne» il s'effraie presque

DE PAUI.-LOÛIS QOUHIBR. 3^

de sa célébrité si rapide, il la comprend k peine. N'ayant ea jusqoe-là de l'esprit que pour lui et pour quelque^ amis, il semble ne pouvoir se reconnaître dans Técrivain qui îtàt ia curiosité des salons et que les feuilles publiques appellent le Rabelais de la politique , le Montaigne du siècJe y rémute heureux de Pascal. Mats , assez vite , iLs^ rassure; s'habitue à sa réputation; il éprouve la sympathie universelle du public français pour un talent qu'il n'avait connu, lui, que par le laborieux et pénible coté de la composition. A mesara qu'il produit, on peut remarquer son aUure plus dégagée, plus libre, sa manière se séparant de plus en plus de celle des écrivains auxquels on a pu d'abord le comparer, jusqu'à ce qu'enfin elle soit toutà-fait l'expression de l'originalité de son esprit et de 1^ trempe un peu sauvage de son caractère. Cet assouplisse, ment graduel est assez marqué depuis la Lettre à monsieur Renouard jusqu'au Single discours , mais , depuis le Simple discours jusqu'au Pamphlet des Pamphlets il l'est bien davantage. C'est là seulement que la lente formation de ce talent de premier ordre , qui tout à Theure va dispamtre, est accomplie. La maturité pçut-étre un peu fac. lice des premiers écrits de Courier a fait place à une maturité réelle, dans laquelle la vigueur est alliée à là grâce et l'originalité la plus âpre au naturel le plus parfait. On voit que ce lumineux et mordant génie a rencontré enfin la langue qui convient à ses amères impressions sur les hommes et les choses de son temps, et qu'il va marcher armé de toutes pièces. Dans le Pamphlet des Pamphlets ce n'est plus un villageois discourant savamment sur lé& intérêts publics, c'est Paul-Louis se livrant avec une sorte d'enthousiasme au besoin de dire sa vocation de I. 4

38 ESSAI SUR I.& VtE ET LES ECBltS

pamphlétaire et de la venger des mépris d*iuie portion de la société. Il s'est mis en cause commune avec Socrate, Pascal , Cicéron , Franklin , Démosthènes , saint Paul , saiut Basile ; il est environné de ces grands hommes comme d'une glorieuse milice d'apdtres de la liberté de pen> ser, de publier, d'imprimer; il les montre pamphlétaires comme lui , faisant, chacun de son temps, contre une tyrannie ou contre l'autre, ce qu'il a fait du sien , lançant de petits écrits, attirant, préchant, enseignant le peuple, malgré les plaisanteries de la cour, le blâme des honnêtes gens , la fiireur des hypocrites et les réquisitoires du parquet ; les uns allant en prison comme lui, les autres forcés d'avaler la ciguë ou mourant sous le fer dc' quelque ignoble soldat. VoUà le Pamphlet des Pamphlets, morceau d'un entraînement irrésistible et dont le style, d'un bout à l'autre en harmonie avec le mouvement de l'inspiration la plus capricieuse el la plus hardie , est peot-étre ce que Ton peut citer dans notre langue de plus achevé comme goàt et de plus merveilleux comme art.

On ne s'est point arrêté aux derniers tnvaux de Courier comme hellénistç. Le plus important, s« traduction d'Hérodote, n'a point été achevé* Ce n'est guère ici le lieu de discuter le système dans lequel cette traduction a été commencée. Courier s'en est expliqué dans uuc préface qui n'a point mis tout le monde de son avis, mais qui a peut-être donné l'idée la plus complète des richesses littéraires silencieusement accumulées en lui pendant ses campagnes, ses voyages, ses séjours àNaples, à Rome ^ à Paris , et sa dernière retraite en Touraine. Ce n'est pas 'trop de dire qu'il avait encore toute une réputation à se faire comme critique.

DB P4UL-L0iriS COURfSH. Sg

Toilà récrivain que la France a perdu dans (oMe la vigoenr de sou talent, et la tête plus que jamais pleine de projets, le la avril iBa5, atteint d*un coup de fusil à quelques pas de sa maison.

On Yerra qu'une année avant sa tragique fin , Courier se foisait dire dans son Livret: Paul'Louts, les cagotsto tueront. Le procès auquel a donné lieu cette déplorable raort n'a point accusé les cagots ; aujourd'hui même eur core on n'accuse persorme. Quelques amis de Courier savent seulement que, devenu. dans ses dernières années d'une humeur assez difficile, il n'était pas sans ennemis dans son voisinage.... Mais ce dont il est impossible de n'être pas vivement frappé, c'est le vague pressentiment de malbenr qui règne dans la dernière partie du Paraphtet des Pamphlets. Quelques lignes semblent être un confus adien de Courier à la vie , à ses études favorites , à sa carrière déjà si glorieuse, un involontaire Fétonr sur loi-même, et comme un touchant désaveu de ses pré*, tentions contre son temps. « Détourner de moi ce calice , « dit -il; la ciguë est amère, et le monde se convertit assez « sansque je m'en mêle, chétif ^ je serai la mouche du coche,, « qui se passera bien de mon l>ourdonnement ; il va , mes • chers amis, et ne cesse d'aller. Si sa marche nous « pariât lente , c'est que nous vivons un instant ; mais que « de chemin il a fait depuis cinq ou six siècles ! à cette «heure, en plaine roulant , rien ne le peut plus arrêter.».

C'est parmi ces espérances d'un temps meilleur pour la France et pour l'humanité , que l'ardent ennemi des oppresseurs de grande et de petite taille semblait pressentir à la fois et la fin et l'inutilité prochaine de son rôle de pamphlétaire ; il j a six ans de cela, et certes le

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