GAZETTE DU VILLAGE. III
baissée se jeter dans son puits , d*oii oiv Ta retiré mort. Six «emaines auparavant il s*élait marié avec Rose Descbainps. Jamais noce ne fut si joyeuse , jamais gens si heureux, de long-temps s'entre^ aimant, s'étant promis d'enfance. Leur aise a duré peu. La pauvre veuve est grosse et fait pitié à voir.
— « NoDs sommes douze paysans qui achetâmes, it y a deux ans, les terres de la Borderie , vendues par messieurs de la bande noire. Elles coûtèrent deux cents francs Tarpent , que pas un de nous ne donneri^it à moins de huijt cents fVancs mainte* nant , et produisent quatre fois ce qu'en payait le fermier quand il payait. Car, mourant de faim, il a mis ia clef sous la porte et s'en est allé , comme on sait Ci^iq familles ont trouvé logis dans les bâcimens délabrés de cette Borderie; chacun s*y est accommodé , diacun non-seulement a réparé le vieux toit, mais bâti à neuf qnelque grange ou quelque pressoir avec jardin, chenevrière , sautaye autour de sa demeure. Voilà un village naissant qui va s'étendre et prospérer jusqu'à ce que le gouvernement y fasse attention.
— Brisson ne pouvait payer ses dettes ; il s'est jeté dans l'eau et noyé. La femme Prant, d'Azai sur Cher, et à Mont-Louis un tonnelier , en ont fait autant cette semaine ; lui sans raison connue» elle parce qu'on l'accusait d'avoir volé de l'herbe aux champs. L'an passé , Jean Choinart , fermier de I4 cpinmirn# de Toucigny , approchant l'août ,
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va voir «es blés, trouve sa réçol le trop belle ( il avait spéculé sur la hausse des grains), rentre chez lui et se défait. Beaucoup de gens embarrassés dan» leurs affaires prennent ce parti , le seul qui ne soit ' pas sujet au repentir. On aime mieux maintenant être mort que ruiné. Nos aïeux ne se tuaient point. Naissant pour la misère , ils la savaient souffrir. Ils n*ambitionnaient point un champ, une maison, s'en passaient comme de pain, n'espérant rien en ce monde et ayant peur de Tautre.
— Nous voilà saufs de ^int-Anicet, temps critique pour nos bourgeons. Si la vigne peut passer fleur et ne point couler, on ne saura ovi mettre tout le vin cette année. Jamais tant de lame ne s* est vue au cep,, ni si bien préparée. Les champs aussi promettent du blé à pleine faucille. Laboureur et vigneron sont contcns jusqu'ici ; chose rare , tous deux se louent du ciel et du temps. Mais combien de hasards encore avant que F un ou Tautre puisse faire argent de son labeur, payer sa cote et vivre ! Sécheresse , pluie , orages , ordonnances royales, arrêtés du préfet, du maire, mille chances, mille fléaux, et rien d'assuré que l'impôt. Il y a des gens dont la récolte ne craint ni temps ni .gréle, et ce ne sont pas ceux qui versant, labourant, font le meilleur guéret, mais qui ayant une place , ne font rien ou fodt la cour. Sans autre avance ni embarras , ils moissonnent en toute saison. Quand le bonhomme a dit : Travaillez, prenez de la peine, il sommeillait un peu, ce semble. Pour
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Lien parler , il falldit dire : Présentez des respects, faites des révérences , c'est le fonds qai manque le moins.
— Personne maintenant ne veut être soldat. Ce - métier sous les nobles, sans espoir d'avancement, est une galère, un. supplice à qui ne s'en peut exempter. On aime encore mieux être prêtre. De jeunes paysans n'ayant rien se mettent volontiers au séminaire ; mais avant de prendre les ordres , ceux qui trouvent quelque ressource, jettent la soutane et s'en vont, comme fit naguère Berthelot Sylvain, le second fils de Berthelot de Ponceau. Agé de vingt-deux ans, il avait étudié pour se faire d'église. Une veuve l'épouse , le sauve et du service militaire , car elle paie un homme pour lui, et du service divin ,qui n'est guère meilleur. Ils vont vivre heureux dans leur ferme entre Pernay etEmbillou.
. — La bande noire achète encore le château des Ormes , le château de Chanteloup et le château de Leugny, voulant dépecer tous ces châteaux au
' très-grand profit du pays, et tous les biens qui en dépendent. On vendra là des matériaux à bon jnarché , des terres fort cher. Plus de cinq cents maisons vont se refaire du débris de ces vieux
. donjons depuis, long-temps inhabités ou inhabitables. Plus de six mille arpens vont être cultivés par des propriétaires au lieu de nonchalans fermiers. La bande noire fait beaucoup de bien. Cest une société infiniment utile, charitable, pieuse, qui divise la terre et veut que chacun en ait selon