A M. LEJEUNE
A SAUMTJR
Barletta, le 24 mai 1805.
Monsieur, depuis environ six mois que je suis à cettt armée (1), je n'ai point reçu de lettre qui m'ait fait autant de plaisir que la vôtre. Vous êtes assuré de m'en faire toujours beaucoup toutes les fois que vous me donnerez de vos nouvelles.
Ayant reçu ordre à Plaisance de me rendre ici pour commander l'artillerie à cheval de cette armée, j'achetai trois beaux et bons chevaux de selle, et je partis avec mon domestique (2). Je m'arrêtai quinze jours à Parme, où je trouvai une belle bibliothèque: j'y travaillai sur Xénophon. Je vis la Virginie, peinte par Doyen ; et ce tableau, qui n'est pas trop bon, me rappela mes anciennes études de dessin. De Parme à Modène en passant par Reggio, jolie ville où j'ai trouvé un poète de mes anciens amis. Bologne, où j'allai ensuite, est une ville vraiment belle. Les pluies qui y sont fréquentes, comme dans tonte cette partie de l'Italie, n'empêchent pas qu'on ne puisse parcourir toute la ville sans être mouillé, parce qiie dans toutes les rues, il y a des galeries latérales comme au Palais-Royal, qui, outre la commodité, forment une perspective extrêmement agréable. Je m'y arrêtai deux ou trois jours à copier des inscriptions. J'en partis le 4 octobre, et j'arrivai le 11 à Ancône. Je trouvai, en passant à tano et à Sinigaglia, des inscriptions très curieuses ; mais je ne pus les copier toutes, parce que la saison s'avançait, et
(1) L'armée française, qui occupait alors Tarente et la Feuille» commandée par le général Gouvion Saint-Cyr. (2) Le 14 septembre 1804.
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que je craignais d'être arrêté par les torrents, si j'attendais plus tard à passer les montagnes des Abruzzes. Après avoir traversé Lorette, j'arrivai le 19 à Giulia-Nova, qui est le premier village du royaume de Naples ; j'y arrivai le 19 octobre ; je fus fort bien logé et nourri chez les Cordeliers, dont le couvent est la seule maison habitable de l'endroit; j'ai été traité de la même manière dans tout le royaume, toujours logé dans la meilleure maison et servi aussi bien que l'endroit le comportait. Tout le pays est plein de brigands, par la faute du gouvernement, qui se sert d'eux pour vexer et piller ses propres sujets. J'en ai rencontré beaucoup ; mais comme ils ne voulaient pas alors se brouiller avec l'armée française, ils me laissèrent passer. Figurez- vous que dans tout ce royaume une voiture ne peut se hasarder en campagne sans une escorte de cinquante hommes armés, qui souvent dévalisent eux-mêmes ceux qu'ils accompagnent. J'arrivai à Pescara le 20; cette ville passe pour la plus forte de cette partie du royaume de Naples, quoique la fortification en soit très mauvaise. La maison où je fus logé avait été saccagée comme toute la ville par les bandits du cardinal Rufo, après la retraite des Français, il y a cinq ans. Ceux qui se distinguèrent alors par leur brigandage sont aujourd'hui les favoris du gouvernement, qui les emploie à lever des contributions. La canaille est le parti du roi, et tout propriétaire est jacobin : c'est le liaro de ce pays-ci. Le 22, je fus logé à Ortona chez le comte Berardi, qui me raconta que le gouverneur de la province était un certain Carbone, d'abord maçon, puis galérien, ensuite ami du roi lors de la retraite des Français, aujourd'hui Pacha. Ce Carbone lui envoya peu de jours avant mon arrivée, un ordre de payer douze mille ducats, environ 50.000 fr. ; il en fut quitte pour la moitié. Voilà comme ce pays-ci est gouverné : c'est la reine qui mène tout cela; elle affiche la haine et le mépris pour la nation qu'elle gouverne.
Le 24, à Lanciano, je trouvai un régiment français de chasseurs à cheval : un des officiers me vendit pour dix louis une paire de pistolets que je jugeai à propos d'ajouter à mon armement. Le colonel me donna un guide pour me rendre axi Vasto ; mais le guide m'égara. et nous man-
quàiiies être tués dans un village dont les paysans, sortant de la messe, et animés far leurs prêtres, voulurent faire la bonne œuvre de nous assassiner. Bien m'en prit d'entendre la langue et de ne pas mettre pied à terre. Le 29, je trouvai au Vasto un petit détachement d'infanterie légère avec lequel je poussai jusqu'à Termoli: je fus logé dans la meilleure maison de ce bourg : mais au milieu de la nuit la populace vint m' arracher de mon lit, et en un moment ma chambie et toute la maison furent remplies de cette canaille armée. Ils me montrèrent un homme auquel, disaient-ils, un soldat avait volé son manteau ; je leur demandai s'ils connaissaient le voleur ; ils me dirent que oui, et qu'ils savaient la maison où il était logé; je leur dis de m'y conduire. Arrivé à cette maison, an milieu des huilements, je trouvai un soldat ivre qu'on me dit être *« voleur. Comme rien n'indiquait qu'il eût dérobé, je crus qu'ils prenaient ce prétexte pour nous chercher querelle, et je n'étais guère en état de leur résister, mes sept ou huit compagnons étant dispersés dans autant de maisons. Je fis entendre aux braillards que je soupçonnais quelque autre, et les priai de me conduire à la maison où logeaient le sergent et le caporal du détachement. Arrivé là, je les fis lever et armer, ayant l'air de les menacer; mais dans le fait je leur disais de tâcher d'assembler leurs hommes : ceux qui demeuraient vis-à-vis sortirent et se joignirent à nous. Je prêchais toujours mes hurleurs, qui criaient : Mort au jacobins ! Mais nous commencions à être en force. Erfm nous arrivâmes à une maison où logeaient deux autres soldats, l'un desquels me dit que l'homme ivre avait en effet volé un manteau, et qu'il devait l'avoir caché quelque part. Nous retournâmes à l'ivrogne^ que nous trouvâmes couché sur le manteau volé. Nous soupçonnâmes que si nous ne l'avions pas trouvé d'abord, c'était parce que l'hôte avait volé le voleur, et remis ensuite le manteau sous lui, crainte des recherches : sans cela nous aurions été obligés d'en venir aux mains avec beaucoup de désavantage. Le Vasto, dont je vous ai parlé, est un endroit assez joli au milieu d'une foret d'oliviers: j'y logeai chez les pères deîla Madré di Dio. Le propriétaire auquel appartiennent tous les bourgs des environs est un grand sei-
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gr.eur descendant du fameux marquis del Vasto (du Guast, dans nos historiens), qui prit François I" à Pavie. A Termoli je quittai la mer, et vins le 31 à Serra Capriola. jolie petite ville dans les terres. Là, comme on ne voulait pas loger mes chevaux avec moi, j'essayai de faire un peu de bruit, et menaçai d'enfoncer la porte de l'écurie ; mais je n'étais pas assez fort pour soutenir ce langage. L'hôte, qui paraissait un homme d'importance, me dit : J'ai !à cinquante Albanais bien armés, ne nous cherchez point de querelles. Je vis en effet ces Albanais, qui sont des coupejarrets enrôlés ; ils me servirent à table la dague au côté : ils causaient avec moi fort amicalement. On voulut m'en donner une escorte à mon départ, je la refusai. Ils me dirent que leur patron les payait 6 carlini par jour, environ 65 sous de France
J'allai le 1" novembre à San-Scverino, où je logeai chez les Célestms ; ensuite à Foggia le 2. Je marchais au milieu de plus de cent mille moutons qui descendaient des montagnes de l'Aquila pour passer l'hiver dans les plaines de la Fouille ; je causai avec leurs bergers, qui sont Ces espèces de sauvages. Il y avait aussi de grands troupçaux de chèvres : tout cela est au roi. Mon hôte, don Celestiç^o Bruni, me donna le lendemain 4, sa voiture, dans laquelle je vins à Civignola, où Gonzalve de Cordoue livra une fameuse bataille ; je passai sur le pont que Bayard défendit seul contre les Espagnols : il est long, et si étroit qvie deux voitures ne peuvent y passer de front.
Enfin le 5 novembre j'arrivai à Barletta, où je trouvai le quartier général. C'est une ville de vingt mille âmes, passablement bâtie, sans promenades ni ombrages, dans une plaine aride. On ne connaît point ici de maisons de campagne ni de villages, parce que les brigands rendent la campagne inhabitable ; il n'y a de cultivé que les environs des villes : le sol est très fertile, et produit, presque sans travail, une grande quantité de blé, qui, avec l'huile, forme tout le commerce du pays ; commerce sujet à des avanies continuelles, tant de la part du gouvernement que des Barbaresques. Quoique ce soit un port, on ne peut y avoir de poissons, parce que les pêcheurs sont enlevés jusque sur la cote.
Voilà l'histoire de mon voyage. Ma position actuelle est fort agréable : mon emploi de chef d'état-major de l'artillerie me donne quelques avantages ; je suis bien avec le général Saint-Cyr. qui commande l'armée; j'ai reçu 1© ruban rouge des mains du maréchal Jourdan, à Plaisance.
Padoue, le 13 décembre 1805.
Vous êtes de mauvais plaisants, et votre conte ne vaut rien; voici, en toute vérité, coaime la chose s'est passée:
Dès qu'il eut les talons tournés, je voulus dire un mot à la belle. Il l'enferme, comme tu sais; mais elle a une double clef. Je fuo me poster dans cette niche obscure sur l'escalier, comptant qu'on m'ouvrirait. Elle dit, elle jure ne m'avoir rien promis ; et peut-être en efi'et m'étais-je trompé sur un signe qu'elle me fit: je crus avoir un rendez-vous. Enfin j'attendais là depuis une heure ou plus le fortuné moment. Porte close, rien ne bougeait dedans ni dehors. Je commençais à perdre patience ; quelqu'un monte ; c'était M. le ?/ crétaire. Sans tousser ni frapper, sans faire aucun signal, 1' arrive, on lui ouvre, il entre en homme que l'on attendait.
Je le vis. de mes yeux, et ne le pouvais croire.
(Prerds ce vers, je te le donne: mets-le avec les tiens.)
Loin de m'en fâcher, j'en ai ri de bon cœur: ne voulant point du ti'ut le troubler, je m'en allai rejoindre mon animalaccio à la revue.
Voilà tout, et c'est bien assez pour divertir quelque temps. Messieurs, à mes dépens.
Mais le lendemain j'eus ma revanche, et c'est ce qu'on ne vous a pas dit. Sous les arcades, le lendemain, je la vis in bautta, qui se dérobait dans l'ombre et courait. Je la suivis : elle entra où demeure le colonel Détrées, l'écuyer de madame mère, Pommade forte, tu sais ou tu ne sais pas. Madame mère se plaignait à lui de quelques procédés de son fils: Nom de Dieu! si j'étais de vous, Madame, je lui relèverais le toupet avec de la pommade forte. Le nom lui en est demeuré.
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Elle entra donc chez Pommade forte, et moi aussitôt à mon embuscade, sûr de n'attendre pas inutilement cette fois. Au bout d'un quart d'heure je la vois, tout affannata, toute rouge, monter les degrés quatre à quatre. Sans m'apercevoir, elle ouvrit; et moi, en deux pas et un saut, me voilà entré avec elle : grand débat, scène de théâtre, elle veut me chasser, je reste ; elle se désolait, je riais :
Pianse pregô, ma in vano ogni parola sparse.
Salvat pouvait venir; il venait même; c'était l'heure; le danger augmentait pour elle à chaque instant. Je lui dis, sans finesse et sans fleur de langage, le prix que je mettais à ma retraite. Ditnque fa presto, dit-elle; je fis presto, et je partis. J'en pourrais prendre avec elle tant que j'en voudrais, car elle est à ma discrétion ; ou bien lui faire quelque noirceur, et vous autres, vauriens, vous n'y manqueriez pas. Demanelle, par exemple... Mais vous savez que je ne me pique pas de vous imiter : je la vois, je lui parle tout comme auparavant ; même ton, mêmes manières ; à table pas un mot qui puisse l'embarrasser ; seule, pas la moindre liberté. Pour sa personne, j'en quitte ma part. Son secret, je le garde comme si elle me l'eût confié. Un pareil procédé la touche, lui semble rare et nouveau. Elle n'avait vu jusqu'ici que des gens de votre espèce, qui abusent insolemment de tous leurs avantages.
OFFICIER d'artillerie, A NAPLES
Morano, le 9 inars 1806.
Bataille ! mes amis ! bataille ! Je n'ai guère envie de vous la conter. J'aimerais mieux manger que t'écrire; mais le général Reynier, en descendant de cheval, demande son écritoire. On oublie qu'on meurt de faim ; les voilà tous à griffonner l'histoire d'aujourd'hui; je fais comme eux en enrageant. Figurez-vous, mes chers amis, qui avez là-bas toutes vos aises, bonne chère, bon gite et le reste ; figurezvous un pauvre diable non pas mouillé, mais imbibé, pénétré, percé jusqu'aux os par douze heures de pluie continuelle, une éponge qui ne séchera de huit jours ; à cheval
dès le grand matin, à jeun ou peu s'en faut au coucher du soleil : c'est le triste auteur de ces lignes qui vous toucheront, si quelque pitié habite en vos cœurs. Buvez et faites brindi^i à sa santé, mes bons amis, le ventre à table et le dos au feu. Voici en peu de mots nos nouvelles.
Les Zapolitains ont voulu comme se battre aujourd'hui; mais cette fantaisie leur a bientôt passé. Ils s'en vont et nous laissent ici leurs canons, qui ont tué quelques hommes du 1" d'infanterie légère par la faute d'un butor : tu devines qui c'est. Je t'en dirai des traits quand nous nous reverrons. — N'ayant point d'artillerie (car nos pièces de montagne, c'est une dérision), je fais l'aide de camp les jours comme aujourd'hui, afin de faire quelque chose rude métier avec de certaines gens. Quand, par exemple on porte les ordres de Reynier au susdit, il faut d'aborc. entendre Reynier, puis se faire entendre à l'autre, être interprète entre deux hommes dont l'un s'explique peu l'autre r.e conçoit guère; ce n'est pas trop, je t'assure, d( toute ma capacité.
On doit avoir tué douze ou quinze cents Napolitains ; let autres courent, et nous courrons demain après eux, bien malgré moi.
Remacle a une grosse mitraille au travers du corps. li ne s'en moque pas autant qu'il le disait. A l'entendre, tu sais, il se souciait de mourir comme de... mais point du tout, cela le fâche. Il nomme sa mère et son pays.
On pille fort dans la ville, et l'on massacre un peu. Je pillerais aussi, parbleu, si je savais qu'il y eût quelque part à manger. J'en reviens toujours là, mais sans aucun espoir. L'écriture continue, ils n'en finiront point. Je ne vois que le major Stroltz qui au moins pense encore à faire du feu; s'iL réussit, je te plante là.
Le mouchard s'est distingué comme à son ordinaire : faistoi conter cela par L... qui fut témoin. Il était en avant, lui mouchard, avec quelques compagnies de voltigeurs. Tout à coup le voilà qui accourt à Dufour : Colonel ! je suis tourné, je suis coupé, j'ai là toute l'armée ennemie. L'autre d'abord lui dit : Quoi I vous prenez ce moment pour quitter votre poste? On y va, il n'y avait rien.
Je me donne au diable si le général veut cesser d'écrire.
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Que te marquerai-je encore? j'ai un rheval enragé que mes canonniers ont pris. Il mord et rue à tout venant : grand dommage, car ce serait un joli poulain calabrais, s'il n'était pas si misanthrope, je veux dire sauvage, ennemi des hommes.
Nous sommes dans une maison pillée; deux cadavres nus à la porte ; sur l'escalier, je ne sais quoi ressemblant assez à un mort. Dans la chambre même, avec nous, une femme violée, à ce qu'elle dit, qui crie, mais qui n'en mourra pas; voilà le cabinet du général Reynier; le feu à la maison voisine, pas un meuble dans celle-ci ; pas un morceau de pain. Que mangerons-nous? Cette idée me trouble. Ma foi, écrive qui voudra, je vais aider à Stroltz. Adieu.
A M. LE GENERAL MOSSEL
Milefo, le 10 septembre 1806.
J"ai reçu, mon général, la chemise dont vous me faites présenta Dieu vous la rende, mon général, en ce monde-ci ou dans l'autre. Jamais charité ne fut mieux placée que celle-là. Je ne suis pourtant pas tout nu. J'ai même une chemise sur moi, à laquelle il manque, à vrai dire, le devant et le derrière, et voici comment : on me la fit d'une toile à sac que j'eus au pillage d'un village, et c'est là encore une chose à vous expliquer. Je vis un soldat qui emportait une pièce de toile; sans m'informer s'il l'avait eue par héritage ou autrement, j'avais un écu et point de linge ; je lui donnai l'écu, et je devins propriétaire de la toile, autant qu'on peut l'être d'un effet volé. On en glosa ; mais le pis fut que ma chemise faite et mise sur mon maigre corps par une lingère suivant l'armée, il fut question de la faire entrer dans ma culotte, la chemise s'entend, et ce fut là oii nous échouâmes, moi et ma lingère. La pauvre fille s'y employa sans ménagements, et je la secondais de nion mieux, mais rien n'y fit. Il n'y eut force ni adresse qui pût réduire cette étofle à occuper autour de moi un espace raisonnable. Je ne vous dis pas. mon général, tout ce que j'eus à souffrir de ces tentatives, malgré l'attention et les soins de ma femme de chambre, on ne peut pas plus experte à pareil service. Enfin nécessité, mère
de liiidastrie. nous suggéra de retrancher de la chemise tout ce qui refusait de loger dans mon pantalon, c'est-àdire le devant et le derrière, et de coudre la ceinture au corps même de la chemise, opération qu'exécuta ma bonne couturière avec une adresse merveilleuse et toute la décence possible. 11 n'est sorte de calembours et de mauvaises plaisanteries qu'on n'ait faits là-dessus; et c'était un sujet à ne jamais s'épuiser, si votre générosité ne m'eût mis en état de faire désormais plus d'envie que de pitié. Je me moque à mon tour des railleurs, dont aucun ne possède rien de comparable au don que je reçois de vous.
Il n'y avait que vous, mon général, capable de cette bonne œuvre dans toute l'armée ; car outre que mes camarades sont pour la plupart aussi mal équipés que moi, il passe aujourd'hui pour constant que je ne puis rien garder, l'expérience ayant confirmé que tout ce l'on me donne va aux brigands en di-oiture. Quand j'échappai nu de Corigliano, Saint- Vincent (1) me vêtit et m'emplit une valise de beavix et bons effets, qui me furent pris huit jours après sur les hauteurs de Nicastro. Le général Verdier et son état-major me firent une autre pacotille, que je ne portais pas plus loin que la Mantea, ou Ajello, pour mieux dire, où je fus dépouillé pour la quatrième fois. On s'est donc lassé de m'habiller et de me faire l'aumône, et on croit généralement que mon destin est de mourir nu, comme je suis né. Avec tout cela, on me traite si bien, le général Reynier a pour moi tant de bonté, que je ne me repens point encore d'avoir demandé à faire cette campagne, où je n'ai perdu, après tout, que mes chevaux, mon argent, mon domestique, mes nippes et celles de mes amis.